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Femmes Inspirantes 31 oct. 2026 11 min de lecture

Miriem Bensalah-Chaqroun : de l'eau d'Oulmès au patronat marocain

Portrait de la seule femme ayant présidé le patronat marocain.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Miriem Bensalah-Chaqroun : de l'eau d'Oulmès au patronat marocain
📅 Dernière mise à jour : 31 octobre 2026

Miriem Bensalah-Chaqroun est une femme d'affaires marocaine, vice-présidente et directrice générale des Eaux Minérales d'Oulmès — la société qui produit l'eau minérale Sidi Ali et qui est cotée à la Bourse de Casablanca depuis 1943 — et administratrice du groupe Holmarcom. Entre 2012 et 2018, elle a présidé la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), dont elle demeure, depuis sa création, la seule femme à avoir occupé le fauteuil.

Fille d'un signataire du Manifeste de l'indépendance de 1944, diplômée de l'ESCP et titulaire d'un MBA de l'université de Dallas, elle a fait de deux lieux très différents — une source captée dans les collines de l'Oulmès et le bureau du président du patronat — les théâtres d'une même méthode : la rigueur d'une industrielle doublée par l'instinct du dialogue. Surnommée « la patronne des patrons », elle reste l'une des femmes les plus influentes du monde des affaires marocain et africain, régulièrement classée par Forbes Middle East.

Origines et formation

Miriem Bensalah-Chaqroun est née à Casablanca, dans une famille berbère originaire de Berkane. Elle est la fille d'Abdelkader Bensalah, l'un des signataires du Manifeste de l'indépendance de 1944 et fondateur du conglomérat Holmarcom, disparu en 1993. Aînée d'une fratrie de cinq enfants, elle grandit aux côtés de son frère Mohamed Hassan Bensalah, aujourd'hui président-directeur général du groupe familial : l'entreprise n'est pas, pour elle, un héritage abstrait, mais un langage familial appris dès l'enfance.

Pour ses études, elle quitte le Maroc et intègre l'École supérieure de commerce de Paris (l'ESC Paris, devenue ESCP Europe), dont elle sort diplômée en 1984. Elle prolonge ensuite son parcours aux États-Unis par un MBA en « International Management and Finance » de l'université de Dallas, obtenu en 1986. Cette double formation — management à Paris, finance à Dallas — lui donne les deux clés qu'elle utilisera toute sa carrière : lire une organisation, et lire un bilan.

De retour au Maroc, elle aurait pu rester dans la finance. Elle choisira l'industrie, puis la représentation patronale, sans jamais se départir d'un goût prononcé pour la compétition et les sports mécaniques : pilote d'avion (IFR et VFR), pilote de Harley-Davidson, golfeuse et cavalière, elle a remporté en 1993 le célèbre rallye féminin du Trophée des Gazelles.

Parcours professionnel

Son premier emploi se situe dans la finance marocaine : de 1986 à 1989, elle travaille au département Titres et Participations de la Société Marocaine de Dépôt et Crédit (SMDC). C'est là qu'elle apprend les mécanismes de l'actionnariat et des participations — un savoir qui lui servira à l'heure de piloter une entreprise familiale cotée. En 1989, elle rejoint le groupe familial Holmarcom, dont elle siège au conseil d'administration depuis 1990.

Le cœur de sa trajectoire industrielle s'écrit aux Eaux Minérales d'Oulmès. Dirigeante historique de la société — dont elle est aujourd'hui vice-présidente et directrice générale —, elle y construit, sur plus de trois décennies, la leader marocaine de l'eau minérale : les marques Oulmès, Sidi Ali (lancée en 1978 autour de la source Sidi Ali Chérif) et Aïn Atlas (arrivée sur le marché en 2009). Le groupe emploie près de 2 000 femmes et hommes et a réalisé, sur les neuf premiers mois de 2024, un chiffre d'affaires de 230 millions de dollars selon Forbes Middle East.

Au sein du conglomérat Holmarcom — présent dans l'assurance (AtlantaSanad), l'agro-industrie, l'agriculture, l'aéronautique avec Air Arabia Maroc, l'immobilier et la distribution —, Miriem Bensalah-Chaqroun cumule les mandats d'administratrice. Selon le document d'enregistrement universel 2020 du groupe Renault, où elle entre au conseil d'administration en juin 2017 en tant qu'administratrice indépendante, elle est également présidente du conseil d'administration d'Orangina Maroc et directrice générale d'Oulmès Drinks Development.

Ses autres sièges dessinent une carrière de gouvernance : membre du conseil d'administration de l'université Al Akhawayn depuis 2004, administratrice du conseil de Bank Al-Maghrib de 2006 à 2020 (où elle a présidé le comité d'audit, selon le groupe Renault), administratrice indépendante d'Eutelsat de 2012 à 2017, administratrice de Suez à partir de 2016, membre du conseil d'administration d'Initiative for Global Development depuis 2014. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, l'a par ailleurs nommée membre de l'alliance mondiale des investisseurs pour le développement durable (GISD).

À la tête du patronat marocain

Le 16 mai 2012, Miriem Bensalah-Chaqroun écrit une page d'histoire économique marocaine. Candidate unique — le président sortant Mohamed Horani et Abdelilah Hifdi s'étant retirés en cours de course —, elle est élue à la présidence de la CGEM avec 96,8 % des voix (3 317 suffrages sur 3 425 exprimés) et devient la première femme à diriger l'organisation patronale, créée en 1947 et jusqu'alors présidée exclusivement par des hommes. Elle emporte la confédération aux côtés de son colistier Salaheddine Kadmiri, président de la commission PME.

Son programme tient en un verbe qu'elle a martelé dès son discours d'élection : réhabiliter l'acte d'entreprendre. « Réhabiliter l'acte d'entreprendre, c'est donner à chacun le droit d'user de ses talents, de ses compétences et de les partager. C'est, également, libérer l'initiative privée, car seule l'audace précède la performance économique et la prospérité, sans lesquelles il ne peut y avoir de solidarité et de progrès social », déclarait-elle lors de l'assemblée générale élective. Le programme du binôme reposait sur sept axes : le renforcement de l'industrie, la compétitivité de l'offre Maroc, le développement du capital humain, l'accès aux financements et aux marchés publics, l'amélioration de l'environnement juridique de l'entreprise, l'opérationnalisation du partenariat public-privé et l'accompagnement des entreprises en matière de responsabilité sociale.

La PME occupe une place centrale dans sa campagne, menée par une tournée des unions régionales et des fédérations professionnelles : les petites et moyennes entreprises représentent plus de 90 % du tissu économique national, rappelait Le Matin au lendemain de son élection. Réélue en 2015, elle achève son second et dernier mandat en mai 2018, date à laquelle Salaheddine Mezouar lui succède à la présidence de la confédération.

Sa présidence marque aussi l'ouverture de la CGEM à l'international : l'organisation obtient, sous son mandat, le statut d'observatrice lors de la COP22 de Marrakech en 2016. En 2017, le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim l'invite au sommet du G20 pour le lancement de l'Initiative de financement en faveur des femmes entrepreneures, où elle évoque les obstacles rencontrées par les femmes chefs d'entreprise au Moyen-Orient et en Afrique lors d'un panel animé par Chrystia Freeland. Elle défend, sur le terrain national, un dialogue social qu'elle qualifie de « franc, direct et responsable » entre le gouvernement, les syndicats et le patronat.

Réalisations et impact

L'impact de Miriem Bensalah-Chaqroun se mesure d'abord à ce qu'elle a rendu visible : qu'une femme peut diriger, simultanément, une entreprise industrielle cotée et la première organisation patronale du Royaume. En 2013, le magazine Jeune Afrique la compte parmi les « 25 femmes les plus influentes du business en Afrique » ; la même année, elle siège au jury des Cartier Women's Initiative Awards.

Ses résultats lui valent une reconnaissance internationale durable : elle figure aux classements annuels des femmes d'affaires arabes les plus puissantes de Forbes Middle East (15e en 2014, 52e en 2016, 30e en 2017 et 19e en 2023 selon Wikipédia), avant de figurer à la 16e place en 2024 puis à la 21e en 2025 parmi les « 100 Most Powerful Businesswomen » de la région MENA — à cette occasion, Forbes Middle East rappelait ses 230 millions de dollars de chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois de 2024, un fait relayé par Le360.

Les distinctions suivent la même trajectoire : grand officier de l'ordre du Ouissam Al Moukafâa Al Wataniya (ordre du Mérite national) en 2013, grand officier de l'ordre du Mérite civil d'Espagne en 2017 — décerné en reconnaissance de son action en faveur des relations économiques entre le Maroc et l'Espagne — et Légion d'honneur en 2020.

Côté entreprise, l'impact est concret. Les Eaux Minérales d'Oulmès ont inauguré, en 2025, une nouvelle plateforme logistique à Sidi Maarouf, dans la continuité d'une infrastructure de grande envergure mise en service à Tarmilate, dans la région d'Oulmès. À cette occasion, la dirigeante a réaffirmé un engagement qui résume sa manière de faire : la féminisation des métiers « frontline », en ouvrant à des femmes des postes historiquement masculins — vendeuses, prévendeuses, caristes, conductrices de camions.

Sur la scène internationale, elle porte la même exigence. En septembre 2025, en marge de la 80ᵉ Assemblée générale de l'ONU, elle a pris la parole à New York lors de la table ronde « The Big Push: Africa Shapes the Markets » du forum Unstoppable Africa, aux côtés du secrétaire général António Guterres, plaidant pour des outils de « de-risking » capables de sécuriser les projets structurants : « C'est ainsi que nous ferons de l'agenda 2063 une réalité tangible. »

Ce qu'on retient

Le parcours de Miriem Bensalah-Chaqroun est celui d'une héritière qui a choisi de construire plutôt que de jouir. D'une banque d'affaires à l'entreprise familiale, du conseil d'administration de la banque centrale au bureau de la présidence du patronat, elle a relié l'économie marocaine à ses trois piliers : l'industrie, la finance et le dialogue social. Sa carrière prouve qu'une première — être la première femme à la tête de la CGEM — n'a de sens que si elle ouvre durablement la porte. En janvier 2026, son portrait a été élu, par la communauté Moroccan Women Leaders, le portrait de femme leader le plus marquant du mois, et son nom reste associé à l'idée qu'on peut diriger sans hausser le ton.

Vie privée, elle est mariée à Jamal Chaqroun, fils de l'écrivain Abdellah Chaqroun et de l'actrice Amina Rachid, et mère de trois enfants dont deux filles. Après une chute de moto survenue en 1995 aux environs d'Al Hoceïma alors qu'elle traversait le Maroc, elle a poursuivi une vie d'aventurière : encore aujourd'hui, elle pilote, chevauche et joue au golf. Un tempérament qui explique, peut-être, cette phrase entendue dès 2012 et toujours d'actualité : « Nous aurons une CGEM forte. »

Questions fréquentes

Qui est Miriem Bensalah-Chaqroun ?

Miriem Bensalah-Chaqroun est une femme d'affaires marocaine, née à Casablanca dans une famille berbère originaire de Berkane. Vice-présidente et directrice générale des Eaux Minérales d'Oulmès et administratrice du groupe Holmarcom, elle a été, de 2012 à 2018, la première femme à présider la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), organisation patronale créée en 1947.

Quel bilan a-t-elle laissé à la tête de la CGEM ?

Élue le 16 mai 2012 avec 96,8 % des voix puis réélue en 2015, elle a placé la réhabilitation de l'acte d'entreprendre et la PME au centre de son programme, structuré en sept axes allant du renforcement de l'industrie au partenariat public-privé. Sous sa présidence, la CGEM a obtenu le statut d'observatrice à la COP22 de Marrakech en 2016.

Quelles sont ses fonctions actuelles et ses principales distinctions ?

Elle est vice-présidente et directrice générale des Eaux Minérales d'Oulmès et administratrice du groupe Holmarcom, du groupe Renault et de l'université Al Akhawayn, et membre de l'alliance onusienne GISD. Forbes Middle East l'a classée 21ᵉ parmi les femmes d'affaires les plus influentes de la région MENA en 2025 ; elle est grand officier de l'ordre du Mérite national (2013), grand officier de l'ordre du Mérite civil d'Espagne (2017), ainsi que la Légion d'honneur obtenue en 2020.

Sources

Photo : Junta de Andalucía — Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.

Lire aussi : Aawatif Hayar : de l'université au ministère, un parcours de pionnière — la scientifique devenue ministre qui a porté la réforme de la protection sociale. Et Safaa Kasraoui — portrait d'une autre trajectoire féminine marocaine qui a marqué son époque.

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