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Femmes Inspirantes 02 nov. 2026 14 min de lecture

Amal Ayouch : la pharmacienne qui donne la parole aux femmes du Maroc

Actrice, pharmacienne et conteuse franco-marocaine née à Casablanca, Amal Ayouch est l'une des figures du cinéma et du théâtre marocains. Marraine de Solidarité féminine, elle transforme les paroles des femmes en pièces et en livres.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Amal Ayouch : la pharmacienne qui donne la parole aux femmes du Maroc
📅 Dernière mise à jour : 2 novembre 2026

Amal Ayouch est une actrice, pharmacienne et conteuse franco-marocaine née à Casablanca. Partie étudier la pharmacie à Montpellier en 1984, elle y tombe sur le théâtre par un casting pris au hasard de ses études : depuis la fin des années 1990, elle enchaîne les rôles au cinéma, sur les planches et à la télévision, tout en gardant la casquette de pharmacienne d'officine. Aujourd'hui le Maroc rappelle en février 2024 qu'elle a « plus d'une trentaine de films et de pièces de théâtre à son actif ».

Le nom d'Amal Ayouch s'attache à des films qui ont marqué le cinéma marocain : Destin de femmes d'Hakim Noury en 1998, Ali Zaoua de Nabil Ayouch en 2000, Les Anges de Satan d'Ahmed Boulane en 2007, L'Orchestre de minuit de Jérôme Cohen-Olivar en 2015 ou encore Les Larmes de Satan d'Hicham Jebbari. Wikipédia résume ainsi sa filmographie : elle y incarne « des rôles représentants de multiples facettes du Maroc », de l'avocate à la mère de famille, du médecin légiste à la tante de famille. Africultures la décrit de son côté comme « l'une des figures phares du cinéma et de la scène marocaine, réputée notamment pour ses choix de rôles exigeants et engagés ».

Cette carrière ne s'est jamais détachée d'un second métier ni d'un engagement. Pharmacienne d'officine de formation, elle est aussi marraine de l'association Solidarité féminine, membre fondateur de la Fondation des Arts Vivants et l'auteure du livre A haute voix, né des témoignages de mères célibataires qu'elle a recueillis puis réécrits. L'histoire qui suit raconte comment une étudiante en pharmacie partie de Casablanca est devenue l'une des voix les plus constantes du théâtre et du cinéma marocains.

Origines et formation

Amal Ayouch naît à Casablanca. Sa biographie croise deux références : l'article francophone de Wikipédia indique qu'elle est « née à Casablanca » et qu'elle est « actrice, pharmacienne et conteuse franco-marocaine », tandis que la version anglaise précise une naissance en 1966 et une carrière exercée depuis la fin des années 1990. Rien, dans ces deux sources, ne donne de date de naissance complète : la prudence s'impose donc, et les faits vérifiables sont ceux que l'on vient de citer.

Le point de bascule se produit hors du Maroc. En 1984, elle part à Montpellier, en France, pour étudier la pharmacie — l'article anglais résume le même épisode en notant qu'à dix-huit ans, elle arrive à Montpellier où elle étudie pour devenir pharmacienne. Sur place, elle est prise dans un casting pour jouer une pièce de théâtre. Wikipédia raconte la suite : elle perfectionne son art en suivant des stages auprès d'Ariane Mnouchkine, au Théâtre du Soleil, et de Marc Paquien, de la Comédie-Française. La vocation se construit donc dans les deux références majeures de la scène française, à côté desquelles elle choisit de se former plutôt que dans une école marocaine.

Le choix de vie n'a pas été simple à arracher. Interviewée par Le Matin en février 2019, elle raconte : « Mes parents ont voulu que je sois autre chose. La société ne vous regarde pas toujours d'un bon œil. C'est une forme de prise de liberté, disons, d'aller vers ce que l'on veut vraiment. » Elle précise dans le même entretien qu'elle exerce toujours comme pharmacienne d'officine, cumulant ainsi deux vies professionnelles que l'on s'imaginerait incompatibles. Sa fiche de Wikipédia la présente d'ailleurs comme actrice et pharmacienne, avant d'ajouter, prudemment, que l'information de pharmacienne est marquée comme « réf. nécessaire ».

De cette formation hybride naît une méthode de travail. Dans l'entretien de Le Matin, elle explique ce qui, dans le métier d'acteur, permet « l'acceptation de l'être humain tel qu'il est », à condition d'accomplir « toute la démarche pour se sentir libre, pour s'accepter soi-même tel que l'on est réellement, sans être soumis à tout ce qui nous traverse ». Le vocabulaire est celui d'une femme qui a dû concilier une formation scientifique rigide et un apprentissage artistique, et qui en a tiré une exigence de liberté personnelle.

Parcours professionnel

Au cinéma, la filmographie d'Amal Ayouch débute à la fin des années 1990. Elle joue l'étudiante dans Les amis d'hier d'Hassan Benjelloun en 1997, puis Saida dans Destin de femme d'Hakim Noury en 1998, rôle pour lequel elle obtient le prix d'interprétation du 5e Festival national du film de Casablanca. En 2000, Nabil Ayouch lui confie le rôle de la mère de Ali Zaoua dans le film qui révèle le cinéma marocain au public international. Suivent Les lèvres du silence d'Hassan Benjelloun en 2000, pour lequel elle coécrit le scénario, Casablanca Casablanca de Farida Belyazid en 2002, Les années de l'exil de Nabyl Lahlou en 2001, Le jeu de l'amour de Driss Chouika en 2006, puis Les Anges de Satan d'Ahmed Boulane en 2007, où elle incarne l'avocate.

La décennie 2010 confirme la régularité du parcours. Elle est la tante Ghita de Femmes en miroir de Saad Chraibi en 2011, Najia l'avocate dans Derrière les portes fermées d'Ahd Bensouda en 2012, Fatma dans Sotto Voce de Kamal Kamal en 2014. En 2015, deux sorties portent son nom : Meriem dans Les Larmes de Satan d'Hicham Jebbari et Soraya dans L'Orchestre de minuit de Jérôme Cohen-Olivar. Ce dernier film, sorti le 14 octobre 2015 au Maroc et le 2 mars 2016 en France, a bénéficié d'un budget de 10 millions de dirhams, dont 6 millions avancés par le Centre cinématographique marocain, et a dépassé les 50 000 entrées, selon Médias24. Le casting réunit Gad Elmaleh, Hassan El Fad, Aziz Dadas, Avishay Benazra et Amal Ayouch elle-même. L'actrice raconte dans Le Matin ce qui l'a séduite : « C'était un personnage extravagant, avec une perruque blonde, qui parlait avec un accent russe. Je trouvais que c'était très drôle de pouvoir explorer un personnage de cette manière. »

Sa carrière internationale est réelle mais discrète. Elle tourne dans La Française de Souad El Bouhati en 2008, dans Eye in Juliet de Kim Nguyen en 2016, dans Operation Red Sea de Dante Lam, ainsi que dans plusieurs productions religieuses internationales — The Gospel of Luke, The Gospel of Mark, The Gospel of Matthew, The Gospel of John et The Red Tent — où elle prête sa voix à des figures bibliques. Au Maroc, elle reste présente à la télévision : Nouara en 2007, Ahlam Nassim, feuilleton de trente épisodes en 2012, Al Hayani en 2013, Un mari idéal en 2015 et la série Triq el ward de Hicham Jebbari, quinze épisodes diffusés en 2022.

Sur scène, le répertoire est tout aussi dense. Wikipédia cite Antigone, En attendant Godot de Samuel Beckett, Ophélie n'est pas morte de Nabyl Lahlou et l'adaptation de La Civilisation ma mère de Driss Chraïbi. Cette dernière a été retracée par TelQuel en février 2012 : Emilie Malosse transforme le roman en monologue, Karim Troussi le met en scène et Amal Ayouch le fait vivre sur les planches, après des résidences de travail au lycée Al Yassamine de Hay Hassani et au lycée Lyautey, avant une tournée dans les établissements scolaires casablancais. L'actrice, touchée par le personnage, confie alors : « J'ai pensé à toutes nos mères et grand-mères qui ont vécu cette époque, ont souffert en silence, se sont battues en silence… Et je me suis dit que c'est grâce à elles que nous, les femmes d'aujourd'hui, avons pu gagner en liberté, même si pour certaines cela reste encore minime. »

Les projets récents prolongent cette logique. En 2019, Le Matin recense trois créations théâtrales : L'Armoire, spectacle multidisciplinaire mis en scène par Karim Troussi et présenté au Canada puis dans les Instituts français du Maroc ; Ma ville m'a tuer, d'Abdellah Zrika et Asmaa Houri, créé par la compagnie Anfas pour un théâtre de Bruxelles et ensuite en tournée au Maroc ; et une adaptation de Roméo et Juliette de William Shakespeare, mise en scène par Anne-Laure Liégeois, jouée en français, en darija et en arabe classique. Elle y annonce aussi une série africaine tournée en mars de la même année et un long métrage prévu à partir de l'été. Le fil conducteur de toutes ces productions tient en un mot qu'elle emploie elle-même à propos du théâtre : la liberté d'essayer, de recommencer, d'enrichir un personnage « représentation après représentation ».

Réalisations et impact

Le palmarès d'Amal Ayouch se lit d'abord en festivals. Elle obtient le prix d'interprétation du 5e Festival national du film de Casablanca en 1998 pour Destin de femme, le prix du mérite au féminin délivré par la société pharmaceutique Sophadim en 2002, un hommage au festival de théâtre Al-Kasaba de Ramallah en 2010, un hommage du festival du cinéma de Martil en 2012 et un hommage du Festival du monde arabe du court métrage d'Ifrane et Azrou en 2013. En janvier 2015, Wikipédia anglais signale une distinction au Festival du film des femmes africaines de Brazzaville, complétée par le prix d'interprétation du 12e Festival international du film transsaharien de Zagora pour Les Larmes de Satan. En 2016 viennent le prix d'interprétation du festival de Saïdia et une mention spéciale au festival ciné-plage de Harhoura pour L'Orchestre de minuit, puis un hommage au Festival international du cinéma méditerranéen de Tétouan.

Elle a siégé à plusieurs jurys nationaux et internationaux. Wikipédia la situe au jury Cinécoles du 1er Festival international du film de Marrakech en 2001, présidé par Marie-Christine Barrault, puis, lors du 15e Festival du film de Bastia, aux côtés de Catherine Corsini, Robert Duval et Gérard Darmon, et au 15e Festival international du film de Marrakech en décembre 2015, où elle siège aux côtés de personnalités comme Francis Ford Coppola et Jean-Pierre Jeunet. Africultures reprend ce détail, qui fait d'elle une jurée reconnue au-delà du circuit marocain.

L'impact le plus durable se mesure hors des festivals. Marraine de l'association Solidarité féminine, Amal Ayouch a recueilli les témoignages de mères célibataires, les a réécrits et en a tiré une pièce de théâtre, Violenscène, puis un livre, A haute voix. Wikipédia rattache cette démarche à son « engagement associatif et militant » et à ses lectures de poètes contemporains et orientaux. L'objectif est explicite : donner une forme théâtrale à des paroles que la société marocaine, selon son analyse, préfère étouffer. Interrogée en 2019 sur l'affaire Weinstein, elle confie ainsi à Le Matin : « On n'a pas pu faire taire ces femmes en disant "tu as provoqué" ou "c'est ta faute", comme on peut le dire malheureusement souvent dans notre société à nous. »

Le second champ d'action est culturel. Membre fondateur de la Fondation des Arts Vivants, elle milite pour la promotion du théâtre au Maroc et pour le rendre accessible à tous. Concrètement, en janvier 2010, Aujourd'hui le Maroc la donne comme coordinatrice du projet « Tous en scène », qui vise à former des animateurs du tissu associatif pour mener des ateliers de théâtre pour enfants et adolescents dans la préfecture de Sidi Bernoussi, à Casablanca. Le projet, cofinancé par l'Union européenne et mené en partenariat avec la ville de Casablanca, la direction régionale du ministère de la Culture à Casablanca, le Théâtre de la Mer de Marseille et le collège Saint-Exupéry de Lille, prévoyait une formation de vingt-sept jours répartis sur onze mois en 2010, conclue par un spectacle final. « Nous élargirons cette expérience à d'autres quartiers défavorisés », expliquait-elle alors.

En 2019, elle rappelait que la Fondation des Arts vivants organise le Festival international de théâtre de Casablanca, prévu cette année-là à la fin du mois de mars : « C'est l'occasion d'inviter des pièces d'ailleurs, essentiellement françaises, mais également de mettre en avant des troupes marocaines. » Le motif de l'accessibilité revient partout : celui d'une scène nationale qui s'ouvre, d'un théâtre de quartier qui existe et d'un public qui n'a pas toujours les moyens d'aller dans les salles.

Enfin, la parole donnée aux autres femmes se prolonge dans la création contemporaine. En février 2024, Aujourd'hui le Maroc annonce la représentation du spectacle Rêve sans frontières Fatema Mernissi à l'Espace Rivages de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger, le lundi 26 février. L'œuvre, initiée par Amal Ayouch et Sanae Assif, adaptée et mise en scène par Anne-Laure Liégeois, puise dans les œuvres littéraires, sociologiques, conférences, articles de presse et colloques de la sociologue Fatema Mernissi et passe « par le biais de deux voix féminines marocaines ». Une trajectoire cohérente : de Violenscène à la pensée de Mernissi, l'actrice met en scène la parole des femmes marocaines autant qu'elle la fait entendre.

Ce qu'on retient

Premier enseignement du parcours d'Amal Ayouch : les doubles carrières ne sont pas un obstacle, elles sont une méthode. Pharmacienne d'officine et comédienne, elle a gardé les deux casquettes, et la rigueur de la première nourrit l'exigence de la seconde. Les rôles qu'elle choisit — l'avocate, la mère, la femme de pouvoir, la figure populaire — demandent une documentation précise, exactement ce qu'impose une formation scientifique.

Deuxième leçon : l'engagement se construit par le texte. Plutôt que de s'en tenir au commentaire, Amal Ayouch transforme des témoignages recueillis auprès de mères célibataires en une pièce, Violenscène, puis en un livre, A haute voix. La démarche inverse le sens habituel du militantisme : ce n'est pas elle qui parle pour les autres, ce sont les autres qui parlent par son intermédiaire.

Troisième leçon : l'accessibilité est un choix artistique. Avec la Fondation des Arts Vivants, les ateliers de Sidi Bernoussi, les tournées dans les lycées casablancais et le Festival international de théâtre de Casablanca, elle défend un théâtre qui se joue à l'école, dans les quartiers et en dehors des salles chères. Le théâtre de rue et le théâtre d'appartement figurent, pour elle, dans le même mouvement de démocratisation.

Quatrième leçon : la constance fait la carrière. De Destin de femmes en 1998 à Triq el ward en 2022, en passant par L'Orchestre de minuit, les prix de festivals marocains et internationaux, les jurys aux côtés de Francis Ford Coppola et Jean-Pierre Jeunet, la filmographie d'Amal Ayouch ne connaît pas de trou. Dans un métier réputé pour ses longues périodes d'inactivité, cette régularité est elle-même une forme de réussite.

Questions fréquentes

Qui est Amal Ayouch ?

Amal Ayouch est une actrice, pharmacienne et conteuse franco-marocaine née à Casablanca. Partie étudier la pharmacie à Montpellier en 1984, elle se forme au théâtre auprès d'Ariane Mnouchkine et de Marc Paquien, puis mène depuis la fin des années 1990 une carrière de plus de trente films et pièces, entre Ali Zaoua, Destin de femmes, L'Orchestre de minuit et le répertoire théâtral classique.

Quel est son engagement pour les femmes ?

Marraine de l'association Solidarité féminine, elle a recueilli les témoignages de mères célibataires et les a réécrits en une pièce, Violenscène, puis en un livre, A haute voix. Elle a initié avec Sanae Assif le spectacle Rêve sans frontières Fatema Mernissi, présenté en février 2024 à Rabat, et a coordonné le projet « Tous en scène » de la Fondation des Arts vivants dans les quartiers défavorisés de Casablanca.

Quels prix et distinctions a-t-elle reçus ?

Elle a obtenu le prix d'interprétation du 5e Festival national du film de Casablanca en 1998 pour Destin de femme, le prix d'interprétation du 12e Festival international du film transsaharien de Zagora en 2015 pour Les Larmes de Satan, une distinction au Festival du film des femmes africaines de Brazzaville en janvier 2015, ainsi que le prix d'interprétation de Saïdia et une mention spéciale d'Harhoura en 2016 pour L'Orchestre de minuit, avant un hommage au Festival international du cinéma méditerranéen de Tétouan.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Safaa Erruas et Ahlam Lemseffer.

Sources : Wikipédia — Amal Ayouch · Wikipedia — Amal Ayouch (en) · Le Matin — « Je me sens directement touchée par toutes les injustices qu'une femme peut subir » · TelQuel — Théâtre. Chraïbi sur les planches · Médias24 — L'orchestre de minuit : une comédie aussi surprenante que poignante · Aujourd'hui le Maroc — Fondation des arts vivants : du théâtre pour les quartiers défavorisés · Aujourd'hui le Maroc — Une œuvre initiée par Amal Ayouch et Sanae Assif · Africultures — Amal Ayouch

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