Bahaa Trabelsi : du doctorat d'économie au roman qui brave les tabous
Écrivaine et journaliste marocaine née en 1966 à Rabat, Bahaa Trabelsi a signé sept livres primés et préside une commission du Centre cinématographique marocain.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Bahaa Trabelsi est une écrivaine, journaliste et scénariste marocaine née en 1966 à Rabat. Docteure en études économiques devenue romancière, elle a signé sept livres qui explorent la vie des femmes marocaines, de Une femme tout simplement (1995) à Dialogue joyeux avec un mort (2022), et reçu le Prix Ivoire en 2014 pour son recueil Parlez-moi d'amour !
Sa trajectoire refuse les frontières : doctorat d'économie obtenu en France, agence gouvernementale au Maroc, puis journalisme, direction de la rédaction, littérature et, plus récemment, cinéma. À chaque étape, la même constante : des textes qui prennent le risque du réel, y compris là où la société marocaine hésite à regarder.
Bahaa Trabelsi est aussi une militante. Membre d'une association de lutte contre le sida, militante de la société civile et féministe, elle a participé à la création de plusieurs associations, dont Femmes et Développement. Ce engagement civique n'est pas un supplément d'âme : il nourrit directement ses romans et ses prises de parole publiques.
Origines et formation
Bahaa Trabelsi naît en 1966 à Rabat, au Maroc. Elle fait ses études secondaires au Maroc, dans le lycée français Lycée Lyautey de Casablanca, avant de partir à dix-huit ans poursuivre ses études universitaires en France. Elle s'installe d'abord à Grenoble pour étudier l'économie, puis obtient un doctorat en études économiques de l'université d'Aix-en-Provence.
C'est cette formation-là qu'elle abandonnera, ou plutôt qu'elle convertira. Après son doctorat, elle retourne au Maroc et travaille pour le gouvernement pendant trois ans, selon Wikipédia. Le site 100 Femmes, qui lui consacre un portrait, précise qu'elle occupe un emploi à l'Office national des transports avant de bifurquer vers le journalisme et l'écriture.
La rupture n'est pas brutale mais cumulative. « Je lisais presque sans arrêt. Je racontais des histoires, je créais des personnages. J'écrivais déjà dans ma tête… La littérature a toujours été ma compagne de vie. Et j'ai réellement commencé à écrire au début des années 1990 », confie-t-elle à 100 Femmes. Son fils naît le 15 août 1992, « la date la plus importante de ma vie », ajoute-t-elle.
Économiste de formation, elle garde de ces années une méthode : observer les structures avant de raconter les individus. Cette rigueur se retrouve dans ses romans, où les situations sociales — le mariage, l'homosexualité, le crime, la mémoire familiale — sont posées avec la précision d'un diagnostic.
Parcours professionnel
Le journalisme vient d'abord. Bahaa Trabelsi travaille alors pour plusieurs journaux et magazines marocains, se spécialise dans les rubriques culture et société, et devient rédactrice en chef de la revue marocaine Masculin. Elle a également été, selon son portrait sur 100 Femmes, responsable de médias et productrice à la radio Luxe Radio.
L'écriture vient en parallèle. Une femme tout simplement paraît en 1995 chez Eddif — un texte commencé six ans plus tôt — et défraye la chronique. Suivent Une vie à trois en 2000 chez Eddif, roman qui aborde l'homosexualité dans un pays musulman qui la condamne, et Slim en 2005. L'autrice assume : « Le fait que cette histoire se déroule dans un pays musulman qui condamne l'homosexualité a fait de ce roman un texte qui a bravé les tabous », dit-elle à 100 Femmes, ajoutant : « Je me bats pour la liberté de conscience, la liberté individuelle et les libertés publiques. »
Les années 2010 consolident la carrière. Parlez-moi d'amour ! paraît en 2014 à la Croisée des chemins et remporte le Prix Ivoire, prix littéraire africain d'expression francophone. La chaise du concierge sort en 2017 aux éditions Le Fennec. Puis viennent Souviens-toi qui tu es en 2019 et Dialogue joyeux avec un mort en 2022, tous deux publiés à la Croisée des chemins.
Elle écrit aussi pour le cinéma. En 2022, elle est nommée présidente de la commission du fonds d'aide à la production cinématographique nationale du Centre cinématographique marocain. En 2020, elle siège dans la session qui examine les demandes d'avance sur recettes du Centre, aux côtés de Ghita El Khayat, Sonia Terrab et d'autres personnalités du cinéma marocain, selon Le Desk. En 2025, elle préside la commission du Film Support Fund du Marrakech Short Film Festival, un rôle qui, selon l'organisation, la place « au cœur des décisions sur les films qui reçoivent un soutien ».
Réalisations et impact
Le palmarès littéraire de Bahaa Trabelsi se lit en deux prix. En 2014, le Prix Ivoire distingue Parlez-moi d'amour !, un recueil de nouvelles ; lauréate marocaine du prix littéraire africain d'expression francophone, elle entre dans le cercle des autrices primées sur la scène continentale. En 2017, le Prix Littéraire Sofitel Tour Blanche, lors de sa cinquième édition, lui décerne le prix pour La chaise du concierge.
Le jury de ce prix, composé de personnalités littéraires de renommée internationale et nationale, a retenu parmi neuf œuvres de romancières marocaines d'expression française un polar : « La Chaise du Concierge est un polar qui raconte l'histoire d'un tueur en série qui rôde et signe ses actes diaboliques de versets de coran, persuadé qu'il est la main de Dieu sur Terre pour la nettoyer des pêcheurs », résume Maroc Hebdo. Le roman est traduit en italien en 2018 par les éditions Le Assassine, en Italie.
Le second champ d'impact est la parole publique. Membre éminent d'une association de lutte contre le sida et militante de la société civile, elle est l'une des voix féminines les plus régulières du débat marocain. En avril 2017, elle participe à la conférence organisée par MondeAfrique à Rabat sur le thème « Faut-il dire adieu à Mama Franssa ? », aux côtés d'Abdessamad Benchrief et de Mohammed Hmouddane, débattant de la place de la France dans l'identité marocaine, selon Morocco World News.
La reconnaissance institutionnelle continue. En 2019, elle participe à l'événement « Les Bancs du Savoir » organisé par l'association Les Impériales. En 2025, le Marrakech Short Film Festival la nomme membre du jury et dresse un portrait qui résume sa méthode : « Après des études supérieures en économie en France, elle a travaillé comme journaliste couvrant la culture et la société et a été rédactrice en chef de diverses publications, y compris des magazines et des quotidiens. Elle a publié sept livres — six romans et un recueil de nouvelles. »
Au total, sept ouvrages en près de trente ans, deux prix internationaux, une chaire de jury au service du cinéma marocain et une écriture qui traite sans détour du corps, du désir et de la peur. Une œuvre qui, chez elle, n'a jamais séparé la littérature de la cité.
Ce qu'on retient
Premier enseignement du parcours de Bahaa Trabelsi : une formation n'est pas une prison. Doctorat en économie à Aix-en-Provence, poste dans une agence gouvernementale, puis journalisme et romans : elle a déplacé son champ d'expression sans jamais perdre la rigueur de l'analyse.
Deuxième leçon : le roman peut servir de tribune. Une vie à trois a brisé un tabou en parlant d'homosexualité dans une société qui la condamne ; La chaise du concierge a transformé un crime en récit moral. Chez elle, le genre romanesque n'est pas un refuge mais un outil de discussion publique.
Troisième leçon : la reconnaissance vient de la persistance. Deux prix, en 2014 et 2017, séparés de trois ans, récompensant deux livres différents, l'un de nouvelles, l'autre de polar. La constance du travail compte autant que l'éclat d'un seul titre.
Enfin, son engagement civique — association contre le sida, création d'associations féminines, commissions du Centre cinématographique marocain — rappelle que les écrivaines marocaines occupent aujourd'hui des postes de décision. Bahaa Trabelsi est passée du banc des autrices à la présidence d'une commission : c'est une autre manière de faire avancer les choses.
Questions fréquentes
Quels prix a remportés Bahaa Trabelsi ?
Elle a reçu le Prix Ivoire en 2014 pour le recueil Parlez-moi d'amour !, puis le Prix Littéraire Sofitel Tour Blanche en 2017 pour le roman La chaise du concierge, récompensé parmi neuf œuvres de romancières marocaines d'expression française.
Quelle formation a suivie Bahaa Trabelsi ?
Élève au Lycée Lyautey de Casablanca, elle part à dix-huit ans étudier l'économie en France, d'abord à Grenoble, et obtient un doctorat en études économiques de l'université d'Aix-en-Provence avant de revenir travailler au Maroc.
Quels livres a écrits Bahaa Trabelsi ?
Sept ouvrages : Une femme tout simplement (1995), Une vie à trois (2000), Slim (2005), Parlez-moi d'amour ! (2014), La chaise du concierge (2017), Souviens-toi qui tu es (2019) et Dialogue joyeux avec un mort (2022).
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Ahlam Lemseffer et Najat El Garaa.
Sources : Wikipédia — Bahaa Trabelsi · Wikipedia — Bahaa Trabelsi (EN) · Maroc Hebdo — Prix Littéraire Sofitel Tour Blanche 2017 · 100 Femmes — Bahaa Trabelsi · Agence de Presse Ivoirienne — Prix Ivoire 2014 · Morocco World News — Débat Mama Franssa, 2017 · Marrakech Short Film Festival — Jury 2025 · Morocco World News — Bahaa Trabelsi on the Future of Moroccan Short Films · Centre Cinématographique Marocain — commissions de soutien · Le Desk — Avance sur recettes, session 2020 · Edizioni Le Assassine — Bahaa Trabelsi · Photo : Hemherreff, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bahaa_Trabelsi.jpg
À propos de l'auteure
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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