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Femmes Inspirantes 01 nov. 2026 8 min de lecture

Rahma Bourqia : la sociologue, première femme présidente d'université

Portrait de la sociologue pionnière de l'université marocaine.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Rahma Bourqia : la sociologue, première femme présidente d'université
📅 Dernière mise à jour : 1er novembre 2026

Rahma Bourqia est une sociologue et anthropologue marocaine, née en 1949 à Khémisset, professeure de l'enseignement supérieur à l'Université Mohammed V de Rabat. En 2002, elle entre dans l'histoire universitaire marocaine : première femme présidente d'université du Royaume, à la tête de l'Université Hassan II de Mohammédia-Casablanca. La même année, elle devient la première femme admise à l'Académie du Royaume du Maroc.

Le 28 mars 2025, le Roi Mohammed VI l'a nommée présidente du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Entre ces deux bornes, elle a formé des générations d'étudiants, dirigé des facultés, siégé dans la commission chargée de réformer la Moudawana et publié des ouvrages en arabe, en français et en anglais : l'une des voix les plus respectées des sciences sociales marocaines.

Origines et formation

Rahma Bourqia naît en 1949 à Khémisset et passe son enfance à Tanger, où elle obtient son baccalauréat au lycée Ibn Al Khatib. Elle quitte alors ses parents et ses neuf frères et sœurs pour la faculté Mohammed V de Rabat, où elle décroche une licence, un DEA puis un DES de sociologie.

Elle s'arrête d'abord à l'enseignement secondaire : trois ans de philosophie au lycée Abou Al Abbas Essebti de Marrakech. De retour à Rabat, elle devient assistante, puis maître assistante et maître de conférences, avant de devenir professeure de l'enseignement supérieur. Son doctorat, elle le soutient à l'Université de Manchester, en Angleterre, sur « L'État et la société rurale au Maroc ». Ce sujet, qui lui tient profondément à cœur, lui vaut en 1988 le prix Malcolm-Kerr de la meilleure thèse, décerné par l'Association américaine des études sur le Moyen-Orient.

De retour au pays, elle réintègre l'enseignement supérieur, encadre de nombreux doctorants et publie en trois langues — l'arabe, le français et l'anglais — sans jamais isoler la recherche marocaine du débat international.

Parcours académique et mandats

Professeure à l'Université Mohammed V de Rabat, Rahma Bourqia dirige l'unité de formation et de recherche en sociologie rurale et développement avant de passer aux responsabilités administratives. Elle est doyenne de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Hassan II de Mohammédia-Casablanca de 1999 à 2002.

Sa rigueur lui ouvre les instances d'évaluation : directrice de l'Instance nationale d'évaluation auprès du Conseil supérieur de l'éducation, elle siège aussi à la Commission nationale pour l'adoption et l'évaluation des programmes du ministère de l'Enseignement supérieur, ainsi qu'à la Commission consultative de révision du code du statut personnel — la Moudawana — entre 2001 et 2004.

Professeure invitée et conférencière dans des universités américaines, européennes et du monde arabe, conseillère de plusieurs organisations internationales, elle est aussi membre du conseil de consultation de la Fondation Roi Abdelaziz Al Saoud. Elle a reçu plusieurs doctorats honoris causa, notamment de l'Université de Liège, en Belgique, et de l'Université Paris Ouest Nanterre, en France.

Première femme présidente d'université

En 2002, Rahma Bourqia prend la présidence de l'Université Hassan II de Mohammédia-Casablanca : elle devient la première femme à diriger une université au Maroc, un premier que la presse et les institutions marocaines s'accordent à lui reconnaître. Elle y siège jusqu'en 2011.

Son bilan est celui d'une gestionnaire de terrain. « Le milieu universitaire n'est pas un milieu facile », confie-t-elle au Matin en 2005. « Lorsqu'on a un engagement dans le travail, on prêche la transparence dans la gestion, on partage avec les autres le succès, quand on implique les bonnes volontés, ce milieu considéré comme difficile devient un milieu qui coopère et qui avance. » Sous son mandat, l'université élargit ses locaux, diversifie ses formations et oriente une partie de l'offre vers les métiers du marché du travail.

La même année 2002, elle entre à l'Académie du Royaume du Maroc comme première femme membre. Doyenne, puis présidente d'université, elle a ouvert une porte que d'autres ont ensuite empruntée.

Ses travaux et sa pensée

La recherche de Rahma Bourqia explore l'État, le pouvoir, la culture politique, l'école, les jeunes, les femmes et les valeurs de la société marocaine. « L'État, le pouvoir et la société » (en arabe), « Femmes, culture et société au Maghreb » (1995), « Femmes et fécondité » (1996) et « Culture politique au Maroc face au changement » (2011) en sont les jalons.

Ses livres récents prolongent le même questionnement : « Penser l'école, penser la société : réflexions sociologiques sur l'éducation au Maroc » (2017), « Les défis de la connaissance et de la culture » (2020), un ouvrage collectif sur les nouvelles voies vers le développement (2021) et « La société marocaine dans le contexte de la mondialisation » (2023), auxquels s'ajoutent de nombreux articles scientifiques.

Ces travaux sur la fécondité, la condition féminine et la culture politique ont nourri le débat public marocain bien au-delà des cercles universitaires.

Réalisations et impact

Son influence se mesure aussi sur les réformes. Membre de la commission consultative pour la réforme de la Moudawana de 2001 à 2004, elle observe l'entrée en vigueur du nouveau code de la famille. Interrogée par Le Matin en 2005, elle refuse l'enthousiasme facile : « Il est encore trop tôt pour pouvoir évaluer et apprécier l'impact de la Moudawana sur l'amélioration de la condition féminine au Maroc. Mais je peux dire que le changement en soi est un grand événement. Il a apporté une nouvelle perception de la famille, une nouvelle image des relations homme-femme. »

Elle met en garde contre les stéréotypes hérités d'une culture marquée par l'« andocentrisme », la centralité du mâle, et déplace le débat vers l'école et les médias : « La loi est l'image d'une société, d'un projet de société et d'une civilisation, mais elle n'est qu'un point de départ. Il faut une prise de conscience et un programme éducatif appliqué essentiellement au sein de l'école. » Sur la société dans son ensemble, son diagnostic reste frappant : « Le Maroc vit actuellement une vraie gestation. »

Le 28 mars 2025, le Roi Mohammed VI la nomme présidente du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, en remplacement de Habib El Malki. Cette instance consultative et indépendante formule les avis du Royaume en matière d'éducation, de formation et de recherche : pour l'ancienne directrice de l'Instance nationale d'évaluation, la boucle est bouclée, servir la réforme du système éducatif marocain au plus haut niveau.

Ce qu'on retient : une chercheuse restée fidèle au terrain, deux premières féminines — l'université puis l'Académie — et une intellectuelle qui relie l'école, la famille et la démocratie. Rahma Bourqia montre que les sciences sociales ne sont pas un commentaire du réel : elles peuvent le transformer.

Questions fréquentes

Qui est Rahma Bourqia ?

Rahma Bourqia est une sociologue et anthropologue marocaine, née en 1949 à Khémisset. Professeure à l'Université Mohammed V de Rabat, elle est la première femme à avoir présidé une université marocaine (Université Hassan II de Mohammédia-Casablanca, 2002-2011) et la première femme membre de l'Académie du Royaume du Maroc. Depuis le 28 mars 2025, elle préside le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique.

Quelle est sa formation ?

Formée à la faculté Mohammed V de Rabat (licence, DEA et DES de sociologie), elle a enseigné la philosophie au lycée Abou Al Abbas Essebti de Marrakech avant de soutenir son doctorat de sociologie à l'Université de Manchester, en Angleterre, sur « L'État et la société rurale au Maroc ». Sa thèse reçoit le prix Malcolm-Kerr en 1988.

Quel est son rôle actuel ?

Depuis le 28 mars 2025, Rahma Bourqia est présidente du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, nommée par le Roi Mohammed VI. Ce conseil indépendant prépare et coordonne les avis du Royaume sur les politiques publiques d'éducation, de formation et de recherche scientifique.

Sources

Lire aussi : Aawatif Hayar, de l'ingénierie au ministère et Fatima Sadiqi, la linguiste qui pense le Maroc.

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