Fatima Ahl-Takrour : de la liste nationale à la commission justice
Élue en 2016 sur la liste nationale du PJD, la députée a siégé cinq ans à la commission justice et porté une proposition sur la scolarisation des filles.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Fatima Ahl-Takrour est une femme politique marocaine, élue députée sur la liste nationale lors des élections législatives du 7 octobre 2016 avec le Parti de la justice et du développement. Membre du groupe parlementaire du même parti, elle a siégé à la Chambre des représentants du 14 octobre 2016 au 15 juillet 2021, en tant que titulaire de l'un des soixante sièges réservés aux femmes dans la première partie de la liste nationale, et elle est membre de la Commission de justice, de législation et des droits de l'homme.
Sa trajectoire parlementaire se lit d'abord comme le récit d'un mécanisme : celui du quota féminin institué au Maroc pour ouvrir l'hémicycle aux femmes. Sur les soixante noms figurant sur la liste du PJD publiée par la Chambre, le sien y figure parmi les dix-huit élues du parti. C'est par ce corridor, et non par une circonscription locale, qu'elle entre au Parlement.
Pendant cinq ans, sa présence s'incarne dans deux registres : le travail législatif d'une commission permanente spécialisée, d'une part ; d'autre part, une proposition de terrain sur la scolarisation des filles dans les régions reculées, qui a relancé le débat sur les écoles coraniques au début de l'année 2018. Voici ce que les sources disponibles permettent d'établir de ce parcours.
Origines et formation
Contrairement à la plupart des portraits biographiques, les sources publiées sur Fatima Ahl-Takrour ne donnent ni date ni lieu de naissance, ni parcours d'études. Son article de Wikipédia se limite à l'essentiel : une femme politique marocaine, élue députée sur la liste nationale en 2016 avec le PJD, membre du groupe parlementaire du même parti et membre de la Commission de justice, de législation et des droits de l'homme. Rien n'est dit sur son origine géographique ou sa formation initiale, et il serait inventé de lui en attribuer une.
L'entrée Wikidata de la personnalité apporte, elle, deux informations précises : le pays de citoyenneté est le Maroc, et les langues parlées, écrites ou signées sont l'arabe et l'amazigh, cette dernière étant indiquée comme langue maternelle. Une donnée qui n'est pas anodine quand on mesure l'importance, dans son activité parlementaire, des questions d'éducation et d'accès à l'école dans des régions où l'amazigh est largement parlé.
Le reste du « parcours de formation » est en réalité institutionnel. La Chambre des représentants est la chambre basse du Parlement du Maroc : elle est composée de 395 membres, élus au suffrage universel direct au scrutin de liste à la proportionnelle. Sur ces 395 sièges, 305 sont pourvus dans 92 circonscriptions locales, tandis que les 90 derniers le sont au titre d'une unique circonscription nationale, répartie en 60 sièges réservés aux femmes et 30 réservés aux personnes de moins de quarante ans. C'est dans cette seconde partie que se joue l'entrée de la candidate.
Ce dispositif n'est pas récent : les partis politiques marocains ont d'abord signé, en 2002, une charte réservant 30 sièges dans la chambre basse, puis le quota a été porté à 60 sièges lors des élections de 2011, selon la base de données sur les quotas de International IDEA, qui renvoie à l'article 23 de la loi organique n° 27-11 relative à la Chambre des représentants. Fatima Ahl-Takrour appartient à la génération élue sous ce régime doublement élargi.
Parcours professionnel
Les élections législatives marocaines de 2016 se tiennent le 7 octobre. Le scrutin renouvelle l'ensemble de la Chambre des représentants ; le Parti de la justice et du développement, arrivé en tête, recueille 1 618 963 voix, soit 27,88 % des suffrages, et 125 sièges, dont 27 au titre de la circonscription nationale, d'après Wikipédia. Le PJD est un parti politique marocain conservateur de droite, d'idéologie islamiste, fondé en 1967 par Abdelkrim El Khatib.
Dix jours après le scrutin, la Chambre des représentants rend publique, le 17 octobre 2016, la liste officielle et complète des 395 députés élus, rapporte Médias24. Dans la rubrique « Liste des femmes (60 sièges) », le PJD compte dix-huit noms ; le douzième est celui de Fatima Ahl Takrour. Le document officiel de la Chambre, publié sous forme de PDF, confirme la même affectation : à la circonscription nationale, première partie réservée aux femmes, le bloc du Parti de la justice et du développement inscrit son nom. Wikipédia précise que le mandat court du 14 octobre 2016 au 15 juillet 2021.
Une fois élue, la députée rejoint le groupe parlementaire du PJD et la Commission de justice, de législation et des droits de l'homme. Cette commission n'est pas une commodité : le Règlement intérieur de la Chambre, dans sa version de janvier 2017, fixe à neuf le nombre des commissions permanentes et détermine leurs attributions. La commission de justice en est l'une des piliers, aux côtés des affaires étrangères, de l'intérieur, des finances, des secteurs sociaux et productifs, des infrastructures, de l'enseignement et du contrôle des finances publiques.
Deux sources independentes convergent sur cette appartenance. L'article de Wikipédia l'affirme explicitement ; l'agenda 2020 de Parliamentarians for Global Action, relatif au huitième groupe de travail sur la lutte contre l'impunité et le renforcement de l'État de droit, la cite parmi les parlementaires marocains participants, sous la mention « membre de la commission Justice, législation et droits de l'Homme de la Chambre des représentants », aux côtés de Mohammed Benjalloul, Amina Maelainine, Zohour el Wahabi et Souad Zekhnini.
Réalisations et impact
Le fait le plus documenté de son activité parlementaire est une proposition portée au début de l'année 2018. Lors de la session parlementaire, le PJD avance l'idée d'établir des écoles coraniques réservées strictement aux filles. « Cette proposition a été avancée par deux députés du parti, à savoir Fatima Ahl Takrour et Mohamed Toufela », rapporte LeSiteinfo, qui précise qu'ils jugent que cette idée devrait s'appliquer « dans les régions reculées et montagneuses du pays, plus exactement la région du Souss et les alentours de Tanger et Tétouan, là où les familles souhaiteraient que leurs filles aillent à l'école afin de combattre l'analphabétisme ».
La proposition a déclenché un long débat. Le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, a répondu que le Maroc œuvre depuis de nombreuses années à établir l'égalité des genres, que la Constitution marocaine interdit la discrimination entre les deux sexes, et que la scolarisation des filles dans les écoles coraniques est passée de 0 à 18 %. Il a ajouté que cette séparation « n'est pas obligatoire », l'école ne passant pas par la création d'un établissement « strictement réservé ». L'épisode a été repris la semaine suivante par la lettre de veille du Centre national de documentation du Haut-Commissariat au plan, ce qui témoigne de sa diffusion dans le débat public.
Sur le plan des résultats, son mandat s'inscrit dans une séquence plus large. En 2016, les femmes occupent 81 des 395 sièges de la Chambre, soit 20,5 % — dont 60 au titre du quota de la liste nationale et 11 au titre des sièges réservés aux jeunes, selon les chiffres repris par Yabiladi. Le quota a donc servi d'entrée principale : cette même source souligne que seules six femmes ont été élues dans les circonscriptions locales en 2021, contre dix en 2016. Le relèvement du quota à 90 sièges, décidé pour les élections de 2021, porte la proportion à 96 députées sur 395, soit 24,3 %.
Autrement dit, la voie par laquelle Fatima Ahl-Takrour est entrée au Parlement reste, en 2026, la voie dominante de la représentation féminine marocaine. C'est toute la portée de son parcours : moins une trajectoire personnelle qu'une démonstration, à l'échelle d'une législature, du fonctionnement du dispositif de discrimination positive adopté par le Royaume.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : le quota n'est pas une formalité, c'est une porte d'entrée. Sur les soixante sièges réservés aux femmes en 2016, dix-huit sont revenus au PJD, et le nom de Fatima Ahl-Takrour y figure. Sans ce dispositif, né en 2002 et doublé en 2011, son parcours parlementaire n'aurait probablement pas eu lieu.
Deuxième leçon : la commission fait le député. Être membre d'une commission permanente de neuf, sur les sujets de justice, de législation et de droits de l'homme, c'est travailler les textes dans la durée plutôt que dans l'arène médiatique. La double référence — Wikipédia et l'agenda d'une organisation internationale de parlementaires — montre que cette affiliation a été suivie et tracée.
Troisième leçon : une proposition locale peut nourrir un débat national. La question des écoles coraniques pour filles, portée pour le Souss, Tanger et Tétouan, a provoqué une réponse ministérielle argumentée et a fait l'objet d'une reprise par une structure de veille du Haut-Commissariat au plan. C'est la définition même d'un effet d'impact, mesuré non en votes mais en débat public.
Enfin, ce parcours rappelle que l'histoire de la représentation féminine au Maroc se joue dans des chiffres : 81 femmes sur 395 en 2016, 96 en 2021, et encore six élues seulement dans les circonscriptions locales. Tant que cette asymétrie persiste, la liste nationale restera le principal passage des femmes vers l'hémicycle.
Questions fréquentes
Comment Fatima Ahl-Takrour est-elle entrée au Parlement ?
Elle a été élue le 7 octobre 2016 au titre de la circonscription nationale, première partie réservée aux femmes, sur la liste du Parti de la justice et du développement. La liste officielle des 395 députés, publiée par la Chambre des représentants le 17 octobre 2016, la comptait parmi les dix-huit femmes élues sous les couleurs du PJD. Son mandat court du 14 octobre 2016 au 15 juillet 2021.
Dans quelle commission a-t-elle siégé ?
Dans la Commission de justice, de législation et des droits de l'homme, l'une des neuf commissions permanentes prévues par le Règlement intérieur de la Chambre des représentants en sa version de janvier 2017. Son appartenance est indiquée par Wikipédia et confirmée par l'agenda 2020 de Parliamentarians for Global Action, qui la cite comme participante marocaine à un groupe de travail sur l'impunité et l'État de droit.
Quelle proposition a-t-elle portée en 2018 ?
Avec le député Mohamed Toufela, elle a proposé l'instauration d'écoles coraniques réservées aux filles dans les régions reculées et montagneuses — le Souss et les alentours de Tanger et Tétouan — afin de combattre l'analphabétisme. Le ministre des Habous, Ahmed Taoufiq, a répondu que la Constitution interdit la discrimination entre les sexes et que la scolarisation des filles dans ces établissements était passée de 0 à 18 %.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Asma Ennassifi et Badia Skalli.
Sources : Wikipédia — Fatima Ahl-Takrour · Wikidata — Fatima Ahl-Takrour · Wikipédia — Élections législatives marocaines de 2016 · Wikipédia — Chambre des représentants (Maroc) · Wikipédia — Parti de la justice et du développement (Maroc) · Chambre des représentants — Liste officielle des députés 2016 · Chambre des représentants — Commissions permanentes · Médias24 — La liste officielle des 395 députés élus le 7 octobre 2016 · LeSiteinfo — Le PJD veut des écoles coraniques uniquement pour les filles · CND/HCP — Lettre de veille Éducation et formation, janvier 2018 · Parliamentarians for Global Action — Agenda MENA, juillet 2020 · International IDEA — Gender quotas database, Maroc · Yabiladi — Législatives Maroc : sans les listes régionales, seulement 2 % de sièges remportés par des femmes
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