Bouchra Ijork : cinéaste marocaine, de l'ISADAC à Orange amère
Portrait de la cinéaste marocaine derrière Orange amère.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Bouchra Ijork est une réalisatrice, scénariste, dramaturge et actrice marocaine, née le 28 octobre 1976 à Casablanca. Formée au théâtre à l'Institut supérieur d'art dramatique et d'animation culturelle (ISADAC), dont elle sort diplômée en 1998, puis passée par l'université d'été de la Fémis, elle a fait du va-et-vient entre les langages la signature de sa carrière : écrire, jouer, mettre en scène, sans jamais vouloir choisir. « Je surfe entre ces trois disciplines avec une liberté totale sans aucune complexité », résume-t-elle. Son nom reste au Maroc associé à un téléfilm devenu événement, L'Orange amère (2007), diffusé sur 2M, mais aussi à des courts métrages qui ont circulé de Klibia à Tribeca, et à un théâtre qui, dit-elle, « est toujours en moi ».
Du complexe Moulay Rachid à l'ISADAC
Au commencement était la cour du quartier. Bouchra Ijork fait ses premiers pas au complexe culturel Moulay Rachid, à Hay Essalama, quartier périphérique de Casablanca où elle a vu le jour. C'est là que Rachid Fekkak anime un atelier de formation aux arts dramatiques : la jeune lycéenne y apprend les b.a.ba de la scène.
Après un baccalauréat option littérature décroché en 1994, elle passe le concours d'admission à l'ISADAC la même année. Quatre années d'études suivent, couronnées en 1998 par un diplôme de la section art dramatique. Pour son projet de fin d'études, elle choisit un défi : adapter et monter sur scène Le Pain nu, le roman autobiographique de Mohamed Choukri. « Ce roman m'a marquée à ce point que je n'ai pas résisté à l'idée de le monter sur scène. Je m'identifiais à son héros », raconte-t-elle. L'aventure lui laisse deux dettes durables : la passion de la lecture et celle de l'écriture.
Le théâtre, premier langage
Avant la caméra, il y a eu la scène. En 1996, elle écrit et met en scène Parlons de la mort, avec Mohammed Marouazi. Deux ans plus tard, c'est Le Pain nu qui la révèle comme metteuse en scène. Sa « passion première », le théâtre, ne la quittera jamais : « Le théâtre demande plus de disponibilité », admet-elle, la télévision restant pour elle un passage obligé vers le grand public.
Elle a répondu « présente » à la pièce Histoire de femmes de Naïma Zitane, création à vocation humanitaire rendant hommage au combat des femmes pour leur émancipation, montée en tournée à travers le Royaume : soixante représentations, de petites à grandes villes.
À la Fémis, puis Karawane, l'oiseau libanais
Après l'ISADAC, un bref passage dans quelques rôles de théâtre et de télévision, puis la direction change : elle s'intéresse à l'image. Elle rejoint l'université d'été de la Fémis, l'école nationale supérieure des métiers de l'image et du son en France. « Les cours que j'ai suivis touchaient à tous les métiers du cinéma », raconte-t-elle. Le projet de fin d'études devait être un documentaire ; elle s'apprêtait d'ailleurs à tourner avec Gad El Maleh. Puis elle a rencontré Alex, un jeune Libanais danseur oriental vivant à Paris.
Sa vie bascule alors : Karawane, l'oiseau libanais (2004), court métrage d'une dizaine de minutes, devient un docu-fiction sur ce personnage, sa vie, ses démons et les contradictions d'une société qui peine à accepter la différence. « J'ai eu l'idée de le laisser parler de sa vie, des difficultés qu'il eut à vivre sa différence dans une société orientale. » Le film lui ouvre les festivals : une distinction au festival tunisien de Klibia, puis une invitation au festival de Tribeca, à New York, parrainé par Robert De Niro. « Karawan s'envole sans arrêt ! », aime-t-elle répéter. Elle réalise dans la foulée Al Bahja (2004), né d'une résidence d'écriture de scénario organisée par le Goethe-Institut de Damas. Sur l'industrie locale, elle est sans détour : « Il y a un problème au niveau de l'écriture. À chaque fois qu'il y a un sujet à la mode, tout le monde s'y met. »
L'Orange amère, le téléfilm devenu phénomène
C'est L'Orange amère (Al Bourtouqala Al Mourra) qui inscrit durablement son nom dans la mémoire du public marocain. Téléfilm de 90 minutes produit par Soread 2M et diffusé sur la chaîne en septembre 2007, il raconte Saadia, une jeune fille solitaire qui vit avec ses parents dans une vieille maison d'Asilah et dont la vie monotone bascule après sa rencontre avec un policier, Amine, près des vergers d'orangers amers.
Derrière la caméra, Ijork signe un travail d'ensemble : scénario de Bahiya Soussi Abdellah, image de Jérôme Krumenacker, montage de Hassan Boufous, musique du K'lma Group, avec Houda Rihani et Youssef Joundy en tête d'affiche, aux côtés de Fadila Benmoussa et Abdellah Lamrani. Elle y cherche l'authenticité jusque dans les détails — costumes, décor, maquillage, musique — et cite le soutien du réalisateur Mohamed Abderrahman Tazi comme décisif. Le pari réussit : le téléfilm « a très bien marché », le couple formé par Houda Rihani et Youssef Joundy devient l'un des plus demandés de l'écran, et le public le regarde encore des années plus tard. « J'ai réalisé L'Orange amère avec le cœur et l'âme », confie-t-elle. « J'ai travaillé sur les détails, entourée d'une équipe professionnelle d'acteurs et de techniciens. »
Derrière la caméra, une parole engagée
Actrice, elle l'est restée — à sa manière. Au début de carrière, elle enchaîne les téléfilms : Les Racines de l'Arganier d'Abbas Fourak, Mémoire de Wardia de Mohamed Hassini, Ghazl al-waqt de Mohamed Charif Tribek, Une nuit pluvieuse… Elle prête aussi sa voix et son visage au feuilleton syrien Le maître des amoureux, en incarnation de Zineb, « une fille à forte personnalité qui évolue dans une tribu », et au télé-feuilleton Maria Nasser de Leïla Triki, dont elle réécrit par ailleurs le scénario. Elle signe également celui de la première partie de la sit-com Lalla Fatema. Depuis, elle joue moins : elle consacre l'essentiel de son temps à la réalisation et à l'écriture, et accepte de petits rôles « juste pour marquer ma participation et pour me faire plaisir ».
Sa caméra, elle, ne chôme pas. En janvier 2019, Al Jazeera World diffuse Morocco's Village Superwomen, documentaire signé Bouchra Ijork, consacré aux femmes amazighes des villages de l'Atlas restées seules aux commandes des foyers, des champs et des troupeaux pendant l'absence de leurs maris partis travailler ailleurs. « Je suis humaniste et pas du tout féministe. J'essaye de soulever les problèmes liés à la femme, à l'homme et à l'enfant. »
Derrière toutes ses affirmations, une même ligne : « J'aime être derrière la caméra, je m'exprime mieux par le moyen de l'image. » Chaque film, dit-elle, la rapproche du style qui serait le sien.
Questions fréquentes
Qui est Bouchra Ijork ?
Bouchra Ijork est une réalisatrice, scénariste, dramaturge et actrice marocaine née le 28 octobre 1976 à Casablanca. Diplômée de l'ISADAC en 1998 (section art dramatique) et formée à l'université d'été de la Fémis, elle est notamment la réalisatrice du téléfilm L'Orange amère (2007, sur 2M) et des courts métrages Karawane, l'oiseau libanais et Al Bahja (2004).
Quels sont ses principaux films et téléfilms ?
Comme réalisatrice, elle a signé les téléfilms Al Bahja (2004) et L'Orange amère (2007), ainsi que le court métrage Karawane, l'oiseau libanais (2004), récompensé au festival tunisien de Klibia et présenté au festival de Tribeca à New York. On lui doit aussi le documentaire Morocco's Village Superwomen, diffusé par Al Jazeera World en janvier 2019.
Quels rôles a-t-elle joué, sur scène et à la télévision ?
Au théâtre, elle a écrit et mis en scène Parlons de la mort (1996) et adapté Le Pain nu de Mohamed Choukri (1998). À la télévision, elle a tourné dans plusieurs téléfilms — Les Racines de l'Arganier, Mémoire de Wardia, Ghazl al-waqt — et dans le feuilleton syrien Le maître des amoureux, où elle incarnait Zineb.
Sources
- Wikipédia — Bouchra Ijork
- Wikipédia (en) — The Bitter Orange
- Le Matin — Le portrait de Bouchra Ijork, une cinéaste passionnée (10 juin 2006)
- Aujourd'hui le Maroc — Portrait : Bouchra Ijork, derrière la caméra
- Aujourd'hui le Maroc — Bouchra Ijork : « Une gentillesse suffit à me rendre heureuse » (18 octobre 2009)
- Africultures — Fiche personne : Ijork Bouchra
- Le360 — Téléfilms : « Orange Amère 2 » en chantier ? It was a joke ! (27 novembre 2019)
- Al Jazeera World — Morocco's Village Superwomen (30 janvier 2019)
Photo : Rabiielko — Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
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