Aicha Ait Haddou : première femme à la tête d'Azilal puis députée
De la mairie d'Azilal au Parlement marocain, puis à la tribune du Conseil de l'Europe : le parcours d'une élue rurale.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Aicha Ait Haddou est une femme politique marocaine du Parti authenticité et modernité, première femme à présider la municipalité d'Azilal en 2015, puis députée sur la liste nationale des femmes de 2016 à 2021, où elle a siégé à la Commission de justice, législation et des droits de l'homme. Docteure en science politique et droit constitutionnel de l'université Cadi Ayyad, elle cumule un mandat communal, un mandat parlementaire et une implantation associative dans une province montagnarde de 47 communes qu'elle décrit elle-même comme « pauvre, très pauvre ».
Son parcours raconte une trajectoire qui part du terrain rural de l'Atlas pour arriver à l'Hémicycle, en passant par un ministère social : celui du Développement social et de la Famille, dirigé alors par Nouzha Skalli, où l'expérience de conseillère l'a, dit-elle, « vraiment lancée dans la politique ». De la commune de montagne à la Chambre des représentants, elle a fait de l'accès aux services publics — eau, électricité, écoles, université — le fil constant de ses mandats.
C'est aussi une première : à la fin septembre 2015, elle devient la première femme à diriger la municipalité d'Azilal, une commune réputée conservatrice où une candidate précédente s'était présentée sans succès. Un an plus tard, elle entre au Parlement marocain, avant de porter l'expérience d'une élue rurale devant le Congrès du Conseil de l'Europe, à Strasbourg, en octobre 2017.
Origines et formation
Aicha Ait Haddou naît dans une famille où la politique est une affiance d'anciens. « Mon père était un membre connu de l'USFP dans les années 1960 et 1970 », raconte-t-elle à TelQuel en septembre 2015. Benjamine d'une fratrie de cinq enfants, elle grandit à Azilal, dans une province montagnarde de la région de Béni Mellal-Khénifra, comptant 47 communes selon son propre décompte. La province est pauvre : « Il manque beaucoup de choses qui ne pourraient être réglées que sur le long terme », estime-t-elle.
Sur le plan académique, elle est titulaire d'un doctorat en science politique et droit constitutionnel de l'université Cadi Ayyad de Marrakech, l'une des plus importantes du Royaume, où elle a également fait ses études supérieures. Le choix de la science politique comme discipline annonce une vocation : comprendre les institutions avant de les incarner. Wikipédia FR confirme cette formation en la citant dans l'infobox de son article, sans toutefois en préciser l'année d'obtention.
C'est au ministère du Développement social et de la Famille, alors dirigé par Nouzha Skalli, que son intérêt pour la politique se transforme en engagement actif. Elle y exerce comme conseillère, un poste de terrain au contact des publics fragiles, qui la marque durablement : « Mon expérience en tant que conseillère au ministère du Développement social m'a vraiment lancée dans la politique », affirme-t-elle. Son premier engagement partisan se fait au Front des forces démocratiques, avant qu'elle ne rallie le Parti authenticité et modernité.
Sa formation universitaire et son passage par un ministère social composent un profil rare dans la classe politique marocaine : celui d'une élue qui allie rigueur juridique et connaissance du terrain social, dans une région où l'accès au service public reste un enjeu quotidien pour les populations de montagne.
Parcours professionnel
Tout commence par la commune. Le 28 septembre 2015, TelQuel titre « Aicha Ait Hadou, une femme à la tête d'Azilal » et la présente comme « la seule femme qui dirige une ville moyenne ». À 43 ans, elle est la première femme à diriger la municipalité d'Azilal, une commune réputée conservatrice. L'élection n'est pas une formalité : « C'est difficile pour une femme de devenir présidente à Azilal », confie-t-elle, rappelant qu'à l'élection précédente une femme s'était présentée sans être élue. Cette fois, plusieurs femmes sont élues conseillères dans les 47 communes de la province.
Elle est élue sous l'étiquette du PAM avec 20 voix — celles des élus du PAM, du Mouvement populaire et de l'Istiqlal — contre 9 voix pour l'opposition, notamment le PJD et l'USFP. Son premier mandat municipal s'ouvre sur un diagnostic sans concession : « Azilal est pauvre, très pauvre. » Son programme porte sur l'eau potable, l'électricité, les établissements scolaires et culturels, avec une revendication précise : « Il en manque à Azilal. Surtout un lycée technique. »
En octobre 2016, elle franchit l'étape supérieure. Les élections législatives du 7 octobre la portent à la Chambre des représentants sur la liste nationale des femmes du Parti authenticité et modernité, dont elle figure sur la liste officielle des 395 députés élus publiée par Médias24 dix jours après le scrutin. Wikipédia date précisément son mandat : du 14 octobre 2016 au 15 juillet 2021, au titre de la dixième législature. Elle y rejoint le groupe parlementaire du PAM et la Commission de justice, législation et des droits de l'homme, la même commission que son homologue istiqlalienne Abla Bouzekri.
La Chambre des représentants la recense, dans le document officiel de la liste des élus, parmi les quatorze noms du PAM sur la première partie réservée aux femmes de la circonscription nationale, aux côtés de Zakia Mrini, Badia Filali, Fatima Saadi ou Mbarka Safa. Son mandat parlementaire se déroule dans une législature dominée par le PJD, qui remporte 125 sièges sur 395, le PAM en obtenant 102 et l'Istiqlal 46.
Réalisations et impact
La réalisation qui marque les esprits reste sa première : devenir, en 2015, la première femme à la tête de la municipalité d'Azilal. Challenge, qui suit heure par heure l'installation des conseils communaux et provinciaux, consacre une ligne à son élection à la présidence de la province d'Azilal avec 19 voix sur 29. L'information est reprise par Wikipédia, qui date l'élection de 2015. TelQuel, de son côté, documente le détail du scrutin municipal, 20 voix contre 9, et le programme qui l'accompagne.
Sur le terrain, ses combats sont ceux d'un territoire rural de montagne : l'eau potable, l'électricité, les écoles, le lycée technique. Elle porte une demande d'annexe universitaire pour que les bacheliers d'Azilal n'aient pas quitter la province pour Marrakech ou Béni Mellal : « Quand ils s'en vont ils ne reviennent plus », déplore-t-elle. Un projet d'établissement supérieur est, selon elle, lancé en réunion avec le gouverneur de la région. Elle défend aussi une classe préparatoire, levier d'accès aux grandes écoles.
Sa parole dépasse les frontières de la province. Le 19 octobre 2017, lors de la 33ᵉ session du Congrès du Conseil de l'Europe à Strasbourg, Aicha Ait Haddou, présidente du conseil municipal d'Azilal et membre du Parlement marocain, « partage son expérience d'élue d'une municipalité rurale de montagne » au cours du débat sur « un avenir meilleur pour les zones rurales européennes ». Le Congrès adoptera ce jour-là une recommandation et une résolution appelant les collectivités à construire de vrais schémas de développement rural avec tous les acteurs du développement.
Elle est également membre de la Commission régionale des droits de l'homme de la région Béni Mellal-Khénifra, selon l'annuaire du Conseil national des droits de l'homme, qui la recense parmi les membres de cette commission aux côtés d'une dizaine d'hommes et de femmes. TelQuel ajoute qu'elle est membre du comité du Croissant rouge à Azilal, de la commission régionale des droits de l'Homme et de la commission de l'Initiative nationale pour le développement, ainsi que de plusieurs associations de la région.
Son action associative et ses mandats échangent ainsi dans un même mouvement : la commune, la Chambre, les commissions de droits humains et la société civile forment les quatre piliers d'une implantation qui ne s'est jamais interrompue entre 2015 et 2021.
Ce qu'on retient
Premier enseignement du parcours d'Aicha Ait Haddou : le terrain fait l'élue. Avant le Parlement, il y a la commune, avec ses 47 communes de province, son lycée technique absent et ses jeunes qui partent étudier loin. C'est parce qu'elle a d'abord diagnostiqué Azilal, « pauvre, très pauvre », qu'elle a pu porter ces mêmes dossiers à l'échelle nationale. L'échelle n'est jamais décorative.
Deuxième leçon : l'obstacle de genre se surmonte par le scrutin, pas par la proclamation. En 2015, une candidate avait déjà tenté sa chance à la mairie d'Azilal sans succès ; Aicha Ait Haddou l'emporte 20 voix contre 9 en négociant une coalition large, PAM, MP et Istiqlal face au PJD et à l'USFP. La coalition avant la tribune : c'est une méthode, pas un hasard.
Troisième leçon : la formation compte. Un doctorat en science politique et droit constitutionnel de l'université Cadi Ayyad, une expérience de conseillère au ministère du Développement social, et voilà une élue capable de défendre un projet d'annexe universitaire avec des arguments juridiques autant que des arguments de terrain.
Enfin, sa trajectoire rappelle que les listes nationales réservées aux femmes ont produit des mandats concrets. Soixante sièges sur 395 en 2016, dont quatorze pour le PAM : l'un d'eux a porté une présidente de commune rurale jusqu'à la Chambre des représentants, puis jusqu'à la tribune du Conseil de l'Europe. C'est ce va-et-vient entre le local et le continental qui fait la spécificité de son itinéraire.
Questions fréquentes
Quel poste Aicha Ait Haddou a-t-elle occupé à Azilal ?
En septembre 2015, elle est élue présidente de la municipalité d'Azilal, devenant la première femme à diriger cette commune de province montagnarde. Challenge rapporte également son élection à la présidence de la province d'Azilal avec 19 voix sur 29. Elle reste associée à ce territoire où elle porte notamment l'obtention d'un lycée technique et d'une annexe universitaire.
Quel mandat parlementaire a-t-elle exercé ?
Députée de la dixième législature de la Chambre des représentants, élue sur la liste nationale des femmes du Parti authenticité et modernité en octobre 2016, elle siège du 14 octobre 2016 au 15 juillet 2021. Elle est membre de la Commission de justice, législation et des droits de l'homme et appartient au groupe parlementaire du PAM.
Quelle formation a-t-elle suivie ?
Elle est titulaire d'un doctorat en science politique et droit constitutionnel délivré par l'université Cadi Ayyad de Marrakech, selon Wikipédia et TelQuel. Elle a auparavant été conseillère au ministère du Développement social et de la Famille, dirigé à l'époque par Nouzha Skalli.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Asmaa Chaâbi et Rahma Bourqia.
Sources : Wikipédia — Aicha Ait Haddou · TelQuel — Aicha Ait Hadou, une femme à la tête d'Azilal · Médias24 — La liste officielle des 395 députés élus le 7 octobre 2016 · Challenge — La présidence des communes et des provinces se précise · Conseil de l'Europe — Overcoming the challenges specific to rural areas · CNDH — Commission régionale des droits de l'homme Béni Mellal-Khénifra
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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