Retour
Femmes Inspirantes 01 nov. 2026 8 min de lecture

Ahlam Lemseffer : quarante ans d'abstraction et de lumière au Maroc

Portrait de la peintre marocaine qui a fait de l'abstraction sa langue.

LR

La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Ahlam Lemseffer : quarante ans d'abstraction et de lumière au Maroc

Ahlam Lemseffer est une peintre et plasticienne marocaine, née en 1950 à El Jadida et installée à Casablanca, l'une des figures majeures de l'abstraction contemporaine du Royaume. Rattachée à la troisième génération des artistes marocains, elle explore depuis les années 1980 une même question : comment la couleur, la lumière et la forme cessent-elles d'être posées sur un plan pour occuper un espace ?

Formée à Paris — Arts Décoratifs, ESAG Penninghen, puis licence de littérature anglaise à l'Université Paris VIII —, elle refuse le choix d'un seul médium : peinture, sculpture et installation y dialoguent, du petit format à la toile monumentale de sept mètres. En 2012, elle fonde la Maison de l'Art Contemporain MAC A, près d'Assilah. En 2025, la Villa des Arts de Casablanca lui consacre « Zina, au-delà du bleu », puis, en janvier 2026, la AA Gallery présente « Seeking Forever », sa première rétrospective.

📅 Dernière mise à jour : 1er novembre 2026
Ahlam Lemseffer, peintre marocaine

Origines et formation

Ahlam Lemseffer naît le 7 avril 1950 à El Jadida, sur la côte atlantique marocaine. C'est là qu'elle prend racine, c'est à Casablanca — où elle vit et travaille — qu'elle produit l'essentiel de son œuvre. Après le baccalauréat, elle part se former en France : les Arts Décoratifs de Paris, puis l'ESAG Penninghen.

Elle complète ensuite sa formation par une licence de littérature anglaise à l'Université Paris VIII. Ce double héritage — le geste et le texte — ne la quittera plus : les titres de ses toiles, « Mémoire vive », « L'Attente claire », « Nitescence », tiennent autant de la notation littéraire que de la légende technique. De retour au Maroc, elle enseigne plusieurs années au ministère de l'Éducation nationale.

Elle a signé une monographie, « Quête de l'Absolu », été rédactrice en chef du magazine Zone'Art et siège au comité d'honneur de la Société des Arts Francophones depuis 1994.

Une peinture entre lumière et espace

On résume souvent Ahlam Lemseffer en un mot : l'abstraction. Son travail n'est pourtant pas une fuite hors du réel, mais une manière de le reconstruire par fragments. « Son iconographie donne à des formes abstraites valeur de représentations faisant référence à l'architecture, à l'environnement et à la société humaine », relève Aujourd'hui le Maroc.

Le moteur de cette recherche tient dans une tension assumée, entre planéité et spatialité : comment l'œuvre quitte-t-elle le plan pour interagir avec son environnement ? Ses constructions procèdent par juxtaposition, transparence et superposition visuelle. La matière suit l'intention : technique mixte sur toile, acrylique et résine, jusqu'à ces panneaux de 270 × 710 cm présentés au musée Mohammed VI de Rabat.

Cette exigence d'échelle est l'une de ses signatures. Pour « Une mer, deux rivages », elle crée des « panneaux gigantesques qui se superposent », de cinq à huit mètres de haut, « en conversation avec des mobiles suspendus au plafond, une façon de transcender l'espace », explique-t-elle à Aujourd'hui le Maroc. Quarante ans de titres disent la même obsession : « Éclat » (1994), « L'Éveil » (2003), « Outre bleu » (2015), « Au creux du bleu » (2023), « Nitescence » (2024). La lumière y est moins peinte que cherchée.

Quatre décennies d'expositions

Sa première exposition personnelle a lieu en 1993, à la Galerie du Palais-Royal, à Paris, suivie de plus de vingt individuelles : Bab Rouah à Rabat (1994, 2007), Palais des congrès de Marrakech (1995), Galerie Bassamat à Casablanca (1996), Palais Jamaï à Fès (2000), Festival des musiques sacrées de Fès (2001, 2003), Galerie CDG à Rabat (2002), Graz (2007), Institut français de Casablanca pour « Interactions » (2008), Artothèque de Casablanca (2012), Tanger (2024).

Le collectif occupe une place symétrique : biennales du Caire (2006) et d'Alexandrie (2007), biennale internationale de Tunis (2013), exposition inaugurale du musée Mohammed VI (2014), « 50 ans de peinture au Maroc », symposium Chine-Maroc (2018), résidence Três Culturas à Séville et « Rihla », collection de la Société Générale (2019). Elle fut choisie parmi les vingt-et-une plasticiennes de « Femmes et religions » (Rabat, 2015) et figure parmi les quatre-vingt-cinq artistes de « L'art au service du social » (2021), au profit de l'association INSAF.

Deux rendez-vous récents cristallisent cette reconnaissance. Du 15 avril au 8 juin 2025, la Villa des Arts de Casablanca présente « Zina, au-delà du bleu », sous le commissariat d'Ainhoa Vernet : « Mahla continue sa quête d'absolu en dépouillant sa toile du superflu pour laisser surgir l'incertain ». Puis, du 29 janvier au 27 mars 2026, la AA Gallery consacre à Ahlam Lemseffer sa première rétrospective, « Seeking Forever ».

MAC A, un lieu pour la création à Briech

En 2012, Ahlam Lemseffer change d'échelle. Le 30 juin, elle fonde la Maison de l'Art Contemporain, dite MAC A, au village d'Aquouass Briech, à six kilomètres d'Assilah. L'idée n'est pas de construire un musée, mais un lieu de travail : ateliers, résidences et accueil de créateurs venus du monde entier, notamment sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI. En une dizaine d'années, la structure est devenue un élément incontournable de l'art contemporain marocain.

Le programme en donne la mesure : « Terre d'inspiration et de création » (2013), Symposium international « Le Collier de la colombe » (2014), réunissant des artistes de la Méditerranée et du Moyen-Orient, puis « Les Marocains du monde » (2015). De ce laboratoire naît « Une mer, deux rivages », résidence de trois semaines en 2014 réunissant cinq artistes d'Allemagne, du Portugal, d'Italie, de Tchéquie et du Maroc.

Elle présidait alors l'APAC, association pilier du Symposium international d'Asilah, dont la troisième édition, en 2015, est consacrée à l'art africain sous le thème « La route de l'or ». « L'Afrique est le berceau de l'art contemporain », déclare-t-elle à Le360, rappelant que Gauguin ou Picasso s'en sont inspirés. Faire venir les artistes africains à Asilah, c'est rendre à l'histoire ce qu'elle a emprunté.

Reconnaissance, collections et héritage

La carrière d'Ahlam Lemseffer est jalonnée de distinctions : médaille d'argent au Salon international « Kings of Art » (1995), prix du mérite au Moulin d'Orcun (1996), titre d'Ambassadrice de la Paix du « World Peace Maker Project » (2007), et en 2008 une décoration de l'Académie française des Sciences et des Lettres.

Leur diffusion est considérable. Au Maroc, ses œuvres figurent entre autres au musée Mohammed VI, au Palais royal, au ministère de la Culture, à La Mamounia et dans les fondations ONA, CDG, Banque Populaire et Attijariwafa Bank. À l'étranger : ministères de la Culture d'Autriche, de Chine, d'Égypte et de Tunisie, galerie Picasso du Caire, Musée national du Koweït, Musée Bait Al Zubair (Oman), Palais royal de Jordanie, Palais de l'UNESCO (France), Uttarayan Foundation (Inde), National Galleries de Sarajevo.

Ce parcours dit long sur une artiste qui a refusé l'alternative entre atelier et institution : elle a bâti les deux. Une abstraction exigeante qui creuse depuis quarante ans la lumière et l'espace, et des lieux — le MAC A, l'APAC, les résidences — qui permettent à d'autres de travailler. Les pionniers ne sont pas seulement ceux qui peignent en premier, mais ceux qui ouvrent la porte derrière eux.

Questions fréquentes

Qui est Ahlam Lemseffer ?

Artiste plasticienne marocaine née le 7 avril 1950 à El Jadida, elle est rattachée à la troisième génération des artistes marocains et vit et travaille à Casablanca.

Quelle formation a-t-elle suivie ?

Elle étudie aux Arts Décoratifs de Paris puis à l'ESAG Penninghen, et complète sa formation par une licence de littérature anglaise à l'Université Paris VIII.

Qu'est-ce que le MAC A de Briech-Asilah ?

C'est un espace de résidence et d'échange fondé en 2012 par Ahlam Lemseffer au village d'Aquouass Briech, près d'Assilah, où sont organisés ateliers, résidences et symposiums internationaux.

Sources

Lire aussi : Aawatif Hayar : de l'université au ministère, un parcours de pionnière · Ranya Zoubairi : médiatrice culturelle

LR

À propos de l'auteure

La Rédaction

La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

Conversations & Échanges (0)

Espace réservé aux lectrices

Partager votre regard ou une expérience

Soyez la première à ouvrir la conversation sur cet article.

Dans la Même Collection

Poursuivre la Lecture