Aida Bouya : de Tan-Tan à l'écran, la gardienne du ksar
Journaliste puis réalisatrice née à Tan-Tan en 1972, elle a créé Image of Sahara et signé Palace Guardians, un documentaire sur le ksar d'Assa primé à Tanger en 2024.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Aida Bouya est une journaliste, réalisatrice, scénariste et productrice marocaine, née le 7 novembre 1972 à Tan-Tan, dans le sud du Royaume. Militante des causes civiques, elle a commencé par l'enquête journalistique — un prix international du Centre international des journalistes de Washington, en 2013, pour un reportage sur les enfants abandonnés et les mères célibataires — avant de basculer derrière la caméra, en 2017, via le programme Sahara Lab à Dakhla.
Sa trajectoire relie deux géographies : Tan-Tan, où elle a créé en 2019 sa société de production Image of Sahara, et le ksar d'Assa, sujet de son long métrage documentaire « Palace Guardians » (2024), distingué au Festival national du film de Tanger et sélectionné à Helsinki en 2025. De « Leather Board » à « The End of the Beginning », ses films éclairent les traditions et les luttes des communautés du sud marocain, dont le patrimoine matériel et immatériel.
Elle appartient à ce que l'Africiné appelle « les rares femmes sahraouies qui ont osé se mettre derrière la caméra ». Dans un entretien accordé au magazine panafricain du cinéma en décembre 2022, elle assume l'audace de traiter des sujets tabous et résume sa position sur le cinéma au féminin en une phrase : « Un film ne peut pas sortir sans la présence de la femme, devant ou derrière la camera. »
Origines et formation
Aida Bouya naît le 7 novembre 1972 à Tan-Tan, ville du Guelmim-Oued Noun. Wikipédia la dit originaire de cette ville du sud du Maroc, et Africiné la présente comme « issue des régions du sud Marocain, une Sahraouie de pure souche ». Sa formation académique est double : un master en droits humains, puis un master de l'Institut supérieur de journalisme et de communication de Casablanca. En 2019, elle obtient dans ce même institut un master en médias audiovisuels, dont la thèse examine comment le cinéma documentaire renforce l'identité culturelle, en prenant pour cas d'étude l'initiative Sahara Lab dans le sud du Maroc.
Le premier socle est donc journalistique, et il est international : son entretien avec l'Africiné revient sur les sessions de formation suivies au Centre international des journalistes (ICFJ), à Washington. C'est dans ce cadre qu'elle mène un programme d'enquêtes d'investigation consacré à un fléau social, « les enfants de la rue et les mères célibataires », qui lui vaut un prix international entre 2011 et 2013. De cette période date, selon ses propres mots, une relation devenue « passion » avec la caméra : « Après, j'ai reçu un prix concernant les enfants de la rue et les mères célibataires… Ma relation avec la caméra est donc devenue une passion. »
Elle décrit cette bascule comme une conséquence directe de la formation : « Juste après avoir aimé donner une âme aux idées qui germent et défilent dans mon esprit, j'ai commencé à m'intéresser à l'industrie du cinéma. C'est là que j'ai décidé d'intégrer ce merveilleux espace magique et d'en faire mon métier. » L'écriture de la thèse de 2019 sur Sahara Lab referme la boucle : l'initiative qui l'a fait entrer au cinéma devient l'objet de sa recherche universitaire, consacrant un parcours où le documentaire, le reportage et l'enseignement se répondent.
Parcours professionnel
Les débuts au cinéma sont datés et situés : en 2017, lors du programme Sahara Lab à Dakhla, aux côtés du réalisateur marocain acclamé Hakim Belabbes, Aida Bouya réalise son premier court métrage documentaire, « Leather Board », connu en français sous le titre « Le coussin de massage ». Africiné, qui a publié en 2022 une fiche complète de son filmographie, y voit « un documentaire captivant, riche en informations et bien ficelé », qui a séduit plusieurs festivals.
Le film est remarqué au-delà du circuit marocain : en 2020, lors de la première édition du festival du patrimoine arabe organisé au Caire, en Égypte, il décroche le prix de la première œuvre, alors que 63 films venus de plusieurs pays arabes étaient en lice. Africiné situe ce festival comme « un festival spécial documentaire aux caractères du patrimoine arabe, qui protège l'identité et la réserve dans le registre de l'histoire » : le sujet du film, le soin porté à un savoir-faire local, y trouve donc son public naturel.
La structuration professionnelle suit. En 2019, elle crée Image of Sahara, société de production cinématographique basée à Tan-Tan. Sa filmographie s'étoile alors : « Transitional Tale », « Leather Board », « Blue Jewel » et « The End of the Beginning » (2021) en courts métrages documentaires, qu'elle signe à la réalisation et au scénario, avant le long métrage « Palace Guardians ».
Elle investit également les instances du métier. Membre du jury de plusieurs événements cinématographiques marocains, elle siège notamment au premier Festival du Théâtre de la Jeunesse à Tanger et au Festival du Film Documentaire de Laâyoune. En 2023, elle travaille comme critique de contenu pour Maghreb Voices, une plateforme numérique opérée sous l'égide de MBN aux États-Unis : le journalisme n'a donc jamais été entièrement quitté, il s'est déplacé vers l'analyse du contenu et du cinéma régional.
Réalisations et impact
Le film majeur est « Palace Guardians » (2024), un long métrage documentaire sur le patrimoine culturel et la mémoire collective du peuple d'Assa, dans le sud du Maroc. Le synopsis officiel du film, retenu par la sélection Helsinki African Film Festival 2025, explique la méthode : « Nous plongeons dans la mémoire des lieux pour présenter une documentation audiovisuelle précise des bâtiments significatifs des quartiers du palais d'Assa, connu localement sous le nom de Laqsar. » Le film suit trois résidents — Bouzid, Sahaba et Mabarek — et leurs efforts pour préserver cet héritage. Sa durée est de 64 minutes.
La réception académique confirme le travail de terrain. Une étude publiée dans la revue Filigranes par Chahida El Idrissi, de l'université Ibn Zohr d'Agadir, consacre plusieurs pages aux « Gardiens du Ksar » : elle y décrit un ksar d'Assa fondé au XIIIe siècle par le saint Sidi Yazza Ou Idha, bâti sur un piton rocheux dominant une oasis, à près de cent kilomètres au sud-est de Guelmim. L'article suit la construction du film, des murailles et des portails — notamment le fameux « Bab Rih » — jusqu'aux scènes de vie quotidienne : la danse hassani des femmes, la collecte du « S'mar » pour la fabrication des nattes, la préparation du thé, l'école coranique, le cimetière, la place Imousmoumen.
L'étude relève aussi la voix du film : un gardien explique, sur l'écran, que « si tu perds une place dans le ksar, c'est comme si tu perdais ta mère », et que « l'Histoire est un patrimoine qui doit être conservé ». L'autrice y voit une image fortement significative, où l'ordinaire de la vie quotidienne devient image esthétique et porteuse de sens : le documentaire n'y copie pas le réel, il le recrée selon une vision.
Les distinctions ont suivi. Wikipédia retient pour « Palace Guardians » le Prix de la Créativité au Festival national du film de Tanger, en 2024, ainsi qu'une nomination dans le même festival ; Africiné signale de son côté une reconnaissance au festival du patrimoine arabe du Caire pour « Le coussin de massage ». Le parcours festivalier international se poursuit avec la sélection officielle de « Palace Guardians » au HelAFF, à Helsinki, en septembre 2025, projection au Korjaamo Kino.
Enfin, l'impact dépasse le film : la critique de contenu menée pour Maghreb Voices en 2023, les jurys de Tanger et de Laâyoune, la société de production installée à Tan-Tan et la thèse sur Sahara Lab dessinent une profession qui transmet. Aida Bouya ne se contente pas de filmer le sud : elle forme des regards, arbitre des compétitions, produit localement et documente par l'écrit ce que la caméra capture.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : l'enquête reste la grammaire du documentariste. Aida Bouya a appris le métier par le reportage d'investigation, à Washington puis à Casablanca, et son cinéma garde cette exigence de source : un ksar filmé comme un témoin, trois résidents nommés, des gestes décrits avec précision. Le documentaire y gagne en crédibilité ce qu'il perd en spectacularisation.
Deuxième leçon : produire chez soi. Créer en 2019 une société de production à Tan-Tan, plutôt que de dépendre d'un pôle audiovisuel éloigné, est un choix d'ancrage. Il permet de filmer le sud depuis le sud, et d'y installer une économie du cinéma — techniciens, tournages, partenariats — là où l'industrie se concentre habituellement ailleurs.
Troisième leçon : l'audace comme méthode. Face aux sujets que l'époque qualifiait de tabous — la circoncision des petites filles, le gavage, le divorce —, Africiné rapporte sa position : « Je préfère être libre de traiter tout ce qui caractérise une société, qu'elle soit positive ou négative… Le cinéma est un mode d'expression qu'il faut exploiter dans le bon sens. » Cette liberté-là suppose une autorité professionnelle, acquise par le prix de Washington, les masters, et dix ans de pratique.
Enfin, la transmission. Jurys, critique de contenu, thèse universitaire sur Sahara Lab, société de production : son parcours montre qu'une carrière de cinéma au féminin dans le sud marocain ne se limite pas à tourner des films, elle consiste à construire les conditions d'une génération suivante. C'est ce que dit sa phrase finale sur le cinéma au féminin : la femme doit être derrière la caméra, et un film ne se fait pas sans elle.
Questions fréquentes
Qui est Aida Bouya ?
Aida Bouya est une journaliste, réalisatrice, scénariste, productrice et militante des causes civiques marocaine, née le 7 novembre 1972 à Tan-Tan. Elle est titulaire d'un master en droits humains et de deux masters de l'Institut supérieur de journalisme et de communication de Casablanca, dont un en médias audiovisuels obtenu en 2019. Elle dirige Image of Sahara, société de production créée en 2019 à Tan-Tan.
Quels sont les films d'Aida Bouya ?
Wikipédia recense trois titres principaux : « Leather Board » (2017), « The End of the Beginning » (2021) et « Palace Guardians » (2024). Africiné et FilmFreeway ajoutent à cette filmographie les courts métrages « Transitional Tale » et « Blue Jewel ». « Leather Board », sorti sous le titre français « Le coussin de massage », a reçu le prix de la première œuvre au festival du patrimoine arabe du Caire en 2020, parmi 63 films en compétition.
Que raconte « Palace Guardians » ?
Le documentaire de 64 minutes explore la mémoire des lieux et le patrimoine architectural du palais d'Assa, connu localement sous le nom de Laqsar, dans le sud du Maroc. Il suit trois résidents — Bouzid, Sahaba et Mabarek — et leurs efforts pour transmettre cet héritage. Le film a reçu le Prix de la Créativité au Festival national du film de Tanger en 2024 et a été sélectionné au HelAFF, à Helsinki, en septembre 2025.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Bouchra Ijork et Sofia Amara.
Sources : Wikipédia — Aida Bouya · Africiné — Aida Bouya, une réalisatrice sur les traces de ses aïeuls hassanis · Africiné — fiche Aida Bouya · HelAFF — Palace Guardians · FilmFreeway — Aida Bouya · Filigranes — De l'ordinaire au symbolique dans les « Gardiens du Ksar » de Aida Bouya · Photo : Aidabouya, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
À propos de l'auteure
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