Hafida Zizi : un océan de couleurs pour les femmes amazighes
Autodidacte du Moyen Atlas, elle a fait de la couleur une mémoire des femmes amazighes, de sa galerie d'Aït-Ben-Haddou au Musée de la Femme de Marrakech.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Hafida Zizi est une peintre et sculptrice marocaine née le 25 mai 1976 à Aghbala, dans le Moyen Atlas. Autodidacte, sans formation académique, elle a fait de l'art naïf la langue des femmes amazighes : des scènes de cuisine, de musique et de danse, des couleurs saturées, et, au centre de ses tableaux, de grands yeux ouverts qui évoquent la khamsa protectrice. Depuis 2015, elle tient une galerie à Aït-Ben-Haddou, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO ; en 2024, elle en ouvre une seconde à Marrakech.
Sa trajectoire tient en trois mouvements. D'abord le départ : une enfance de sept à quinze ans à l'école, interrompue par un mariage, puis les années de tâches ménagères et de maternité, jusqu'au décès de sa mère, tisserande de tapis, qui remet tout en question. Ensuite l'entrée en peinture, à vingt-huit ans, appuyée par son frère Rachid Zizi, ancien élève de l'École des beaux-arts de Casablanca. Enfin la reconnaissance : une première exposition personnelle en 2011 à Imilchil, une galerie ouverte dans le ksar d'Aït-Ben-Haddou, des expositions aux États-Unis, en France et en Espagne, et l'exposition temporaire que le Musée de la Femme de Marrakech lui consacre de mars 2023 à avril 2024, puis de novembre 2024 à juin 2026.
Ce qui frappe dans son travail, c'est la cohérence. La couleur vient de l'enfance — la laine que sa mère teignait, les tapis qu'elle tissait — ; le sujet vient de la même enfance — les femmes qui préparent la nourriture, qui font la musique, qui dansent ; la forme vient de la liberté de l'autodidacte, dont les œuvres sont décrites comme « à la fois doux et forts, fantastiques et réalistes ». De la première exposition personnelle de 2011 aux galeries d'aujourd'hui, Hafida Zizi a transformé un savoir-faire domestique en un langage pictural reconnu.
Origines et formation
Hafida Zizi naît le 25 mai 1976 à Aghbala, une ville du Moyen Atlas, et grandit au sein d'une communauté amazighe traditionnelle. Sa mère est tisserande de tapis : c'est par elle que la petite Hafida découvre très tôt l'artisanat et l'usage de la couleur. Dans une interview accordée à Intrepid Travel dans sa galerie d'Aït-Ben-Haddou, elle raconte que la teinture de la laine a été sa première école chromatique ; Adrar Travel, qui organise des ateliers de peinture avec elle, confirme que sa mère l'a « initiée au tissage de tapis », et que cette passion pour la couleur est née de là.
La scolarité dure de sept à quinze ans. Wikipédia précise que son mariage a interrompu ses études : elle consacre ensuite les années suivantes aux tâches ménagères traditionnelles et devient mère de trois enfants. Adrar Travel ajoute un détail important : c'est son frère Rachid Zizi, ancien élève de l'École des beaux-arts de Casablanca, qui l'encourage réellement à peindre. La formation artistique de la famille, d'un côté de la maison, sert de déclencheur de l'autre.
Le décès de sa mère, « figure centrale de sa vie », change la donne. Insatisfaite de ce mode de vie, Hafida Zizi décide de se séparer de son mari et s'installe à Marrakech, chez l'un de ses frères. C'est à ce moment-là, selon Wikipédia, qu'elle commence à vingt-huit ans sa carrière de peintre et de sculptrice autodidacte. Dans l'entretien d'Intrepid Travel, elle date de vingt-sept ans la perte de sa mère — « aussi ma meilleure amie » — et fait de l'art le canal de son deuil : « Je n'avais plus personne à qui parler ni à qui confier mes sentiments. C'est à ce moment-là que je me suis tournée vers l'art pour exprimer mes émotions. »
Elle n'a donc jamais eu de formateur. « Artist without formal training », répète la notice anglaise de Wikipédia ; sa biographie professionnelle insiste sur le caractère autodidacte. Ses influences, elles, sont marocaines : Chaïbia Talal, peintre populaire disparue, et Abbas Saladi, selon Wikipédia ; Adrar Travel cite également Fatima Hassan et Fatna Gbouri, et souligne que la liberté du trait naïf, « qui rejette l'académisme », lui vient de Chaïbia. Le vocabulaire de son art — les yeux ouverts de la khamsa, les motifs classiques de la préparation du repas, de la musique et de la danse — se construit donc hors des écoles, à partir de la mémoire des femmes de sa communauté.
Parcours professionnel
Le calendrier est précis : la première exposition personnelle a lieu sept ans après le début de la carrière, en 2011, à Imilchil. Wikipédia précise qu'elle est suivie d'autres expositions à Casablanca et à Marrakech, dans d'autres villes du Maroc, ainsi que de projets internationaux aux États-Unis, en France et en Espagne. Depuis 2015, Hafida Zizi gère une galerie à Aït-Ben-Haddou ; en 2024, elle ouvre une seconde galerie à Marrakech.
La galerie d'Aït-Ben-Haddou est le pivot de son activité. Intrepid Travel y a réalisé l'entretien qui sert de fil à plusieurs de ses citations : l'artiste y présente deux ou trois artistes invitées à côté de ses propres œuvres, y forme une jeune fille d'un village voisin « qui ne savait rien peindre », et invite régulièrement des jeunes femmes à aider aux expositions « pour donner en retour et encourager d'autres à suivre leur passion ». Bewildered in Morocco, qui lui consacre un portrait, résume la situation : Aït-Ben-Haddou n'avait pas de lieu d'art dédié, et elle a elle-même créé le sien, devenu un point de repère pour les visiteurs.
Les expositions institutionnelles occupent une place centrale dans la décennie 2020. Selon Wikipédia, de mars 2023 à avril 2024, puis de novembre 2024 à juin 2026, le Musée de la Femme de Marrakech consacre son exposition temporaire à Hafida Zizi. L'agence Jinha, qui a suivi le musée, rapporte les propos de sa responsable, Siham Ait Warraq : deux expositions y ont été organisées dans l'année, dont une peinture avec la participation de la peintre Hafida Zizi. L'artiste, elle, dit à la même agence : « Je suis toujours heureuse d'exposer mes peintures au musée, parce qu'il honore les femmes et les artistes marocaines. »
La scène contemporaine l'a rejointe récemment. En décembre 2025, la collective « La Traversée », organisée par Yiiri Creative, s'ouvre à DaDa Marrakech, sur la place Jemaa el-Fna, avec six artistes du Mali, du Maroc et de la diaspora africaine — Cheick Diallo, Hafida Zizi, Ibrahim Bemba Kébé, Mamadou Thienta, Nybé Ponzio et Smail Kanouté. Morocco World News, qui couvre l'événement, décrit la Marocaine comme la figure « centrale » apportant une dimension personnelle et narrative : « peintre et sculptrice autodidacte du Moyen Atlas, connue pour ses œuvres vibrantes de style naïf centrées sur les femmes amazighes et la vie quotidienne », aux palettes intenses et aux motifs récurrents de grands yeux protecteurs.
Elle expose aussi hors des murs : son site professionnel hafidazizi.com et les ateliers de peinture associés à des tournées artistiques au Maroc, notamment à Aït-Ben-Haddou, où elle anime des workshops aux côtés d'autres artistes marocains, complètent le circuit d'une artiste indépendante qui passe autant par sa galerie propre que par le musée.
Réalisations et impact
La première réalisation est un catalogue : plusieurs années de tableaux consacrés aux femmes amazighes, aux gestes du quotidien, à la nourriture, à la danse. Wikipédia décrit des « séquences narratives » typiques de son œuvre, où les personnages féminins sont centraux et les hommes presque absents — l'artiste confirme à Intrepid Travel qu'elle n'inclut des hommes que « pour un très faible pourcentage », parce que ses tableaux parlent de son enfance et des femmes qui l'ont élevée. Dans une œuvre, dit-elle, elle utilise parfois plus de quarante couleurs différentes : « un océan de couleurs ».
La seconde réalisation est une infrastructure culturelle dans un endroit où il n'y en avait pas. La galerie d'Aït-Ben-Haddou, ouverte depuis 2015, accueille à la fois ses œuvres, celles d'autres artistes et des ateliers pour femmes et enfants. C'est un geste rare dans le paysage de l'art marocain : une artiste du Moyen Atlas qui crée, dans un ksar classé, un lieu d'exposition permanent plutôt que de dépendre exclusivement des galeries des grandes villes. L'ouverture d'une seconde galerie à Marrakech, en 2024, étend le modèle.
La troisième réalisation est la légitimation institutionnelle. Une exposition temporaire du Musée de la Femme de Marrakech qui court, avec une interruption, de mars 2023 à juin 2026, c'est près de trois années de présence muséale continue pour une artiste autodidacte. Ce n'est pas un one-shot : c'est un accrochage de longue durée, renouvelé, qui place son travail dans un musée dédié aux femmes marocaines — un écrin cohérent avec son sujet.
L'impact se mesure enfin à la transmission. Dans son atelier d'Aït-Ben-Haddou, elle enseigne : une jeune fille d'un village voisin a développé « son propre style et sa propre touche » ; elle invite des jeunes femmes à participer aux expositions ; elle anime des ateliers dans le cadre de voyages culturels. Sa conviction, répétée dans plusieurs entretiens, tient en une phrase : « Si vous avez de la passion, rien n'est difficile. » Le style naïf qu'elle défend comme un héritage de Chaïbia Talal lui-même disparu est, chez elle, un projet pédagogique autant qu'un style : elle souhaite que d'autres femmes le reprennent.
Enfin, son travail documente. Les scènes qu'elle peint — la préparation du repas, la musique, la danse, les gestes de la communauté amazighe — sont une archive visuelle d'un quotidien qui change. Wikipédia le dit sans détour : ses œuvres combinent éléments contemporains et historiques, décrites comme « à la fois douces et fortes, fantastiques et réalistes ». Dans une région où l'art institutionnel est rare, cette fonction de mémoire est peut-être sa contribution la plus durable.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : l'âge d'entrée n'est pas un handicap. Vingt-huit ans, aucune formation, un frère beaux-arts pour seul appui, et sept ans plus tard une première exposition personnelle à Imilchil. L'autodidacte qui commence tard construit un catalogue cohérent parce qu'elle peint ce qu'elle a vécu, pas ce qu'on lui a appris.
Deuxième leçon : la matière vient de chez soi. La laine teinte par une mère tisserande, les tapis, les couleurs du Moyen Atlas : Hafida Zizi n'est pas allée chercher son sujet. Elle l'a trouvé dans les gestes des femmes de sa communauté, et elle l'a fixé sur toile.
Troisième leçon : le lieu compte autant que l'œuvre. Plutôt que de rester à Marrakech ou Casablanca, elle a ouvert une galerie dans un ksar classé UNESCO, là où les visiteurs du monde entier passent. Depuis 2015 à Aït-Ben-Haddou, depuis 2024 à Marrakech, la galerie est devenue sa salle d'exposition, son atelier et son espace de transmission.
Quatrième leçon : exposer, c'est aussi donner. Les invitées de sa galerie, la jeune peintre du village voisin, les ateliers pour femmes et enfants : le travail de Hafida Zizi se mesure au nombre de personnes qu'il fait passer devant un chevalet. « Si vous avez de la passion, rien n'est difficile » n'est pas une formule de circonstance, c'est la méthode.
Enfin, son parcours rappelle qu'une carrière peut commencer par une disparition. C'est le décès de sa mère qui a fait basculer Hafida Zizi dans la peinture ; c'est en peignant les femmes de sa communauté qu'elle a prolongé leur présence. Le Musée de la Femme de Marrakech, les galeries d'Aït-Ben-Haddou et de Marrakech, les expositions collectives de 2025 : le trajet est celui d'une artiste qui a fait de la mémoire des autres son sujet.
Questions fréquentes
Où Hafida Zizi est-elle née et quelle est sa formation ?
Elle est née le 25 mai 1976 à Aghbala, dans le Moyen Atlas, au sein d'une communauté amazighe. Sa mère était tisserande de tapis ; elle a suivi l'école de sept à quinze ans, avant que son mariage n'interrompe sa scolarité. Peintre et sculptrice autodidacte, elle n'a reçu aucune formation artistique formelle.
Où expose-t-elle et depuis quand ?
Sa première exposition personnelle a lieu en 2011 à Imilchil. Elle gère depuis 2015 une galerie à Aït-Ben-Haddou, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, et en a ouvert une seconde à Marrakech en 2024. Le Musée de la Femme de Marrakech lui consacre une exposition temporaire de mars 2023 à avril 2024, puis de novembre 2024 à juin 2026.
Quel est le sujet de ses tableaux ?
Elle peint la vie des femmes amazighes : préparation de la nourriture, musique, danse, gestes du quotidien, dans une palette saturée qui peut compter plus de quarante couleurs par toile. Un motif revient en permanence : de grands yeux ouverts qui évoquent la khamsa, la main protectrice contre les mauvais regards.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Safaa Erruas et Ahlam Lemseffer.
Sources : Wikipédia — Hafida Zizi · Wikipedia — Hafida Zizi · Intrepid Travel — An ocean of colours : Hafida Zizi's quest to capture the lives of Amazigh women on canvas · Morocco World News — « La Traversée », exposition collective à Marrakech · Bewildered in Morocco — Meet Hafida Zizi · Adrar Travel — Painting tour in Morocco · Jinha Women's News Agency — Women's Museum in Marrakesh · Photo : Hafida Zizi, Wikimedia Commons, licence CC0, commons.wikimedia.org
À propos de l'auteure
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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