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Femmes Inspirantes 05 nov. 2026 11 min de lecture

Chourouk Hriech : le noir et blanc qui redessine Casablanca

Artiste franco-marocaine née en 1977, elle dessine depuis vingt-cinq ans les villes du monde en noir et blanc, de Casablanca à Rio. Ses œuvres figurent au Palais royal de Rabat et au Fonds municipal d'art contemporain de Paris.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Chourouk Hriech : le noir et blanc qui redessine Casablanca
📅 Dernière mise à jour : 5 novembre 2026
🏷️ #Arts

Chourouk Hriech est une artiste d'arts visuels franco-marocaine, née le 8 août 1977 à Bourg-en-Bresse, connue pour ses dessins de paysages urbains tracés exclusivement en noir et blanc. Depuis vingt-cinq ans, elle n'a cessé de cartographier les villes qu'elle traverse — Casablanca, Marseille, Paris, Sète, Rio, Bangkok, Riyad — au rotring, à l'encre de chine et au marqueur, passant du papier à la fresque monumentale sans jamais renoncer à sa palette réduite.

Son travail, exposé du MAMCO de Genève au musée Círculo de Bellas Artes de Madrid en passant par la Biennale de Shanghai, figure dans des collections publiques qui vont du Fonds municipal d'art contemporain de la Ville de Paris au Palais royal de Rabat et à la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc. Au Maroc, elle est représentée par la galerie L'Atelier 21 de Casablanca, ville qu'elle illustre sans relâche depuis plus de quinze ans. C'est une artiste de la diaspora qui a fait du dessin une manière de tenir ensemble plusieurs géographies.

Origines et formation

Chourouk Hriech naît en France, le 8 août 1977, à Bourg-en-Bresse, et grandit dans le village voisin de Montrevel-en-Bresse, dans les Dombes. Elle est franco-marocaine, et cette double appartenance n'est pas un ornement : c'est la matière même de son dessin. Elle raconte avoir commencé à dessiner très tôt — « j'avais sans doute sept ans », dit-elle — et décrit une pratique restée remarquablement stable dans ses outils : « une pratique plutôt classique du dessin, à l'encre, à la gouache, sur papier, bois et toile ».

Après des études d'histoire et d'histoire de l'art à Lyon, elle est reçue à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, dont elle est diplômée. C'est là que se fixe sa grammaire : des dessins réalisés au rotring, à l'encre de chine et au marqueur, des univers à composante géométrique installés dans un environnement quelque peu chaotique, et surtout l'absence systématique de figures humaines. « Je ne sais pas dessiner des êtres humains », admet-elle volontiers, précisant que ses dessins, il y a vingt-cinq ans encore, étaient peuplés de personnages et d'animaux hybrides, avant que l'épuisement ne la conduise à une composition où, dit-elle, « les choses sont à leur place ».

Pourquoi le noir et blanc ? Elle y répond sans détour : ses outils étaient noirs et son support blanc, puis le monochrome est devenu sa manière de raconter, parce qu'il donnait « la meilleure narration, réaliste et graphique », de son travail. Surtout, ajoute-t-elle, un jour elle a compris que sa mémoire était « en noir et blanc » : les photos de sa famille marocaine qui l'avaient accompagnée pendant son enfance en France étaient des photos noir et blanc dans un monde en couleurs des années 1980. Le choix esthétique est donc aussi un choix de mémoire. Elle vit et travaille aujourd'hui à Marseille, où elle enseigne le dessin dans une école supérieure d'art.

Parcours professionnel

Le parcours commence par le papier. En 2003, elle publie un livre de dessins, The Pink Book, aux éditions Villa St Clair, à Sète, ville où elle a exposé pour la première fois en 2002 et qui reste pour elle une adresse sentimentale. Les expositions s'enchaînent ensuite : le Printemps de septembre à Toulouse en 2009, la huitième Biennale de Shanghai en 2010, Soul to Soul au Centre régional d'art contemporain de Sète en 2011, un premier passage à la galerie L'Atelier 21 de Casablanca la même année avec une série de dessins fondée sur les espaces urbains du Maroc.

Entre 2012 et 2018, elle signe la colonne de dessin « Ligne de Fuite » dans Diptyk, l'art vu du Maroc, magazine casablancais : six années à écrire — et dessiner — sur le dessin depuis le Maroc. En 2014, L'Atelier 21 lui consacre une nouvelle exposition, Nuages poussés par le vent, du 29 avril au 6 juin, où elle présente des travaux nés d'un itinéraire libre au cœur de l'« archéo-paysage » marocain, des dessins qu'elle décrit comme des cartes géo-expressives mêlant zones interstitielles, territoires sans nom et paysages saturés.

Viennent ensuite les biennales et les institutions : la Biennale de Marrakech, projets parallèles ; le Salon urbain de Douala en 2017, dans le cadre de la triennale camerounaise ; Faire ailleurs à la galerie Anne-Sarah Bénichou à Paris, exposition dont est issu un livre conçu avec Melik Ohanian et Nicolas Bourriaud ; en 2018, Art et Football à L'Atelier 21, toujours à Casablanca. Le MAMCO de Genève, la Kunsthalle de Mulhouse, le musée Cantini et le Musée d'art contemporain de Marseille, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine, le musée d'art contemporain de Lyon, le Círculo de Bellas Artes de Madrid, le Kunstnernes Hus d'Oslo, le musée Es Baluard de Palma de Majorque ou encore la Fondation Thalie de Bruxelles figurent au catalogue de ses expositions.

En 2019, la maison de banque suisse Julius Baer la commande pour l'édition de la foire Art Dubai : elle conçoit et compose A Journey Drawn Through an Archaeology of the Present, présentée dans la section Bawwaba, consacrée aux artistes du Moyen-Orient, d'Afrique, d'Asie centrale et du Sud et d'Amérique latine. « Le dessin est pour moi le frère aîné de l'écriture », explique-t-elle à cette occasion, décrivant une œuvre qui relie des histoires et des échelles de temps différentes.

Les récents chapitres sont plus monumentaux encore. En 2022, elle participe à l'exposition I See a Bird / Je vois un oiseau à la Drawing Lab, à Paris, et prend part, le 1er juin, à une rencontre en ligne consacrée au dessin aux côtés du commissaire Jérôme Sans. En 2023, le Museu do Amanhã de Rio de Janeiro lui consacre, du 11 juillet au 10 septembre, l'exposition-installation A city in the Forest, née d'une résidence Cidade Floresta menée avec le Goethe-Institut de Rio et le consulat général de France : trois toiles de 190 × 150 cm, une structure de 200 × 300 cm, des oiseaux de céramique, des pots d'argile et des tuiles, autour de ce qu'elle appelle le « chaos organisé » de Rio.

2024 la mène à la dix-septième Biennale de Lyon, Les voix des fleuves, et 2025 au Museum de Fundatie de Zwolle, aux Pays-Bas. En 2026, elle signe Là où les oiseaux racontent pour Les Étincelantes, premier parcours d'art contemporain du Parc des Oiseaux, dans l'Ain, ouvert au public du 1er mai au 11 novembre : sept artistes invités, 700 mètres de sentier autour d'un étang, et, pour la première fois depuis l'ouverture du parc en 1970, une commande contemporaine à cette échelle. Elle participera ensuite aux quinzièmes Rencontres de Bamako à partir de novembre.

Réalisations et impact

Le premier impact est institutionnel : des collections publiques détiennent son travail. Le Fonds municipal d'art contemporain de la Ville de Paris, le Palais royal de Rabat, la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc, le Fonds communal d'art contemporain de Marseille et le Fonds régional d'art contemporain de Provence-Alpes-Côte d'Azur figurent parmi les lieux qui conservent ses œuvres. Des commandes publiques et privées complètent cette reconnaissance, dont Un Immeuble Une Œuvre du Groupe Emerige et Le Voyage à Nantes.

Le deuxième impact est éditorial. Avec Roses et camélias, publié aux éditions P, elle a réuni douze autrices autour des villes de Marseille, Casablanca et Paris — un livre de textes et de dessins, avec le soutien de Sam Art Project, qui fait de sa géographie un objet collectif. À cela s'ajoutent Faire ailleurs, co-signé avec Melik Ohanian et Nicolas Bourriaud, et six années de chroniques dessinées pour la presse marocaine.

Le troisième est l'échelle. Ses dessins sont devenus des fresques : papiers peints monumentaux sur façades, balcons, lanternes et même rames de tramway, une précision extrême qu'elle assume comme un changement de nature du geste. Casablanca, ville qu'elle n'a jamais cessée d'illustrer, occupe dans cette œuvre une place à part : « Casa, c'est un peu le petit New York de l'Afrique », dit-elle, une ville de migrations où se sont croisés, tout au long du XXe siècle, des venus de toutes les régions du Maroc et de l'Afrique — et pas une ville de cartes postales, précise-t-elle, ni de médinas ni de palmiers.

En octobre 2026, elle présente son travail dans le magazine culturel présenté par Ali Baddou : dix minutes d'illustrations à l'écran, et l'annonce de sa prochaine grande exposition. Du 6 décembre 2026 au 18 avril 2027, elle investira les 1 000 mètres carrés du musée Paul-Valéry de Sète, sous un titre anglais, The Song of Thresholds, avant de revenir au Maroc en mai 2027, à L'Atelier 21 de Casablanca, la galerie qui la représente dans le Royaume.

Ce qu'on retient

Premier enseignement : la contrainte peut être un langage. Le noir et blanc, choisi par habitude d'outil puis gardé par conviction, n'a pas réduit son champ d'expression : il l'a rendu immédiatement reconnaissable, du dessin de chevalet à la fresque de façade. Une palette réduite, tenue sur vingt-cinq ans, produit une signature.

Deuxième leçon : dessiner une ville, c'est la prendre au sérieux. Chourouk Hriech ne photographie pas Casablanca, elle la cartographie : zones interstitielles, territoires sans nom, paysages saturés, architectures hybrides. Là où le regard touristique cherche l'exotique, le sien cherche la migration, la circulation, la transformation — ce qui fait qu'une ville comme Casablanca lui semble « un petit New York de l'Afrique ».

Troisième leçon : la diaspora comme méthode, non comme distance. Née en France d'une famille marocaine dont les photos d'enfance étaient en noir et blanc, elle travaille depuis Marseille pour des institutions françaises, marocaines, suisses, brésiliennes ou coréennes, avec une galerie casablancaise pour ancrage marocain. Cette géographie en double effacement — ni tout à fait d'ici, ni tout à fait d'ailleurs — est exactement ce que son dessin met en scène.

Enfin, il y a la transmission : une chronique de dessin dans une revue marocaine pendant six ans, un enseignement du dessin dans une école supérieure d'art, un livre où douze autrices sont invitées à écrire sur trois villes. Le dessin, chez elle, reste — comme elle l'a dit — le frère aîné de l'écriture : il ouvre la voie, les autres suivent.

Questions fréquentes

Pourquoi Chourouk Hriech dessine-t-elle uniquement en noir et blanc ?

Parce que ses outils — rotring, encre de chine, marqueur — sont noirs et son support blanc, et parce que le monochrome donnait, selon elle, la narration la plus réaliste et la plus graphique de son travail. Elle ajoute que sa mémoire est en noir et blanc : les photos de sa famille marocaine de son enfance en France étaient des photos noir et blanc dans un monde en couleurs des années 1980.

Quel est son lien avec le Maroc et Casablanca ?

Artiste franco-marocaine, elle expose au Maroc depuis 2011 à la galerie L'Atelier 21 de Casablanca, y a signé Nuages poussés par le vent en 2014 et Art et Football en 2018, a tenu la chronique de dessin « Ligne de Fuite » dans la revue casablancaise Diptyk de 2012 à 2018, et ses œuvres sont détenues par le Palais royal de Rabat et la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc.

Quels sont ses prochains rendez-vous ?

Le parcours Les Étincelantes au Parc des Oiseaux est ouvert du 1er mai au 11 novembre 2026 ; elle participera ensuite aux quinzièmes Rencontres de Bamako à partir de novembre, puis investira les 1 000 mètres carrés du musée Paul-Valéry de Sète du 6 décembre 2026 au 18 avril 2027 avec The Song of Thresholds, avant une exposition à L'Atelier 21, à Casablanca, en mai 2027.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Safaa Erruas et Ahlam Lemseffer.

Sources : Wikipédia — Chourouk Hriech · L'Atelier 21 — Biographie de Chourouk Hriech · L'Atelier 21 — Nuages poussés par le vent, Casablanca · L'Atelier 21 — Les Étincelantes, Parc des Oiseaux · Drawing Lab — Chourouk Hriech, parcours et expositions · Le Maroc 360 — Chourouk Hriech, un voyage artistique au cœur de Casablanca · Julius Baer — Art Dubai 2019, A journey drawn through an archaeology of the present · Museu do Amanhã — A city in the Forest · Rencontres de Bamako — Chourouk Hriech, une artiste en plein envol · Artport — Chourouk Hriech

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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

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