Badia Hadj Nasser : de Tanger à Paris, elle a mis le voile à nu
Écrivaine marocaine née à Tanger le 8 mai 1938, elle vit entre Paris et Tanger. Autrice de Le voile mis à nu, elle est aussi psychanalyste.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Badia Hadj Nasser est une écrivaine marocaine née à Tanger le 8 mai 1938, qui vit entre Paris et Tanger. Auteur du roman Le voile mis à nu, publié en 1985, elle a ensuite consacré une part majeure de son travail à la psychanalyse, sur le plan clinique comme sur le plan de la recherche, avec notamment des travaux sur « Les mille et une nuits » publiés dans Corps écrit, l'Arabie heureuse. Romancière, nouvelleiste et psychanalyste, elle est membre de la Société des gens de lettres.
Sa trajectoire tient en un geste rare dans la littérature marocaine de langue française : celle d'une autrice qui a fait du corps féminin, et du voile qui le recouvre, le point d'où l'on regarde le monde. Publié au moment où la question du voile devenait un débat public, Le voile mis à nu reste l'un des romans les plus discutés de la littérature maghrébine des années 1980, objet d'analyses académiques plus de trente ans après sa parution.
Badia Hadj Nasser partage sa vie entre la capitale française et sa ville natale, où elle donne des conférences et participe à la vie culturelle. À côté de l'écriture romanesque, elle a publié des essais cliniques, participé à des ouvrages collectifs et animé des ateliers d'écriture en milieu universitaire : une œuvre double, littéraire et clinique, qui se lit comme un même mouvement.
Origines et formation
Badia Hadj Nasser naît le 8 mai 1938 à Tanger, au Maroc. Sa nationalité est marocaine et sa langue maternelle le français, langue dans laquelle elle écrit toute son œuvre. Wikipédia précise qu'elle « vit entre Paris et Tanger » : cette double résidence, partagée entre le nord du Maroc et la France, structure l'ensemble de sa carrière et explique en partie le regard de dédoublement qui traverse ses textes.
Les sources disponibles ne détaillent pas sa scolarité ni son parcours universitaire. Il serait donc inventé de lui en attribuer un. Ce que l'on sait, c'est le cadre dans lequel elle s'inscrit : Tanger des années 1930, ville internationale jusqu'en 1956, puis la France où elle mène de front l'écriture et la pratique de la psychanalyse. La médiathèque départementale de Seine-et-Marne, qui lui consacre une page d'acteur culturel, note qu'elle « fait de fréquents séjours à Tanger où elle donne des conférences et participe à la vie culturelle ».
La formation de Badia Hadj Nasser est d'abord clinique : elle « se consacre ensuite à la psychanalyse sur le plan clinique et sur le plan de la recherche », selon Wikipédia. Elle devient psychanalyste et publie, en parallèle de ses romans, des travaux sur la clinique. Ce double itinéraire — romancière le matin, clinicienne dans la foulée — n'est pas un accident de parcours mais la condition même de son écriture : dans Le voile mis à nu, la fiction sert d'atelier de compréhension des corps et des interdits.
Elle est membre de la Société des gens de lettres, l'une des plus anciennes associations d'écrivains en France, fondée en 1838. Ce rattachement institutionnel la situe dans la vie littéraire française, tout comme sa présence dans les catalogues des bibliothèques marocaines : la grande médiathèque IQRA de Tanger conserve deux de ses ouvrages, Ma Part de Rêves et Tanger, rue de Londres, tous deux publiés aux éditions Marsam.
Parcours professionnel
Le parcours de Badia Hadj Nasser commence au Seuil. Lettres à Lui paraît en 1980, suivi de Les plages ignorées en 1982 : deux romans publiés à Paris par l'une des maisons les plus prestigieuses de l'édition française. C'est avec Le voile mis à nu, paru en 1985 aux éditions de l'Arcantère, qu'elle signe le livre qui fixera sa réputation. Le roman a été traduit en espagnol sous le titre El velo al desnudo (Alcalá Grupo Editorial, Grenade, 2007), traduction signée par María Esperanza del Arco Heras selon la revue Çédille.
Après ce roman, elle déplace son centre de gravité vers la recherche. Les mille et une nuits, corps écrit, l'Arabie heureuse paraît aux Presses universitaires de France en 1989 : un essai qui prolonge, sur le plan de la psychanalyse et de la littérature, le travail qu'elle mène sur les récits et le corps. En 1991, la maison grenobloise La Pensée sauvage publie Espace-Temps et Traces de l'exil, ouvrage collectif dans lequel elle signe un chapitre devenu une référence : « La fascination de la virginité et sa résonance dans le corps des femmes immigrées ».
La même décennie la voit collaborer à des revues et collectifs. Elle publie « L'Europe multiraciale » et « Portrait d'une génération » dans Documents Observateur (février et avril 1989), puis « Le voile, marque de la domination des femmes et/ou signe d'appartenance culturelle » pour le Club d'études et de recherches féministes « Flora Tristan » (décembre 1989). En 1992, elle participe à l'ouvrage collectif Essai sur les femmes libres dans l'Antiquité et de nos jours, de la Méditerranée au Gange (éditions G. Pastre).
Elle écrit parallèlement des nouvelles. Les hédonistes paraît en 2009 aux éditions de la Guette, à Paris, suivi de Tanger, rue de Londres et de Le cap des Trois Fourches, tous deux parus en 2010. Sur le terrain de la formation, elle intervient en milieu universitaire, notamment pour animer des ateliers d'écriture au sein d'associations comme le CICLOP et l'ANDI, et participe à des colloques et tables rondes, selon la médiathèque de Seine-et-Marne. Elle est également intervenue à la Tangier International Conference en février 2007 et à la revue Page et Plume en avril 2007 avec un texte sur « Tanger : regards croisés ».
Réalisations et impact
L'impact de Badia Hadj Nasser se mesure d'abord à la réception de Le voile mis à nu. Le roman raconte l'histoire de Yasmina, issue d'une famille bourgeoise de Tanger, qui accède à l'école française, rencontre un amant français et part ensuite vivre en France, tiraillée entre deux mondes. Le critique Jean Déjeux écrivait à son propos : « Ce roman est pour l'instant le plus osé des romans féminins maghrébins. » L'analyse universitaire s'en est emparée : Najib Redouane lui consacre « Errance sexuelle et contestation dans Le Voile mis à nu de Badia Hadj Nasser », publié en 1999 dans l'International Journal of Francophone Studies (vol. 2, n° 3, pp. 132-139).
L'étude se poursuit. Katjia Torres, de l'université Pablo de Olavide, consacre à l'ouvrage un article publié en avril 2016 dans la revue Çédille (n° 12), « La première autofiction queer de "l'extrême contemporain" : Le voile mis à nu de Badia Hadj Nasser », qui analyse le roman à travers le paradigme de la queer theory. Le chapitre « Maroc » de l'ouvrage collectif La littérature féminine de langue française, accessible sur Cairn, présente pour sa part l'autrice comme « psychothérapeute » et souligne « un roman audacieux ». Un mémoire de master soutenu en 2017 à l'université de South Florida, Transgressions : corps féminin, langue d'adoption et légitimation dans la littérature maghrébine, consacre plusieurs pages à son roman aux côtés d'Assia Djebar et de Leïla Sebbar.
Cette reconnaissance critique s'accompagne d'une présence éditoriale marocaine : Ma Part de Rêves et Tanger, rue de Londres figurent au catalogue de la grande médiathèque IQRA de Tanger, sous les éditions Marsam. L'autrice est aussi référencée par Africultures comme « psychanalyste-écrivain » qui « vit entre Paris et Tanger » et qui, à l'époque du portrait, « travaille actuellement à la publication d'un nouveau roman ».
Au-delà des livres, Badia Hadj Nasser a fait de la transmission une part de son métier. Ses interventions universitaires, ses ateliers d'écriture et sa participation à des colloques sur Tanger — dont la Tangier International Conference de 2007 — participent d'une œuvre de mémoire sur la ville qui l'a vue naître. Que la question du voile, qu'elle a traitée d'un point de vue littéraire en 1985 et d'un point de vue théorique dès 1989, demeure au cœur du débat public dit beaucoup de la fécondité d'une œuvre souvent citée, encore étudiée et régulièrement rééditée.
Ce qu'on retient
Premier enseignement du parcours de Badia Hadj Nasser : la littérature et la clinique peuvent se répondre. Romancière publiée au Seuil dès 1980, elle conduit ensuite des recherches en psychanalyse sur Les mille et une nuits et signe un essai sur la fascination de la virginité. Les deux gestes, dire et soigner, travaillent le même matériau : le corps, ses interdits et ses libertés.
Deuxième leçon : une ville peut être une méthode d'écriture. Tanger, où elle est née le 8 mai 1938 et où elle revient régulièrement, est à la fois le décor de ses romans et le terrain de ses conférences. Le titre même de l'un de ses recueils, Tanger, rue de Londres, dit cette fidélité urbaine.
Troisième leçon : un roman peut ouvrir un champ de recherche. Publié en 1985, Le voile mis à nu a nourri un article de revue en 1999, un chapitre de la littérature féminine de langue française sur Cairn et une étude de 2016 sur l'autofiction contemporaine. Les textes qui durent ne se limitent pas à se vendre : ils se commentent.
Enfin, l'histoire de Badia Hadj Nasser rappelle que les trajectoires littéraires marocaines ne se résument pas à un seul livre. Sept ouvrages entre 1980 et 2010, des revues, des ouvrages collectifs, des traductions et des ateliers : une œuvre régulière et tenue, qui a préféré la continuité de la recherche à l'effet d'annonce.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Le voile mis à nu ?
C'est le roman que Badia Hadj Nasser publie en 1985 aux éditions de l'Arcantère. Il suit Yasmina, une jeune femme de la bourgeoisie tangerienne qui passe de l'école française à l'émigration en France. L'ouvrage a été traduit en espagnol sous le titre El velo al desnudo en 2007 et fait l'objet d'articles universitaires, de celui de Najib Redouane en 1999 à celui de Katjia Torres en 2016.
Badia Hadj Nasser est-elle aussi psychanalyste ?
Oui. Wikipédia la présente comme écrivaine et psychanalyste, et précise qu'elle se consacre à la psychanalyse sur le plan clinique et sur le plan de la recherche. Elle a publié Les mille et une nuits, corps écrit, l'Arabie heureuse aux PUF en 1989 et un chapitre sur la fascination de la virginité dans Espace-Temps et Traces de l'exil en 1991.
Où vit Badia Hadj Nasser aujourd'hui ?
Elle vit entre Paris et Tanger. La médiathèque départementale de Seine-et-Marne note qu'elle fait de fréquents séjours à Tanger, où elle donne des conférences et participe à la vie culturelle, tout en intervenant en milieu universitaire pour des ateliers d'écriture.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Ahlam Lemseffer et Asma Lamrabet.
Sources : Wikipédia — Badia Hadj Nasser · Wikipedia — Badia Hadj Nasser (EN) · Viquipèdia — Badia Hadj Nasser · Wikipedia — Badia Hadj Nasser (DE) · Wikipedia — Badia Hadj Nasser (ES) · Médiathèque de Seine-et-Marne — Badia Hadj Nasser · Africultures — Hadj Nasser Badia · Grande médiathèque IQRA Tanger — catalogue HADJ NASSER Badia · Cairn — La littérature féminine de langue française, chapitre Maroc · Çédille — Katjia Torres, La première autofiction queer de « l'extrême contemporain » (2016) · University of South Florida — Souad Bouhayat, Transgressions (2017)
À propos de l'auteure
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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