Fatima Jebli Ouazzani : de Meknès à Amsterdam, caméra en main
De Meknès à Amsterdam, la réalisatrice de Dans la maison de mon père a fait du documentaire autobiographique un outil de débat sur les tabous du mariage.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Fatima Jebli Ouazzani est une journaliste, scénariste et réalisatrice marocaine née à Meknès en 1959, également de nationalité néerlandaise. Installée aux Pays-Bas avec sa famille depuis 1970, elle a signé en 1997 un premier long métrage, « Dans la maison de mon père », documentaire entremêlé de fiction qui traite du tabou de la virginité et du refus des conventions patriarcales : l'œuvre a été primée à Utrecht, à Paris, à Toronto et à Casablanca, avant de sortir en salles en France en 2000.
Le portrait de Fatima Jebli Ouazzani est d'abord celui d'un départ. Elle quitte le foyer familial à dix-huit ans, part aux Pays-Bas, étudie brièvement la psychologie avant de s'inscrire à l'École néerlandaise de cinéma d'Amsterdam, où elle obtient un diplôme en réalisation et scénarisation en 1992. De cette formation sort une cinéaste du réel, qui devient assistante, puis journaliste et réalisatrice de documentaires et de programmes pour la radio et la télévision, avant de passer au long métrage.
Sa filmographie tient en peu de films, mais en beaucoup de courage. « Dans la maison de mon père » met en scène trois récits — son enfance à Meknès, le mariage de sa grand-mère, le mariage traditionnel d'une jeune Marocaine élevée aux Pays-Bas — et un leitmotiv fictionnel, une fillette qui court vers une porte sans cesse close. Le film a été présenté dans des festivals du monde entier, de Thessalonique à Toronto, sans jamais faire l'objet d'une projection commerciale au Maroc.
Origines et formation
Fatima Jebli Ouazzani naît en 1959 à Meknès, ville impériale du centre du Maroc. Selon Wikipédia, sa famille s'installe aux Pays-Bas en 1970, quand elle a onze ans. Elle quitte ensuite le foyer familial à l'âge de dix-huit ans — L'Humanité, en présentant le film sur Arte en juin 1999, résume d'un trait le choix de la jeune femme : « à dix-huit ans, a choisi » de ne pas se laisser marier par son père.
Elle étudie d'abord brièvement la psychologie, avant d'entrer à l'École néerlandaise de cinéma d'Amsterdam — la NFTVA, selon la notice de Sudplanète — où elle obtient un diplôme en réalisation et scénarisation en 1992. Ce passage par la psychologie n'est pas un détail de curriculum : tout son cinéma sera construit sur l'enquête sur soi, l'interrogation des motivations familiales et le travail d'écoute des témoins.
La notice Sudplanète/Africultures précise qu'à partir de 1973 elle travaille comme journaliste à la radio et à la télévision néerlandaises, en se spécialisant dans la réalisation de reportages et de documentaires sur des phénomènes sociaux. Elle devient alors assistante, puis journaliste et réalisatrice de documentaires et de programmes pour la radio et la télévision, cumulant pendant deux décennies le métier du commentaire et celui du cadre.
Formée dans une école de cinéma européenne, elle en garde une écriture sobre : pas d'effet, pas de démonstration, des visages, des silences, des questions posées à voix basse. Mais le sujet vient d'ailleurs, du Maroc d'origine et de la maison paternelle qu'elle n'a pas revue pendant dix-huit ans. C'est de cette tension — une technique d'Europe, une mémoire d'Afrique du Nord — que naîtra son premier long métrage.
Parcours professionnel
Le parcours professionnel commence par la radio et la télévision hollandaises. Journaliste puis réalisatrice, elle y produit des reportages et des documentaires consacrés aux phénomènes sociaux, format dans lequel elle excelle et qu'elle n'abandonnera jamais : même son premier long métrage reste un documentaire qui laisse de la place à la fiction, et non l'inverse.
Avant « Dans la maison de mon père », elle a signé, d'après AlloCiné, de nombreux courts métrages, pour la plupart centrés sur les rapports familiaux et l'enfance. C'est une œuvre de court format qui prépare le long, avec la même thématique : la maison, les parents, les enfants, les silences.
En 1992, sortie d'école, elle obtient son diplôme de réalisation et scénarisation. Puis vient le tournage du premier long, mené au Maroc avec les capitaux de la société de production française POM Films, selon AlloCiné, et produit par MM Produkties d'Amsterdam ainsi que par la NPS, la Nederlandse Programma Stichting, selon la fiche Garance. Générique : direction de la photographie de Maarten Kramer, montage de Jan Hendriks, ingénierie du son de Ben Zulstra, Piotr Van Dijk et Marco Vermaas, production de Marty De Jong.
La carrière se poursuit dans le documentaire et le programme de télévision. Wikipédia rappelle qu'elle devient assistante, puis journaliste et réalisatrice de documentaires et de programmes pour la radio et la télévision : le métier reste le même, seul change l'échelle. C'est cette régularité de professionnel de l'information qui rend crédible son passage au film d'auteur : elle ne s'y improvise pas.
Elle vit aujourd'hui aux Pays-Bas, où sa famille s'est installée en 1970, tout en conservant la double nationalité marocaine et néerlandaise que Wikipédia lui reconnaît. Entre les deux rives, elle a fait d'un sujet local — la virginité exigée des jeunes filles marocaines — un débat international.
Réalisations et impact
« Dans la maison de mon père » (In het huis van mijn vader) est son film le plus connu, diffusé en 1997 et produit en 1998. C'est à la fois un documentaire et une œuvre de fiction, consacré au tabou des relations sexuelles avant le mariage et à l'exigence de virginité : il traite du refus de ces conventions patriarcales et du souhait d'émancipation. Le film entremêle plusieurs récits et est en partie autobiographique, précise Wikipédia.
Les trois fils narratifs sont clairs. Le premier est l'enfance : la cinéaste retourne dans la ville de son enfance, retrouve ses souvenirs et ses grands-parents. Le deuxième est le mariage de sa grand-mère, mariée de force à un homme violent. Le troisième est celui de deux jeunes Néerlandais issus de l'immigration marocaine qui viennent se marier au pays — Naïma, qui a grandi aux Pays-Bas et a choisi de se marier de manière « traditionnelle », en espérant saigner la nuit de noces. À ces récits s'ajoute un leitmotiv fictionnel, une fillette qui court sans cesse vers une immense porte sans cesse close, reflet du sentiment d'abandon.
Le palmarès est impressionnant pour un premier long métrage. AlloCiné recense le Calf d'Or du meilleur documentaire du Dutch Film Festival d'Utrecht 1998 — le Veau d'Or selon Wikipédia —, le prix spécial du jury de la Biennale des cinémas arabes de Paris 1998 et le Hot Docs Award du meilleur documentaire du festival de Toronto 1998. Afrik.com ajoute le Grand Prix et le prix de la presse du Festival national du film de Casablanca en 1998, tandis que la notice Sudplanète évoque le grand prix du cinquième Festival national du film à Casablanca. Wikipédia mentionne en outre la première édition du festival du film documentaire de Thessalonique.
La distribution, elle, est contrastée. Le film ne fait pas l'objet d'une projection commerciale au Maroc, mais il est distribué dans d'autres pays, dont la France en 2000 : sortie le 20 septembre 2000 au MK2 Parnasse à Paris, selon Afrik.com, et le 13 septembre selon Africultures. Arte l'a programmé dès le 8 juin 1999 à 20 h 45, comme en témoigne la brève de L'Humanité qui y voyait le récit d'une « indépendance chèrement payée ».
L'impact se mesure au sujet traité. Le film interroge un tabou — la virginité exigée des femmes avant le mariage — avec un médecin et une sociologue, qui évoquent, l'un et l'autre, avec précision mais pudeur, la place de l'hymen dans la condition des femmes marocaines. Africultures y voit un film qui « fait comprendre sans lourdeur combien respect des valeurs et force de vie peuvent être de bonnes raisons pour être infidèle à une obsolète tradition ». Le critique d'Afrik.com souligne que même la sociologue interrogée avoue ne pas pouvoir trancher pour ses propres filles.
Ce qui reste, c'est la méthode : filmer sa propre famille pour parler d'une société, sans dénoncer en bloc, en laissant les témoins parler. C'est une des rares cinéastes marocaines à avoir fait du documentaire autobiographique un outil de débat public, avant que la question ne devienne, des décennies plus tard, un sujet de loi et de conversation nationale au Maroc.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : partir n'est pas renier. Fatima Jebli Ouazzani quitte Meknès en 1970 avec sa famille, quitte le foyer à dix-huit ans, s'installe dans un métier d'Europe — le cinéma — et consacre son œuvre la plus connue au pays qu'elle a quitté. Le déplacement géographique devient un point de vue, pas une rupture.
Deuxième enseignement : le documentaire est une école de rigueur. Vingt ans de reportages et de programmes radio-télévision avant un premier long : le film de 1997 est la synthèse d'un métier appris, pas l'essai d'une dilettante. Sa technique vient de l'école d'Amsterdam, son sujet de la maison de Meknès.
Troisième enseignement : oser le sujet que personne ne nomme. La virginité, l'hymen, le mariage forcé, la porte close : ces images-là ne faisaient pas partie des thèmes attendus d'une réalisatrice marocaine à la fin des années 1990. Le film les a mis en lumière dans des festivals de Toronto à Paris, sans passer par les écrans marocains.
Enfin, l'histoire d'un film qui a voyagé sans se vendre : interdit de fait au Maroc, diffusé sur Arte, sorti à Paris, primé partout. Elle rappelle que l'impact d'une œuvre ne se mesure pas seulement à sa billetterie locale, mais à la conversation qu'elle ouvre — et « Dans la maison de mon père » continue d'être citée dès qu'on évoque le cinéma marocain face à ses propres tabous.
Questions fréquentes
Qui est Fatima Jebli Ouazzani ?
Journaliste, scénariste et réalisatrice marocaine née à Meknès en 1959, elle est également de nationalité néerlandaise. Sa famille s'est installée aux Pays-Bas en 1970 ; elle a obtenu un diplôme en réalisation et scénarisation à l'École néerlandaise de cinéma d'Amsterdam en 1992 et s'est spécialisée dans les documentaires de faits sociaux.
Quel est son film le plus connu ?
« Dans la maison de mon père » (In het huis van mijn vader), diffusé en 1997 : un documentaire mêlé de fiction, partiellement autobiographique, consacré au tabou de la virginité avant le mariage. Primé au Dutch Film Festival d'Utrecht 1998, à la Biennale des cinémas arabes de Paris, au festival de Toronto et au Festival national du film de Casablanca 1998, sorti en France en septembre 2000.
Le film a-t-il été projeté au Maroc ?
Non : Wikipédia précise qu'il ne fait pas l'objet d'une projection commerciale au Maroc, bien qu'il soit distribué dans d'autres pays, dont la France en 2000. Il a en revanche été diffusé à la télévision française, le 8 juin 1999 sur Arte, à 20 h 45.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Bouchra Ijork et Asmae El Moudir.
Sources : Wikipédia — Fatima Jebli Ouazzani · AlloCiné — Dans la maison de mon père · Africultures — Dans la maison de mon père · Afrik.com — Mon père, ce bourreau · Garance — In het huis van mijn vader · Sudplanète — Fatima Jebli Ouazzani · L'Humanité — Le choix du jour
À propos de l'auteure
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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