Retour
Femmes Inspirantes 01 nov. 2026 12 min de lecture

Aicha Lablak : du groupe PPS à l'Assemblée du Conseil de l'Europe

Présidente du groupe parlementaire PPS de 2016 à 2021, elle a posé 286 questions au gouvernement et siégé à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

LR

La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Aicha Lablak : du groupe PPS à l'Assemblée du Conseil de l'Europe
📅 Dernière mise à jour : 1er novembre 2026

Aicha Lablak est une femme politique marocaine, originaire de Tanger, membre du bureau politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Administratrice du secteur public de formation, elle est devenue, à la faveur des élections législatives du 7 octobre 2016, la présidente du groupement parlementaire du PPS à la Chambre des représentants pour la législature 2016-2021, au service d'un parti qui porte le livre comme emblème.

Sa trajectoire réunit trois registres rares chez les élues marocaines : la direction d'un groupe parlementaire, le travail de fond sur les finances publiques et le Code pénal, puis la représentation du Royaume auprès de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. C'est cette combinaison qui fait d'elle un cas d'école du rôle institutionnel des femmes au Parlement marocain : non pas une élue de circonscription qui compte ses promesses, mais une législatrice qui suit les textes, pose les questions et porte la position d'un parti à l'étranger.

Le contexte dans lequel elle a exercé est lui-même une leçon de politique : le PPS, parti de gauche héritier du communisme marocain, entre au gouvernement en 2017, en sort en octobre 2019 pour rejoindre l'opposition, et retrouve ensuite une dynamique électorale avec 22 sièges en 2021. Aicha Lablak a donc vécu, en une seule mandature, les deux versants de la vie parlementaire, celui du pouvoir et celui du contrôle.

Origines et formation

Aicha Lablak est née à Tanger, dans le nord du Maroc, une ville tournée vers le détroit de Gibraltar. Wikipédia FR la décrit comme une administratrice du secteur public : c'est dans l'administration qu'elle a d'abord exercé, avant d'entrer en politique par le biais du Parti du progrès et du socialisme. Ce parcours administratif n'est pas un détail : il lui donne la familiarité avec les procédures, les budgets et les rapports qui font le quotidien de l'hémicycle.

Le PPS, son parti d'élection, a une histoire singulière en Afrique du Nord. Créé le 23 août 1974 par Ali Yata, il est l'héritier du Parti communiste marocain, fondé en 1943 durant le protectorat français, puis interdit en 1960 et reconstitué sous d'autres formes pendant les années de restriction du pluralisme. Le parti affiche aujourd'hui une orientation socialiste et progressiste, défend la justice sociale, l'égalité et le renforcement des institutions démocratiques, et a pour symbole le livre. Il publie deux journaux, Al Bayane en français et Bayane Al Yaoume en arabe. Mohamed Nabil Benabdallah en est le secrétaire général depuis le 31 mai 2010.

Au sein du PPS, Aicha Lablak siège au bureau politique, l'instance qui arrête les orientations stratégiques et les choix électoraux. En août 2016, elle est choisie pour conduire la liste nationale « femmes » du parti, aux côtés de Touria Skalli et de Souad Zaidi, fille de feu Ahmed Zaïdi. La décision, rendue publique le 27 août 2016 par le parti puis relayée par la presse, en fait la tête de liste du PPS sur la première partie de la circonscription nationale, celle réservée aux femmes. C'est ce scrutin, le 7 octobre 2016, qui la fait entrer à la Chambre des représentants pour la législature 2016-2021.

Le calendrier de la mandature a placé Aicha Lablak sur les deux rives du pouvoir. Le PPS fait partie, dès mars 2017, de la coalition gouvernementale formée autour du PJD et du RNI : les députés du groupe soutiennent alors l'action du gouvernement tout en conservant leur mission de contrôle. Mais dès le début de son mandat, elle siège à la Commission du contrôle des finances publiques, l'un des organes chargés d'éclairer l'hémicycle sur l'emploi des deniers publics — une position qui la prépare, sans qu'elle le sache encore, aux cinq années d'opposition qui vont suivre la sortie du gouvernement, en octobre 2019.

Parcours professionnel

La fonction centrale d'Aicha Lablak pendant la législature 2016-2021 est la présidence du groupement parlementaire du PPS à la Chambre des représentants. La page officielle du groupe, sur le site de la Chambre, l'indique nommément : « President of group: Mrs. AICHA LABLAK », pour la circonscription nationale, première partie réservée aux femmes, législature 2016-2021. Ce rôle consiste à arbitrer les prises de position du groupe, à répartir les questions entre députés et à porter la parole du parti à chaque séance de politique générale.

En parallèle, elle est membre de la Commission du contrôle des finances publiques, dont dépend l'examen des lois de finances et le suivi des recettes et des dépenses de l'État. Ce double casquette, présidente de groupe et membre de la commission des finances, explique la densité de son activité : selon le dossier parlementaire tenu à partir des données de la Chambre des représentants, elle a posé 286 questions au cours de la mandature, dont 152 écrites et 134 orales, avec un taux de réponse de 43 % et un délai moyen de réponse de 206 jours. Le ministère chargé des relations avec le Parlement a été de loin le plus interpellé, avec 222 questions.

Sur le fond, elle a marqué plusieurs dossiers. Lors du débat sur le projet de loi de finances pour 2020, le 30 octobre 2019, elle plaide pour une réforme du système fiscal afin de le rendre plus équitable et d'éviter « toute forme d'évasion fiscale légale » ; elle demande l'élaboration d'une stratégie de dynamisation de l'économie nationale et l'adoption de plans d'action annuels permettant d'obtenir des résultats à court terme. À l'automne 2019 encore, elle saisit par question écrite le ministre de l'Éducation nationale, Saaïd Amzazi, sur les manifestations des enseignants contractuels : elle y dénonce un « retour de la violence » envers un mouvement pacifique, rappelle « la place de l'enseignant dans l'imaginaire culturel » et appelle à ouvrir des voies de dialogue avec les représentants des enseignants, fonctionnaires comme contractuels, en usant du « langage de la franchise ». Elle s'est de même prononcée sur l'équité devant la justice en demandant, dans la même interview, que les peines soient prononcées sur la base du crime, sans que la privation de la pension de retraite vienne s'ajouter à la détention.

En 2020, elle s'investit dans la réforme du Code pénal. Devant la Commission de justice, de législation et des droits de l'homme, le groupement PPS dépose une série d'amendements que la députée présente dans un entretien : transformer la peine de mort en réclusion à perpétuité, au motif que le Maroc n'exécute plus les condamnés et que cette peine n'est plus dissuasive ; consacrir le droit à la vie ; reconnaître le viol conjugal, « personne ne pouvant imposer un rapport sexuel au nom de l'institution du mariage » ; dépénaliser les relations sexuelles consenties ; et retirer du Code pénal les dispositions qu'elle juge restrictives des libertés publiques. Elle déplore à cette occasion l'approche « fractionnaire » du gouvernement et estime que des dispositions datant de 1916 appellent une refonte globale.

Réalisations et impact

Le 13 avril 2020, Aicha Lablak est au centre d'une séance restée dans les mémoires parlementaires. Présentant la position du PPS sur le Covid-19 dans le cadre de la session mensuelle dédiée à la politique générale du gouvernement, elle est prise d'une toux soudaine, en présence du chef du gouvernement Saâd Eddine El Othmani et du président de la Chambre des représentants, Habib El Malki. Ce dernier fait servir un verre d'eau à la députée, qui précise immédiatement avoir affiché une température de 37 degrés à l'entrée du Parlement, puis poursuit son allocution. L'épisode, rapporté par Le360, illustre la tenue attendue d'une présidente de groupe en plein contexte sanitaire.

La dimension internationale de son mandat est l'autre marque de son parcours. D'après Wikipédia FR, elle représente le Maroc à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe du 26 juin 2017 au 21 janvier 2018, en qualité de membre titulaire, puis du 22 janvier 2018 au 20 janvier 2019 comme suppléante, avant de redevenir représentante titulaire à partir du 21 janvier 2019. L'Assemblée, qui siège au sein du Conseil de l'Europe, est l'instance parlementaire paneuropéenne où les débats sur les droits humains, la démocratie locale et la coopération judiciaire se traduisent en recommandations : y siéger signifie porter la voix du Parlement marocain sur des textes qui s'appliquent bien au-delà du Royaume.

Le bilan chiffré de son activité confirme une parlementaire de terrain. Avec 286 questions sur la seule mandature 2016-2021, Aicha Lablak compte parmi les interpellatrices les plus régulières de la Chambre, et son orientation se lit dans les ministères qu'elle a le plus souvent ciblés, à commencer par celui chargé des relations avec le Parlement. L'activité de contrôle ne s'est pas limitée à l'écrit : 134 questions orales, posées en séance publique, supposent d'affronter directement les ministres devant les caméras et les tribunes.

Sur le plan partisan, la mandature qu'elle a dirigée s'est achevée sur une recomposition. Le PPS quitte le gouvernement en octobre 2019 et rejoint l'opposition ; aux élections du 8 septembre 2021, il obtient 22 sièges, soit dix de plus qu'en 2016, et reste dans l'opposition face à la coalition RNI-PAM-Istiqlal. En 2026, le PPS figure parmi les formations que la presse évoque comme possibles partenaires d'une majorité après la victoire du PAM avec 97 sièges. Le parti de gauche de Tanger a donc survécu aux alternances, et la discipline parlementaire qu'Aicha Lablak a incarnée en fait partie des raisons.

Enfin, son engagement sur le Code pénal a laissé une trace durable dans le débat marocain. Ses positions sur la dépénalisation des relations consenties, la reconnaissance du viol conjugal et le maintien du moratoire sur la peine de mort ont alimenté, au fil des amendements déposés par le groupe, un chantier législatif ouvert depuis plusieurs années. C'est le travail invisible d'une législatrice : faire entrer dans le débat des questions que la société pose avant que la loi ne les suive.

Ce qu'on retient

Premier enseignement du parcours d'Aicha Lablak : diriger un groupe parlementaire est un métier. Présider le groupement du PPS, c'est arbitrer entre les dossiers budgétaires, la réforme du Code pénal, les crises sociales et les positions de parti, tout en restant présente en séance. La fonction est moins visible qu'un portefeuille ministériel, mais elle décide de la capacité d'une formation politique à peser sur les textes.

Deuxième leçon : la formation administrative paie. Administratrice du secteur public avant d'être élue, Aicha Lablak a abordé la Commission du contrôle des finances publiques avec l'outillage de celles qui savent lire un budget. D'où une activité de 286 questions, dont l'essentiel sur les ministères en charge des finances et du Parlement.

Troisième leçon : l'échelle européenne compte. Siéger à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, c'est exporter la voix marocaine dans un débat sur les droits humains et la démocratie locale. Une députée de la liste nationale des femmes devient ainsi une délégue de l'institution elle-même.

Enfin, tenir le Cap dans l'opposition est une compétence. En sortant du gouvernement en octobre 2019, le PPS a choisi la voie du contrôle : c'est la même exigence qu'Aicha Lablak a appliquée, question après question, amendement après amendement, sur les sujets qui fâchent, de la détention pénale à la rémunération des enseignants. Une leçon qui traverse tous les mandats.

Questions fréquentes

Quel rôle Aicha Lablak a-t-elle joué au Parlement marocain ?

De 2016 à 2021, elle a présidé le groupement parlementaire du Parti du progrès et du socialisme à la Chambre des représentants, tout en étant membre de la Commission du contrôle des finances publiques. Élue sur la première partie de la circonscription nationale, réservée aux femmes, elle a posé 286 questions au gouvernement selon les données de la Chambre des représentants.

A-t-elle représenté le Maroc au Conseil de l'Europe ?

Oui. Selon Wikipédia FR, elle a été représentante titulaire du Maroc à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe du 26 juin 2017 au 21 janvier 2018, suppléante du 22 janvier 2018 au 20 janvier 2019, puis représentante titulaire à partir du 21 janvier 2019, pour le même mandat parlementaire.

Sur quels sujets Aicha Lablak s'est-elle fait entendre ?

Surtout sur les finances publiques et sur la réforme du Code pénal : le groupe PPS a déposé des amendements proposant de substituer la réclusion à perpétuité à la peine de mort, de reconnaître le viol conjugal et de dépénaliser les relations sexuelles consenties. Elle s'est aussi prononcée, dans le même entretien, sur l'équité devant la justice : les peines doivent être prononcées sur la base du crime, sans que la privation de la pension de retraite vienne s'ajouter à la détention. Elle a enfin interpellé le ministre de l'Éducation nationale sur le traitement réservé aux manifestations d'enseignants contractuels.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Miriem Bensalah-Chaqroun : de l'eau d'Oulmès au patronat marocain et Asmaa Chaâbi : première femme maire du Maroc, de Mogador à l'hémicycle.

Sources : Wikipédia — Aicha Lablak · Chambre des représentants — groupement du progrès et du socialisme · PPS officiel — fiche Aicha Lablak · PPS officiel — bureau politique · Le Desk — Aïcha Lablak en tête de liste nationale femmes · Al Fass 27 — dossier parlementaire d'Aicha Lablak (données de la Chambre des représentants) · Morocco World News — Opposition parties criticize 2020 appropriation bill · Le360 — Covid-19 : une députée prise d'une toux sévère affole le parlement · Yabiladi — Le PPS saisit Amzazi sur les manifestations des enseignants contractuels · Yabiladi — Aicha Lablak : « Le Code pénal est en déphasage avec la réalité » · Arabica — Aicha Lablak · Wikipédia — Parti du progrès et du socialisme · Wikipédia — Élections législatives marocaines de 2021

LR

À propos de l'auteure

La Rédaction

La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

Conversations & Échanges (0)

Espace réservé aux lectrices

Partager votre regard ou une expérience

Soyez la première à ouvrir la conversation sur cet article.

Dans la Même Collection

Poursuivre la Lecture