Fatima Marouan : de l'Ibn Rochd au portefeuille de l'Artisanat
Médecin endocrinologue formée à Lyon, Fatima Marouan a dirigé le service d'endocrinologie du CHU Ibn Rochd de Casablanca avant d'entrer au gouvernement. Ministre de l'Artisanat de 2013 à 2017, elle a fait des coopératives féminines un levier de son action.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Fatima Marouan, née en 1952 à Benslimane, est une médecin endocrinologue devenue femme politique marocaine. Le 10 octobre 2013, elle est nommée ministre de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire dans le gouvernement Benkiran II, conduit par Abdel-Ilah Benkiran : une première pour une médecin de profession à la tête de ces deux secteurs réputés sociaux par excellence. Elle exerce jusqu'en avril 2017.
Avant la vie politique, elle a passé près de deux décennies à l'hôpital et à l'université, entre la chaire de la faculté de médecine de Casablanca et le service d'endocrinologie du CHU Ibn Rochd. C'est ce double héritage — celui de la clinicienne habituée aux données et celui de la responsable habituée aux politiques publiques — qui donne à son passage au ministère sa coloration particulière : faire de l'artisanat un secteur mesuré, labellisé et exportateur, et faire de l'économie sociale et solidaire un outil d'autonomisation des femmes.
Origines et formation
Fatima Marouan naît en 1952 à Benslimane, une ville de l'est de Casablanca située dans l'actuelle région Casablanca-Settat, alors Protectorat français au Maroc. La notice francophone de Wikipédia indique qu'elle porte le nom en arabe فاطمة مروان et que sa nationalité est marocaine ; la version anglaise précise qu'elle est aussi connue sous la forme Fatema Marouane.
Elle suit des études de médecine en France et se spécialise en endocrinologie, la discipline qui étudie les glandes et les hormones. Diplômée de l'Université de Lyon, elle rentre au Maroc où elle devient professeure et chercheuse au sein du département de médecine et de pharmacie de l'université de Casablanca. Le Reporter la décrit, treize ans après son arrivée au gouvernement, comme une « médecin de formation (diplômée de Lyon), ex-professeur/chercheur à la faculté de médecine de Casablanca et chef de service d'Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition au CHU Ibn Rochd ».
Sa spécialité est le diabète et les troubles nutritionnels. De 2002 à 2005, elle dirige l'unité d'endocrinologie et de maladies métaboliques de l'hôpital universitaire Ibn Rochd de Casablanca, selon Wikipédia en anglais. Elle est ensuite présidente de la Société marocaine d'endocrinologie, diabétologie et nutrition (SMEDIAN), selon la notice francophone, membre de la commission marocaine de lutte contre le diabète et auteure de plusieurs études et publications scientifiques dans le domaine de la santé.
Ce parcours académique ne s'arrête pas à l'hôpital. Wikipédia en anglais, appuyé sur une fiche Bloomberg, la présente comme membre du conseil d'administration de l'association Casablanca Chicago Sister Cities, membre du conseil scientifique de la société Destination Santé S.A.S et intervenante pour la California Cardiology Clinic de Casablanca. Elle parle arabe, français et anglais — trois langues qui, plus tard, serviront sa diplomatie sectorielle. Elle est mariée et mère de deux enfants.
Parcours professionnel
La bascule vers la politique s'opère par le Rassemblement national des indépendants (RNI). Fatima Marouan y est membre du conseil national du parti, selon Wikipédia, et Le Reporter ajoute qu'elle siège au conseil de la région du Grand Casablanca. C'est dans ce double cadre, partisan et territorial, que vient la nomination du 10 octobre 2013 : ministre de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire, elle succède à Abdessamad Kayouh au sein du gouvernement Benkiran II.
Cette nomination intervient alors que le gouvernement concentre ses efforts sur la relance économique et l'emploi. Selon Wikipédia en anglais, elle participera, au titre de ses fonctions, à l'élaboration des plans nationaux de santé et d'éducation. Elle quitte le gouvernement en avril 2017, où Mohammed Sajid lui succède à la tête du ministère.
Dès l'été 2014, elle présente devant Le Reporter l'ossature de sa feuille de route. Son ministère porte deux chantiers : la réforme du cadre juridique de l'artisanat et la structuration de l'économie sociale et solidaire, un secteur qu'elle décrit comme « récemment institutionnalisé » mais qui « joue un rôle essentiel dans l'échiquier socio-économique du pays, notamment à travers les coopératives, les associations et les mutuelles ».
Sur l'artisanat, le projet de loi qu'elle défend vise d'abord à donner une définition juridique complète du secteur, qu'il s'agisse de l'artisanat de production ou de l'artisanat de service, puis à définir les acteurs de la production artisanale : maîtres artisans, artisans, aides-artisans, apprentis et stagiaires. « Il permet de protéger ces statuts, d'insuffler une dynamique nouvelle axée sur la performance et l'évolution professionnelle et d'améliorer la qualité des biens et services », explique-t-elle. Le texte organise également l'obligation d'immatriculation des entreprises et des artisans au registre tenu par les Chambres de l'artisanat, en vertu de la loi n° 18-09 formant statut des Chambres d'artisanat.
Elle replace ce texte dans une longue histoire : l'artisanat marocain s'est structuré autour de corporations dirigées par l'Amine, maître artisan reconnu pour son savoir-faire et sa sagesse, interlocuteur privilégié du Mohtassib, représentant du Sultan, garant de la solidarité collective et du contrôle de la qualité. Le projet de loi moderne cette architecture tout en en conservant la logique : statuts protégés, registres tenus, qualité contrôlée.
Réalisations et impact
Les résultats chiffrés de son ministère sont suivis de près par la presse économique. En janvier 2015, lors du Club de L'Économiste qui lui est consacré à Rabat, elle présente un bilan de la Vision 2015 : le chiffre d'affaires de l'artisanat à fort contenu culturel atteint 20,2 milliards de dirhams en 2013, soit 84 % de l'objectif de 24 milliards, avec une croissance annuelle moyenne de 11,7 % depuis 2007. La valeur ajoutée du secteur frappe 5,6 milliards de dirhams en 2013 contre 4 milliards prévus ; 700 PME ont été créées là où la stratégie visait 300 unités ; les emplois ont progressé de plus de 14,2 % entre 2007 et 2013.
Le même entretien fait apparaître la faiblesse qu'elle doit combattre : 92 % des ventes se font sur le marché intérieur et l'international ne représente que 8 % du total. À fin 2014, les exportations d'artisanat progressent de 14 % pour atteindre 414 millions de dirhams, contre 363 millions un an plus tôt. « C'est notre pétrole national qui se régénère de génération en génération. C'est une richesse inépuisable », résume-t-elle à propos du secteur, qui emploie 2,3 millions de personnes et, dans son volet à fort contenu culturel, plus de 400 000 travailleurs, très majoritairement des femmes — à qui elle reconnaît un rôle décisif dans la transmission d'un savoir-faire ancestral.
Deux leviers complémentaires structurent son action. Le premier est la commande publique : elle obtient du chef du gouvernement, en octobre 2014, une circulaire invitant les ministères et les établissements publics à recourir aux produits de l'artisanat dans les constructions et l'ameublement, afin de préserver le cachet marocain. Le second est l'économie sociale et solidaire, pour laquelle elle travaille à une loi-cadre et à une politique de convergence entre agriculture, habitat, industrie et Initiative nationale pour le développement humain : « une économie plus démocratique dans la mesure où le partage des richesses est équitable », dit-elle en en soulignant l'ancrage territorial stabilisateur.
Le 1er avril 2016, à Rabat, lors d'une rencontre organisée par la Fondation diplomatique, elle précise la cartographie du secteur : 2,3 millions d'emplois au total, soit 8,6 % du PIB marocain, répartis entre l'artisanat de production (1,1 million d'emplois, dont les volets à fort contenu culturel et utilitaire) et l'artisanat de service (1,2 million, tous les métiers de proximité : plombiers, électriciens, coiffeurs, hammams). Elle y insiste sur la stratégie de labellisation, sur les groupements professionnels, associations et coopératives destinés aux mono-artisans, sur l'émergence de 15 acteurs de référence en 2015 et sur le réseau de centres de formation qui recrute de plus en plus de jeunes.
La promotion internationale occupe la seconde moitié de son mandat. En avril 2015, elle inaugure à Washington un showroom permanent de l'artisanat marocain au sein du Dulles Design Center, puis lance les « Moroccan Days » à Alexandria, en Virginie, du 26 au 29 avril 2015, en partenariat avec la ville. En février 2016, elle accorde une interview à l'Agence Maghreb-Arabe de presse en marge du salon New York Now : les exportations marocaines d'artisanat vers les États-Unis ont progressé de 17 % entre 2014 et 2015 pour dépasser 85 millions de dirhams, avec une hausse soutenue de 6 % par mois depuis l'été précédent. Elle annonce alors de nouvelles formules d'accompagnement, en particulier pour les coopératives féminines.
En mars 2017, à Casablanca, son ministère signe avec le groupe Holmarcom, Maison de l'Artisan et l'université américaine Rhode Island School of Design (RISD) une convention destinée à faire entrer la notion de design dans l'artisanat marocain. Le programme pilote, consacré à la filière poterie-céramique, prévoit seize mois de collaboration pour les années académiques 2017-2018 et 2018-2019. « Au Maroc, l'artisanat n'est pas seulement un métier, un secteur économique ou un art. C'est surtout un patrimoine que nous nous devons de préserver », résume Mohamed Hassan Bensalah, PDG de Holmarcom, à Le Matin.
Sur la scène internationale, elle porte le même argumentaire. En mai 2016 à Marrakech, elle reçoit le ministre bahreïni de l'industrie, du commerce et du tourisme, Zayed bin Rashid Al Zayani, pour mettre en œuvre un mémorandum d'entente dans le domaine de l'artisanat. En octobre 2016, elle intervient au Sommet international des coopératives de Québec, où elle décrit un programme national de développement humain incluant l'autonomisation des femmes et le renforcement des coopératives, en citant le rôle des coopératives artisanales dans la création et la vente de produits. En mars et avril 2017, elle ouvre au Technopark de Casablanca les premiers hackathons « EmpowerHer: Maghreb » organisés par la Banque mondiale : dans son allocution, elle souligne que le nombre de coopératives exclusivement féminines a dépassé 2 300, soit plus de 15 % de l'ensemble des coopératives marocaines, et que « les femmes qui travaillent dans l'économie sociale et solidaire sont impressionnantes et admirables ».
Ce qu'on retient
Premier enseignement : une formation scientifique rigoureuse se transfère à l'économie politique. L'habitude des protocoles, des taux et des courbes se retrouve dans sa manière de piloter un ministère : objectifs chiffrés, écart mesuré, bilan publié, échec identifié — les 8 % d'export dans un secteur qui en vise davantage.
Deuxième leçon : les réformes les moins spectaculaires sont souvent les plus durables. La définition juridique de l'artisanat, les statuts de maître artisan, l'immatriculation au registre des Chambres : ces chantiers obscurs conditionnent la labellisation, la formation et l'accès au crédit, et donc les revenus des artisanes.
Troisième leçon : le lien entre industrie et éducation paie sur le long terme. La convention avec la Rhode Island School of Design, signée en 2017, associe designers contemporains et maîtres-artisans autour de la poterie céramique — une logique de transmission qui ressemble, mutatis mutandis, à celle des centres de formation dont elle parlait dès 2016.
Enfin, sa trajectoire rappelle qu'une ministre peut venir d'un autre métier que celui qu'elle administre. Médecin de l'hôpital Ibn Rochd devenue responsable de l'artisanat et de l'économie sociale, Fatima Marouan a appliqué au secteur le réflexe de son métier initial : observer le terrain, mesurer, puis prescrire.
Questions fréquentes
Qui est Fatima Marouan ?
Fatima Marouan, aussi orthographiée Fatema Marouane, est une médecin endocrinologue et femme politique marocaine née en 1952 à Benslimane. Diplômée de l'Université de Lyon, elle a dirigé le service d'Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition du CHU Ibn Rochd de Casablanca, présidé la Société marocaine d'endocrinologie, diabétologie et nutrition (SMEDIAN) et siégé au conseil national du RNI avant d'entrer au gouvernement.
Quel poste a-t-elle occupé et pendant combien de temps ?
Elle a été ministre de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire dans le gouvernement Benkiran II, nommée le 10 octobre 2013 en remplacement d'Abdessamad Kayouh et remplacée en avril 2017 par Mohammed Sajid. Elle a exercé pendant environ trois ans et demi, en cumulant son mandat ministériel avec ses responsabilités au RNI et au conseil de la région du Grand Casablanca.
Quels chiffres défendait-elle pour l'artisanat marocain ?
Trois repères reviennent dans ses interventions : l'artisanat emploie 2,3 millions de personnes et contribue à hauteur de 8,6 % du PIB (Le Matin, avril 2016) ; son volet à fort contenu culturel a généré 20,2 milliards de dirhams de chiffre d'affaires en 2013, soit 84 % de l'objectif de la Vision 2015 (L'Économiste, janvier 2015) ; enfin, plus de 2 300 coopératives sont exclusivement féminines, soit plus de 15 % du total national, un chiffre qu'elle a avancé devant la Banque mondiale en 2017.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Aawatif Hayar et Badia Skalli.
Sources : Wikipédia — Fatima Marouan · Wikipedia — Fatima Marouan · Le Reporter — Entretien avec Fatima Marouan, ministre de l'Artisanat · L'Économiste / Portail Sud Maroc — Fatima Marouan au Club de L'Économiste · Le Matin (MAP) — L'artisanat emploie 2,3 millions de personnes au Maroc · Le Matin (MAP) — L'entreprise artisanale marocaine est en mesure · Le Matin — L'artisanat marocain s'allie au design américain · Morocco World News — First Showroom of Moroccan Handicrafts to Open in Washington D.C. Area · Morocco World News — US City of Alexandria to Host Moroccan Days · Morocco World News — Morocco, Bahrain to Strengthen Cooperation in Craft Industry · Co-operative News — Can co-operatives empower women? · NUSACC — U.S.-Arab Chamber Supports Women's Empowerment in North Africa (PDF)
À propos de l'auteure
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