Boutaina Karrouri : l'élue PJD qui veut réformer la nationalité
Élue députée en 2016 sur la liste nationale des femmes, la députée du PJD siège à la commission de la justice et porte la réforme de l'article 10 du Code de la nationalité.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Boutaina Karrouri est une femme politique marocaine, membre du Parti de la justice et du développement (PJD), élue députée le 7 octobre 2016 au titre de la liste nationale des femmes. Membre du groupe parlementaire du parti, elle siège à la commission de la justice, de la législation et des droits de l'homme de la Chambre des représentants, où elle devient une voix régulière sur les questions de Code de la nationalité, de politique pénale et de rapports entre le Parquet général et le Parlement. Ses prises de position, relayées par TelQuel, franceinfo, Yabiladi, LesEco, Maroc Hebdo ou H24info, dessinent une méthode : partir d'un texte, le déposer, l'assumer, puis revenir avec un mémorandum quand le chantier législatif rouvre.
Ce portrait ne promet ni date de naissance ni palmarès d'enfance : aucune des sources consultées ne les fournit, et il serait inventé de les combler. Ce que les documents établissent, en revanche, c'est une trajectoire parlementaire précise, deux combats législatifs identifiables, et une constellation d'interventions qui font d'elle une spécialiste de l'articulation entre la loi et son application. C'est déjà beaucoup, pour une élue dont la fiche Wikipédia tient en cinq phrases.
Origines et formation
La première leçon de ce dossier tient dans un aveu : les sources sont silencieuses. L'article de Wikipédia consacré à Boutaina Karrouri se limite à son élection de 2016, à son parti et à sa commission. On y apprend son nom en arabe, بثينة قروري, mais ni sa date de naissance, ni son lieu d'enfance, ni son diplôme. Aucun article de presse consulté ne comble le vide. La seule trace universitaire publique retrouvée est un profil sur Academia.edu, où « boutaina karrouri » figure comme membre du département de droit public de l'université Cadi Ayyad à Marrakech, sans aucune publication déposée : une indication d'affiliation, pas un curriculum.
Le nom lui-même circule sous plusieurs graphies. Wikipédia écrit « Boutaina karouri », la liste officielle publiée par la Chambre des représentants et reprise par Médias24 portent « Boutaina Karouri », TelQuel écrit « Bouthaina Karrouri », franceinfo « Boutaïna Karrouri ». Derrière ces variantes se cache la même députée du PJD : le rapprochement n'est pas une hypothèse, il est confirmé par la référence bibliographique de Wikipédia, qui renvoie à la liste Médias24 des 395 élus du 7 octobre 2016.
Le contexte de cette életion est documenté. La Chambre des représentants compte 395 sièges : 305 pourvus dans 92 circonscriptions locales, 90 dans une unique circonscription nationale, dont 60 réservés aux femmes et 30 aux candidats de moins de quarante ans. Le scrutin est proportionnel plurinominal, avec un seuil de 6 % dans les circonscriptions ordinaires et 3 % pour la circonscription nationale. Le 7 octobre 2016, sur 15 702 592 inscrits, 6 640 626 votants portent la participation à 42,29 %. Le PJD de Abdel-Ilah Benkiran arrive en tête avec 1 618 963 voix, soit 27,88 % au niveau national, et 125 sièges sur 395.
C'est donc par la porte des 60 sièges féminins que Boutaina Karrouri entre au Parlement. Selon La Vie de l'Économie, qui commente la composition des listes nationales du parti pendant la campagne, elle figurait en deuxième position sur la liste nationale des femmes du PJD. Le 17 octobre 2016, dix jours après le scrutin, la Chambre des représentants rend publique la liste officielle des 395 élus : dans la rubrique « Liste des femmes (60 sièges) », à côté de Souad Laamari, Khadija Chami ou Amina Faouzi Zizi, le nom de « Boutaina Karouri » apparaît sous la bannière PJD.
Cette voie d'entrée n'est pas anodine. LesEco rappelle que la femme marocaine n'a accédé au Parlement qu'en 1993, que le nombre de députées n'est passé de 2 à 35 qu'en 2002 grâce à la liste nationale, et qu'en 2016 les femmes représentent environ 21 % de la Chambre, dont seulement 10 élues dans des circonscriptions locales. La liste nationale est la voie historique de la représentation féminine au Maroc, et c'est celle qu'emprunte Boutaina Karrouri.
Parcours professionnel
Sur le plan institutionnel, le mandat s'organise autour de trois piliers. Le premier est l'appartenance au groupe parlementaire du PJD et à la commission de la justice, de la législation et des droits de l'homme, dont l'annuaire des parlementaires de la Chambre fait foi. Le second est l'activité de législatrice : Boutaina Karrouri est la dépositaire, au nom de la majorité, d'une proposition de loi déposée le 29 mai 2018 visant à modifier l'article 10 du Dahir 1.58.250 portant Code de la nationalité marocaine. Le troisième est l'activité de contrôle : questions orales, rapports d'institutions, auditions de responsables publics.
Sur le dossier de la nationalité, TelQuel, qui a obtenu copie du mémorandum, la présente comme « dépositaire » du texte. Sa thèse est juridique et constitutionnelle : l'article 10 « restreint l'accès à la citoyenneté marocaine aux épouses des hommes marocains, alors que les femmes marocaines ont été interdites de donner leur nationalité à leurs conjoints étrangers », et dans sa forme actuelle, il « consolide la discrimination contre les femmes, ce qui le rend incompatible avec les dispositions de la Constitution ». Elle ajoute que « de nombreuses familles issues de mariages mixtes souffrent énormément, en particulier lorsqu'il s'agit de renouveler la carte de séjour, le visa ainsi que d'autres problèmes administratifs ». Franceinfo confirme l'initiative : la députée a annoncé sur sa page Facebook avoir transmis, au nom de la majorité, un projet de loi jugé « discriminatoire à l'égard des femmes ».
Sur le terrain du contrôle parlementaire, deux interventions ressortent. Dans la commission de la justice, elle prend parti dans la polémique autour du rapport annuel du chef du ministère public, dont l'absence de présentation devant les élus bloque la réunion de la commission. Interrogée par Yabiladi, elle précise qu'« il ne s'agit pas d'un différend personnel mais plutôt de l'interprétation d'une décision de la Cour constitutionnelle », et rappelle que l'article 110 de la Loi organique relative au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire évoque « la présentation et la discussion des rapports du chef ministère public devant les deux commissions chargées de la législation dans les deux Chambres ». Deux lectures s'affrontent, celle du procureur général et celle des parlementaires, et c'est elle qui porte la seconde.
À la tribune des questions orales, sous le gouvernement El Othmani, elle interroge le ministre de l'Intérieur sur les bousculades mortelles aux passages de Ceuta et Melilla. Yabiladi rapporte sa sortie : elle rappelle que les décès de deux femmes enregistrés mi-janvier à Bab Sebta sont survenus alors que les mesures annoncées étaient « à peine en vigueur », exprime son étonnement face à la « normalisation » de la contrebande, et avance que cette activité illicite génère 700 millions d'euros par an pour l'économie de Ceuta tout en faisant perdre 12,5 milliards de dirhams à l'État marocain. Des chiffres qu'elle assène à la tribune, et que nous rapportons comme tels.
Troisième pilier : l'engagement associatif. Boutaina Karrouri est présidente du Forum Azzahrae, une ONG féminine proche du PJD. Le Forum porte un mémorandum adressé au gouvernement précédent et actualisé en vue de sa présentation au ministre de la Justice, dans le cadre du chantier de révision du Code pénal. En janvier 2024, elle figure parmi les membres de la commission préparatoire du conseil national du PJD, selon Perspectives Med : la députée de 2016 reste un pilier organique du parti.
Enfin, LesEco consacre à une de ses observations une place notable dans son analyse des femmes parlementaires : la question du manque de moyens humains et logistiques pour accompagner l'action des députés « se pose également avec insistance », écrit le journal, « d'après la députée du PJD, Boutaina Karrouri », et ce manque « déteint particulièrement sur le rendement des femmes ». Une élue qui parle des conditions matérielles de son propre travail, quand d'autres parlent seulement des lois qu'elles votent.
Réalisations et impact
La réforme de l'article 10 du Code de la nationalité est le dossier qui donne à Boutaina Karrouri sa signature législative. Rappelons ce que dit la loi : selon l'article 10, « seule la femme étrangère qui a épousé un Marocain peut, après une résidence habituelle et régulière au Maroc du ménage depuis 5 ans, souscrire une déclaration adressée au ministre de la Justice en vue d'acquérir la nationalité marocaine ». Autrement dit, une Marocaine mariée à un étranger ne peut pas lui transmettre sa nationalité : ce droit est réservé à l'homme marocain. La proposition de loi de 2018 ouvre la voie inverse : l'étranger marié à une Marocaine devrait justifier d'un mariage d'au moins cinq ans, d'une résidence régulière au Maroc sur la même période, et adresser une déclaration au ministre de la Justice.
Le texte n'est pas sorti de nulle part. Une proposition similaire avait été déposée au Parlement fin novembre 2017 sans suite concrète, rappelle franceinfo, et le même article 10 était resté lettre morte depuis 2014, quand Mustapha Ramid était ministre de la Justice. La revendication, elle, est ancienne : elle figure au cœur des demandes des associations féministes marocaines, qui avaient obtenu en 2007 une loi permettant à la mère marocaine de transmettre sa nationalité à son enfant dans le cadre d'un mariage mixte, loi décrite par franceinfo comme « inachevée ». Sur le plan régional, la Tunisie et l'Algérie accordent déjà les mêmes droits aux hommes et aux femmes mariés à des étrangers ; en France, la transmission de la nationalité n'a été reconnue à la mère qu'en 1973. La proposition de Boutaina Karrouri inscrit le Maroc dans ce mouvement, et son mérite est d'avoir porté un texte, pas seulement une déclaration d'intention.
Deuxième champ d'impact : la politique pénale des mineurs. À l'onde de l'affaire de Tiflet, où la chambre criminelle de la Cour d'appel de Rabat a condamné le 20 mars 2023 trois hommes de 25, 32 et 37 ans à deux ans de prison pour détournement de mineure et attentat à la pudeur sur mineure avec violence, le Forum Azzahrae qu'elle préside formule des propositions. H24info, qui relaye ses déclarations données à Hespress, rapporte qu'elle souhaite améliorer le Code pénal, notamment par l'adoption de la castration contre les auteurs de viol sur enfants. Dans l'entretien accordé à Maroc Hebdo le 10 avril 2023, elle affine : le Forum demande « la castration chimique comme peine secondaire et non pas principale », en excluant la première condamnation, sous trois conditions — la garantie « totale et stricte » du droit de l'accusé à un procès équitable pour éviter toute erreur, l'application de la peine en cas de récidive seulement, et l'insertion de la sanction dans « une approche globale » incluant un suivi psychologique du condamné. Elle cite l'Allemagne, le Danemark, la Norvège et la Russie comme pays où la mesure est en vigueur.
Troisième champ : la culture parlementaire. Dans le débat sur le rapport du ministère public, sa lecture de l'article 110 de la Loi organique relative au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et son rappel de la décision de la Cour constitutionnelle ont servi de cadre juridique à la commission. Elle plaide pour « la coopération entre tous les pouvoirs, afin d'entériner ce genre de pratiques constitutionnelles, surtout que le législateur pose les bases de la politique pénale pour qu'elle soit appliquée par le procureur général du roi ». La formule dit l'ambition : faire des textes une pratique, pas un décor.
Quatrième champ, enfin, la condition des femmes à la Chambre. Son analyse des moyens manquants rejoint les constats d'ensemble d'LesEco : neuf commissions permanentes, une seule présidée par une femme ; quatre femmes sur quatorze membres du bureau de la première Chambre ; des questions orales que « poser relève souvent de la croix et la bannière ». Une députée de la liste nationale n'a ni la circonscription, ni le réseau électoral des élus locaux : elle a ses textes, ses commissions et sa tribune. C'est exactement le terrain qu'a choisi Boutaina Karrouri.
Ce qu'on retient
Premier point : une élection par la liste nationale, la voie historique des femmes au Parlement marocain. Les 60 sièges réservés aux femmes dans la circonscription nationale de 2016 ont accueilli 18 élues du PJD, dont Boutaina Karrouri, en deuxième position selon le commentaire de campagne de La Vie de l'Économie, puis dans la liste officielle publiée par la Chambre et reprise par Médias24. Comprendre cette mécanique, c'est comprendre pourquoi son mandat commence le 14 octobre 2016.
Deuxième point : une spécialiste d'un seul secteur, mais d'un secteur qui règlemente tout. La commission de la justice, de la législation et des droits de l'homme est le lieu où se croisent Code de la nationalité, Code pénal, Loi organique sur le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et politique pénale des mineurs. Ses quatre dossiers documentés — l'article 10, le rapport du ministère public, les bousculades de Ceuta et Melilla, la castration chimique — y sont tous passés.
Troisième point : la méthode du texte. Une proposition de loi déposée le 29 mai 2018, un mémorandum adressé au gouvernement puis actualisé pour le ministre de la Justice, une lecture d'une décision de la Cour constitutionnelle, des chiffres avancés à la tribune. Rien de tout cela n'est spectaculaire, et c'est précisément ce qui fait un mandat : la législature se joue dans les dépôts, les rapports et les questions orales.
Quatrième point : le silence des sources comme signature. Une fiche Wikipédia de cinq phrases, aucune date de naissance, aucune formation publiée — et pourtant une dizaine d'articles de presse qui documentent une activité parlementaire continue de 2016 à 2024. C'est la contre-preuve qu'un bilan ne se mesure pas à la longueur d'une notice, mais à la densité des interventions retrouvables.
Questions fréquentes
Quel rôle politique occupe Boutaina Karrouri ?
Femme politique marocaine du Parti de la justice et du développement, elle est élue députée le 7 octobre 2016 sur la liste nationale des femmes, avec un mandat membre de la Chambre des représentants daté du 14 octobre 2016. Elle appartient au groupe parlementaire du PJD et à la commission de la justice, de la législation et des droits de l'homme, selon l'annuaire des parlementaires cité par Wikipédia. Elle est aussi présidente du Forum Azzahrae, une ONG féminine proche du parti.
Que propose sa réforme du Code de la nationalité ?
Déposée le 29 mai 2018 au nom de la majorité, la proposition de loi vise à modifier l'article 10 du Dahir 1.58.250 portant Code de la nationalité, pour permettre à l'étranger marié à une Marocaine d'obtenir la nationalité marocaine. Les conditions prévues : un mariage d'au moins cinq ans, une résidence régulière au Maroc sur la même durée et une déclaration adressée au ministre de la Justice. Le texte reprend une revendication ancienne des associations féministes, déjà partiellement satisfaite en 2007 pour la transmission de la nationalité aux enfants.
Qu'est-ce que le Forum Azzahrae et que demande-t-il ?
Le Forum Azzahrae est une organisation féminine proche du PJD, dont Boutaina Karrouri est la présidente. En avril 2023, après le verdict de Tiflet, il demande l'adoption de la castration chimique comme peine secondaire et non principale, en cas de récidive uniquement, avec garantie du procès équitable et suivi psychologique du condamné. Un mémorandum a été adressé au gouvernement précédent puis actualisé en vue d'une présentation au ministre de la Justice, dans le cadre de la révision du Code pénal.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Asmae Ennassifi et Najat Mjid.
Sources : Wikipédia — Boutaina Karrouri · Wikipédia — Élections législatives marocaines de 2016 · Médias24 — La liste officielle des 395 députés élus le 7 octobre 2016 · Academia.edu — Université Cadi Ayyad, département Droit Public · TelQuel — Le gouvernement s'apprête à accorder la nationalité aux étrangers mariés à des Marocaines · franceinfo — Maroc : la femme pourrait bientôt transmettre la nationalité à son mari étranger · Yabiladi — Le rapport du ministère public au cœur d'une polémique au Parlement · Yabiladi — Bousculades mortelles à Ceuta et Melilla : Laftite n'a pas convaincu les députés · Maroc Hebdo — Boutaina Karrouri : « Nous demandons la castration chimique pour les pédophiles récidivistes » · H24info — Viol d'une fillette à Tiflet : un forum proche du PJD préconise de castrer les pédophiles · LesEco — Femmes parlementaires : où en est le Maroc depuis 1993 ? · La Vie de l'Économie — Le PJD, finalement un parti comme un autre · Perspectives Med — Le PJD prépare son Congrès
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