Leila Lotfi, artiste peintre : « Chaque femme a un talent spécifique qu'il faut trouver et développer »
Leila Lotfi est une artiste peintre dont le parcours professionnel raconte une conversion : celle d'une styliste devenue communicante, puis communicante devenue peintre, sans que l'une n'ait jamais complètement effacé…
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Rédaction La Marocaine
Leila Lotfi est une artiste peintre dont le parcours professionnel raconte une conversion : celle d'une styliste devenue communicante, puis communicante devenue peintre, sans que l'une n'ait jamais complètement effacé les autres. Diplômée du Collège Lasalle de Montréal en qualité de styliste, elle tient à rentrer au Maroc, mais constate très vite que le marché de la mode y est essentiellement axé sur la sous-traitance, et que le public n'est pas prêt à accepter une marque locale au détriment des marques étrangères. Ce constat, lucide et un peu douloureux, détourne le premier projet professionnel. Elle se tourne alors vers la communication, avec pour seul bagage l'envie d'apprendre le métier sur le terrain, en usant de bon sens et de créativité. S'ensuit une carrière de plus de vingt ans, dont la création de sa propre agence de publicité et d'événementiel — un bilan qui témoigne d'une capacité d'adaptation et d'une endurance que la formation de styliste seule n'aurait peut-être pas suffi à produire. Mais le besoin de créer de ses mains ne disparaît jamais. Il a une origine familiale : sa mère, Naïma Bennis Lotfi, était peintre orientaliste, mais n'a jamais voulu exposer ses toiles. Leila Lotfi a naturellement essayé de peindre, il y a longtemps, mais elle ne trouvait pas ses petites toiles concluantes, et la communication a vite pris le pas sur ses autres activités. Cependant, le besoin latent de création est resté présent, sans cesse, explorant une multitude de pistes en parallèle de son métier — jusqu'à la rencontre décisive avec un tableau devant lequel elle est tombée en arrêt. Trop cher pour son budget, elle le voulait malgré tout chez elle : elle a donc acheté tout le matériel nécessaire et s'est jetée à corps perdu dans ce nouveau projet. « L'accouchement était en cours », dit-elle. Depuis, peindre est devenu un besoin vital. Elle ne parle pas de projets d'avenir, mais du présent : « peindre encore et encore ! ». Cette formule, dépouillée, résume la maturité d'un engagement qui ne cherche plus à se justifier. Son conseil aux femmes, en revanche, est d'une grande densité : chaque femme a un talent spécifique qu'il faut trouver et développer, idéalement en parallèle de sa source de revenus. Elle recommande de prêter attention aux compliments que l'on reçoit, car la spécificité de chacune est probablement à tirer de cette source. Il faut, dit-elle, prendre le temps de réfléchir à ce que l'on aurait aimé faire ou être dans d'autres circonstances, et être convaincue qu'il est toujours temps. Sortir de sa zone de confort, explorer plusieurs pistes, ne pas se décourager au premier échec, comprendre l'origine de ses peurs et s'en libérer : voilà la méthode qu'elle propose, celle d'une femme qui l'a appliquée à elle-même, en changeant de carrière et en retrouvant le pinceau. Sur la femme au Maroc, Leila Lotfi est sans illusion mais sans cynisme. Les inégalités, dit-elle, sont toujours omniprésentes ; il existe tant de profils de femmes et tout autant de problématiques que parler d'un seul sujet pénaliserait les autres. Cette lucidité l'empêche de réduire la condition féminine marocaine à un slogan ou à une statistique. Elle préfère formuler un rêve : un Maroc où le contexte social et familial n'aboutisse pas à un mélange des genres, où l'homme et la femme seraient à leur juste place, dans le respect, la bienveillance et l'équilibre. Ni revendication ni résignation, mais une vision d'équilibre qui lui est propre, formulée avec la même retenue que sa peinture — sans excès, sans manichéisme, avec la précision d'une femme qui sait que les vraies évolutions se construisent dans la durée. Elle expose notamment à l'hôtel Sofitel Tour Blanche, du 13 au 21 novembre, une exposition qu'elle présente comme l'aboutissement d'un parcours personnel autant que professionnel. L'exposition n'est pour elle qu'une étape : elle s'inscrit dans le temps long de la peinture, dans la continuité de « peindre encore et encore », avec la régularité du geste et la fidélité à l'atelier. Le magazine qui la reçoit trouve grâce à ses yeux : site riche en rubriques et en contenu, où chaque femme pourra trouver son bonheur en termes de centres d'intérêt. Le portrait qui se dégage est celui d'une artiste ducheminement : ni prodige précoce ni reconversion subie, mais une femme qui a su écouter un besoin latent pendant des années, patienter, puis saisir l'occasion — un tableau trop cher, un matériel acheté — pour se donner la permission de recommencer. Styliste, communicante, peintre : les trois se tiennent, et c'est peut-être là la véritable singularité de Leila Lotfi — la preuve qu'une vie professionnelle n'a pas à être linéaire pour être cohérente.
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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