Asmaa Lamnawar : du Golfe à la darija, la voix qui change de langue
Portrait de la chanteuse qui a fait passer la chanson marocaine du Golfe à la darija.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Asmaa Lamnawar est une chanteuse et actrice marocaine née le 25 juillet 1978 à Casablanca. Plus de vingt ans après son premier album, elle reste l'une des rares voix marocaines à avoir conquis à la fois les scènes du Golfe, les plateaux égyptiens et le public de la chanson marocaine : elle chante en dialecte khaliji, en arabe égyptien, en arabe classique comme en darija. Le 18 décembre 2025, elle ouvre la finale de la Coupe arabe au stade de Lusail en interprétant l'hymne national, une prestation massivement relayée sur les réseaux sociaux.
Ce parcours ne ressemble pas aux carrières orientales standardisées. Casablancaise formée devant les micros de la télévision marocaine, révélée par la musique du Golfe, adoptée par l'Égypte, elle est revenue de son propre mouvement vers la chanson marocaine. En chemin, elle a enregistré des génériques de séries, chanté avec Kadhem Saher et Abu Bakr Salem, repris l'algérienne Wahrane et rendu hommage à Najat Aatabou — sans jamais choisir entre les deux rives de sa culture.
Origines et débuts : le micro à quinze ans
Asma Lmnawar — أسما المنور en arabe — naît à Casablanca le 25 juillet 1978. Sa première expérience publique a lieu à quinze ans, dans l'émission musicale Noujoum El Ghad (« Les stars de demain »), où elle interprète un titre d'Oum Kalthoum. À seize ans, elle participe au festival de musique arabe « Angham », organisé par la radiodiffusion-télévision marocaine, et y remporte le prix de la meilleure interprétation. Elle enregistre à la même période des génériques de séries marocaines et des bandes originales de films.
Elle intègre ensuite la troupe « Oriental Mood », un groupe de musiciens du monde fondé en 1992, qui l'emmène tourner au Danemark, en Suède et surtout en Égypte. Le statut reste celui d'une lycéenne qui doit concilier études et formation, comme elle l'explique à Asharq al-Awsat en 2002. C'est en Égypte que bascule la trajectoire : les critiques la comptent parmi les chanteuses arabes les plus prometteuses de sa génération, et elle est invitée à rejoindre l'Opéra du Caire, pour lequel elle revisite de grands classiques égyptiens.
Du Golfe au Caire : la percée panarabe
C'est par la musique du Golfe qu'elle fait réellement son entrée sur la scène musicale arabe. Elle signe avec le label saoudien Fonoun El Jazira, qui lui fait sortir en 2002 son premier album, Wa Nari, porté par des compositions de Talal Maddah et de Khaled Bin Fahd. Elle y glisse Bass Layla, chanson qui mélange le dialecte du Golfe et le dialecte marocain — la première preuve publique de cette double appartenance.
Jusque-là, sa notoriété reste concentrée sur les pays du Golfe. En 2004, tout s'accélère : elle enregistre avec le chanteur irakien Kadhem Saher le titre Ashko Ayam, écrit en arabe classique. Le succès déborde les frontières régionales et la fait découvrir dans le reste du monde arabe. L'année suivante sort Shay Aadi, et elle chante le duo Kahal El Dhalm avec le Saoudien Abu Bakr Salem.
2005 est aussi l'année du Festival des musiques sacrées du monde de Fès : sur un programme réalisé par Said Chraibi, elle interprète des chansons andalouses et soufies, accompagnée de l'Orchestre et du chœur de la communauté de Madrid. Deux ans après avoir chanté du khaliji, elle défend le patrimoine andalou et le soufisme marocain sur une scène internationale.
Rotana, les duos et les grandes scènes
En 2008, elle signe avec la maison de production Rotana, qui lui fait sortir Men Hena El Bokra, presque entièrement chanté en arabe égyptien. L'album contient une reprise de l'algérienne Wahrane, écrite et composée par Ahmed Wahby : chanson de l'exil, elle connaît un succès considérable dans le monde arabe et lui vaut une invitation au Festival international de Carthage. C'est au cours de la préparation de ce disque qu'elle rencontre l'arrangeur tunisien Issam Chraïti, qu'elle épouse la même année ; le couple divorce en 2013, après la naissance de leur fils Adam.
La période Rotana est celle des duos. En 2009, elle publie une reprise de la chanson tunisienne Khayna avec Rashed El Maged, puis un second duo avec Kadhem Saher sur le classique El Mahkama, tourné en clip et devenu un gros succès, surtout au Maroc. En 2011, elle monte de nouveau sur scène avec Kadhem Saher à Rabat, au festival Mawazine, un concert salué par Libération comme « un joli duo ».
En 2010, elle sort son quatrième album, Rouh : treize chansons khaleejis et deux chansons marocaines, co-écrites avec son mari et des poètes du Golfe. Pour la première fois, elle écrit elle-même les paroles d'un titre, J'en ai marre : une chanson gospel en arabe marocain, dont le titre est un clin d'œil à Najat Aatabou et qui traite de l'exil. Sa deuxième chanson marocaine, Aji Daba, est écrite par Hoda Saad. Deux titres seulement, mais c'est là que se joue le basculement.
Le retour à la chanson marocaine
Après un single intitulé Safi en 2013, elle remet la chanson marocaine au centre de son travail : Hakawa, en 2015, porte une composition de Jalal El Hamdaoui ; Machi Roujola, en 2016, s'appuie sur un texte de Samir El Moujari. Ces titres la replacent dans la conversation populaire marocaine, celle de la chanson de fête. La même année, elle est élevée au titre de chevalier de l'ordre du Mérite national.
En mars 2015, elle donne un concert au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, pour la Journée de la femme organisée par la fondation Ibn Battuta ; Le Matin y rend compte d'un public séduit. En 2017, elle revient au festival Mawazine de Rabat, où le journal la compte parmi les têtes d'affiche de la musique marocaine. La même année paraît Sabiya, chez Rotana, presque intégralement composé de chansons marocaines, dont Andou Zine, inspiré de l'art de l'aïta, et Cheft Mnam', enregistré avec le guitariste camerounais Richard Bona.
Aujourd'hui : hymne, succès numériques et transmission
La décennie 2020 s'ouvre sur deux signes d'une popularité durable. En 2020, le magazine Forbes la mentionne parmi les 100 personnalités les plus célèbres du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord ; la même année, Hayna, son duo avec Hatim Ammor, dépasse quatre millions de vues en trois jours sur YouTube et déclenche une polémique entre ayants droit, révélée par Le360. Viennent ensuite We9tach (2021), en dialecte marocain, et Welcome to Morocco (2023), chanson officielle de la Coupe du monde des clubs organisée au Maroc, produite par RedOne. En octobre 2024, Orange Maroc la choisit pour sa campagne de fibre optique, portée par une chanson au rythme amazigh.
Elle reste aussi une interprète d'occasion pour les grands moments nationaux : après l'hymne de la finale de la Coupe arabe, elle clôt en août 2026, avec Karima Gouit, la 14e édition du Festival Voix de Femmes de Tétouan. Elle y rend hommage à Abdessadeq Cheqara, figure de la musique arabo-andalouse du Nord, et annonce un nouvel album de 22 chansons, présenté comme « fin prêt ». Ce qu'on retient d'elle tient en une méthode : formée au répertoire classique, vendue par le Golfe, élevée par l'Égypte et revenue à la darija, elle a montré qu'une carrière arabe peut se construire par additions — une voix qui change de langue sans jamais changer d'accent.
Questions fréquentes
Qui est Asmaa Lamnawar ?
Une chanteuse et actrice marocaine née le 25 juillet 1978 à Casablanca. Révélée à la télévision marocaine puis par la musique du Golfe à partir de 2002, elle a enregistré les albums Wa Nari, Shay Aadi, Men Hena El Bokra, Rouh et Sabiya (Wikipédia).
Dans quels dialectes chante-t-elle ?
Le khaliji (dialecte du Golfe), l'arabe égyptien, l'arabe classique — chanté aux côtés de Kadhem Saher — et le dialecte marocain, avec des titres comme J'en ai marre, Hakawa ou We9tach (Wikipédia FR).
Quels sont ses albums et ses dernières sorties ?
Cinq albums studio : Wa Nari (2002), Shay Aadi (2005), Men Hena El Bokra (2008), Rouh (2010) et Sabiya (2017), ainsi que de nombreux singles. En août 2026, elle annonce un nouvel album de 22 chansons prêt à paraître (Aujourd'hui le Maroc).
Sources
- Wikipédia — Asmaa Lamnawar
- Wikipédia (anglais) — Asma Lamnawar
- La Vanguardia (EFE) — concert au Liceu, 14 mars 2015
- Le Matin — public de Barcelone, 17 mars 2015
- Le Matin — Têtes d'affiche de la musique marocaine, 14 avril 2017
- Libération (Maroc) — duo à Mawazine, 24 mai 2011
- Le360 — polémique autour de « Hayna », 21 avril 2020
- Media Marketing — campagne Orange Maroc, 2 octobre 2024
- beIN Sports — finale de la Coupe arabe, 18 décembre 2025
- Aujourd'hui le Maroc — Festival Voix de Femmes, 14e édition
- Maroc.ma — Festival Voix de Femmes, 14e édition
Photo : Hespress — Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0
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