Najat El Garaa : championne du disque F40, pionnière du powerlifting
Portrait de la championne paralympique marocaine du lancer de disque.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Najat El Garaa est une athlète paralympique marocaine spécialisée dans le lancer de disque en catégorie F40, devenue championne paralympique à Londres en 2012, double championne du monde (2006 et 2011) et médaillée de bronze à Pékin en 2008. Née le 27 juillet 1982 à Témara, près de Rabat, elle s'est ensuite reconvertie dans le para powerlifting et a terminé quatrième des Jeux paralympiques de Paris 2024, un résultat qu'elle a décrit comme « exceptionnel ».
Atteinte d'achondroplasie, elle mesure 1,35 m à l'âge adulte. C'est dans la classification F40 — réservée aux athlètes de petite taille — qu'elle a bâti l'un des palmarès les plus fournis du para-sport marocain féminin : deux podiums paralympiques acquis en huit jours à Londres, deux titres de championne du monde, et un record du monde du disque. Puis, à 35 ans, elle a fait le pari de tout recommencer dans une discipline radicalement différente, le développé couché du para powerlifting, où elle a failli décrocher une seconde médaille paralympique à Paris 2024.
Son parcours raconte une idée simple et exigeante : le palmarès n'est pas une fin, c'est une rampe de lancement. « Je cherche toujours des défis, c'est ma vocation », résumait-elle après les Jeux de Paris, où elle a échoué à six kilogrammes du podium.
Témara, 1982 : une enfance dans une famille de sportifs
Najat El Garaa naît le 27 juillet 1982 à Témara, une ville de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Son nom s'écrit en arabe نجاة الڭرعة. Elle grandit dans un foyer où le sport de haut niveau n'est pas une exception mais une manière de vivre : ses deux sœurs, Laila et Hayat El Garaa, et son frère, Mohamed El Garaa, sont tous des athlètes paralympiques de haut niveau. L'aînée, Laila, née en 1977, a été médaillée d'argent au lancer de poids aux Jeux paralympiques d'Athènes 2004 puis de bronze à Pékin en 2008, avant de concourir aux côtés de Najat à Londres en 2012.
Cette fratrie a bâti sa carrière sous une contrainte qu'elle n'a jamais cachée : l'achondroplasie, un trouble de la croissance osseuse qui lui donne une taille adulte de 1,35 m. Dans l'athlétisme handisport, cette condition place l'athlète dans la catégorie F40, une classification où les performances se mesurent à la précision du geste autant qu'à la force du jet — et où la concurrence est rude, dominée pendant des années par la Tunisienne Raoua Tlili et la Chinoise Meng Genjimisu.
La jeune Témaraïte s'engage dans le lancer, une discipline technique qui exige un apprentissage long : appui, rotation, lâcher. Elle rejoint le Club Amis de Fès, selon sa fiche de compétition, et entre progressivement dans le cercle des athlètes marocains qui, à partir des années 2000, donnent au Royaume une place récurrente sur les podiums handisports mondiaux. Sa sœur cadette Hayat racontera plus tard, à Arab News, que c'est l'exemple de Najat qui l'a poussée vers le haut niveau : « C'est grâce à Najat que j'ai choisi de devenir une athlète de haut niveau. Elle m'a toujours encouragée, et continue à le faire. Elle m'a également appris à me faire une place au sein de la société. »
La F40 et le lancer : des Mondiaux à Pékin
La confirmation internationale arrive tôt. En 2006, aux championnats du monde d'athlétisme handisport organisés à Assen, aux Pays-Bas, Najat El Garaa s'impose au lancer du disque F40 et décroche également une médaille de bronze au lancer de poids — le premier de ses deux titres mondiaux. Cinq ans plus tard, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, elle conserve son titre mondial du disque lors des championnats du monde de janvier 2011, une compétition où elle se classe quatrième du lancer de poids.
Entre ces deux sacres vient Pékin. En 2008, dans la capitale chinoise, Najat El Garaa monte sur la troisième marche du podium du disque F40 avec un jet à 26,86 m, derrière la Chinoise Meng Genjimisu (28,04 m) et la Tunisienne Raoua Tlili (27,61 m). Elle s'est également classée quatrième du lancer de poids lors de ces mêmes Jeux. À 26 ans, elle possède déjà une médaille paralympique — et un appétit qui ne s'est pas apaisé.
Ce bronze pékinois n'est pas une fin : c'est un tremplin. Trois ans plus tard, le titre mondial de Christchurch confirme ce que le bronze de Pékin laissait présager : la lanceuse de Témara appartient au tout premier cercle de la F40 mondiale.
Londres 2012 : l'or et le record du monde
Vendredi 31 août 2012, au Stade olympique de Londres, la finale du lancer de disque F40 des Jeux paralympiques d'été devait se jouer entre trois noms : Meng Genjimisu, Raoua Tlili et Najat El Garaa. Elle se termine par une surprise marocaine. Avec un jet à 32,37 m, la lanceuse marocaine s'empare de la médaille d'or et bat au passage le record du monde de la discipline, qui était détenu jusqu'alors par la Tunisienne Tlili. Celle-ci termine deuxième avec 31,16 m, la Chinoise Meng troisième avec 30,44 m. La sœur de Najat, Laila El Garaa, se classe quatrième avec 25,57 m — au pied du podium, pour un doublé familial marocain qui n'a pas eu lieu.
« Ce grand exploit est le fruit d'un travail de longue haleine et de tant de sacrifices », a déclaré Najat El Garaa à l'Agence marocaine de presse après la finale, précisant qu'elle s'attendait à remporter l'une des trois médailles en jeu, et exprimant sa grande fierté d'avoir récupéré le record du monde de la catégorie. Dans une autre déclaration rapportée par la MAP, elle résumait la portée de l'instant : « Ma consécration est le fruit d'un travail de longue haleine. »
Le contexte donne à cet or une saveur particulière. Il s'agit de la première médaille d'or marocaine de ces Jeux, et de la septième de l'histoire du Maroc en Jeux paralympiques. Le site Yabiladi notait pour sa part que, « avec la médaille d'or de Najaat, la performance des athlètes marocains valides vient déjà d'être dépassée ». Najat El Garaa devient l'athlète marocaine la plus titrée de ces Jeux londoniens.
Et elle ne s'arrête pas là. Une semaine plus tard, le 8 septembre, elle repart au lancer — cette fois au poids — et décroche le bronze avec un jet à 8,62 m, qu'elle signale comme un nouveau record personnel. Derrière Raoua Tlili (9,86 m) et Meng Genjimisu (9,13 m), elle devance sa propre sœur Laila, quatrième avec 8,10 m. Deux médailles en huit jours : la consécration est complète.
Les honneurs suivent. Najat El Garaa est élue sportive marocaine de l'année 2012 et reçoit, en janvier 2013, le Creative Sports Award du Cheikh Mohamed Bin Rashid Al Maktoum. Le para-sport marocain a désormais un visage, et il est féminin.
2017 : le pari du powerlifting
Cinq ans après Londres, l'athlète fait un choix qui surprend : elle quitte la piste pour la salle de musculation. « Après avoir dominé le lancer du disque, Najat El Garaa se met au powerlifting », titre Le Matin en août 2017, lorsqu'elle est en concentration fermée au Centre national des sports Moulay Rachid à Rabat, en vue des championnats du monde de powerlifting, prévus du 29 septembre au 6 octobre 2017 au Mexique.
« Le Maroc n'a jamais remporté de médailles en powerlifting. J'espère que je pourrais poser la première pierre à l'édifice et encourager les autres sportifs à en faire de même », déclare-t-elle au quotidien. La discipline lui est encore largement inconnue, ce qui en fait tout l'intérêt : « Le powerlifting est une discipline très exigeante. C'est un grand défi pour moi et je prépare cette échéance avec beaucoup d'engagement, en espérant que cela aboutira à une consécration. » Elle résume son projet avec une formule qui deviendra sa signature : « Je me suis donc dit que c'est une occasion pour me transcender et repousser un peu plus les limites de mes capacités. »
Le virage est aussi une entreprise de pionnière. En 2017, la Marocaine ne mise pas seulement sur son propre palmarès : elle espère ouvrir une voie que d'autres pourront suivre, dans une discipline alors peu répandue au Royaume et où aucun athlète marocain n'avait encore atteint le sommet. Sept ans plus tard, son pari prendra une coloration supplémentaire : devenir, selon ses mots, « la première femme arabe à gagner des médailles paralympiques dans deux sports différents ».
Tokyo, Paris et l'ambition Los Angeles 2028
La conversion s'installe dans le temps long. À Tokyo 2020, disputés en 2021, Najat El Garaa se classe cinquième de la catégorie des moins de 55 kg, une première participation sous ses nouvelles couleurs. À Paris 2024, à l'Arena Porte de la Chapelle, elle termine quatrième des moins de 61 kg avec 124 kg au développé couché, à six kilogrammes seulement de la troisième place.
Le bilan, pour une athlète qui a pourtant l'habitude des podiums, n'est ni amer ni décevant. « C'est un exploit d'être quatrième ici. J'ai explosé mon ancien record, c'est une très grande satisfaction », déclare-t-elle à l'issue de la compétition, ajoutant que cette quatrième place a, pour elle, « une place de choix » dans une carrière riche en exploits, et qualifiant son résultat d'« exceptionnel ». « C'est la récompense de beaucoup de travail », poursuit-elle. Elle décrit le powerlifting comme une discipline plus dure, à tous les niveaux, que le lancer : « Les deux sports sont différents, le powerlifting est beaucoup plus dur en termes d'entraînement et même à tous les niveaux, mais j'aime les défis. Je cherche toujours des défis, c'est ma vocation. »
C'est dans cet état d'esprit qu'elle tourne désormais son regard vers Los Angeles 2028, où elle veut transformer la déception parisienne en médaille. « Je veux ajouter une médaille paralympique en powerlifting à mon palmarès et être la première femme arabe à gagner des médailles paralympiques dans deux sports différents », affirme-t-elle. Une telle quête serait inédite — et c'est précisément ce qui la motive.
Pour les jeunes filles marocaines qui découvrent aujourd'hui le para-sport, l'exemple Najat El Garaa tient en quelques lignes : une ville, Témara, une famille de quatre frères et sœurs engagés dans le handisport, deux titres mondiaux avant l'or paralympique, puis le courage de tout remettre en jeu à l'âge où beaucoup de sportifs raccrochent. À 44 ans, elle n'a pas terminé son épopée : elle l'a simplement relancée.
Questions fréquentes
Quel est le palmarès paralympique de Najat El Garaa ?
Elle a remporté trois médailles aux Jeux paralympiques d'été : le bronze du lancer de disque F40 à Pékin en 2008, l'or de la même épreuve à Londres en 2012 (avec un record du monde à 32,37 m) et le bronze du lancer de poids F40 à Londres, huit jours plus tard, avec 8,62 m. Elle a également été médaillée d'or aux championnats du monde de 2006 et de 2011.
Quel record du monde a-t-elle établi à Londres ?
Le 31 août 2012, lors de la finale du lancer de disque F40 des Jeux paralympiques de Londres, Najat El Garaa a lancé son disque à 32,37 m, nouveau record du monde de la catégorie. Le précédent record était détenu par la Tunisienne Raoua Tlili, qui a terminé deuxième de cette finale avec 31,16 m.
Pourquoi a-t-elle changé de discipline en 2017 ?
Après plus d'une décennie au lancer, elle a choisi le para powerlifting pour relever un nouveau défi et ouvrir une voie dans une discipline alors peu pratiquée au Maroc, où aucun athlète n'avait atteint le sommet. « Je me suis donc dit que c'est une occasion pour me transcender et repousser un peu plus les limites de mes capacités », a-t-elle expliqué à Le Matin en 2017.
Sources
- Wikipédia — Najat El Garaa (état civil, palmarès, classification F40)
- Wikipédia EN — Najat El Garaa (palmarès, distinctions, sportive marocaine de l'année 2012)
- International Paralympic Committee — Fiche de Najat El Garraa (résultats par compétition)
- IPC — Londres 2012, lancer de disque F40 femmes
- IPC — Londres 2012, lancer de poids F40 femmes
- IPC — Pékin 2008, lancer de disque F40 femmes
- MAP / AllAfrica — « Najat El Garaa, championne paralympique du lancer du disque », 3 septembre 2012
- Yabiladi — Jeux Paralympiques 2012 : médaille d'or et record du monde pour le Maroc
- Le Matin — « Après avoir dominé le lancer du disque, Najat El Garaa se met au powerlifting », 9 août 2017
- Olympics.com — Para powerlifting : Najat El Garraa ne se fixe aucune limite, que des défis
- Arab News en français — Hayat el-Garaa, l'athlète marocaine qui rêve de battre un nouveau record du monde
- Moroccan World News — Najat El Garaa reçoit le Creative Sports Award du Cheikh Mohamed Bin Rashid Al Maktoum, janvier 2013
- Photographie : Wikimedia Commons — « Najat El Garaa F40 Discus thrower at the 2012 Summer Paralympics.jpg » (auteur : Paul Willis, licence CC BY-SA 2.0)
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