Salwa Idrissi, présidente d'Aksal : de Zara au Morocco Mall
Portrait de la femme d'affaires qui a fait entrer les grandes enseignes au Maroc.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
- Une enfance entre diplomatie et esprit d'affaires
- 1993 : la naissance d'une entrepreneur
- L'empire des franchises : Zara, Massimo Dutti et les autres
- Morocco Mall : le pari du plus grand centre commercial d'Afrique
- Yan & One : quand la beauté devient connectée
- Classements, distinctions et reconnaissance
- Questions fréquentes
- Sources
Salwa Idrissi n'est pas seulement l'épouse d'un chef du gouvernement : c'est avant tout une femme d'affaires qui a redessiné le visage de la grande distribution et du luxe au Maroc. Fondatrice et présidente du groupe Aksal, elle tient les rênes d'une holding spécialisée dans les produits de luxe, les grands magasins et les centres commerciaux, détient les droits de franchise exclusive de dizaines de marques internationales sur le sol marocain et siège, depuis 2007, au conseil d'administration de la Banque centrale populaire. Une trajectoire entamée en 1993 avec une modeste société de distribution de matériaux de revêtement, et qui a fait d'elle l'une des figures les plus influentes du retail africain.
Une enfance entre diplomatie et esprit d'affaires
Salwa Idrissi naît à Casablanca, dans une famille où le commerce et l'international se croisent tôt. Selon Wikipédia, elle est la fille d'un grand diplomate marocain qui a servi à l'ambassade du Maroc en Irak, au Liban et en Arabie saoudite, et qui fut aussi un pionnier du commerce du marbre au Royaume. Du côté maternel, elle est la petite-fille de Haj Ahmed Benlafkih, un homme d'affaires réputé. Deux héritages complémentaires — l'ouverture sur le monde de la diplomatie, la culture des affaires de la famille Benlafkih — qui expliquent sans doute son appétit précoce pour les marques étrangères et son aisance à négocier avec les grandes maisons européennes.
Elle est aujourd'hui l'épouse d'Aziz Akhannouch, homme d'affaires et homme politique, président du Rassemblement national des indépendants (RNI) et chef du gouvernement du Maroc depuis le 7 octobre 2021. Le couple a trois enfants. Mais Salwa Idrissi a toujours tenu à tracer sa propre route professionnelle, loin du seul rôle d'épouse de dirigeant : c'est elle qui a bâti Aksal, c'est elle qui a signé les franchises et c'est elle qui a lancé Yan & One.
1993 : la naissance d'une entrepreneur
Sa carrière commence en 1993, année où elle crée une société spécialisée dans la distribution de matériaux de revêtement et de parquet. Un secteur loin des podiums de la mode, mais une école exigeante de la logistique, du négoce et de la relation fournisseurs. Très vite, elle se spécialise dans les accords de franchise, cette formule qui permet à une marque étrangère de se développer dans un nouveau marché sans en maîtriser seule l'exploitation — et inversement, à un entrepreneur local, de s'appuyer sur des enseignes déjà connues du public.
Le tournant se joue avec le géant espagnol Inditex. Selon les sources, un accord est scellé en 2001 avec le groupe, et en 2004, Salwa Idrissi inaugure la première boutique Zara d'Afrique, un moment fondateur pour le retail marocain : le fast fashion fait son entrée triomphale au Royaume, et avec lui une nouvelle manière de consommer la mode. La même année, elle obtient la franchise de Massimo Dutti, suivie ensuite par Pull & Bear, Bershka, Oysho, Banana Republic ou encore Gap.
En 2007, elle franchit un autre cap en intégrant le conseil d'administration de la Banque centrale populaire (BCP), l'une des principales banques du Royaume — une reconnaissance institutionnelle rare pour une femme d'affaires marocaine. Passionnée de luxe, elle fait aussi entrer au Maroc des maisons comme Gucci, Dior, Louis Vuitton, Fendi, Ralph Lauren ou Emporio Armani, notamment au sein de son centre commercial casablancais.
L'empire des franchises : Zara, Massimo Dutti et les autres
Le modèle Aksal repose sur une idée simple et redoutablement efficace : devenir l'interlocuteur unique des marques internationales au Maroc. Le groupe détient les droits de franchise exclusive de près d'une quarantaine d'enseignes — Zara, Massimo Dutti, Pull & Bear, Bershka, Oysho, Banana Republic, Gap, Emporio Armani, Fendi, Gucci, Ralph Lauren, entre autres — ce qui lui confère une position de quasi-monopole sur certains segments du marché. Pour les marques, Aksal est la porte d'entrée naturelle du marché marocain ; pour les consommateurs marocains, c'est la garantie de retrouver, à Casablanca comme à Rabat ou Marrakech, les mêmes univers de marque qu'à Madrid, Paris ou New York.
Au fil des années, le groupe, qui emploie plus de 1 100 personnes selon la presse économique, s'est diversifié : distribution, immobilier commercial, formation. En 2011, Salwa Idrissi crée l'AKSAL Academy, un centre de formation dédié aux métiers du retail, consciente que la croissance des enseignes suppose des vendeurs, des responsables de magasin et des managers formés aux standards internationaux du service.
Morocco Mall : le pari du plus grand centre commercial d'Afrique
En 2011, Salwa Idrissi lance le chantier qui ancre définitivement son nom dans le paysage économique marocain : le Morocco Mall, inauguré sur la corniche de Casablanca. Sur 10 hectares, avec environ 70 000 m² de surface commerciale et un investissement avoisinant les 175 millions d'euros, le complexe se hisse parmi les plus grands centres commerciaux du continent. Aksal en détient 50 %, aux côtés de partenaires internationaux.
Le succès est immédiat et durable : les estimations évoquent près de 15 millions de visiteurs par an, attirés par des marques de luxe (Gucci, Dior, Louis Vuitton, Fendi), mais aussi par la Fnac, des restaurants, un cinéma et des espaces de divertissement. En 2012, le Morocco Mall reçoit à Cannes, lors du MIPIM, un prix dans la catégorie du meilleur centre commercial pour son architecture. Le projet a aussi permis à Salwa Idrissi de se positionner comme une promotrice immobilière de premier plan : des projets de centres commerciaux similaires à Rabat et Marrakech ont régulièrement été évoqués dans la presse.
Yan & One : quand la beauté devient connectée
Le 28 octobre 2017, Salwa Idrissi dévoile au cœur du Morocco Mall son nouveau bébé : Yan & One, une marque de cosmétiques marocaine conçue après plus de trois ans de travail, de recherche et de créativité. L'ambition est claire : proposer une nouvelle approche de la beauté, inclusive et connectée. Le magasin-phare déploie 3 500 m² aménagés en quatorze univers le long d'une « avenue » centrale, avec un millier d'écrans, des miroirs interactifs et des outils digitaux — un concept de « beauty smart store » que la presse a présenté comme l'un des premiers du monde.
Le catalogue Yan & One est volontairement exhaustif : maquillage, soins, parfums, hygiène, accessoires, et même thés, adressés aux femmes comme aux hommes, « quels que soient leur couleur de peau, leur morphologie ou leurs moyens », précise le groupe. Les parfums sont créés à Grasse, en France, la capitale mondiale du parfum ; les soins sont développés par des laboratoires européens en Suisse et en France, dans le respect de la réglementation internationale des cosmétiques, avec des formules majoritairement dépourvues de parabènes, de phenoxyéthanol et de PEG. Une ligne s'inspirant de rituels marocains complète l'offre. Le magasin doit employer 220 personnes et couvrir une trentaine de métiers différents. En 2022, la femme d'affaires a par ailleurs évoqué le lancement de Wasal, une plateforme de marketplace inspirée d'Amazon, dans la continuité de sa stratégie digitale.
Classements, distinctions et reconnaissance
Les distinctions se sont accumulées au fil des années. En 2016, elle reçoit à Londres, lors de la cérémonie des « Arab Women of the Year », le prix « Achievement in Business ». En 2017, le magazine américain OZY la surnomme « Morocco's Leading Lady of Luxury Goods » (la première dame marocaine du luxe), et elle obtient un New African Woman Award dans la catégorie affaires. En 2018, elle figure au deuxième rang du classement « Les 50 Femmes d'affaires influentes en Afrique » établi par The Africa Report, Jeune Afrique et l'Africa CEO Forum, et entre dans la liste des 500 personnalités les plus influentes de l'industrie de la mode selon Business of Fashion. En 2020, Forbes la classe dans son Top 10 des « Women Behind Middle Eastern Brands », récompensant la création de Yan & One. En 2023, Forbes Middle East la place parmi les vingt femmes d'affaires les plus influentes de la région Moyen-Orient-Afrique du Nord, la première au Maroc.
Derrière les classements, un parcours qui fait d'elle un modèle pour toute une génération d'entrepreneures marocaines : celle qui a prouvé qu'on pouvait importer les plus grandes marques mondiales, mais aussi créer une marque locale ambitieuse, et ce depuis Casablanca.
Questions fréquentes
Quel est le parcours de Salwa Idrissi ?
Salwa Idrissi commence sa carrière en 1993 en créant une société de distribution de matériaux de revêtement et de parquet, avant de se spécialiser dans les franchises de mode. Elle obtient la franchise de Zara en 2004 (après un accord avec Inditex signé en 2001), celle de Massimo Dutti en 2006, intègre le conseil d'administration de la Banque centrale populaire en 2007, inaugure le Morocco Mall en 2011 et lance sa marque de cosmétiques Yan & One en octobre 2017 (sources : Wikipédia, Morocco World News, Yabiladi).
Que possède le groupe Aksal ?
Fondé autour de son activité de distribution, le groupe Aksal détient les droits de franchise exclusive au Maroc de près d'une quarantaine d'enseignes internationales — dont Zara, Massimo Dutti, Pull & Bear, Bershka, Oysho, Banana Republic, Gap, Emporio Armani, Fendi, Gucci et Ralph Lauren — ainsi que 50 % du Morocco Mall. Il emploie plus de 1 100 personnes selon la presse économique (sources : Wikipédia, Morocco24, Business of Fashion).
Qu'est-ce que Yan & One ?
Yan & One est la marque de cosmétiques lancée en octobre 2017 par Salwa Idrissi au Morocco Mall : un « beauty smart store » de 3 500 m² articulé en quatorze univers, avec mille écrans et des miroirs interactifs. Les parfums sont créés à Grasse, les soins développés en Suisse et en France, et les formules sont majoritairement dépourvues de parabènes, de phenoxyéthanol et de PEG (source : communiqué du groupe rapporté par Yabiladi et Morocco World News).
Sources
- Wikipédia — Salwa Idrissi
- Wikipédia (en) — Salwa Idrissi Akhannouch
- Yabiladi — Yan & One lancé le 28 octobre au Morocco Mall
- Morocco World News — Launch of YAN & ONE
- Challenge.ma — Salwa Idrissi Akhannouch, PDG d'Aksal
- Business of Fashion — BoF 500
- Arabian Business — 100 Most Powerful Arab Women
- Morocco24 — Salwa Akhannouch among African retail billionaires
Lire aussi : Miriem Bensalah Chaqroun, la pionnière du grand luxe marocain · Aawatif Hayar, une vie au service de la recherche
À propos de l'auteure
La Rédaction
La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
Conversations & Échanges (0)
Espace réservé aux lectricesSoyez la première à ouvrir la conversation sur cet article.