Retour
Femmes Inspirantes 07 nov. 2026 12 min de lecture

Fatna Lkhiyel : de l'hôpital de Larache à la politique du logement

Docteur en médecine générale devenue secrétaire d'État chargée de l'Habitat en avril 2017, elle a défendu 800 000 logements à construire d'ici 2021 et un observatoire national du secteur.

LR

La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Fatna Lkhiyel : de l'hôpital de Larache à la politique du logement
📅 Dernière mise à jour : 7 novembre 2026
🏷️ #Politique

Fatna Lkhiyel est une femme politique marocaine, membre du Mouvement populaire (MP). Médecin de formation, elle passe de l'exercice clinique dans le nord du Royaume à l'administration des hôpitaux, puis à la politique locale avant d'entrer au gouvernement : le 5 avril 2017, elle est nommée secrétaire d'État chargée de l'Habitat dans le gouvernement El Othmani, un poste alors créé de toutes pièces pour piloter l'un des chantiers les plus exposés du pays — loger une population urbaine en forte croissance.

Son itinéraire se lit en trois temps. Le premier est médical : docteur en médecine générale diplômée de la faculté de Rabat, elle exerce dans la santé publique comme médecin de dispensaire, puis comme chef de service à l'hôpital Lalla Meriem de Larache, avant de suivre une formation professionnelle en administration des hôpitaux. Le second est électif : elle rejoint le Mouvement populaire, devient conseillère communale à Arbaoua et siège à la Chambre des représentants sur deux législatures consécutives. Le troisième est gouvernemental : nommée en avril 2017, elle y porte la responsabilité du logement, du renouvellement urbain et de la lutte contre l'habitat insalubre.

Cette trajectoire, d'une commune rurale jusqu'aux commissions parlementaires de Rabat, raconte une manière marocaine de faire de la politique : par le terrain sanitaire, par l'échelon communal et par l'expertise technique, sans jamais quitter le terrain.

Origines et formation

Fatna Lkhiyel est d'abord une médecin. Wikipédia la présente comme docteur en médecine générale diplômée de la faculté de Rabat, puis précise sa carrière dans la fonction publique hospitalière : médecin de dispensaire, puis chef de service à l'hôpital Lalla Meriem de Larache, un établissement public du nord du Maroc. Elle y accumule ce que la politique ne lui donnera jamais : l'expérience directe des parcours de soins et des contraintes d'un service public de proximité.

À cette pratique, elle ajoute une compétence d'organisation : une formation professionnelle en administration des hôpitaux, qui la prépare à passer du soin à la gestion. C'est ce double capital — clinique et administratif — qui nourrira plus tard son action publique sur le logement, domaine où se croisent santé, urbanisme et action sociale.

Le contexte de sa entrée au gouvernement mérite d'être rappelé. Le 5 avril 2017, Saâdeddine El Othmani est chargé de former le gouvernement après plusieurs mois d'attente de coalition. Selon Morocco World News, ce cabinet ne compte que treize visages nouveaux sur trente-neuf ministres, tous issus des six partis de la majorité ou de la fonction publique. Fatna Lkhiyel fait partie de ces recrues : le journal la présente comme « une autre figure du parti faisant pour la première fois son entrée au gouvernement », secrétaire d'État auprès du ministre de l'Urbanisme et du Logement, en charge du Logement.

Pharmacie.ma, qui commente la composition du cabinet, insiste sur un détail notable : ce gouvernement compte trois médecins — le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani, le ministre de la Santé El Houssaine Louardi et le Dr Fatna Lkhiyel, nommée secrétaire d'État auprès du ministre de l'Aménagement du territoire national, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la ville, chargée de l'Habitat. Une formation médicale au plus haut niveau de l'exécutif marocain, au moment même où la réforme du Code pénal et la révision du statut de la femme occupent le débat public.

Sur le plan électif, les données publiques la crédibilisent longtemps avant 2017. L'entrée Wikidata qui lui est consacrée la donne membre de la Chambre des représentants du Maroc de 2007 à 2011 puis de 2011 à 2016, sous les couleurs du Mouvement populaire, et note comme langue maternelle l'amazigh. Elle passe donc deux législatures à la chambre basse avant de rejoindre l'exécutif, une expérience parlementaire qui lui permet de connaître les circuits du vote budgétaire avant d'en être bénéficiaire.

Wikipédia ajoute qu'elle est élue conseillère communale dans le village d'Arbaoua après avoir rejoint le Mouvement populaire — une information, il est vrai, marquée comme non référencée dans l'encyclopédie libre. Le reste du parcours est confirmé ailleurs : la fiche du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe la décrit, sous le nom « Fatna EL K'HIEL », comme représentante du Maroc à la Chambre des collectivités locales, présidente du conseil municipal d'Arbaoua, membre du comité de gouvernance du Congrès et affiliée au Mouvement populaire.

Parcours professionnel

Le premier pilier du parcours reste la médecine publique : dispensaire, puis service hospitalier à Larache, puis administration des hôpitaux. Rien dans les sources consultées ne précise sa date de naissance ou son lieu de naissance, et il serait inventé de les lui attribuer. Ce que l'on sait, c'est le sens de sa carrière : passer du soin individuel à la gestion collective des structures de soins, donc à la décision politique.

Le second pilier est le Mouvement populaire, parti historique de l'Amazighité marocaine fondé sur l'assise rurale. Le parti obtient 354 468 voix et 32 sièges sur 395 aux législatives de 2011, selon sa fiche anglophone de Wikipédia, et compte plusieurs femmes à ses instances dirigeantes au fil des mandats. C'est sous cette bannière que Fatna Lkhiyel siège à la Chambre des représentants entre 2007 et 2016, avant d'être choisie pour le gouvernement.

Le 5 avril 2017, la nomination tombe : secrétaire d'État chargée de l'Habitat dans le gouvernement El Othmani, poste créé par cette formation gouvernementale, sous le règne de Mohammed VI. Le domaine est immense : l'aménagement du territoire national, l'urbanisme, l'habitat et la politique de la ville relèvent du ministère voisin, mais c'est elle qui porte la responsabilité opérationnelle du logement.

Immédiatement, elle passe au travail législatif. Selon Morocco World News, elle présente le projet de budget de son département devant la commission de l'intérieur, des collectivités territoriales, de l'Habitat et de la politique de la ville de la Chambre des conseillers : c'est là qu'elle déroule la stratégie de son secteur pour les quatre années à venir. Elle y défend un objectif de production annuelle de 170 000 logements, la révision de la politique de soutien à la classe moyenne, des mesures en faveur du logement à revenus moyens et faibles, le suivi et l'accompagnement des associations et coopératives d'habitants, ainsi que la création d'un observatoire national chargé de la supervision et de la prospective du secteur.

Suivent les déplacements d'un secrétariat d'État en mission : elle est présente, avec le ministre de l'Énergie, des Mines et du Développement durable Aziz Rebbah et les autorités de la région, au lancement de la quatrième édition du salon immobilier Sakane Expo à Salé ; elle conduit, à Dubaï, une délégation marocaine qui rencontre les responsables du secteur immobilier saoudien ; et elle est inscrite au programme de l'Assemblée mondiale des gouvernements locaux et régionaux réunie à Kuala Lumpur en février 2018 dans le cadre du Neuvième Forum urbain mondial, où elle figure comme secrétaire d'État du Maroc en charge du Logement.

Le secrétariat d'État à l'Habitat n'est pas éternel : la composition du gouvernement publiée par dahir en octobre 2024 place à ce poste Adib Ben-Brahim, confirmé ensuite par la presse en 2026. Fatna Lkhiyel, elle, bascule vers une autre scène : l'échelon local et les réseaux de collectivités.

Réalisations et impact

Le fait majeur du bilan gouvernemental tient en un chiffre présenté devant la Chambre des conseillers : un programme de construction de 800 000 logements d'ici 2021, dont l'objectif affiché est de réduire de moitié le déficit de logement en quatre ans. Selon Morocco World News, ce programme permettrait de traiter les dossiers de la moitié des 120 000 familles destinataires d'un logement amélioré dans le cadre du programme national « Cities without Slums » à l'horizon 2021.

Le même texte détaille la partie renouvellement urbain : régénération des lotissements informels pour améliorer les conditions de vie de plus de 200 000 ménages, rénovation de 37 000 bâtiments, activation du rôle de l'Agence nationale de renouvellement urbain, et élargissement de la gamme de logements destinés aux familles en situation de besoin. Autrement dit, la secrétaire d'État ne se contente pas de construire : elle s'attaque à l'habitat existant, celui qui abrite déjà les ménages les plus vulnérables.

Deuxième impact, plus institutionnel : la professionnalisation de la donnée du secteur. La création d'un observatoire national de veille et de prospective, la surveillance des associations d'habitants et le réajustement de la politique de soutien à la classe moyenne forment un triptyque de gouvernance qui dépasse la durée d'un mandat. Ces dispositifs sont pensés pour survivre aux changements de majorité, et plusieurs d'entre eux structurent encore le débat sur le logement au Maroc.

Troisième impact : la visibilité internationale des élues locales marocaines. En novembre 2018, au cours du huitième sommet Africités de Marrakech, elle est élue première vice-présidente du Réseau des Femmes élues locales d'Afrique (REFELA), un réseau dont elle est l'une des fondatrices et qui compte 45 membres répartis sur les cinq régions du continent, neuf femmes élues par région ; le réseau a été créé à l'issue du premier forum des femmes élues locales d'Afrique, tenu à Tanger en mars 2011, et il est membre de CGLU Afrique. En 2023, lors de la Conférence MEDCOP sur la coopération pour le développement durable en Méditerranée, UCLG Africa la présente comme vice-présidente de REFELA pour l'Afrique du Nord et présidente de la commune d'Arbaoua, parmi les intervenantes d'une session sur la justice climatique aux côtés de figures comme Nouzha Bouchareb ou Firdaous Oussidhoum. Le Congrès du Conseil de l'Europe, de son côté, la répertorie comme membre du comité de gouvernance : la Marocaine siège ainsi, depuis l'échelon communal, dans une instance paneuropéenne de démocratie locale.

Cette combinaison — un ministère technique, puis une responsabilité de proximité — donne à son parcours une cohérence rare : le logement n'est plus seulement un programme de construction, c'est une politique de vie quotidienne, de santé et de climat, menée depuis une commune rurale autant que depuis un bureau de Rabat.

Ce qu'on retient

Premier enseignement : la médecine prépare à la politique du concret. Un médecin de dispensaire qui devient chef de service, puis administratrice hospitalière, puis secrétaire d'État chargée du logement, transporte avec lui la logique du diagnostic : mesurer le mal, évaluer les moyens, suivre les effets. Sa présentation du projet de budget devant la Chambre des conseillers, avec ses cibles chiffrées, en est la trace.

Deuxième enseignement : l'échelon local n'est pas une halte, c'est une légitimité. Arbaoua, commune rurale où elle est élue, devient le point d'ancrage d'une carrière qui mène au gouvernement puis au Congrès du Conseil de l'Europe. La politique marocaine offre cette voie verticale, du conseil communal à la Chambre des représentants, puis à l'exécutif.

Troisième enseignement : les postes créés disent les priorités d'un pays. Le secrétariat d'État à l'Habitat est un poste créé en avril 2017 : le gouvernement a jugé nécessaire d'individualiser la responsabilité du logement, de l'urbanisme et de la politique de la ville. Porter un poste neuf signifie écrire ses contours, ses indicateurs et ses arbitrages budgétaires — un travail d'autant moins spectaculaire qu'il est décisif.

Enfin, son parcours rappelle que la transition des compétences compte autant que les fonctions. Passer de l'hôpital Lalla Meriem au ministère de l'Aménagement du territoire, de la gestion d'un service au pilotage de 800 000 logements, ne relève pas du hasard : c'est la conversion d'une expertise de terrain en capacité de décision publique, la marque des femmes qui construisent leur autorité avant de la faire reconnaître.

Questions fréquentes

Quelle fonction Fatna Lkhiyel a-t-elle exercée au gouvernement ?

Le 5 avril 2017, elle est nommée secrétaire d'État chargée de l'Habitat dans le gouvernement El Othmani, un poste créé lors de cette formation gouvernementale. Elle est rattachée au ministère de l'Aménagement du territoire national, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la ville, et présente les projets de budget de son département devant la Chambre des conseillers.

Quelle est sa formation d'origine ?

Elle est docteur en médecine générale diplômée de la faculté de Rabat. Elle exerce comme médecin de dispensaire puis comme chef de service à l'hôpital Lalla Meriem de Larache, et complète son parcours par une formation professionnelle en administration des hôpitaux avant d'entrer en politique.

Quels mandats électifs détient-elle ?

Elle est conseillère communale d'Arbaoua, où elle préside le conseil municipal, et figure comme membre de la Chambre des représentants du Maroc de 2007 à 2011 puis de 2011 à 2016 pour le Mouvement populaire. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe la répertorie comme représentante du Maroc à la Chambre des collectivités locales et membre de son comité de gouvernance.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Aawatif Hayar et Asma Lamrabet.

Sources : Wikipédia — Fatna Lkhiyel · Wikidata — Fatna Lkhiyel · Congrès des pouvoirs locaux et régionaux (Conseil de l'Europe) — Fatna El K'hiel · UCLG Africa — MEDCOP 2023, Tangier · Maroc Diplomatique — Lkhiyel élue première vice-présidente du REFELA (Africités 2018) · Morocco World News — 800 000 logements d'ici 2021 · Morocco World News — les treize nouveaux visages du gouvernement · Pharmacie.ma — trois médecins au gouvernement · Wikipedia — People's Movement (Morocco) · Dahir n° 1-24-56 — composition du gouvernement · Arab News — Saudi real estate showcase at Dubai Property Show · Ville de Salé — ouverture de Sakane Expo 2017 · UCLG — Assemblée mondiale des gouvernements locaux et régionaux, Kuala Lumpur 2018 · Hespress — Législatives 2026 : le PAM dévoile ses candidats

LR

À propos de l'auteure

La Rédaction

La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

Conversations & Échanges (0)

Espace réservé aux lectrices

Partager votre regard ou une expérience

Soyez la première à ouvrir la conversation sur cet article.

Dans la Même Collection

Poursuivre la Lecture