Aassmaa Akhannouch : photographe de la maison rouge et du souvenir
Formée en ingénierie, professionnelle du marketing pendant quinze ans, Aassmaa Akhannouch s'est imposée comme photographe et lauréate du 26e Prix HSBC pour la photographie en 2021.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Aassmaa Akhannouch est une photographe et artiste marocaine née à Meknès en 1973, lauréate en 2021 du 26e Prix HSBC pour la photographie avec la série « La maison qui m'habite encore… ». Formée en ingénierie, professionnelle du marketing pendant quinze ans, elle a quitté le monde de l'entreprise à l'âge de quarante ans pour se consacrer à un art de la mémoire : le cyanotype, ce tirage photographique ancien qu'elle vire dans des bains de thé et rehausse à l'aquarelle, rendant chaque épreuve unique.
Sa trajectoire raconte un basculement rare : celle d'une professionnelle du marketing qui troque les plans de communication contre la chambre noire, sans jamais renier la rigueur apprise dans les entreprises où elle a travaillé. De la maison rouge de son enfance, fermée pendant trente ans avant d'être vendue, elle a extrait une œuvre qui lui a valu la consécration du prix le plus prestigieux de la photographie en France, aux côtés du Français Cyrus Cornut.
Exposée du Maroc à l'Europe, représentée par la Galerie127 à Marrakech et par la Galerie Esther Woerdehoff à Paris, Aassmaa Akhannouch appartient à cette génération d'artistes marocaines qui fait du souvenir non pas une archive morte, mais une matière vivante, sensible et universelle.
Origines et formation
Aassmaa Akhannouch naît en 1973 à Meknès, au cœur du Maroc septentrional. Rien, dans ses origines, ne prédestine à la photographie d'art : elle suit d'abord un cursus d'ingénieur en France, puis un MBA aux États-Unis, deux formations qui l'emmènent loin du cadre familial et lui ouvrent les portes d'une carrière internationale dans le marketing. Elle y passe quinze années, à des postes de responsabilité où l'on gère des marques, des consommateurs et des budgets — un métier de résultats mesurables, à l'opposé apparent de la lenteur du laboratoire.
C'est pourtant par la formation technique qu'elle aborde l'image : en 2013, elle suit un cours à la Photo Academy de Casablanca afin de perfectionner ses connaissances en photographie numérique. L'école, fréquentée par des amateurs exigeants et des professionnels en reconversion, lui donne les réflexes du cadrage, de la lumière et du traitement. Deux ans plus tard, l'envie devient projet. En 2016, elle décide de se consacrer entièrement à la pratique photographique et quitte le secteur marketing, à l'approche de la quarantaine.
Son accompagnement artistique se construit ensuite en deux temps. Entre 2016 et 2018, elle travaille à Paris, dans l'atelier photographique de L'Œil de l'Esprit, auprès de l'artiste photographe connue sous le nom de FLORE. C'est là qu'elle affine sa recherche sur les procédés anciens et sur ce qui fera sa signature : le cyanotype, inventé au XIXe siècle, qui donne des épreuves d'un bleu profond, virées puis rehaussées à la main. L'accompagnement d'une photographe expérimentée l'aide à transformer une technique de curiosité en langage plastique cohérent.
Parcours professionnel
Le parcours d'Aassmaa Akhannouch se lit en deux moitiés. La première est celle de l'ingénieure et de la marketing : un diplôme d'ingénieur passé en France, un MBA obtenu aux États-Unis, puis quinze ans de pratique dans le marketing, métier dans lequel elle évolue avant de mener de front, à partir de 2013, une double vie entre l'entreprise et la Photo Academy de Casablanca.
La seconde moitié commence en 2016, lorsqu'elle bascule à temps plein dans la photographie. Dès 2014, pourtant, elle exposait déjà : Carton d'artistes à la Villa Mandarine de Rabat et D'art Louane dans la même ville en 2014, Casa del Arte à Casablanca en 2015, puis en 2016 les Journées du patrimoine de Casablanca aux Abattoirs, Regard sur Casablanca à la Coupole du parc de la Ligue arabe et le Week-end Féminin de Dart Louane à Rabat. Cette ascension locale prépare une reconnaissance nationale puis internationale.
En 2018, elle participe à l'OFF du Festival photographique d'Essaouira, présenté à la Galerie Empreinte. En 2019, l'exposition collective Les Marocaines, à la Maison de la Photographie de Lille, la fait entrer dans les collections et les récits de la photographie marocaine féminine en France. En 2021, son travail est montré à Paris Photo et à Arts Paris avec la Galerie Esther Woerdehoff, à Unseen Amsterdam, à l'Arsenal de Metz, au Capitole d'Arles, ainsi qu'à la Galerie127 de Marrakech, qui la représente au Maroc. La même année, elle est sélectionnée dans le cadre de ManifestO, les rencontres photographiques de Toulouse, avec la série « La maison qui m'habite encore… ».
À partir de 2017, elle s'installe dans une géographie à deux temps, entre Casablanca et le Lot, en Occitanie : deux ateliers, deux lumières, et un va-et-vient qui nourrit une œuvre tournée vers la mémoire des lieux.
Réalisations et impact
Le premier jalon de reconnaissance arrive en 2017 : le jury du Maghreb Photography Award lui décerne une mention spéciale pour sa série « Boulevard de l'Océan ». L'année suivante, elle entre dans le circuit des festivals régionaux, jusqu'à la consécration de 2021.
Le 26e Prix HSBC pour la photographie, décerné le 17 mars 2021, récompense deux lauréats parmi douze dossiers retenus : l'artiste marocaine Aassmaa Akhannouch, pour « La maison qui m'habite encore… », et le photographe français Cyrus Cornut, pour « Chongqing, sur les quatre rives du temps qui passe ». La conseillère artistique de l'édition, Sylvie Hugues, avait retenu leur dossier : le prix emporte la publication d'une monographie chez Atelier EXB, une exposition itinérante en France, la production de nouvelles images, et l'acquisition de six œuvres par HSBC France pour ses fonds photographiques.
Au cœur de la série primée : la maison rouge de Meknès, l'adresse d'enfance où sa mère aimait tant revenir. Fermée pendant trente ans, elle a dû être vidée avec sa sœur avant une vente annoncée. « Elle contenait encore quelques meubles, trois pruniers, quatre orangers et toute mon enfance », raconte l'artiste, qui photographie les pièces closes et met en scène des scènes d'époque — la préparation du repas, la séance de coiffure — pour faire revenir ses habitants dans les images. Les tirages sont des cyanotypes virés et rehaussés à l'aquarelle, réalisés par ses soins : un procédé monochrome ancien qui produit un bleu d'archive, auquel l'aquarelle rend sa chaleur.
La conseillère artistique du prix, Sylvie Hugues, a salué cette manière de ne pas céder à l'exercice convenu de la maison familiale photographiée « sous toutes ses coutures » : « Combien de fois a-t-on vu les maisons de famille photographiées sous toutes les coutures ? Volets fermés, murs lézardés, lits délaissés… » poursuit-elle, avant d'ajouter qu'à la nostalgie des espaces vides, Aassmaa Akhannouch mêle des images de scènes d'enfance dont « ça sonne juste ». « C'est comme si les habitants de cette maison — pourtant fermée depuis trente ans — n'avaient jamais quitté les lieux. »
Le retournement est de taille pour une artiste qui, quelques années plus tôt, vendait encore ses tirages comme une amatrice. Aujourd'hui représentée par la Galerie127 à Marrakech et par la Galerie Esther Woerdehoff à Paris, elle bénéficie d'une diffusion internationale : sa présence à Paris Photo, à Unseen Amsterdam ou à Arles inscrit son travail dans la Conversation mondiale sur les procédés alternatifs, où le cyanotype, l'aquarelle et la retouche manuelle deviennent une réponse à la saturation des images numériques.
Ce qu'on retient
Premier enseignement du parcours d'Aassmaa Akhannouch : il n'y a pas d'âge pour la reconversion. Quitter un poste de marketing, après quinze ans de carrière et une formation d'ingénière, pour reprendre des études photographiques à la Photo Academy de Casablanca relève d'une décision qui se prépare longtemps mais qui, prise, change tout. En quelques années, elle passe de l'amateur documenté à la lauréate d'un prix décerné depuis plus de deux décennies par une grande banque française.
Deuxième leçon : la technique est un langage. En choisissant le cyanotype et ses dérivés virés à l'aquarelle, l'artiste ne fait pas démonstration d'érudition : elle trouve un medium à la hauteur de son sujet, la mémoire, dont le bleu d'archive et le grain ancien disent mieux qu'un tirage contemporain ce que racontent les pièces closes d'une maison d'enfance. La cohérence entre procédé et propos est ce que le jury a retenu.
Troisième leçon : les origines comptent. Une maison rouge à Meknès, trois pruniers, quatre orangers : l'œuvre la plus reconnue d'Aassmaa Akhannouch part d'un lieu précis, marocain, familial, avant de devenir universelle. C'est cette capacité à faire parler le particulier qui lui a ouvert les salons de Paris, d'Amsterdam et d'Arles.
Enfin, sa trajectoire illustre ce que les Marocaines du siècle XXI écrivent de plus en plus souvent : une carrière n'est pas une ligne droite, mais une série de bascules assumées, dont chacune se prépare par la formation et se prouve par le travail. Ingénieure, marketeuse, photographe, lauréate : quatre métiers, une seule exigence, celle du soin apporté à ce que l'on produit.
Questions fréquentes
Quel prix Aassmaa Akhannouch a-t-elle remporté en 2021 ?
En mars 2021, elle reçoit le 26e Prix HSBC pour la photographie pour sa série « La maison qui m'habite encore… », décerné aux côtés de Cyrus Cornut parmi douze dossiers sélectionnés. Le prix comprend la publication d'une monographie chez Atelier EXB, une exposition itinérante en France, la production de nouvelles images et l'acquisition de six œuvres par HSBC France.
Quelle technique photographique utilise Aassmaa Akhannouch ?
Elle travaille principalement le cyanotype, un procédé photographique monochrome ancien qui donne une épreuve bleue. Elle y applique des processus personnalisés : virage des tirages dans des bains de thé, puis rehaussés d'aquarelle, ce qui rend chaque pièce unique. La technique se lit comme un prolongement de son sujet, la mémoire.
Où expose Aassmaa Akhannouch ?
Elle vit et travaille entre Casablanca et le Lot, en Occitanie, et se fait représenter au Maroc par la Galerie127 à Marrakech et en France par la Galerie Esther Woerdehoff à Paris. Son travail a été montré notamment à Paris Photo, à Unseen Amsterdam, à l'Arsenal de Metz, au Capitole d'Arles, à la Maison de la Photographie de Lille (exposition Les Marocaines, 2019) et au Festival photographique d'Essaouira.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Ahlam Lemseffer et Safaa Erruas.
Sources : Wikipédia — Aassmaa Akhannouch · Site officiel — Aassmaa Akhannouch Photography · Aujourd'hui le Maroc — Aassmaa Akhannouch, nouvelle lauréate du Prix HSBC pour l'édition 2021 · e-taqafa — Une marocaine gagne le Prix HSBC de la photographie · Picto Foundation — Lauréats du 26e Prix HSBC pour la photographie · Galerie Esther Woerdehoff — Aassmaa Akhannouch
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