Asmae El Moudir : de Casablanca à Cannes, la mémoire en argile
Réalisatrice, scénariste et productrice née en 1990 à Salé, elle a fait des émeutes du pain de 1981 un film primé à Cannes. « La Mère de tous les mensonges » a remporté deux prix au Festival de Cannes 2023.
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Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Asmae El Moudir est une réalisatrice, scénariste et productrice marocaine née en 1990 à Salé. En 2023, son film « La Mère de tous les mensonges » remporte à Cannes le prix de la mise en scène de la section Un certain regard et le prix du meilleur documentaire, dit L'Œil d'or : deux récompenses qui la consacrent comme l'une des voix majeures du cinéma documentaire marocain contemporain. Le film, qui revient sur les émeutes du pain de 1981 à Casablanca, est ensuite retenu pour représenter le Maroc à la 96e cérémonie des Oscars, où il atteint la liste finale de quinze films.
Le parcours d'Asmae El Moudir est celui d'une cinéaste qui a tout construit elle-même : études de cinéma documentaire, master de production, passage par l'Université d'été de La Fémis, puis, faute de trouver un producteur, création de sa propre entreprise de production. Elle a signé des courts métrages, un premier long documentaire en 2020 et, en 2021, le film qui la révèle au monde : dix ans de travail, cinq cents heures de rushes, des figurines en argile façonnées par huit artisans de Ouarzazate et une enquête de fille sur la mémoire familiale d'un pays.
Ce portrait retrace une trajectoire où la vie privée et l'histoire nationale ne font qu'un : une grand-mère qui interdit les images, un père qui fabrique des miniatures pour reconstituer la rue de l'enfance, un quartier de Casablanca dont le passé se lit dans les silences. De Salé à Cannes, Asmae El Moudir a transformé l'absence d'archives en méthode de travail.
Origines et formation
Asmae El Moudir naît en 1990 à Salé, comme l'indiquent aussi bien son article de Wikipédia que la biographie publiée par l'Institut français à l'occasion de la sortie du film en France. Wikipédia précise qu'elle est « une réalisatrice, scénariste et productrice marocaine ». Les notes de presse officielles du film, diffusées par le Festival de Cannes, confirment cette naissance en 1990 à Salé et détaillent ensuite une formation bâtie en deux temps, au Maroc puis en France.
Elle commence par des études en cinéma documentaire à l'Université Abdelmalek Essaâdi, selon Wikipédia ; les notes de presse précisent qu'il s'agit d'une licence en cinéma documentaire de l'université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan. En 2010, elle est diplômée d'un master en production à l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISCA) de Rabat ; les notes de presse précisent qu'elle sort la même année diplômée du Moroccan Film Academy en études cinématographiques, toujours à Rabat. Cette double formation — regard documentaire d'un côté, organisation de production de l'autre — explique la cohérence d'une carrière où elle écrit, réalise et produit.
En 2013, elle intègre l'Université d'été de La Fémis, à Paris, où elle réalise « Mémoires anachroniques ou le couscous du vendredi midi ». Ce passage par l'école du cinéma français est un tournant : c'est à partir de là, précise Wikipédia, que, ne trouvant pas de producteur pour ses films, elle crée sa propre entreprise de production. L'Institut français résume la même décision avec des mots simples : « Continuing to direct short films without finding a producer, she decided to set up her own production company. » Un choix structurel, qui lui donnera l'autonomie nécessaire pour mener à bien « La Mère de tous les mensonges ».
Avant ces longs métrages, elle enchaîne les travaux de jeunesse : « La Dernière balle » en 2010, « Les couleurs du silence » en 2011, « Mémoires anachroniques ou le couscous du vendredi midi » en 2013, « Premier montage » en 2015 et « Harma » en 2016 figurent au palmarès de Wikipédia. Les notes de presse ajoutent qu'elle a réalisé des documentaires pour la SNRT, Al Jazeera Documentary, BBC et Al Araby TV : une écriture documentaire formée sur le terrain, dans les chaînes et les coproductions, bien avant que les festivals internationaux ne la repèrent.
Parcours professionnel
Les premières récompenses arrivent tôt. Selon la liste des distinctions publiée par Wikipédia, elle reçoit en 2015 le Grand Prix du festival international du film de Tanger. En 2019, année de sortie de « Guerre oubliée » — documentaire qui retrace le soulèvement des tribus Ait Baâmrane contre l'occupation espagnole et pour la ville de Sidi Ifni, en 1934 —, elle obtient le prix de la mise en scène et le Grand Prix du Festival du film documentaire d'El-Ayoun. En 2021, elle décroche le Grand Prix du Festival international du film de femmes de Toronto et le Grand Prix de l'IsReal Film Festival de Nuoro. C'est la même année qu'elle réalise « La Mère de tous les mensonges ».
En 2020, elle signe « La Carte postale » (Fi Zaouiyati Oummi), un premier long métrage documentaire de 83 minutes. Le point de départ, raconte Wikipédia, est une carte postale représentant le village de sa mère : « Cette image est le début d'une enquête sur l'enfance de sa mère. » Le film ouvre la séquence qui mènera au long suivant : une image retrouvée, une mémoire familiale interrogée, une enquête qui part du particulier pour atteindre l'histoire collective.
« La Mère de tous les mensonges » (Kadib Abyad), tourné en 2021 et présenté en 2023, est son premier long métrage de fiction documentaire, de 97 minutes. Wikipédia en donne le principe : le film revient sur la grève du pain de juin 1981, sévèrement réprimée, et pour aborder cette question « son père fabrique des figurines et les maisons du quartier dans lequel la famille habitait » ; la cinéaste « interroge et fait parler les différents membres de la famille ». Les notes de presse du Festival de Cannes complètent le récit avec les noms : la grand-mère Zahra, le père Mohamed El Moudir, la mère Ouarda Zorkani, deux voisins, et une seule photographie d'enfance d'Asmae — dont la fillette n'est même pas elle.
La fabrication du film est artisanale. Dans l'entretien accordé à Le360 avant la sortie marocaine, elle explique que le film « a nécessité dix ans de travail », qu'il est « fait de manière artisanale » et qu'il a comme toile de fond les émeutes du pain de 1981 « que la génération actuelle connaît peu, voire pas ». « Comment faire un film avec aucune image et se retrouver avec 500 heures de rushes? C'était là le défi, relevé », résume-t-elle. Les personnages sont construits en argile : « Ces miniatures, qui sont les personnages centraux du film, ont été réalisées par huit artisans venus de Ouarzazate et qui ont été chapeautés par le père de la réalisatrice. »
La sortie marocaine a lieu le 21 février 2024, précédée d'avant-premières à Tanger, Casablanca et Fès, le film étant distribué par la Cinémathèque de Tanger. Le 18 février, la projection au cinéma Lutecia de Casablanca se fait salle comble : « C'est très spécial pour moi, cette projection à Casablanca, puisque le film a été tourné dans cette ville. Et aujourd'hui, je découvre que c'est dans ce même cinéma Lutecia que ma mère et mon père, acteurs dans le film, étaient venus voir, lorsqu'ils étaient fiancés, un film ensemble pour la première fois, c'était un film égyptien », confie-t-elle sur scène. Hespress signale ensuite une tournée de projections-rencontres dans les salles de l'Institut français du Maroc, à Rabat, Marrakech et Kénitra, du 28 avril au 3 mai 2024.
Réalisations et impact
Le fait d'armes d'Asmae El Moudir reste Cannes 2023. « La Mère de tous les mensonges » y reçoit le prix de la mise en scène dans la section Un certain regard et le prix du meilleur documentaire, L'Œil d'or, que Deadline a annoncé partagé avec « Les Filles d'Olfa » de Kaouther Ben Hania, réalisatrice tunisienne. « It's huge », réagit alors Ben Hania au micro de Deadline : « Je suis tellement heureuse de partager ce prix avec Asmae du Maroc. Je pense que ça veut dire quelque chose pour la région, pour les conteurs, pour nous les réalisatrices… » Wikipédia confirme les deux prix de Cannes 2023 ainsi que l'Étoile d'or du Festival international du film de Marrakech la même année.
L'impact se mesure ensuite à la marche suivante : le film est choisi pour représenter le Maroc dans la catégorie meilleur film international de la 96e cérémonie des Oscars et figure dans la finale des quinze films retenus, selon l'Institut français et Le360. Dans l'entretien accordé au magazine marocain, elle revient sur la campagne menée avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et le Centre cinématographique marocain : « Nous sommes allés jusqu'au bout, nous avons fait ce qu'il y avait à faire. » Elle analyse aussi les règles du jeu : « Ce sont les votes qui priment et cela n'a rien à voir avec la qualité du film », avant d'affirmer : « pour l'Oscar, je suis convaincue qu'un jour, on l'aura. »
Le sujet traité est au cœur de l'impact du film. Les émeutes du pain de juin 1981, réprimées sévèrement, restent, selon Wikipédia, « un moment tragique du Maroc » que la génération actuelle connaît mal. Hespress précise que l'enquête sur la famille d'Asmae El Moudir révèle « des liens étroits avec l'histoire collective du quartier, en particulier avec les émeutes du pain de 1981 à Casablanca, un événement marquant ayant entraîné le massacre de nombreux habitants ». L'Institut français, lui, résume la méthode : « Operating as both screenwriter and daughter, the filmmaker explores family lies in a quest for truth carried by her own voice. »
La dimension technique du film a aussi fait école. En refusant la reconstitution classique et en remplaçant les archives absentes par des figurines en argile, la cinéaste a inventé un langage : « Ce qui lui importait, c'était de parler des archives en l'absence d'archives », note Le360. La grand-mère du film interdisait la création d'images et de photographies ; pour y parer, Asmae et son père Mohammed ouvrent un atelier où ils fabriquent des miniatures recréant la rue de l'enfance, dans le quartier de Sbata à Casablanca, raconte Hespress. Des voisins, des amis et la grand-mère elle-même sont invités à interagir avec ces figurines, plongeant dans leurs souvenirs.
Sur le plan de l'industrie, le parcours donne un modèle. Faute de producteur, la cinéaste a créé la sienne ; faute d'archives, elle a fabriqué les siennes. Le film, soutenu par Aide aux cinémas du monde, fond sélectif co-géré par le Centre national du cinéma et de l'image animée et par l'Institut français, est sorti en salles françaises le 28 février 2024. Sa réception internationale — Cannes, Marrakech, Toronto, Sydney, Durban, Sundance, la shortlist des Oscars — a ouvert au documentaire marocain un espace que les productions nationales peinent d'ordinaire à atteindre. Hespress le dit sans détour : le film « a conquis la critique et s'est distingué dans de nombreux festivals internationaux ».
Ce qu'on retient
Premier point : la formation avant la consécration. Un parcours en cinéma documentaire à l'Université Abdelmalek Essaâdi, un master de production à l'ISCA de Rabat en 2010, l'Université d'été de La Fémis en 2013 : une trajectoire construite méthodiquement, du Maroc à la France, avant que les prix n'arrivent. Rien dans ce palmarès ne relève de l'accident.
Deuxième point : l'indépendance comme principe. N'ayant pas trouvé de producteur, elle crée sa propre structure de production. C'est cette autonomie qui lui a permis de tenir dix ans de travail sur « La Mère de tous les mensonges », d'assembler huit artisans de Ouarzazate et de refuser les raccourcis de la reconstitution. Sans société de production, le film n'aurait probablement jamais vu le jour.
Troisième point : le lien intime et national. Une grand-mère qui refuse les images, un père qui modèle l'argile, un quartier de Casablanca, une grève du pain de 1981 : Asmae El Moudir raconte le Maroc par le biais de sa propre famille. C'est précisément cette échelle — la maison plutôt que le pays — qui donne au film sa portée historique.
Enfin, Cannes 2023 et la shortlist des Oscars 2024 marquent une reconnaissance rare pour un documentaire marocain. Deux prix à Cannes, l'Étoile d'or de Marrakech, une sélection parmi quinze films pour la 96e cérémonie des Oscars : autant d'étapes qui font d'Asmae El Moudir, née en 1990 à Salé, une référence pour la génération de cinéastes marocains qui vient après elle.
Questions fréquentes
Quels prix Asmae El Moudir a-t-elle remportés à Cannes en 2023 ?
« La Mère de tous les mensonges » a reçu le prix de la mise en scène de la section Un certain regard et le prix du meilleur documentaire, L'Œil d'or, partagé avec « Les Filles d'Olfa » de Kaouther Ben Hania. Le film a ensuite obtenu l'Étoile d'or du Festival international du film de Marrakech en 2023.
De quoi parle « La Mère de tous les mensonges » ?
Le film revient sur la grève du pain de juin 1981 à Casablanca, un épisode sévèrement réprimé de l'histoire marocaine. Plutôt que d'utiliser des archives, absentes, la cinéaste et son père fabriquent des figurines en argile qui recréent la rue de l'enfance dans le quartier de Sbata ; les membres de la famille y livrent leurs souvenirs.
Quelle est la formation d'Asmae El Moudir ?
Née en 1990 à Salé, elle fait des études de cinéma documentaire à l'Université Abdelmalek Essaâdi, obtient en 2010 un master en production à l'ISCA de Rabat et intègre en 2013 l'Université d'été de La Fémis, où elle réalise « Mémoires anachroniques ou le couscous du vendredi midi ». Faute de producteur, elle crée ensuite sa propre entreprise de production.
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Sources : Wikipédia — Asmae El Moudir · Institut français — « La Mère de tous les mensonges » sort en France · Le360 — Asmae El Moudir : « L'Oscar, on l'aura un jour » (19 février 2024) · Hespress — « La mère de tous les mensonges » en tournée dans les salles de l'IFM · Deadline — L'Œil d'or 2023 partagé à Cannes · Festival de Cannes — Notes de presse, « The Mother of All Lies » · Photo : Michel Bakni, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0, lien vers la page du fichier
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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.
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