Farah El Fassi : l'actrice de Tétouan primée au festival de Grenade
De Tétouan aux festivals, le parcours d'une comédienne autodidacte qui a enchaîné petits boulots, séries et longs-métrages tout en repassant son bac.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Farah El Fassi est une actrice marocaine née en 1985 à Tétouan, dans le nord du Maroc. Elle se révèle au grand public en 2008 dans le long-métrage Le temps des camarades, de Mohamed Chrif Tribak, puis construit en une quinzaine d'années une filmographie qui alterne cinéma, séries télévisées et théâtre, avec des réalisateurs du Nord comme Mohamed Ismaïl. Comédienne récompensée au festival national du film de Tanger puis meilleure actrice au festival de Lorca, en Espagne, en 2022, elle incarne une trajectoire de comédienne autodidacte : ni conservatoire, ni école d'art dramatique à Tétouan, mais des petits boulots, des tournages et une obstination scolaire qui l'a conduite, trente ans après ses premières classes, à repasser son baccalauréat pour viser des études de cinéma.
Le portrait de Farah El Fassi raconte ainsi un double itinéraire, artistique et universitaire, souvent entremêlé. D'un côté, une comédienne devenue une figure familière des fictions marocaines, des séries du Ramadan aux longs-métrages primés ; de l'autre, une étudiante tardive qui a interrompu ses beaux-arts pour jouer, puis a repris le chemin des salles de classe à mesure que sa carrière se consolidait. Entre les deux, une vie personnelle très médiatisée, notamment son mariage avec l'acteur Omar Lotfi, qui a alimenté les rubriques people marocaines depuis le milieu des années 2010.
Origines et formation
Farah El Fassi naît en 1985 à Tétouan, selon son article de Wikipédia, qui précise qu'elle effectue sa scolarité primaire et secondaire dans la ville du Nord. Pendant son enfance, elle participe ponctuellement aux productions de pièces de théâtre organisées par son école : c'est là, et nulle part ailleurs, que se situe sa première scène. La page encyclopédique insiste sur un point déterminant pour comprendre la suite de sa carrière : à l'époque, Tétouan ne dispose pas d'organismes de formation d'acteurs. La jeune fille rêve donc de jeu sans école à laquelle s'adresser, et son parcours restera longtemps fait d'apprentissage sur le tas.
Avant la caméra, il y a les petits boulots. Dans un portrait publié en août 2019 par Morocco Jewish Times, Fatine Alaoui retrace les débuts casablancais de la vie professionnelle de l'actrice : opératrice de téléphone, employée administrative dans un hôpital, infirmière dans un cabinet médical, employée de pharmacie. Rien, dans ce premier CV, n'annonce le cinéma. C'est le metteur en scène Mohammed Chrif Tribak qui « découvre son talent » et lui confie un rôle dans son long-métrage Zamane Arrifaq, dont le sujet porte sur l'époque du socialisme, des camarades et du militantisme universitaire marocain. Le film, présenté en 2008 sous le titre Le temps des camarades, raconte l'histoire du mouvement étudiant de gauche des années 1990 : c'est le déclic.
La formation scolaire, elle, reprend au fil des ans. Farah El Fassi devient bachelière en 2012 et entame dans la foulée des études à l'Institut national des beaux-arts de Tétouan, l'INBA. Elle interrompt ce cursus après environ une année pour se consacrer entièrement à sa carrière de comédienne, qui débute à peine. Neuf ans plus tard, elle revient sur le banc des classes : le 24 juin 2021, elle annonce avoir obtenu son baccalauréat pour la seconde fois, en filière Lettres et sciences humaines, avec la mention bien, comme le relate Le360 le 29 juin suivant. Déjà bachelière en 2012, elle explique vouloir cette fois valider le parcours qui lui avait manqué.
Ses objectifs affichés sont précis. Interrogée par Le360, elle déclare viser « une licence en études cinématographiques et audiovisuelles de la faculté Abdelmalek Essâadi à Tétouan », après avoir validé deux années d'études post-bac ; en attendant, elle s'inscrit en sociologie ou en psychologie à la faculté de Martil, option qu'elle n'avait pas encore tranchée au moment de l'interview. Ce projet universitaire n'est pas un épisode isolé : il s'inscrit dans le désir, plus ancien, de reprendre des études et de s'inscrire au premier cycle d'études cinématographiques de la faculté Abdelmalek Essaâdi de Tétouan, une intention déjà signalée par Wikipédia. L'actrice de Tétouan aura ainsi passé une partie de sa carrière à articuler tournages et inscriptions, deux mondes qu'elle refuse de choisir l'un contre l'autre.
Parcours professionnel
La carrière officielle commence en 2007, avec une première opportunité dans un film local qui attire l'attention sur elle comme comédienne, puis en 2008 avec Le temps des camarades. La fiche de l'actrice publiée par le Festival international du film de femmes de Salé situe précisément le point de départ : « une carrière cinématographique riche qui a débuté en 2008 avec Time of Comrades de Mohamed Chrif Tribak, film présenté à Saint-Sébastien et primé au festival national du film de Tanger ». Le film ouvre ainsi deux portes à la fois, internationale et nationale.
Les propositions suivent. Morocco Jewish Times cite Ihbat, de Mohammed Ismaïl, originaire comme elle de la région du Nord, puis Attifl Acheikh, dans lequel elle joue un rôle secondaire, Bougababa et Afrah Saghira. Wikipédia, de son côté, souligne que plusieurs réalisateurs commencent à faire appel à elle régulièrement pour des rôles principaux, à l'image de Mohamed Ismaïl, qui fera d'elle l'une de ses actrices fétiches. Le360 la décrit en 2021 comme « actrice fétiche de feu Mohammed Ismaïl » et cite parmi ses films Espoir, sorti en 2016, et La Mora, tourné en 2019, « le dernier film du cinéaste, qui n'a d'ailleurs toujours pas été distribué » au moment de la publication de l'article.
Le cinéma s'accompagne d'une intense activité télévisuelle. Farah El Fassi joue dans plusieurs courts métrages, dont Ticachbila de Youssef El Allioui, avant de gagner la notoriété grand public grâce à la télévision : la série Mrahba b shabi, ses première et deuxième parties, Al qalb al majrouh, Azz al madina aux côtés d'Amine Ennaji, et Assafha Al oula, où elle partage l'affiche avec Driss Roukhe et Saad Tasouli, selon Morocco Jewish Times. Wikipédia ajoute à la liste Ahlam Nassim, en compagnie du chanteur Saad Lamjarred, The Wounded Heart, la série de Ramadan Ezz Al-Madina, sortie en 2018, et Assafha Al oula. Cette présence régulière à l'antenne lui permet de gagner en notoriété suffisante pour se consacrer à temps plein à son activité artistique.
En parallèle, elle tourne avec les deux figures qui ont structuré le cinéma marocain du Nord : Mohamed Chrif Tribak, qui l'a révélée, et Mohamed Ismaïl. Wikipédia note qu'elle continue un temps ses études tout en enchaînant les tournages de courts métrages, tout en effectuant initialement de petits jobs. La vie privée rejoint les rubriques people à partir du milieu des années 2010 : son histoire d'amour avec l'acteur marocain Omar Lotfi, qu'elle finit par épouser, alimente mariage, naissance d'un enfant et rumeurs de rupture dans la presse marocaine, comme le résume l'encyclopédie. Le couple devient l'un des plus suivis de la scène artistique marocaine.
Une autre ligne du parcours mérite d'être relevée : la capacité de l'actrice à reprendre la main sur sa formation à chaque étape. Après l'INBA interrompu, après le bac repris en 2021, Le360 rapporte qu'elle s'apprête à s'inscrire à la faculté de Martil pour une formation courte de deux années, dans la perspective d'atteindre la licence de cinéma à Tétouan. Le parcours professionnel de Farah El Fassi n'est donc pas une ligne droite : c'est une suite de va-et-vient entre les plateaux et les amphithéâtres, assumés comme tels.
Réalisations et impact
Le premier palmarès vient tôt. Morocco Jewish Times indique que Farah El Fassi remporte le prix du meilleur second rôle féminin au festival national du film de Tanger pour Afrah Saghira. Wikipédia crédite de son côté Petits bonheurs, le film de Mohamed Chrif Tribak diffusé en 2015, du prix du second rôle féminin au même festival national de Tanger, un prix qui renforce, selon l'encyclopédie, « sa notoriété naissante comme comédienne ». Quel que soit le titre exactement à l'origine de la récompense, le festival de Tanger apparaît comme la première institution à la consacrer, avant que les autres ne suivent.
L'arrivée la plus visible du palmarès se produit en Espagne. Le 19 novembre 2022, Farah El Fassi remporte le prix de meilleure actrice au festival de Lorca, en Andalousie, pour son rôle dans La mora, production marocaine de Mohammed Ismaïl, qui reçoit de son côté une mention posthume spéciale du jury, selon Hespress. Interrogée par le média, elle déclare ne pas s'attendre à la victoire : « Je ne m'attendais jamais à gagner », et souligne être « la seule Marocaine au festival parmi des actrices mondialement connues » aux carrières déjà affirmées, une participation qui la rend « si reconnaissante ». Elle était alors présente au festival international du film de Marrakech et a quitté l'événement pour rejoindre Grenade. La mora, sorti en 2020, y incarne Rosa, qui, après la mort de sa mère, retrace ses origines par les lettres de celle-ci jusqu'au Maroc.
La fiche du Festival international du film de femmes de Salé prolonge le bilan : « En 2024, elle a reçu les honneurs de meilleure actrice au festival international du film de Grenade et au festival Black Screens pour sa prestation dans Last Choice. » Le même document situe sa reconnaissance sur l'ensemble de la géographie festivalière : ses interprétations ont été saluées « dans de nombreux festivals nationaux et internationaux, notamment Tétouan, Oujda, Khouribga, Paris, Grenade et le Cameroun ». La doyenne des récompenses reste toutefois le second rôle de Tanger, qui ouvre la série.
Au-delà des trophées, l'impact de Farah El Fassi se mesure à sa longévité dans un secteur marocain réputé difficile. De Le temps des camarades en 2008 à Last Choice, la comédienne a traversé deux décennies en maintenant une alternance régulière entre le grand écran et la fiction télévisée, tout en jouant des rôles principaux pour des réalisateurs aussi différents que Tribak et Ismaïl. Le360 résume la logique de sa carrière en une phrase : « C'est ce même réalisateur qui l'avait alors révélée au grand public et au monde du cinéma », avant que Mohamed Ismaïl n'en fasse son actrice principale dans plusieurs de ses films.
Il y a enfin l'effet modèle, plus discret mais réel. Une comédienne née en 1985 à Tétouan, sans école d'art dramatique dans sa ville, qui enchaîne les petits emplois avant d'être choisie pour un long-métrage, puis qui, à trente-six ans, repasse son baccalauréat avec mention bien pour viser des études de cinéma : ce parcours donne à voir que la formation d'un acteur marocain peut s'écrire hors des sentiers tracés. Le récit de ses débuts, relayé par Morocco Jewish Times sous le titre « d'une infirmière à une star de cinéma », est devenu lui-même un argument d'inspiration pour une génération qui découvre que les métiers de l'image ne s'ouvrent pas uniquement après un concours.
Ce qu'on retient
Premier trait : la force du terrain. Farah El Fassi a appris son métier sur les tournages, à Tétouan, Casablanca et ailleurs, faute d'école disponible dans sa ville natale. Les pièces de théâtre scolaires de l'enfance, les petits boulots de l'âge adulte et les courts métrages tiennent lieu de conservatoire. Ce mode d'apprentissage explique la diversité de ses registres, de la série de Ramadan au drame social.
Deuxième trait : la fidélité aux auteurs du Nord. Mohamed Chrif Tribak l'a découverte, Mohamed Ismaïl l'a rendue incontournable ; entre les deux, une collaboration qui a duré jusqu'au dernier film du réalisateur, La Mora, primé en Espagne en 2022. Les trajectoires marocaines se construisent souvent ainsi, autour d'un ou deux cinéastes qui repèrent une actrice et lui confient des rôles récurrents.
Troisième trait : le refus d'abandonner les études. Bachelière en 2012, interrompue à l'INBA, reconvertie en 2021 en filière Lettres et sciences humaines avec mention bien, l'actrice a fait de la reprise scolaire un motif récurrent de sa biographie publique. Le360 a même fait de cet itinéraire le sujet d'un article entier : « Farah El Fassi a passé (et obtenu) son bac pour la seconde fois : la comédienne en livre la raison. »
Quatrième trait : la capacité à tenir deux carrières à la fois, la sienne et celle, très exposée, du couple qu'elle forme avec Omar Lotfi. Les rubriques people marocaines ont suivi mariage, naissance et aléas de cette union depuis le milieu des années 2010 ; l'actrice a continué, malgré ce projecteur, à enchaîner les rôles. C'est peut-être là le trait le plus marquant d'une comédienne qui a toujours joué la carte de la continuité plutôt que celle de l'effet d'annonce.
Questions fréquentes
Quel film a révélé Farah El Fassi ?
C'est Le temps des camarades (2008), de Mohamed Chrif Tribak, qui l'a révélée. Le film, qui raconte le mouvement étudiant de gauche des années 1990, a été présenté à Saint-Sébastien et primé au festival national du film de Tanger, selon la fiche que lui consacre le Festival international du film de femmes de Salé.
Quels prix a-t-elle remportés ?
Wikipédia lui attribue le prix du second rôle féminin au festival national du film de Tanger pour Petits bonheurs (2015), et Morocco Jewish Times le prix du meilleur second rôle féminin au même festival pour Afrah Saghira. Elle est devenue meilleure actrice au festival de Lorca, en Espagne, en novembre 2022, pour La mora, puis a été récompensée en 2024 à Grenade et au festival Black Screens pour Last Choice.
Quelle formation a-t-elle suivie ?
Bachelière en 2012, elle entre à l'Institut national des beaux-arts de Tétouan puis interrompt ses études pour jouer. Elle obtient un second baccalauréat, mention bien, en juin 2021, et envisage une licence en études cinématographiques à la faculté Abdelmalek Essaâdi de Tétouan, après une inscription en sciences sociales ou en psychologie à la faculté de Martil.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Amal Ayouch et Ahlam Lemseffer.
Sources : Wikipédia — Farah El Fassi · Le360 — Farah El Fassi a passé (et obtenu) son bac pour la seconde fois · Hespress — Farah El Fassi wins best actress award at the Spanish Locra film festival · Morocco Jewish Times — Farah El Fassi, d'une infirmière à une star de cinéma · FIFFS — fiche Farah El Fassi · Photo : Lalla plus, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0
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