Najat Maalla M'jid : des rues de Casablanca à la tribune de l'ONU
Portrait de la représentante spéciale de l'ONU pour les enfants.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Najat Maalla M'jid est une pédiatre et diplomate marocaine, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies chargée de la question de la violence à l'encontre des enfants. Nommée le 30 mai 2019 par António Guterres, au grade de secrétaire générale adjointe, elle a pris ses fonctions le 1er juillet 2019, succédant à la Portugaise Marta Santos Pais. Médecin devenue militante, fondatrice de l'association Bayti — le premier programme marocain consacré aux enfants vivant et travaillant dans la rue — puis rapporteure spéciale des Nations unies de 2008 à 2014, elle incarne une trajectoire singulière : celle d'une femme née dans les quartiers populaires de Casablanca qui a fait de la défense des enfants les plus exposés son métier, puis son mandat mondial.
Ce parcours, elle le résume sans emphase : elle ne travaille pas seulement "pour" les enfants, mais "avec" eux, aime-t-elle répéter. Des rues de Casablanca, sillonnées de jour comme de nuit au milieu des années 1990, jusqu'à la tribune du Conseil des droits de l'homme à Genève, son itinéraire raconte une idée tenace : on ne protège durablement un enfant qu'en écoutant celui qu'on prétend défendre.
Origines et formation
Najat M'jid Maalla naît le 10 novembre 1959 à Casablanca. Ses parents sont originaires de la région de Marrakech et issus d'un milieu très modeste : son père est travailleur manuel, sa mère, femme au foyer, n'a jamais été à l'école et ne suivra des cours d'alphabétisation qu'une fois ses enfants devenus adultes. Aînée d'une fratrie de quatre enfants, elle grandit dans des quartiers populaires de la métropole, dans une famille qui, malgré des conditions de vie très simples, fait de l'éducation une priorité. « L'unique héritage que je vous léguerai, c'est votre éducation, qui vous permettra de voler de vos propres ailes », disait son père. De cette enfance, elle retient la tolérance, le respect, la non-discrimination et le sens de l'effort : « Rien n'est acquis, tout se mérite. »
La vocation médicale s'installe tôt. « Depuis toute petite, je rêvais d'être médecin et voulais ressembler au docteur Albert Schweitzer », explique-t-elle, évoquant ce médecin qui a consacré sa vie à soigner les populations défavorisées d'Afrique. La lecture d'Il est minuit, docteur Schweitzer, de Gilbert Cesbron, achève de convaincre la jeune Marocaine : sauver des vies, soigner les plus démunis devient son seul but. Les études la mènent de la faculté de médecine de Rabat à Bordeaux et Toulouse. Elle y obtient un doctorat en médecine générale à l'université Mohammed-V de Rabat, une spécialisation en pédiatrie et néonatologie à l'université Bordeaux-II, puis une maîtrise en droits de l'homme à l'Institut des droits de l'homme de Genève. Ce double cursus — clinique et juridique — forge sa méthode pour les décennies qui suivent : partir du corps de l'enfant pour remonter jusqu'à ses droits.
L'hôpital, la rue et la naissance de Bayti
De retour au Maroc, Najat M'jid exerce la pédiatrie pendant une trentaine d'années. Chef du département de pédiatrie et directrice de l'hôpital mère-enfant Hay Hassani à Casablanca, puis médecin directeur de la Polyclinique mère-enfant de la Caisse nationale de sécurité sociale, elle soigne des enfants de tous milieux et décrit un métier bien plus large qu'une simple ordonnance : « Être pédiatre, c'est établir une relation de soins, écouter le dit et le non-dit, conseiller, guider, dépister, prévenir, soigner, et protéger les enfants. »
C'est au contact de la rue que sa vie bascule. Au milieu des années 1990, elle sillonne Casablanca de jour comme de nuit, accompagnée de trois éducateurs, à la rencontre des enfants errant dans les rues. Ce qu'elle découvre — « un monde parallèle » où filles et garçons de tous âges ont fui des familles ou des institutions violentes, survivant de mendicité, de petits métiers et de colle sniffée — la révolte. « Indignée par cette hogra que subissent ces enfants », elle décide d'agir, et fonde avec eux l'association Bayti : le nom et le logo de l'association sont même imaginés par les enfants eux-mêmes.
Bayti devient le premier programme marocain de prise en charge des enfants en situation de rue. Ses actions associent accueil, soins médicaux, soutien psychologique, assistance administrative et juridique, scolarisation, formation professionnelle, guidance parentale, familles d'accueil et accompagnement vers une réinsertion familiale, scolaire et socio-professionnelle. « Les enfants sont considérés comme des acteurs et des citoyens à part entière », insiste la fondatrice, présidente de l'association. Parallèlement, elle siège au Conseil consultatif sur les droits de l'homme rattaché au CNDH, en charge de la commission « protection, promotion et monitoring des droits de l'enfant », ainsi qu'au conseil d'administration du Forum sur la politique de l'enfance en Afrique. Elle enseigne également les droits de l'enfant à Sciences Po Paris, à Paris Descartes, à l'UQAM de Montréal et à l'université de Nottingham, et forme juges, forces de l'ordre, enseignants et personnel soignant. En 2005, elle cesse d'exercer la clinique pour se consacrer entièrement à la protection de l'enfance.
Son engagement est distingué à plusieurs reprises : prix Nathalie-Masse du Centre international de l'enfance et de la famille (Paris, 1997), prix européen de pédiatrie sociale (1997) et prix des droits de l'homme de la République française (2000). Mère de deux enfants, elle est aussi membre de plusieurs instances nationales et internationales, dont la Fondation Mohamed VI pour la réinsertion des détenus, Child Helpline International et le Bureau international des droits de l'enfant.
Deux mandats aux Nations unies
En mai 2008, le Conseil des droits de l'Homme la sélectionne comme rapporteure spéciale sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants — l'une des procédures spéciales les plus exposées du système onusien. Durant six ans, jusqu'en 2014, elle évalue la situation des enfants dans plus d'une vingtaine de pays répartis sur les cinq continents, soumet des rapports au Conseil des droits de l'Homme à Genève et à l'Assemblée générale à New York, rencontre des victimes, collabore avec les ONG internationales, les agences des Nations unies et Interpol, et interpelle les États sur la mise en œuvre de ses recommandations. De 2017 à 2018, elle préside la task force mondiale mise en place par ECPAT International pour éliminer l'exploitation sexuelle des enfants dans le voyage et le tourisme.
Le 30 mai 2019, le secrétaire général António Guterres annonce sa nomination comme représentante spéciale sur la violence à l'encontre des enfants, au niveau de secrétaire générale adjointe. « C'est la première fois qu'une Marocaine issue de la société civile accède à un tel niveau de responsabilité au sein des Nations unies », relève alors Maroc Hebdo. Interrogée par TelQuel dans les jours qui suivent, elle résumait sa mission en une phrase : « Je serai la première responsable de la lutte contre la violence à l'égard des enfants. » Elle prend ses fonctions le 1er juillet 2019, dix ans après la création du mandat, confié pour la première fois à la Portugaise Marta Santos Pais.
Représentante spéciale de l'ONU
Le mandat confié à Najat Maalla M'jid est celui d'une avocate globale et indépendante, chargée de promouvoir la prévention et l'élimination de toutes les formes de violence contre les enfants, en ligne comme hors ligne, dans les familles, à l'école, dans les institutions de protection, les lieux de détention et la communauté. Elle présente un rapport annuel au Conseil des droits de l'Homme et à l'Assemblée générale, préside le groupe de travail interinstitutions sur la violence contre les enfants et accompagne les États membres dans la mise en œuvre du Programme de développement durable à l'horizon 2030.
Sous son impulsion, le combat a pris une dimension politique nouvelle. Le 8 novembre 2024, à Bogotá, se tient la première conférence ministérielle mondiale sur la fin de la violence contre les enfants, réunant 120 délégations nationales, qui lance la Pathfinding Global Alliance — une coalition de 47 États membres en 2025 — pour faire de la protection de l'enfance une priorité gouvernementale. En mars 2025, devant le Conseil des droits de l'homme, elle alerte sur l'explosion du trafic d'enfants, presque quatre victimes sur dix du trafic humain dans le monde, et met en garde contre des réseaux criminels qui exploitent les nouvelles technologies, y compris l'intelligence artificielle : « Le trafic d'enfants explose, c'est la preuve qu'on a failli », déclare-t-elle au Temps. En octobre 2025, elle présente un rapport consacré à la pauvreté enfantine : près d'un milliard d'enfants vivent dans une pauvreté multidimensionnelle et seulement 23,9 % d'entre eux bénéficient d'une protection sociale. En décembre 2025, l'Assemblée générale adopte la résolution A/RES/80/190, qui prolonge son mandat de quatre ans. Son rapport annuel, remis à la fin 2025, porte enfin sur le cyberharcèlement et les risques amplifiés par les technologies émergentes, dont l'intelligence artificielle.
Ce qu'on retient
On retiendra de Najat Maalla M'jid la cohérence d'une trajectoire : la pédiatre qui soignait des enfants à Casablanca fait, aujourd'hui, entendre la voix de ceux que nul n'écoute, des salles de classe aux zones de conflit. On retiendra aussi sa conviction, forgée dans la rue plus que dans les colloques, que l'enfant n'est pas un objet de protection mais un sujet de droits : « Ils ont une créativité, une intelligence de survie. Il faut savoir les protéger, les accompagner pour leur permettre de s'épanouir. Les enfants sont les acteurs du changement. » Pour les femmes marocaines qui s'engagent, son parcours démontre qu'un mandat global peut naître d'un combat local, patience après patience, enfant après enfant.
Questions fréquentes
Qui est Najat Maalla M'jid ?
Najat Maalla M'jid est une médecin pédiatre et militante marocaine des droits de l'enfant, née le 10 novembre 1959 à Casablanca. Fondatrice de l'association Bayti, membre du Conseil national des droits de l'Homme, ancienne rapporteure spéciale des Nations unies (2008-2014), elle est depuis le 1er juillet 2019 représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU chargée de la question de la violence à l'encontre des enfants.
Quel poste occupe-t-elle aux Nations unies ?
Elle a été nommée représentante spéciale le 30 mai 2019 par le secrétaire général António Guterres, au grade de secrétaire générale adjointe, en succédant à Marta Santos Pais. L'Assemblée générale a prolongé son mandat de quatre ans en décembre 2025, par la résolution A/RES/80/190 sur les droits de l'enfant.
Que fait l'association Bayti ?
Fondée par Najat M'jid au milieu des années 1990, Bayti est le premier programme marocain consacré aux enfants vivant et travaillant dans la rue. Il assure leur accueil, des soins médicaux et psychologiques, une aide administrative et juridique, la scolarisation et la formation professionnelle, en vue de leur réinsertion familiale, scolaire et socio-professionnelle.
Sources
- Wikipédia — Najat M'jid
- Nations unies — Nomination de Najat Maalla M'jid comme représentante spéciale (30 mai 2019)
- Nations unies — Profil : Najat Maalla
- SRSG Violence against Children — Représentante spéciale
- SRSG Violence against Children — Notre mandat
- Conseil national des droits de l'Homme (Maroc) — Mme Najat Mjid
- Visage du Maroc — Entretien avec Najat M'jid
- 100 Femmes du Maroc — Najat Maalla-M'jid
- Maroc Hebdo — Najat Mjid, une combattante pour les droits des enfants
- TelQuel — Najat M'jid : « Je serai la première responsable de la lutte contre la violence à l'égard des enfants »
- Le Temps — « Le trafic d'enfants explose, c'est la preuve qu'on a failli » (2025)
- UN News — Hausse du trafic d'enfants alertée au Conseil des droits de l'homme (2025)
- ONUDC — Biographie de la représentante spéciale
- Pathfinders, NYU Center on International Cooperation — Entretien avec Najat Maalla M'jid
Photo : Ieva Ābele / Saeima (Parlement de la République de Lettonie) — Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.
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