Fatima Boubekdi : du scripte au grand prix, le patrimoine à l'écran
De l'assistance à la réalisation au grand prix de Dakhla, la cinéaste a bâti une œuvre entièrement dédiée au récit amazigh et au patrimoine du Maroc.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Fatima Boubekdi est une réalisatrice, scénariste et productrice marocaine née le 7 mai 1970 à Casablanca. Diplômée de l'Institut supérieur d'art dramatique et d'animation culturelle, elle est connue pour des œuvres inspirées du folklore amazigh : kasbahs, ksours, montagnes et dunes y servent de décor à des récits qui puisent dans les contes populaires et dans l'histoire du Royaume. En près de trente ans, elle est passée de l'assistance à la réalisation au grand prix d'un festival international, en passant par des séries télévisées regardées par des millions de Marocains.
Sa filmographie mêle téléfilms et séries qui ont marqué la mémoire collective — Douiba, Romana O Brtal, Hadidan, Souk N'ssa — et deux œuvres plus récentes qui ont confirmé sa trajectoire : le long métrage Annatto, primé à Dakhla en 2022, et la fresque amazighe Illis n Wouchen, diffusée sur Tamazight TV et récompensée en 2025.
Pour Hespress, qui lui a consacré un portrait en 2010, elle est « la maîtresse du récit et du patrimoine qui a fait craquer les Marocains ». Derrière ce succès se cache une méthode : une cinéaste qui écrit, tourne et monte ses œuvres au plus près des villages, et qui revendique un cinéma au service de la mémoire collective. Voici son parcours.
Origines et formation
Fatima Ali Boubekdi, nom de naissance فاطمة علي بوبكدي, naît le 7 mai 1970 à Casablanca, d'après son article de Wikipédia, qui précise sa nationalité marocaine et sa fratrie. Hespress confirme la date et le lieu de naissance et ajoute un élément décisif : « ses racines sont amazighes ». Le même portrait indique qu'elle est titulaire d'un diplôme de l'Institut supérieur du théâtre et de l'animation culturelle de Rabat, décrit ses passe-temps — la course et les films historiques — et son plat préféré, le badaz, le couscous de maïs, ainsi que le tajine de viande aux pruneaux.
La formation se fait en deux temps. « Après une brève formation théâtrale à Casablanca, puis à l'Institut supérieur des arts du théâtre et de l'animation culturelle de Rabat, Fatima Boubekdi se découvre une passion pour la mise en scène », raconte Wikipédia. L'établissement, connu sous l'acronyme ISADAC, est un établissement public marocain de formation qui prépare les étudiants aux carrières artistiques ; il est situé à Rabat et enseigne trois concentrations : théâtre, scénographie et animation culturelle. C'est donc du plateau, et non d'une école de cinéma, que vient sa première école.
Telquel, qui l'a suivie sur le tournage en 2012, décrit une « campagnarde qui s'intègre aux décors qu'elle imagine, crée et perfectionne » et rappelle que cette origine profonde lui a donné un lien particulier avec le Haut-Atlas : « Je suis très heureuse de travailler ici. La région me parle, je la sens », confie-t-elle, ajoutant que quand ses proches lui disent qu'ils la plaignent, elle leur répond « que c'est moi qui les plains parce qu'ils ratent des paysages féeriques ».
Parcours professionnel
L'entrée dans la profession se fait par l'assistance. « Elle travaille aux côtés de Farida Bourquia en 1995 comme scripte et assistante réalisatrice », note Wikipédia. Un an plus tard, elle co-écrit des scénarios avec les cinéastes Mohamed Ismaïl, Hassan Benjelloun et Abdelmajid R'chich. Telquel rapporte sa propre version de cette période : « Travailler avec ces professionnels m'a permis de développer ma sensibilité artistique et d'acquérir une confiance en moi. Je me considère comme une autodidacte parce que j'ai beaucoup appris en scrutant leur manière de travailler. J'essayais d'apprendre de ce qu'ils faisaient. Pour moi, c'est la meilleure école. »
En 1999, elle réalise son premier téléfilm, La Porte de l'espoir, pour la première chaîne. En 2000, elle choisit de se spécialiser dans le cinéma patrimonial, un genre qu'elle affectionne pour son amour de l'histoire : « Elle accorde beaucoup d'importance aux contes populaires et aux évènements historiques et, aujourd'hui, son nom est associé à ce type de cinéma », résume Wikipédia. Sa filmographie télévisée s'enchaîne alors : Douiba en 2003, Kabran Hmad et Souk N'ssa en 2005, la série Romana O Brtal de 2005 à 2007, Hammou Ounamir et Imouran en 2006, la série Hadidan en 2009, puis Illis n Wouchen en 2025.
L'échelle de cette œuvre se mesure à l'audience. Hespress indique qu'un épisode de Douiba a rassemblé 3 558 000 téléspectateurs lors de sa première diffusion en heure de pointe, le 14 novembre 2008, sur la deuxième chaîne, et qu'un épisode de Romana O Brtal a atteint 4 057 000 téléspectateurs, soit 40,5 % de part d'audience. Le même portrait situe le tournage de Hadidan au douar Ait Brihi et dans des douars voisins de « Bjoukak », à proximité de Marrakech.
Le style de travail a été décrit sur le vif par Telquel, qui la suit sur le tournage de Sawlo Hdidane, des capsules de sept minutes prévues pour la deuxième chaîne : « Installée dans un fauteuil pliant, scénario à la main, yeux rivés sur son moniteur, Fatima Boubekdi examine le décor général. Elle ne lâche rien, tout doit être impeccable. » L'acteur Kamal Kadimi, alias Hdidane, confirme : « Elle est perfectionniste. Son très grand sens de l'observation la pousse à être des plus méticuleuses, sur chaque détail. »
Réalisations et impact
Les prix arrivent d'abord avec le film amazigh. Lors de la deuxième édition du Festival national du film amazigh, du 25 au 28 mai 2006 à Ouarzazate, Fatima Boubekdi décroche trois distinctions, selon Le Matin : le Grand Prix pour la fiction Hammou Ounamir, le prix de la meilleure réalisation pour ce même film et le prix du meilleur scénario pour Imouran. Le jury était présidé par le critique de cinéma Hamid Tbatou ; le festival, initié par l'Association marocaine de recherche et d'échange culturelle, section d'Ouarzazate, se tenait sous le thème « Le soutien du film amazigh pour la préservation de notre identité culturelle » et était organisé en coopération avec l'Institut royal de la culture amazighe.
Le premier long métrage arrive quinze ans plus tard. Annatto, présenté par Le Matin le 14 septembre 2021, bénéficie d'une avance sur recette de l'ordre de 4,35 millions de dirhams, accordée au titre de la troisième session de 2017. Le film raconte le vécu d'une jeune métisse native de Saint-Louis, de père français et de mère sénégalaise, et réunit des comédiens du Burkina Faso, du Sénégal, de la France et du Maroc pour des tournages menés entre Azemmour, Marrakech, Béni Mellal et Saint-Louis. Le directeur artistique du projet, le critique Amer Cherki, y voit « un message interculturel de tolérance, de coexistence et du vivre ensemble ».
La consécration nationale suit : le 19 juin 2022, Annatto remporte le Grand Prix de la dixième édition du Festival international du film de Dakhla, une première victoire au Maroc pour la cinéaste, qui avait déjà récompensée à l'étranger selon Maroc-Hebdo. En mai 2025, la série Illis n Wouchen, produite par la société Monafrique, reçoit le prix spécial du jury du Festival national de la fiction télévisuelle, tenu à Meknès. Diffusée pendant le mois de Ramadan sur Tamazight TV, selon Barlamane, elle y déploie une langue amazighe « pleinement assumée », et prolonge une signature qui, depuis deux décennies, traverse « les trois registres linguistiques — arabe classique, darija et amazighe ».
Au-delà des prix, la cinéaste mène un travail de transmission. Sur invitation à la faculté des lettres de Béni Mellal, lors d'une journée d'études intitulée « Cinéma et patrimoine », elle a estimé, rapporte La Vérité, que « les grands faits marquants de l'histoire du Royaume et son patrimoine immatériel devraient être davantage mis en lumière par les cinéastes », jugeant que l'histoire séculaire du Maroc forme « le socle de notre identité et de notre mémoire collective ». Elle a notamment évoqué sa démarche pour « préserver la mémoire collective et de montrer la beauté et la diversité du patrimoine culturel national ».
Ce qu'on retient
Premier enseignement du parcours de Fatima Boubekdi : l'assistance n'est pas une salle d'attente, c'est une école. Six années passées auprès de Farida Bourquia, Mohamed Ismaïl, Hassan Benjelloun et Abdelmajid R'chich avant un premier téléfilm en 1999 ont constitué, selon ses propres mots, « la meilleure école » qui soit.
Deuxième leçon : choisir un territoire et y rester. Le Haut-Atlas, les kasbahs, les ksours et les dunes ne sont pas un fond de décor interchangeable : c'est le sujet même de son cinéma patrimonial, celui qu'elle a choisi dès 2000 et qu'elle n'a pas quitté depuis, de Romana O Brtal à Illis n Wouchen.
Troisième leçon : la télévision peut faire œuvre durable. Avec des épisodes vus par plus de trois millions de personnes et une part d'audience dépassant 40 %, la cinéaste a prouvé que le récit en langue amazigh n'était pas un créneau marginal mais un rendez-vous attendu.
Enfin, sa trajectoire montre la valeur d'une constance récompensée : trois prix dès 2006, un grand prix national en 2022, un prix spécial du jury en 2025. La reconnaissance n'a pas cessé de croître à mesure que l'œuvre s'est approfondie.
Questions fréquentes
Quels prix a remportés Fatima Boubekdi ?
En mai 2006, elle obtient trois prix au Festival national du film amazigh d'Ouarzazate : le Grand Prix et le prix de la meilleure réalisation pour Hammou Ounamir, le prix du meilleur scénario pour Imouran. En juin 2022, son premier long métrage Annatto remporte le Grand Prix du Festival international du film de Dakhla. En mai 2025, la série Illis n Wouchen reçoit le prix spécial du jury du Festival national de la fiction télévisuelle.
Quelles séries a-t-elle signées ?
Sa filmographie télévisée compte La Porte de l'espoir (1999), Douiba (2003), Kabran Hmad et Souk N'ssa (2005), Romana O Brtal (2005-2007), Hammou Ounamir et Imouran (2006), Hadidan (2009) et Illis n Wouchen (2025), diffusée sur Tamazight TV.
De quoi parle le film Annatto ?
Annatto raconte le vécu d'une jeune femme métisse native de Saint-Louis, de père français et de mère sénégalaise, qui a grandi dans la coexistence de deux cultures. Tourné entre le Maroc et le Sénégal avec une distribution venue du Burkina Faso, du Sénégal, de la France et du Maroc, le film a bénéficié d'une avance sur recette de 4,35 millions de dirhams et a été sélectionné au Festival méditerranéen d'Alexandrie en septembre 2021.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Bouchra Ijork et Asmae El Moudir.
Sources : Wikipédia — Fatima Boubekdi · Wikipédia — Institut supérieur d'art dramatique et d'animation culturelle · Wikipédia — Farida Bourquia · TelQuel — Portrait. Lumière sur Fatima Boubekdi · Le Matin — La réalisatrice Fatima Boubekdi rafle les Prix · Le Matin — Fatima Boubekdi réalise son premier long métrage « Annatto » · Maroc Hebdo — « Annatto » remporte le Grand Prix du Festival du film de Dakhla · Barlamane — La réalisatrice Fatima Boubekdi récompensée pour Illis n Wouchen · La Vérité — Fatima Boubekdi : pour un cinéma davantage orienté vers l'histoire du Royaume · Hespress — فاطمة بوبكدي..سيدة الحكي التي فتنت المغاربة · Africiné — Fatima Boubakdy · Aujourd'hui le Maroc — Fatima Ali Boubekdi revient avec sa première fiction « Annatto »
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