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Femmes Inspirantes 02 nov. 2026 12 min de lecture

Amina Slaoui : trente ans d'inclusion, du centre Noor au téléthon

Présidente de l'Amicale marocaine des handicapés depuis 2011, Amina Slaoui a transformé l'accident de 1992 qui l'a rendue paraplégique en un modèle d'inclusion auto-financé, du centre Noor au téléthon de 2M.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Amina Slaoui : trente ans d'inclusion, du centre Noor au téléthon
📅 Dernière mise à jour : 2 novembre 2026

Amina Laraki Slaoui est une militante associative marocaine, présidente de l'Amicale marocaine des handicapés (AMH) depuis 2011 et de l'Institution Tahar Sebti, l'école d'insertion rattachée au groupe AMH. Née Amina Laraki à Casablanca en 1960, fille d'Ahmed Laraki, Premier ministre du Maroc de 1969 à 1971, elle dirige depuis plus de trente ans l'une des organisations les plus visibles du Royaume sur la question du handicap, devenue un groupement associatif d'entrepreneuriat social qui fonctionne sans subvention permanente.

En août 1992, un accident de vélo survenu pendant ses vacances au Costa Rica la laisse paraplégique. Six mois de rééducation aux États-Unis puis en France, un retour au Maroc face à l'absence de prises en charge, et un choix : transformer l'épreuve personnelle en combat collectif. Elle rejoint l'AMH en 1993, en prend la présidence en 2011, et fait du centre hospitalier Noor de Bouskoura le symbole d'un modèle dans lequel les patients qui peuvent payer financent ceux qui ne le peuvent pas. Ce parcours a été distingué par le prix Takreem 2014 et par la Fondation Schwab pour l'entrepreneuriat social en 2015.

Note de rédaction : l'article de Wikipédia consacré à Amina Slaoui porte un avertissement indiquant qu'il peut avoir été modifié en échange d'une rémunération ou d'avantages non déclarés (août 2023). Ce portrait ne retient donc que les faits recoupés au moins une fois par la presse marocaine, par les institutions qui l'ont primée ou par les pages officielles de l'AMH.

Origines et formation

Amina Laraki naît à Casablanca en 1960, dans une famille de diplomates où les déplacements tôt dans la vie deviennent une seconde nature. Son père, Ahmed Laraki, dirige le gouvernement marocain de 1969 à 1971 ; Harvard Business School, qui lui a consacré une longue interview dans sa collection Creating Emerging Markets, décrit une enfance partagée entre l'Espagne et les États-Unis et rappelle que cette famille était déjà bien connue au Maroc. Elle-même revendique cette culture plurielle comme un appât d'ouverture, forgé bien avant que la vie ne la contraigne à réinventer son rapport au corps.

Ses études supérieures se déroulent en France. En 1984, elle obtient un master en droit international privé et en science politique de l'université Paris Panthéon-Assas et complète sa formation à Sciences Po Paris. Le World Economic Forum, qui lui a ouvert une fiche de décideur, confirme ce double cursus de droit et de sciences politiques. Wikipédia, de son côté, résume le même parcours par un double master en droit international et sciences politiques obtenu la même année. La cohérence des trois sources est ce qui permet de retenir cette formation, malgré le statut éditorial discutable de l'une d'elles.

Plus tard, elle y ajoute un Master Expert Coach de l'École hassania des travaux publics de Casablanca, obtenu en 2007 selon Harvard Business School. La mention n'est pas anecdotique : elle signale le basculement d'une juriste d'entreprise vers une accompagnatrice de structures sociales, compétence qui sera mobilisée bien au-delà d'une seule association.

Point méthodologique : les informations qui ne figurent que dans l'article de Wikipédia, sans appui extérieur, ont été écartées de ce portrait. En revanche, la filiation avec Ahmed Laraki, les années 1960, les diplômes parisiens, l'accident de 1992, l'entrée à l'AMH en 1993, la présidence assurée depuis 2011 et les prix de 2014 et 2015 se retrouvent tous dans au moins deux sources indépendantes : Harvard Business School, le World Economic Forum, la Fondation Takreem, la Fondation Schwab, le Wikipédia de l'AMH et la presse marocaine.

Parcours professionnel

De retour au Maroc en 1984, Amina Slaoui entre à la Banque commerciale du Maroc, où elle passe quatre années avant de quitter le secteur bancaire en 1989 pour fonder une agence de communication et de publicité. Harvard Business School donne le nom de cette structure, Imago : c'est là qu'elle apprend à vendre une idée, à construire une image et à faire travailler une équipe. Ces réflexes, acquis dans le commerce et la publicité, serviront ensuite une cause qui n'avait alors aucun marché ni aucun client.

Août 1992. En vacances avec son mari au Costa Rica, elle chute de son vélo d'un pont et se retrouve paraplégique. L'évacuation se fait par avion ; il faut, raconte-t-elle, huit heures pour parvenir à l'hôpital le plus proche de San José. La rééducation commence à la Mayo Clinic, aux États-Unis, puis se poursuit à l'hôpital de Garches, en France. Elle décrit cette période comme une reconstruction, aussi psychologique que physique, avant de retrouver le Maroc au bout de six mois.

Le constat du retour est brutal : aucune prise en charge digne de ce nom n'attend les personnes devenues handicapées au Maroc. Elle rencontre Mohamed El Khadiri, l'un des fondateurs de l'Amicale marocaine des handicapés, et rejoint l'association en 1993. Ensemble, ils organisent un premier téléthon à Casablanca, le marathon de l'espoir, pour sensibiliser le public et réunir les fonds nécessaires à un centre de rééducation. Ce qui devait être un geste d'urgence devient un programme de travail pour les trente années suivantes.

En 2011, Amina Slaoui devient présidente de l'AMH, mandat confirmé par Wikipédia, par Le Matin, par le World Economic Forum et par ses propres déclarations. Elle est aussi présidente de l'Institution Tahar Sebti depuis 2013, une école fondée en 1956 par Zhor Sebti et ralliée au groupe AMH en 2015, où l'on forme et insère des jeunes en situation de handicap. Le groupement, rebaptisé Act, Make, Hope, emploie aujourd'hui quelque 250 personnes selon le site officiel de l'AMH et son profil public.

Réalisations et impact

L'Amicale marocaine des handicapés est fondée en 1992, comme l'indiquent à la fois son site officiel, Harvard Business School et Médias24, qui rappelle qu'elle naît « en collaboration avec un groupe de personnes handicapées ». Elle est reconnue d'utilité publique en 1996. De la sensibilisation, elle passe vite à l'infrastructure : le premier téléthon, organisé en 1993, sert à lancer le centre hospitalier Noor, inauguré en 2001 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Bouskoura. Médias24 le décrit en 2001 comme le premier centre de rééducation physique pour personnes handicapées du pays, suivi d'un projet similaire à Salmia.

Le cœur du modèle tient dans une phrase d'Amina Slaoui rapportée par Le Matin : « trois patients payants permettent de financer la prise en charge d'un patient sans ressources ». La BBC, qui a visité le centre Noor de Casablanca en 2018, en donne la mécanique : un patient gratuit pour cinq patients payants, une autonomie financière atteinte en quatre ou cinq ans, puis des profits réinvestis dans l'accueil. En dix-sept ans, le centre a ainsi accompagné 26 000 personnes en soins, en appareillage et en soutien, et environ 120 personnes en situation de handicap se présentent chaque jour aux guichets de l'organisation. Ahmed Ait Brahim, directeur de l'intégration sociale au ministère marocain de la Solidarité, saluait alors sur la BBC une couverture allant au-delà de la rééducation, « vraiment unique en Afrique ».

Les distinctions suivent ce travail. En 2014, Amina Slaoui reçoit le prix Takreem dans la catégorie philanthropie et actes sociaux, une distinction qu'elle décrit au Matin comme la reconnaissance concrète du travail de son équipe depuis 1992. En 2015, elle est élue entrepreneur social de l'année par la Fondation Schwab pour l'entrepreneuriat social : la remise a lieu à l'ouverture de la session du Forum économique mondial pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, en Jordanie, et Médias24 souligne que le prix récompense un projet pionnier d'intégration des personnes handicapées. Le Matin précise que 31 entrepreneurs avaient été retenus, dont 5 en Afrique, le groupe AMH étant l'unique représentant du Maghreb.

L'action ne reste pas nationale. En mai 2017, Amina Slaoui intervient à Durban, en Afrique du Sud, lors d'une session innovation lab du Forum économique mondial consacrée aux produits et services de réadaptation. Elle y défend trois axes : le maintien de l'autonomie individuelle, l'inclusion sociale, éducative et professionnelle, puis la défense des droits civils auprès des gouvernements. Médias24 signale au même moment deux conventions de partenariat signées avec la Guinée-Bissau et le Sénégal pour renforcer les capacités de rééducation.

Ses chiffres, elle les assène. En 2015, elle estimait au Matin à 1 530 000 le nombre de personnes en situation de handicap au Maroc, soit plus de 5 % de la population, dont 72 % sans instruction et 88 % sans emploi. En juin 2025, invitée de L'Info en Face, elle juge que les avancées juridiques n'ont pas d'effet sur le terrain et lâche : « Clairement, on n'est pas une priorité ». Le diagnostic est sans appel : un taux de chômage des personnes en situation de handicap supérieur à 66 %, pour 13,3 % au niveau national, 32 % d'enfants handicapés scolarisés et 12 % seulement accédant à l'enseignement supérieur. Elle y dénonce le statut encore expérimental de la carte spécial handicap dans la région de Rabat, s'appuie sur l'article 34 de la Constitution de 2011 et la loi-cadre 97-13, et rappelle le rôle des mères : « Ce sont elles qui portent tout à bout de bras, avec courage et dignité. Les pères sont souvent absents. »

La mobilisation citoyenne a, elle, retrouvé son échelle. Le téléthon du 2 mai 2025, diffusé en prime time sur 2M, a réuni plus de 8,4 millions de téléspectateurs et 3 555 943,24 dirhams au profit de l'extension du centre hospitalier Noor. Le projet prévoit d'augmenter de 80 % la capacité d'accueil, d'ajouter 84 000 actes de rééducation par an et de créer plus de 160 emplois directs et indirects, selon Le Matin. Trente-deux ans après le premier téléthon, la méthode n'a pas changé : faire parler le pays pour financer ce que l'État ne prend pas en charge.

Ce qu'on retient

Premier enseignement : une expérience personnelle peut devenir une compétence politique. Amina Slaoui n'a pas seulement survécu à un accident devenu paralysie ; elle en a tiré un diagnostic de système, celui d'un pays où la rééducation n'existait pas comme service, puis une réponse, celle d'une structure capable de durer plus de trente ans sans dépendre d'un seul bailleur.

Deuxième enseignement : l'inclusion peut être une affaire de modèle économique avant d'être une affaire de budget. Le centre Noor ne demande pas la charité, il organise la solidarité entre patients : ce que l'un paie, l'autre le reçoit. Ce mécanisme, validé par la BBC comme par les chiffres du téléthon, est ce qui a permis à l'organisation de rester indépendante et d'étendre ses activités de la santé à l'éducation et à la formation professionnelle.

Troisième enseignement : le plaidoyer se nourrit de constance. Entre 2015 et 2025, Amina Slaoui est revenue au même endroit, sur les mêmes chaînes, avec des chiffres actualisés mais le même constat : la loi existe, l'application manque. Une militante qui maîtrise ses données et les publie année après année a plus de chances d'être entendue qu'une voix qui se contente d'indigner.

Enfin, son parcours rappelle que l'autorité ne se transmet pas, elle se construit. Fille de Premier ministre, elle n'a pas hérité d'un mandat : elle a passé quatre ans en banque, monté une agence, appris à lever des fonds, puis a consacré le reste de sa carrière à une cause sans lobby. La phrase qu'elle a elle-même choisie pour résumer sa méthode tient en un trait : l'adversité ne vous définit pas, c'est la manière dont vous y réagissez qui le fait.

Questions fréquentes

Qui est Amina Slaoui ?

Née Amina Laraki à Casablanca en 1960, fille de l'ancien Premier ministre Ahmed Laraki, Amina Slaoui est une militante associative marocaine. Diplômée de Paris Panthéon-Assas et de Sciences Po, elle a travaillé dans la banque puis dans la communication avant l'accident de 1992 qui l'a rendue paraplégique. Elle préside l'Amicale marocaine des handicapés depuis 2011 et l'Institution Tahar Sebti depuis 2013.

Comment le centre Noor finance-t-il ses patients ?

Le modèle repose sur la solidarité entre usagers : trois patients payants financent la prise en charge d'un patient sans ressources, selon la formule d'Amina Slaoui reprise par Le Matin. La BBC parle d'un patient gratuit pour cinq patients payants, d'une autonomie atteinte en quatre à cinq ans et de profits réinvestis. Inauguré en 2001 à Bouskoura, le centre hospitalier Noor a accompagné 26 000 personnes en dix-sept ans.

Quels prix Amina Slaoui a-t-elle reçus ?

Elle a reçu le prix Takreem 2014, catégorie philanthropie et actes sociaux, puis le prix de la Fondation Schwab pour l'entrepreneuriat social en 2015, remis à l'ouverture de la session du Forum économique mondial pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Sur les 31 entrepreneurs sélectionnés cette année-là, le groupe AMH était l'unique représentant du Maghreb.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Fatima Sadiqi et Asmaa Chabi.

Sources : Wikipédia — Amina Slaoui · Wikipédia — Amicale marocaine des handicapés · Médias24 — Amina Slaoui, sacrée entrepreneur social 2015 par la Fondation Schwab · Médias24 — Amina Laraki Slaoui prend la parole au World Economic Forum · Le Matin — Entretien avec Amina Slaoui, 2015 · Le Matin — Personnes en situation de handicap : les mentalités ont évolué (juin 2025) · Le Matin — Téléthon 2025 pour l'extension du centre hospitalier Noor · BBC News — The battle for better disability rehab in North Africa · Lionesses of Africa — A pioneering social entrepreneurship leader in Morocco · Harvard Business School — Amina Laraki Slaoui, Creating Emerging Markets · World Economic Forum — Amina Laraki Slaoui · Takreem Foundation — Amina Laraki Slaoui, 2014 · AMH — site officiel de l'Amicale marocaine des handicapés · Photo : Mediacommunity, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0, File:Amina Slaoui by MediaCommunity.jpg

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À propos de l'auteure

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