Amina Benbouchta : anthropologue devenue peintre, le quotidien à nu
Artiste peintre, photographe et installatrice née à Casablanca en 1963, elle dirigeait le magazine Les Aligés et cofonde le Collectif 212 : quarante ans d'art contemporain adossés à l'anthropologie et au genre.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Amina Benbouchta est une artiste peintre, photographe et artiste d'installation marocaine née le 24 décembre 1963 à Casablanca. Ayant étudié au Canada et à Paris, elle est reconnue internationalement pour des œuvres d'art contemporain adossées aux questions sociales liées au genre. Également journaliste, elle a dirigé le magazine de mode et de culture Les Aligés, et elle est cofondatrice du Collectif 212, le groupe d'artistes et de conservateurs voué au soutien de l'art contemporain émergent au Maroc.
Derrière cette fiche, une trajectoire qui se lit comme un entêtement : près de quarante ans d'expositions continues depuis 1986, trois médiums maîtrisés — la peinture, la photographie, l'installation — et un angle d'attaque qui ne l'a jamais quittée : les objets du quotidien, la mémoire, et la condition des femmes entre normes contemporaines et héritage traditionnel. Ses œuvres ont été montrées de la Biennale du Caire au Musée national des femmes et des arts de Washington, en passant par le Musée de Marrakech et le Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain de Rabat.
Son origine double est le premier matériau de son travail. Fille d'un Marocain et d'une Française, elle a grandi dans une famille d'artistes : selon le magazine d'art espagnol Metalocus, son arrière-grand-mère était écrivaine et musicienne, son grand-père photographe, et son père, engagé dans la peinture et le théâtre avant de se consacrer à la photographie, a ouvert une galerie d'art à Rabat. L'accès à la création lui a donc été donné très jeune, au contact de personnalités et d'œuvres dès l'enfance.
De cette formation elle tire une méthode : l'anthropologie. Diplômée de l'Université McGill de Montréal en anthropologie et en études du Moyen-Orient, elle aborde l'image comme un terrain d'enquête. « Je préfère me consacrer à un travail qui interroge l'avenir de l'être humain, de manière universelle, sans ramener en permanence le débat aux détails d'origine ou d'identité », résume-t-elle dans son statement publié par la galerie Sabrina Amrani (traduction).
Origines et formation
Amina Benbouchta naît à Casablanca, au Maroc, le 24 décembre 1963. Wikipédia précise qu'elle est la fille d'un Marocain et d'une Française, une double origine qui « marque son enfance et qui se ressent dans ses œuvres ». La même source rapporte qu'elle commence la peinture à quinze ans, initiée par Jacques Alérini, un artiste peintre de la scène casablancaise. Metalocus ajoute le décor familial : une arrière-grand-mère écrivaine et musicienne, un grand-père photographe, un père passé par la peinture et le théâtre avant d'ouvrir une galerie à Rabat. La création n'a donc pas été une vocation arrachée, mais un environnement d'enfance.
L'encyclopédie anglaise de Wikipédia situe cette enfance pendant les années de plomb, sous le règne de Hassan II, période marquée par la violence d'État et l'intolérance politique, et note que sa carrière d'artiste commence officiellement en 1986, après son diplôme. C'est ce contexte, et non un cadre de spécialistes, qui précède la décision d'étudier ailleurs.
Elle effectue ses études supérieures au Canada : elle obtient son diplôme de l'Université McGill de Montréal, où elle se spécialise en anthropologie et en études du Moyen-Orient, une formation confirmée à l'identique par Wikipédia, Metalocus, la galerie Sabrina Amrani et la foire 1-54. À Montréal elle initie par ailleurs au dessin, à la lithographie et à la gravure. Sur le chemin du retour, elle s'arrête à Paris : en 1988, puis pendant les deux années suivantes, elle suit comme auditrice libre les cours d'art de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris ; les sources anglophones situent précisément cette audition libre entre 1988 et 1990.
Deux formations qui expliquent l'artiste : un regard d'enquêtrice sur les faits sociaux, et une pratique d'atelier — dessin, lithographie, gravure — apprise en marge des écoles. Entre les deux, la question du genre, qu'elle n'a plus quittée.
Parcours professionnel
Amina Benbouchta commence à exposer en 1986 et essaie alors différentes formes d'expression : le dessin, la lithographie, la gravure. Pendant les années 1990, elle dirige le magazine de mode et de culture Les Alignés — orthographié Les Aligés dans l'article de Wikipédia en français. C'est le volet médiatique du parcours : une artiste qui prend la direction d'un titre pour y porter une ligne éditoriale, avant que la critique d'art ne décrive plus tard « le projet éditorial Les Alignés » comme l'une des marques de la scène marocaine des années 1990.
La même décennie, elle cofonde le Collectif 212. Wikipédia en donne la composition : Hassan Echair, Safaa Erruas, Jamila Lamrani, Imad Mansour, Myriam Mihindou et Younès Rahmoun, aux côtés d'Amina Benbouchta. L'encyclopédie décrit un groupe de conservateurs et d'artistes « soucieux de soutenir l'art contemporain émergent au Maroc » ; le lieu qui naît de cette rencontre, Le Cube – independent art room de Rabat, situe la fondation en 2005, année de ses débuts, et confirme la liste des membres fondateurs. La galerie Sabrina Amrani et la foire 1-54 datent elles aussi le Collectif 212 de 2005.
Sur le plan des formes, les années 1990 et 2000 sont celles de l'installation. En 1997, elle réalise sa première installation artistique à l'Hôpital des Enfants Malades de Rabat ; en 2004, elle signe au Musée de Marrakech Maroc-France, expériences croisées ; en 2008, elle termine une troisième installation au château de Dénia, en Espagne. Wikipédia précise qu'elle reprend sa peinture et ses installations en 2005, et que c'est à partir de 2009 qu'elle développe son travail avec la photographie comme nouveau médium — une évolution confirmée par Metalocus et par Sabrina Amrani.
Elle vit et travaille entre Casablanca et Paris, expose principalement au Maroc, en Espagne et en France, et fréquente les foires d'art depuis 2008, lors de la première d'entre elles à Marrakech. Son agenda récent mêle institutions marocaines, galeries européennes et grandes foires africaines : ARCOmadrid, Artissima, les éditions londonienne et parisienne de 1-54, où elle est présentée par Sabrina Amrani.
Le métier de journaliste n'a jamais été abandonné au profit du pinceau : il accompagne l'œuvre. En 2022, interrogée par Le360, elle décrit précisément une méthode de travail à deux : « chacun de nous a travaillé séparément dans son atelier, Ilias à Tanger et moi à Casablanca, puis nous avons chacun effectué des déplacements à tour de rôle pour intervenir sur l'œuvre ».
Réalisations et impact
Le palmarès commence tôt : Amina Benbouchta expose dès 1986, présente ses œuvres à la Biennale du Caire en 1993, où la galerie Sabrina Amrani note un deuxième prix de la Biennale — puis au Musée national des femmes et des arts de Washington DC en 1997. Wikipédia retient ces deux dates comme les bornes internationales de la décennie.
La liste s'allonge ensuite sans rupture : l'Institut français de Casablanca en 1995, le musée de Kerava en Finlande en 2003, le Musée de Marrakech en 2004, la Casa Árabe de Madrid en 2008, 2013 et 2017, la Biennale d'Alexandrie en 2009. En 2014, elle participe à l'exposition inaugurale du Centre d'art contemporain de Vienne et, la même année, à l'exposition inaugurale du Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain de Rabat. En 2019, elle est présente à la première édition de la Biennale de Rabat, au Stedelijk Museum Schiedam pour Modest Fashion, et à Have You Seen A Horizon Lately ?, l'exposition internationale du MACAAL de Marrakech.
Côté marocain, la visibilité se mesure aussi à la couverture de presse. En septembre 2015, Médias24 annonce que l'espace Expressions CDG, à Rabat, lui consacre une exposition Carte blanche à Amina Benbouchta, du 10 septembre au 10 novembre 2015, aux côtés de Dalila Alaoui, Zainab Andalibe, Myriam El Haïk et Soukaina Joual. En octobre 2020, TelQuel rend compte de Vague blanche, un happening de dix-neuf artistes présenté à l'espace 38, casablancais, de la fin septembre au 8 novembre, qui montre son œuvre Désir, 2020, acrylique sur toile et néon. Fin 2013, Yabiladi rapporte sa participation à Milles visages, au Centre d'art moderne de Tétouan, une exposition de femmes marocaines et espagnoles consacrée à la question « Que signifie être une femme ? », aux côtés de Safaa Erruas et de Zoulikha Bouabdellah.
En mai 2022, Le360 rend compte de Pharsallus, une exposition en binôme avec Ilias Selfati à la galerie Villa Delaporte de Casablanca, jusqu'au 30 juin : une quinzaine de dessins récents réalisés à quatre mains. Le texte du catalogue, écrit par la critique d'art Marie Deparis-Yafil, y voit « une vision et surtout un travail en mouvement dans lequel rien n'est figé ». C'est l'aboutissement d'une logique ancienne : des expositions personnelles régulières au Maroc — Amina Benbouchta au Le Cube de Rabat en 2006, Traversées au Dar El Kitab de Casablanca en 2016, Interstices à l'Institut français de Rabat en 2017, On the edge à la galerie Dar El Bacha de Marrakech en 2019 — et, en 2022, une exposition personnelle à Madrid, Are Angel Trumpets Poisonous ?, à la galerie Sabrina Amrani.
L'impact se lit enfin dans les collections : son travail figure, selon Metalocus, dans la Collection Fondation CDG Maroc, la Collection Fondation ONA, la collection de la BCM Bank, la collection du Ministère de la Culture du Maroc, celle de Maroc Telecom, celle de la SGMB et celle du Ministère des Finances. Une œuvre entrée dans les réserves publiques autant que dans les cimaises privées.
Ce qu'on retient
Premier enseignement du parcours d'Amina Benbouchta : la formation n'a pas besoin d'être artistique pour devenir un langage. Une licence d'anthropologie obtenue à Montréal, des cours suivis en auditrice libre aux beaux-arts de Paris, et un travail qui applique l'enquête de terrain à l'image : c'est la combinaison qui produit une œuvre reconnaissable entre toutes, où un objet familier — un lit, un miroir, une crinoline — devient une hypothèse sur la société.
Deuxième leçon : la direction d'une rédaction n'est pas un détour. Les années passées à diriger un magazine de mode et de culture ont donné à l'artiste une pratique du récit et de la publication qu'elle a transportée dans le Collectif 212, dont l'ambition était moins esthétique que structurelle : donner au marocain émergent une scène, un lieu et des relais.
Troisième leçon : la constance vaut palmarès. Exposer depuis 1986 sans rupture, traverser la peinture, l'installation, la photographie et la vidéo, passer de la Biennale du Caire aux musées de Washington, de Marrakech et de Rabat, puis revenir régulièrement aux scènes marocaines : c'est cette continuité, et non un seul titre, qui a fait d'Amina Benbouchta une référence du contemporain marocain.
Enfin, son parcours rappelle que les trajectoires féminines se construisent en collectif. Le Collectif 212, fondé avec Safaa Erruas, Hassan Echair, Jamila Lamrani, Imad Mansour, Myriam Mihindou et Younès Rahmoun, est aussi la preuve qu'un mouvement se fabrique par des choix délibérés, à la galerie comme au magazine.
Questions fréquentes
Qui est Amina Benbouchta ?
Amina Benbouchta est une artiste peintre, photographe et artiste d'installation marocaine née le 24 décembre 1963 à Casablanca. Diplômée de l'Université McGill de Montréal en anthropologie et en études du Moyen-Orient, elle a suivi les cours de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris comme auditrice libre entre 1988 et 1990. Elle est également journaliste, ancienne directrice du magazine de mode et de culture Les Aligés, et cofondatrice du Collectif 212.
Qu'est-ce que le Collectif 212 ?
Le Collectif 212 est un groupe d'artistes et de conservateurs voué au soutien de l'art contemporain émergent au Maroc, cofondé par Amina Benbouchta avec Hassan Echair, Safaa Erruas, Jamila Lamrani, Imad Mansour, Myriam Mihindou et Younès Rahmoun. Le Cube – independent art room de Rabat situe sa création en 2005, année de ses propres débuts, et la galerie Sabrina Amrani ainsi que la foire 1-54 donnent la même date.
Où a-t-elle exposé et quelles sont ses œuvres marquantes ?
De la Biennale du Caire de 1993 au Musée national des femmes et des arts de Washington en 1997, du Musée de Marrakech en 2004 au Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain de Rabat en 2014, en passant par le MACAAL de Marrakech et le Stedelijk Museum Schiedam en 2019. Au Maroc, elle a été mise à l'honneur par l'espace Expressions CDG de Rabat en 2015 (Carte blanche à Amina Benbouchta) et a signé Pharsallus, à la Villa Delaporte de Casablanca en 2022, avec Ilias Selfati.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Safaa Erruas et Ahlam Lemseffer.
Sources : Wikipédia — Amina Benbouchta · Wikipedia — Amina Benbouchta (EN) · Le360 — Pharsallus, Amina Benbouchta et Ilias Selfati à la Villa Delaporte · Médias24 — Amina Benbouchta expose à Rabat · TelQuel — Expo : Vague blanche au 38 · Yabiladi — Tétouan : Femmes marocaines et espagnoles s'unissent autour de l'art · Le Cube — 20 years, les débuts avec le collectif 212 · 1-54 Contemporary African Art Fair — Amina Benbouchta · Metalocus — Amina Benbouchta · Sabrina Amrani Gallery — Amina Benbouchta
À propos de l'auteure
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