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Femmes Inspirantes 01 nov. 2026 12 min de lecture

Asmaa Chaâbi : première femme maire du Maroc, de Mogador à l'hémicycle

Portrait de la première femme maire du Maroc, héritière d'une grande famille politique.

LR

La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Asmaa Chaâbi : première femme maire du Maroc, de Mogador à l'hémicycle
📅 Dernière mise à jour : 1er novembre 2026

Asmaa Chaâbi est une femme politique et dirigeante d'entreprise marocaine, née le 10 septembre 1962 à Kénitra. Le 17 septembre 2003, elle entre dans l'histoire du Royaume en devenant la première femme élue à la tête d'une commune urbaine : elle prend les rênes d'Essaouira sous les couleurs du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Douze ans plus tard, elle siège à la Chambre des représentants, d'abord en prenant le siège laissé vacant par son père, l'homme d'affaires Miloud Chaâbi, puis en étant élue députée de la province d'Essaouira en 2016 sous la bannière du Parti authenticité et modernité (PAM).

Entre la mairie de Mogador et les bancs de l'hémicycle, Asmaa Chaâbi a construit un parcours en trois registers rarement réunis chez une même personnalité : l'entreprise familiale, dont elle est devenue l'un des pilotes, la cité, où elle a appris le terrain, et la représentation nationale. À chaque étape, une même méthode, qu'elle résumait déjà en 2004 devant Jeune Afrique : « Grâce à mon réseau, je peux mobiliser des institutions et mettre à la disposition de mes administrés des services que le seul budget de la ville ne permettrait pas de leur offrir immédiatement. »

De Kénitra à Londres : une enfance entre père fondateur et fratrie nombreuse

Asmaa Chaâbi naît à Kénitra le 10 septembre 1962, dans une famille berbère qui a marqué le capitalisme marocain. Son père, Miloud Chaâbi, né en 1930 près d'Essaouira dans une famille pauvre, fugue à douze ans après qu'un loup a dévoré l'une de ses brebis, survit en enchaînant les petits métiers, devient maçon à Kénitra et y crée sa première entreprise de construction en 1948, à peine âgé de dix-huit ans. Il fondera plus tard Ynna Holding, l'un des grands conglomérats privés du Royaume, avant de mourir le 16 avril 2016 à Hambourg. Trois de ses huit enfants feront de la politique : Mohcine, Asmaa et son frère Faouzi Chaâbi, lui aussi député.

« Née au milieu de sept garçons », comme le raconte Jeune Afrique en février 2004, la jeune Asmaa grandit « dans un monde masculin » — ce qui, selon le plus jeune de ses frères, lui a donné « cette assurance face aux hommes et aux postes traditionnellement occupés par eux ». Elle ne voit, dit-elle, « définitivement pas ce qu'un homme peut faire de plus qu'une femme ». De ses parents, elle dit avoir hérité de deux leçons : sa mère, « qui gérait la famille avec énergie », lui transmet le sens de la gestion ; son père, « né pauvre », lui inculque le partage : « Mon père est né pauvre et n'a cessé de nous apprendre le partage », confie-t-elle, expliquant par là la « fibre sociale » qui l'accompagnera à la mairie. Étudiante en Grande-Bretagne, elle s'occupe déjà de malades et de personnes âgées.

Elle sort diplômée de Londres en 1985 — l'École polytechnique de Londres selon la Wikipédia francophone, l'université de Westminster selon la version anglaise. Elle envisage un moment de poursuivre en relations internationales à Genève, mais sa terre natale lui manque : elle rentre au Maroc. La même année, elle intègre le groupe familial Ynna Holding. Elle prendra ensuite la direction de l'école privée Az-zahraa à Rabat, fondée par son père. Les conseils d'administration du groupe « ne sont pas son truc » : elle a « besoin du terrain ». En 2002, elle devient vice-présidente du groupe.

2003 : la première femme maire du Maroc

En septembre 2003, Asmaa Chaâbi se lance en politique dans la ville qui a vu naître son père et emporte la mairie d'Essaouira sous les couleurs du PPS. Le 17 septembre 2003, elle devient la première Marocaine à présider une commune urbaine — un premier jamais vu dans l'histoire du Royaume. Quelques mois plus tard, Jeune Afrique la décrit comme « cette femme énergique et pragmatique » et constate qu'un « vent nouveau souffle sur l'ancienne Mogador depuis que le maire est une femme » : les réunions municipales sont « plus animées », chacun « est prié de communiquer », les présidents-adjoints tiennent des permanences, les conseillers municipaux descendent sur le terrain, les services sont priés d'intervenir « plus prestement » pour les habitants.

Sa méthode tient dans une conviction : l'élu ne dispose pas de tout, mais peut tout faire venir. Elle apporte à sa ville son réseau d'entrepreneuse et son attention aux plus démunis, héritée de son père et de ses années d'études britanniques. Sa mandature s'inscrit dans une époque où le Maroc compte parmi les pays d'Afrique du Nord où les femmes sont les moins représentées en politique : sa victoire n'est pas seulement symbolique, elle ouvre une porte que d'autres emprunteront. En 2009, elle quitte la mairie et laisse derrière elle une référence : dans la presse marocaine, la seconde femme à diriger une grande commune du Royaume — la mairesse de Marrakech Fatima-Zahra Mansouri, élue cette année-là — est systématiquement présentée comme « la deuxième femme maire, après Asmaa Chaâbi ».

En quittant la mairie, elle laisse entendre qu'elle quitte la politique. Elle se trompe : c'est la même année 2009 qu'elle crée l'International Women's Forum Maroc (IWF), et elle revient aux affaires électorales quelques années plus tard. La transition n'est pas un abandon, mais un déplacement du combat : de la gestion municipale vers la mise en réseau des femmes dirigeantes.

De la députation de son père à l'hémicycle

Le passage au Parlement se fait par la porte de son père. Élu député d'Essaouira en 2011, Miloud Chaâbi finit par démissionner pour raisons de santé. Deuxième sur la liste de son père, Asmaa Chaâbi « a naturellement pris la place de son père après sa démission » : son arrivée à la Chambre des représentants est annoncée le 3 février 2015. Le détail qui fait la différence : l'ancienne maire d'Essaouira, « qui avait appartenu pendant longtemps au parti du progrès et du socialisme », choisit de rejoindre le Rassemblement national des indépendants (RNI) pour son nouveau mandat.

Le choix marque une bascule. « Asmaa Chaâbi, élue maire d'Essaouira sous la bannière du PPS en 2003, a changé en 2015 de formation en rejoignant le RNI », résume TelQuel dans son décryptage des transhumances partisanes. Elle ne s'arrête pas là : le 6 septembre 2016, le Conseil constitutionnel valide la démission de seize députés, parmi lesquels Asmaa Chaâbi (RNI), qui, selon l'expression de TelQuel, « abandonne la colombe pour le tracteur » en rejoignant le Parti authenticité et modernité (PAM). Le 7 octobre 2016, elle est élue députée de la province d'Essaouira sous les couleurs du PAM, après une campagne que le parti a lancée symboliquement depuis Essaouira même, avec le secrétaire général Elias El Amari à ses côtés. Son mandat court du 14 octobre 2016 au 15 juillet 2021.

Son passage à la Chambre laisse aussi le souvenir d'une députée qui a fait débat en dépit du protocole : en novembre 2018, son arrivée à l'hémicycle en jean, chemisette décontractée, baskets et lunettes de soleil fait réagir ses collègues. Hespress évoque une « ex-mairesse de Mogador » qui « avait fait réagir un certain nombre de ses collègues députés ». Dans la foulée, le bureau de la Chambre des représentants décide de soumettre aux députés un projet de « Guide sur le code de conduite et d'éthique », un dossier à propos duquel Hespress s'interroge publiquement : la parlementaire d'Essaouira est-elle, derrière ce renforcement, l'une des instigatrices du dispositif ?

Ynna, l'IWF et les combats pour les femmes

À côté de la politique, Asmaa Chaâbi a développé une carrière d'entreprise et de réseau. Elle est entrée dans le groupe familial Ynna Holding, créé par son père, en 1985, et en est aujourd'hui vice-présidente exécutive chargée des relations internationales. Elle siège par ailleurs au conseil national de la CGEM, la confédération patronale marocaine, qu'elle a représentée lors d'une mission économique au Mexique.

En 2009, elle fonde l'International Women's Forum Maroc (IWF). Elle en est présidente fondatrice, puis directrice mondiale du conseil d'administration de l'IWF pendant deux mandats, et préside la Conférence mondiale sur le leadership de l'IWF organisée à Rabat, réunissant plus de 800 femmes leaders. Ce réseau témoigne d'une crédibilité internationale : elle a été désignée observatrice des élections présidentielles, notamment en Égypte et en Mauritanie, et invitée en mars 2022 au Forum régional des Femmes d'impact au Parlatino, le Parlement de Panama, à Panama City, avant de présenter en mai 2022 son travail d'artiste plasticienne dans l'exposition « Art Africanismes en Amérique centrale et dans les Caraïbes ».

Son engagement dépasse les institutions : en décembre 2014, à Miami, alors même qu'elle n'est pas juive, elle organise un dîner de chabbat marocain pour une trentaine d'amis juifs : « Au Maroc, nous n'avons pas de différence religieuse, répond-elle au Miami Herald. Dès l'enfance, nous vivons tous dans le même voisinage, allons aux mêmes écoles et nous nous respectons mutuellement. » Mère de trois enfants et polyglotte, elle a été distinguée en 2025 par le Women Economic Forum Ibero-América, qui l'a retenue parmi les « Femmes exceptionnelles pour un monde meilleur pour tous » — un prix remis lors d'une cérémonie le 29 octobre 2025 à Mexico.

Ce qu'on retient

Le parcours d'Asmaa Chaâbi se lit comme une leçon de pragmatisme politique. Trois étiquettes successives — PPS jusqu'en 2015, RNI, puis PAM —, une constance : Essaouira, sa ville de cœur, et le goût du terrain. Ses partisans y voient la fidélité à un fief et à des résultats ; ses critiques parlent de transhumance, comme TelQuel le fit en 2016. Ce qui, elle, ne s'est jamais démenti : la première décision de sa vie publique restera la plus visible — avoir ouvert, en 2003, le fauteuil de première magistrature urbaine du Maroc à une femme.

Plus de vingt ans après son élection, son nom demeure la mesure de toute avancée : dans la presse marocaine, la deuxième femme maire de l'histoire du pays n'est jamais citée sans lui. Elle l'assumait déjà avec humour en 2004, lorsqu'elle renversait le proverbe : « Derrière chaque grande femme, il y a un homme. »

Questions fréquentes

Pourquoi Asmaa Chaâbi est-elle considérée comme une pionnière ?

Élue le 17 septembre 2003 à la mairie d'Essaouira sous les couleurs du PPS, elle est la première femme de l'histoire du Maroc à présider une commune urbaine. Sa mandature (2003-2009) est devenue la référence : chaque nouvelle mairesse du Royaume est présentée dans la presse comme « la deuxième femme maire, après Asmaa Chaâbi ».

Quels partis a-t-elle rejoint au cours de sa carrière ?

Asmaa Chaâbi a été écartelée entre trois formations : le Parti du progrès et du socialisme (PPS), sous les couleurs duquel elle est élue maire en 2003 et auquel elle reste fidèle jusqu'en 2015 ; le Rassemblement national des indépendants (RNI), qu'elle rejoint en février 2015 en entrant à la Chambre des représentants ; puis le Parti authenticité et modernité (PAM), sous la bannière duquel elle est élue députée de la province d'Essaouira le 7 octobre 2016.

Quelles fonctions occupe-t-elle en dehors de la politique ?

Asmaa Chaâbi est chargée des relations internationales de Ynna Holding, le groupe familial fondé par son père Miloud Chaâbi, dont elle est devenue vice-présidente exécutive. Elle est également présidente fondatrice de l'International Women's Forum Maroc (IWF), créée en 2009, membre du conseil national de la CGEM et artiste plasticienne.

Sources

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