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Femmes Inspirantes 04 nov. 2026 13 min de lecture

Charafat Afilal : de l'eau à l'énergie, un retour après huit ans

Ministre de l'Eau de 2013 à 2018 puis écartée de l'exécutif, l'ingénieure hydraulicienne de Tétouan est revenue au gouvernement le 16 octobre 2026 à la tête de l'Énergie, des Mines et du Développement durable.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Charafat Afilal : de l'eau à l'énergie, un retour après huit ans
📅 Dernière mise à jour : 4 novembre 2026

Charafat Afilal est une ingénieure et femme politique marocaine, née le 20 juin 1972 à Tétouan, membre du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Le 16 octobre 2026, le roi Mohammed VI la nomme ministre de l'Énergie, des Mines et du Développement durable dans le gouvernement El Mansouri, huit ans après son éviction du gouvernement, en août 2018, où elle était secrétaire d'État chargée de l'Eau. C'est ce aller-retour, de l'eau à l'énergie, qui donne sa singularité à un parcours de près de trois décennies passé à la fois au laboratoire, au Parlement et dans l'exécutif.

Ingénieure hydraulicienne de l'École Mohammadia d'ingénieurs, ancienne cadre du Centre national des sciences et techniques nucléaires et de l'Office national de l'eau potable, élue députée en 2011, ministre déléguée puis secrétaire d'État chargée de l'Eau de 2013 à 2018, consultante internationale sur les questions d'eau entre 2018 et 2026, conseillère communale de Tétouan entre 2021 et 2026 : sa biographie se lit comme un dossier, celui de la ressource en eau du Royaume, qu'elle n'a jamais quitté. Ce portrait retrace ce parcours uniquement à partir de sources publiques : article de Wikipédia, presse marocaine, tribune signée, fiche du parti et biographie officielle publiée par Le Desk, Le Brief, Le1 et Maroc Hebdo.

Origines et formation

Charafat Afilal naît le 20 juin 1972 à Tétouan, dans le nord du Maroc. Wikipédia donne la date et le lieu, Le Desk précise sa scolarité universitaire : elle étudie d'abord à l'université Abdelmalek Essaâdi, à Tétouan, avant de poursuivre ses études à Rabat. C'est dans la capitale qu'elle sort ingénieure de l'École Mohammadia d'ingénieurs, la grande école d'ingénieurs du Royaume, lauréate de la promotion 1997, option hydraulique — une spécialisation qui détermine toute la suite de sa carrière. Le Brief et Le Desk convergent sur ce point ; le site du PPS, lui, rappelle qu'elle est lauréate de la même promotion 1997.

Elle complète cette formation technique par un cursus de gestion : Le1 indique qu'elle est titulaire d'un certificat en audit et contrôle de gestion de l'Institut supérieur de commerce et d'administration des entreprises (ISCAE). Ce double profil, ingénierie de l'eau et contrôle de gestion, explique en partie la place qu'elle occupe ensuite dans les dossiers budgétaires et réglementaires du secteur, au point que L'Économiste lui consacre un portrait dans sa série « Ces managers qui montent », sous le titre « Charafat Afilal, l'ingénieur rouge du CNESTEN ».

Le choix de l'hydraulique n'est pas anodin dans un pays où la rareté de l'eau est une contrainte structurelle. Les sources consultées ne donnent cependant pas de récit d'enfance ni de milieu familial précis : on sait qu'elle est née à Tétouan et mariée, mère de trois enfants selon Le1, pas davantage. Il serait inventé d'en étoffer la biographie. Ce que l'on documente, en revanche, c'est très tôt une double formation — technique et partisane.

Dès sa jeunesse, en effet, elle s'engage en politique. Le site du PPS la présente comme militante au sein de la jeunesse socialiste dès 1979, puis au sein du PPS à partir de 1985, et membre du bureau national de la Jeunesse socialiste de 1994 à 1999. Le Desk reprend cette chronologie et ajoute son entrée au bureau politique du parti en 2000. Wikipédia, Le Brief et Le Desk confirment tous qu'elle devient cadre puis membre du bureau politique du PPS, fonction qu'elle conserve lorsqu'elle devient ministre en 2026, puisqu'elle est alors l'une des trois personnalités de son parti au gouvernement, avec Nabil Benabdallah et Rachid Hamouni.

Parcours professionnel

La carrière professionnelle commence au Centre national des sciences et techniques nucléaires (CNESTEN). Wikipédia y voit sa première responsabilité ; L'Économiste, qui y consacre son portrait, parle de « l'ingénieur rouge du CNESTEN » ; Le Desk précise qu'elle y est chargée de l'unité de surveillance de l'environnement. Elle rejoint ensuite l'Office national de l'eau potable (ONEP), où Wikipédia la situe comme ingénieure au sein de la Direction du contrôle de la qualité des eaux. Les sources divergent sur l'ordre exact des deux étapes — Le Desk place l'ONEP avant le CNESTEN, Wikipédia et Le Brief l'inverse — mais toutes deux s'accordent sur le fond : deux employeurs publics, l'un tourné vers le nucléaire et la surveillance environnementale, l'autre vers l'eau potable. Maroc Hebdo résume la chose en notant qu'elle connaît « sur le bout des doigts » le dossier de l'eau depuis « plus d'une décennie » passées à l'ONEP, fusionné en 2012 dans l'Office national de l'eau et de l'électricité (ONEE).

La politique professionnalise ensuite le parcours. Candidate puis élue députée lors des législatives de 2011, elle siège au sein du groupe du Progrès démocratique et devient huitième vice-présidente de la Chambre des représentants — deux fonctions confirmées à la fois par le site du PPS, par Le Desk et par Le1, qui situe ce mandat de 2011 à 2013. Elle est alors l'une des trois représentants du PPS au gouvernement à venir, avant d'y entrer elle-même.

Le 10 octobre 2013, Mohammed VI la nomme ministre déléguée auprès du ministre de l'Énergie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement, chargée de l'Eau, dans le gouvernement Benkiran II. Wikipédia, le site du PPS et Le Brief donnent tous trois la date et l'intitulé exact du portefeuille. Pendant cette période, elle porte notamment un projet de loi sur l'eau, adopté en conseil de gouvernement en novembre 2015 puis en discussion au Parlement, comme le relate Maroc Hebdo dans un entretien publié le 28 janvier 2016. La même interview revient sur une polémique survenue en décembre 2015, après ses déclarations sur les indemnités des ministres et des députés, prononcées le 15 décembre 2015 dans l'émission « L'Invité de la Première Chaîne marocaine » : elle avait qualifié de « jouj frank », soit « deux sous » en dialecte marocain, les retraites des parlementaires, estimées alors à 8 000 dirhams par mois, et l'expression était devenue un mème. Maroc Hebdo, qui la reçoit au siège de son département, dans le quartier de l'Agdal à Rabat, insiste sur son franc-parler et sur son engagement pour que l'eau devienne « un département à part entière » : « Avant, l'Eau relevait du ministère de l'Equipement, aujourd'hui, c'est un département à part entière », dit-elle.

Le 5 avril 2017, elle est nommée secrétaire d'État auprès du ministre de l'Équipement, du Transport, de la Logistique et de l'Eau, chargée de l'Eau, dans le gouvernement El Othmani. Son mandat coïncide avec des tensions vives : Wikipédia mentionne les manifestations de Zagora contre le manque d'eau et la culture intensive de la pastèque, et Le Desk parle de la « crise de la soif à Zagora » de 2017, qui menaçait la paix sociale dans la région. En août 2018, son secrétariat d'État est supprimé. Le communiqué du Cabinet royal du 20 août 2018 annonce la suppression du poste et le transfert de ses attributions au ministère de tutelle ; le Dahir publié au Bulletin officiel stipule que, depuis le 20 août 2018, Charafat Afilal est remerciée de ses fonctions, en vertu de l'alinéa 4 de l'article 47 de la Constitution de 2011. Le Desk raconte le bras de fer avec son ministre de tutelle, le PJD Abdelkader Amara, et le rapport de la Cour des comptes portant sur les dysfonctionnements de la gestion du secteur de l'eau entre 2012 et 2016, qui aurait pesé dans la décision. Le PPS proteste : selon Le Desk, ni le parti ni l'intéressée n'avaient été informés avant la proposition soumise au roi, Nabil Benabdallah réclame une réunion de la majorité et l'ancien secrétaire général Ismail Alaoui appelle le parti à quitter l'exécutif. Aujourd'hui le Maroc note de son côté que Charafat Afilal était, au sein du gouvernement, l'une des trois représentants du PPS, avec Anas Doukkali, ministre de la Santé, et Abdelahad El Fassi Fihri.

Après 2018, elle reste experte. Wikipédia indique qu'elle travaille comme consultante pour l'ONU et plusieurs organisations internationales sur la question de l'eau ; Le1 précise sa qualité d'experte auprès du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, de membre du groupe consultatif stratégique d'ONU-Eau ainsi que du Water Policy Group, et sa participation, de 2021 à 2023, au comité de pilotage du Partenariat mondial de l'eau (Global Water Partnership). En janvier 2020, elle signe dans TelQuel une tribune sur le stress hydrique du Souss-Massa, « Stress hydrique à Souss-Massa : quel plan B pour éviter le Day Zero ? », où elle expose des chiffres précis : un déficit de précipitations compris entre -15 % et -35 % sur les trois dernières années, un taux de remplissage des barrages d'Abdelmoumen et Moulay Abdellah, qui alimentent le grand Agadir, tombé à 25 %, et des réserves ne garantissant l'eau potable que pour quelques mois. Elle y propose un plan d'urgence, en s'appuyant sur le dessalement et sur la réutilisation des eaux usées traitées, et compare la situation au « Day Zero » de Cape Town en 2017-2018.

Le retour à l'électeur vient ensuite : candidate aux élections municipales de 2021, elle est élue conseillère communale de Tétouan, mandat qu'elle exerce de 2021 à 2026 selon Le1 et Wikipédia. Et le 16 octobre 2026, le roi Mohammed VI la nomme ministre de l'Énergie, des Mines et du Développement durable.

Réalisations et impact

La première ligne d'impact est la construction d'un département. En 2013, l'eau devient un portefeuille à part entière, confié à une ingénieure du secteur. Maroc Hebdo rapporte sa satisfaction à ce sujet : « Avant, l'Eau relevait du ministère de l'Equipement, aujourd'hui, c'est un département à part entière. » Elle y travaille sur un projet de loi sur l'eau adopté en conseil de gouvernement en novembre 2015, texte alors en discussion au Parlement, et ce, avec un encadrement d'ingénieurs, techniciens, formateurs et administrateurs auquel elle attribue publiquement le mérite de l'élaboration du texte.

La deuxième ligne d'impact est une parole technique devenue publique. Ses deux interventions médiatiques les plus connues ne sont pas des effets de manche : la tribune de TelQuel sur le Souss-Massa, en janvier 2020, documente les barrages, les déficits pluviométriques et les leviers possibles ; l'entretien de Maroc Hebdo, en janvier 2016, replace la question de l'eau au cœur du débat institutionnel. Entre les deux, les chiffres restent cohérents : les barrages du grand Agadir à 25 % de remplissage, un déficit de précipitations allant jusqu'à -35 %, un risque de « Day Zero » évoqué nommément. Une ancienne ministre qui publie des données vérifiables plutôt que des promesses, voilà ce que documentent ces textes.

La troisième ligne d'impact est la continuité d'expertise à l'international. Après son départ du gouvernement, elle ne quitte pas le sujet : ONU-Eau, le Water Policy Group, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, le Partenariat mondial de l'eau. Cette capitalisation d'expérience nourrit son portefeuille de 2026, comme le note Le Desk : son ministère est chargé de la transition vers les énergies renouvelables, dont dépendent l'hydrogène vert et l'alimentation électrique des stations de dessalement, « au cœur de la sécurité hydrique du pays ». L'ingénieure de l'eau se retrouve ainsi responsable d'une partie de l'infrastructure qui produira l'eau dessalée : la boucle se referme.

Enfin, la dimension institutionnelle compte. Le Desk rappelle qu'elle est l'une des 32 membres du gouvernement nommés le 16 octobre 2026, l'une des sept femmes de l'exécutif, en seizième position de la liste protocolaire, et l'un des trois ministres du PPS avec Nabil Benabdallah et Rachid Hamouni. Elle hérite d'un département dirigé dans le gouvernement sortant par Leïla Benali, sous l'intitulé « Transition énergétique et Développement durable », les Mines apparaissant désormais explicitement dans l'intitulé, tandis que l'Eau reste rattachée à Nizar Baraka.

Ce qu'on retient

Premièrement, un parcours fait de discipline technique. L'École Mohammadia d'ingénieurs en 1997, option hydraulique, puis le CNESTEN et l'ONEP : avant toute fonction politique, Charafat Afilal est d'abord une ingénieure du secteur qu'elle gérera. C'est cette compétence, et non la seule étiquette partisane, qui fonde sa légitimité de ministre de l'Eau puis de l'Énergie.

Deuxièmement, l'éviction n'est pas une fin. Suppression du secrétariat d'État en août 2018, protestation de son parti, départ de l'exécutif : huit ans plus tard, elle revient au gouvernement avec un portefeuille plus large. Le Brief comme Le Desk résument la trajectoire en une formule : « de retour au gouvernement huit ans après son éviction ».

Troisièmement, la parole publique a un coût et une valeur. La polémique de décembre 2015 sur les « jouj frank », relayée en mème par les réseaux sociaux, montre ce qu'entend une femme politique qui parle sans filtre ; l'entretien de Maroc Hebdo, quelques semaines plus tard, montre qu'elle ne dévie pas pour autant de sa ligne : le travail de dossier, la loi sur l'eau, le ministère à part entière.

Enfin, la cohérence d'un sujet. De l'hydraulique à l'énergie, en passant par l'eau potable, la surveillance environnementale et l'expertise onusienne, trente ans de carrière convergent vers une seule question : comment sécuriser l'eau d'un pays sous contrainte hydrique. C'est cette constance qui, plus que les fonctions successives, définit son itinéraire. Au passage, elle rappelle que les portraits de femmes inspirantes se trouvent aussi bien au cabinet qu'au laboratoire, comme chez Najat Mjid ou Asma Lamrabet.

Questions fréquentes

Quel poste Charafat Afilal occupe-t-elle depuis octobre 2026 ?

Le 16 octobre 2026, elle est nommée ministre de l'Énergie, des Mines et du Développement durable dans le gouvernement El Mansouri. Le Desk la situe en seizième position de la liste protocolaire, parmi les 32 membres du gouvernement, l'une des sept femmes et l'un des trois ministres du PPS, avec Nabil Benabdallah et Rachid Hamouni.

Quels postes a-t-elle occupés à la tête de l'Eau ?

Ministre déléguée chargée de l'Eau dans le gouvernement Benkiran II à partir du 10 octobre 2013, puis secrétaire d'État chargée de l'Eau dans le gouvernement El Othmani à partir du 5 avril 2017, elle perd son poste le 20 août 2018, date de la suppression de son secrétariat d'État, publiée au Bulletin officiel.

Quelle est sa formation ?

Lauréate de l'École Mohammadia d'ingénieurs en 1997, option hydraulique, elle suit ensuite un certificat en audit et contrôle de gestion à l'ISCAE. Elle étudie d'abord à l'université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan avant de poursuivre à Rabat, selon Le Desk.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Hasna Benhassi et Asmae El Moudir.

Sources : Wikipédia — Charafat Afilal · Le Desk — Charafat Afailal revient au gouvernement, huit ans après son éviction · Le Brief — Charafat Afilal, de retour au gouvernement huit ans après son éviction · Le1 — Charafat Afailal : biographie de la ministre de l'Énergie · Maroc Hebdo — Charafat Afilal : une battante dans l'âme · Aujourd'hui le Maroc — Le limogeage de Charafat Afilal au Bulletin officiel · Aujourd'hui le Maroc — Un café avec Charafat Afilal · TelQuel — Stress hydrique à Souss-Massa : quel plan B pour éviter le Day Zero ? · PPS — Charafat Afilal · L'Économiste — Charafat Afilal, l'ingénieur rouge du CNESTEN · Photo : Vice President's Secretariat / Press Information Bureau (Inde), Wikimedia Commons, licence GODL-India

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