Fatiha Saddas : l'ittihadie qui fait campagne depuis 1976
Ittihadie depuis ses douze ans et en campagne depuis 1976, Fatiha Saddas est députée USFP, membre du bureau politique et présidente du groupe d'amitié Maroc-Norvège.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Fatiha Saddas est une femme politique marocaine née en 1959, membre de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), élue députée le 7 octobre 2016 au titre de la liste nationale des femmes de la Chambre des représentants, avec un mandat daté du 14 octobre 2016. Membre du bureau politique de son parti, elle est membre active de la Commission du contrôle des finances publiques et présidente du groupe d'amitié Maroc-Norvège. Wikipédia la présente comme une militante des droits de la femme au Maroc, et le quota des femmes aux élections comme « l'un de ces fruits de son combat en faveur de l'égalité ».
La notice encyclopédique tient en cinq phrases : cinq phrases qui disent son parti, sa commission, son groupe d'amitié et sa naissance en 1959 — mais ni son lieu d'enfance, ni son diplôme, ni le détail d'une carrière. La presse, elle, est abondante. Depuis Libération et TelQuel jusqu'au site de l'USFP, en passant par Yabiladi, La Vie de l'Économie, le porte-parole de l'Alliance progressiste ou la presse anglophone, les archives dessinent une trajectoire d'une quarantaine d'années : une militante entrée au parti à douze ans, qui fait campagne depuis 1976, vice-secrétaire de l'organisation féminine de 1992 à 2002, chef de cabinet, députée, déléguée au Chili. C'est cette trajectoire, pièce par pièce, que ce portrait reconstitute.
Origines et formation
Les sources s'accordent sur peu de choses et ne se contredisent jamais. Wikipédia donne la nationalité marocaine, la date de naissance — 1959 —, le parti — l'Union socialiste des forces populaires — et l'entrée au Parlement le 14 octobre 2016. Le nom arabe est فتيحة سداس. Aucune source consultée ne donne de lieu de naissance, de filiation familiale ou de formation universitaire : il serait inventé de les combler, et ce silence est lui-même un marqueur. Fatiha Saddas n'est pas une élue dont la biographie a été bâtie en amont par un cabinet : c'est une militante dont la trace documentaire commence par le parti.
Et cette trace commence tôt. Dans l'entretien accordé au journal Libération sous le titre « Fatiha Saddas, une militante en candidate passionnée », elle raconte sa carrière électorale : « Depuis 1976, elle est de toutes les campagnes électorales, battant le pavé, grimpant les étages d'immeubles, multipliant les portes-à-porte jusqu'à une heure tardive », écrit le journal. Elle se décrit elle-même comme « une Ittihadie qui a fait toutes ses classes à l'USFP ». Dans un entretien plus long, accordé à Tel Quel et relayé par Libération, elle précise : ittihadie « depuis sa tendre jeunesse », « ittihadia depuis ses 12 ans », et elle compte le rester « jusqu'à son dernier souffle ».
Les responsabilités de parti s'enchaînent ensuite, et leur calendrier est connu. Elle est l'ancienne vice-secrétaire de l'organisation féminine de l'USFP de 1992 à 2002, membre du conseil national, secrétaire adjointe du secrétariat régional Rabat-Salé-Zemmours-Zaërs — fonction qu'elle occupe lors de la campagne communale à Témara — et membre du bureau politique du parti. Sa formation politique précoce passe aussi par une autre porte : dans l'entretien de Tel Quel du 29 mai 2020 sur la mort d'Abderrahmane Youssoufi, elle raconte avoir « commencé à travailler avec lui au moment où il est devenu secrétaire du parti lorsque Abderrahim Bouabid nous a quittés, en 1992 », au sein du groupe chargé de l'organisation. Elle y décrit une méthode : « Ce que je retiens surtout, c'est que c'est un homme d'écoute. »
Une seule pièce manque à ce début de parcours, et Wikipédia la signale elle-même : sa référence bibliographique renvoie à un article de Libération du 27 août 2009, signé Narjis Rerhaye, dont le titre — « Fatiha Saddas, nouveau chef de cabinet du ministre de la Culture : la passion d'une militante » — établit une fonction exécutive occupée avant le mandat parlementaire. La page citée n'est plus en ligne à l'adresse donnée par l'encyclopédie : c'est donc par l'intermédiaire de Wikipédia, et par elle seul, que cette étape est rapportée ici.
Parcours professionnel
L'élection de 2016 est le pivot documenté du mandat. Le 7 octobre, l'USFP remporte 367 622 voix dans les circonscriptions locales, soit 6,35 % et 14 sièges, et 359 600 voix sur la liste nationale, soit 6,19 % et 6 sièges, pour un total de 20 députés. Sur ces six sièges nationaux réservés aux femmes, quatre noms figurent dans la liste officielle publiée par la Chambre des représentants et reprise par Médias24 le 17 octobre 2016 : Ibtissam Merras, Saadia Benshili, Fatiha Saddas et Mina Talbi. C'est par cette porte — la même que celle des 60 sièges féminins créés dans la circonscription nationale — qu'elle entre à la Chambre.
Le mandat reposera ensuite sur trois responsabilités. La première est interne : le bureau politique de l'USFP, où elle siège et où elle défend, en 2021, le maintien de son premier secrétaire Driss Lachgar, affirmant que « Driss n'a pas arrêté de nous dire de le laisser tranquille. C'est nous qui lui demandons de continuer ». La seconde est parlementaire : la Commission du contrôle des finances publiques, selon l'Annuaire des parlementaires cité par Wikipédia. La troisième est diplomatique : la présidence du groupe d'amitié Maroc-Norvège, établie par une rencontre de ce groupe publiée le 28 janvier 2018 sur le portail Norgesportalen, puis confirmée indépendamment par la presse marocaine.
Cette présidence a en effet un usage. Le samedi 22 décembre 2018, à Rabat, un sit-in réunit des acteurs civils, associatifs et politiques devant les ambassades de Norvège et du Danemark, en solidarité avec les familles des deux touristes assassinés à Imlil. Yabiladi, Article19, La Vie de l'Économie, Le Reporter et Challenge rapportent tous la même déclaration : « La présidente du groupe d'amitié maroco-norvégien à la Chambre des représentants, Fatiha Saddas, a relevé [...] que ce sit-in symbolique constitue un moment de solidarité avec les familles des victimes et les peuples danois et norvégien. » Elle y condamne fermement le double homicide, « qui va aux antipodes des valeurs et des traditions marocaines », et salue les efforts des autorités en matière de lutte contre le terrorisme. Un groupe d'amitié utilisé comme un canal de condoléances officielles : c'est une manière très concrète d'exercer un mandat.
Le terrain parlementaire proprement dit apparaît dans deux épisodes. En avril 2020, pendant l'état d'urgence sanitaire, elle intervient au nom du Groupe socialiste à la Chambre des représentants face au ministre de la Santé Khalid Aït Taleb : elle interpelle le gouvernement sur les mesures de protection des personnels soignants, sur la répartition équitable des ressources humaines spécialisées entre les régions du Royaume, et affirme que « la transparence [...] est une condition sine qua non de la mobilisation nationale », ajoutant qu'« avoir une vision claire quant à la durée du confinement sanitaire est également une nécessité nationale ». Fin 2020 également, le site de l'USFP la cite comme membre de la Commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des Marocains résidant à l'étranger, lors d'une visite de la délégation parlementaire à Dakhla et à El Guerguarat : elle y affirme que la présence de consulats généraux dans les provinces du Sud « constitue un message significatif à l'adresse de la communauté internationale et une reconnaissance de la marocanité de nos provinces sahariennes ».
Le reste du parcours se lit dans les fonctions partisanes et les scènes internationales. Lors d'une campagne communale à Témara, elle est deuxième sur la liste de l'USFP, où elle milite contre l'abstention et décrit des « douars sans écoles, sans dispensaires ». En mai 2020, elle commente pour Tel Quel la mort d'Abderrahmane Youssoufi, qu'elle a côtoyé depuis 1992. En 2021, elle reçoit Libération au siège du parti, parle d'un USFP qui compte « 43 parlementaires dans les deux chambres », et reconnaît avoir été « candidate malheureuse » aux régionales dans la province de Benslimane. En août 2024, elle livre à Libération un long développement sur la question féminine. En octobre 2024, elle est élue au Conseil de l'Alliance progressiste.
Réalisations et impact
Premier champ d'impact : la cause des femmes, traitée dans ses trois registres — le droit, le chiffre et l'obstruction quotidienne. Sur le droit, l'entretien accordé à Libération le 8 août 2024, repris par AllAfrica, la fait revenir sur l'histoire complète : les luttes du mouvement féminin « à partir de la fin des années 70 jusqu'aux années 90 », la réception du mouvement féminin par feu le Roi Hassan II, puis « un changement radical dans le discours adressé au peuple marocain » avec le premier discours de S.M. le Roi Mohammed VI. Sa thèse tient en une formule : le fait que la réforme du Code de la famille passe du Conseil des oulémas au vote au Parlement « constitue une révolution douce ». Sur le chiffre, Wikipédia fait du quota des femmes aux élections l'un des fruits de son combat en faveur de l'égalité. Sur le terrain, The Arab Weekly la rapporte sur le mariage des mineures : elle y affirme que la place d'une mineure est à l'école, et qu'il appartient à l'État, par ses institutions, de sensibiliser — notamment en milieu rural — aux dimensions psychologiques, sanitaires, sociales et économiques d'un tel mariage. Le journal rappelle les ordres de grandeur : plus de 32 000 demandes de mariage pour des filles de moins de 18 ans en 2018, dont 18 % refusées par les juges, 99,46 % de demandes émanant de jeunes filles et 21 000 en milieu rural.
Deuxième champ : le contrôle des finances publiques et la santé publique. Membre active de la Commission du contrôle des finances publiques selon l'Annuaire des parlementaires, elle y siège aux côtés d'un dossier budgétaire classiquement technique. C'est pourtant sur le terrain sanitaire que son intervention publique est la plus documentée : pendant la crise de la Covid-19, elle réclame au ministre de la Santé des équipements de protection, une répartition équitable des spécialistes entre les régions, l'information des citoyens sur l'évolution épidémiologique et une visibilité sur la durée du confinement. Une méthode de contrôle qui ne demande pas des chiffres, mais de la lisibilité.
Troisième champ : la diplomatie parlementaire. La présidence du groupe d'amitié Maroc-Norvège la met en contact direct avec deux dossiers : la solidarité nationale après le drame d'Imlil, en décembre 2018, et, fin 2020, la question des provinces sahariennes lors de la visite de la commission des affaires étrangères à Dakhla et à El Guerguarat, où elle intervient sur la reconnaissance de la marocanité des provinces du Sud à l'adresse de la communauté internationale. Deux prises de parole au registre diplomatique, tenues depuis un siège de députée de la liste nationale.
Quatrième champ : l'ancrage international social-démocrate. Le 4 et 5 octobre 2024, lors de la Convention mondiale de l'Alliance progressiste tenue à Santiago du Chili, Fatiha Saddas est élue à la plus haute instance de ce réseau, en représentation de l'USFP. Libération, qui relaye l'annonce, rappelle que l'Alliance progressiste est un réseau mondial de partis progressistes et sociaux-démocrates proche de l'Internationale socialiste, fondé à Leipzig le 22 mai 2013 à l'occasion des 150 ans du SPD, et rassemblant une quarantaine de partis au sein de son conseil ainsi que 80 partis, syndicats et ONG. Les débats de la convention portent sur la protection de la démocratie, le progrès économique et social, le changement climatique, la paix et l'égalité des genres ; la commission de l'égalité y adopte, le 3 octobre 2024, un agenda en trois étapes pour concrétiser l'égalité à l'horizon 2030. Une militante qui fait campagne depuis 1976 retrouve, à Santiago, la scène mondiale de son famille politique.
Ce qu'on retient
Premier point : la durée comme argument. Campagnes électorales depuis 1976, parti depuis ses douze ans, organisation féminine de 1992 à 2002, conseil national, bureau politique, mandat parlementaire à partir de 2016. Aucune de ces dates n'est décorative : elles forment une chaîne continue qui explique pourquoi Fatiha Saddas est une référence de son parti plutôt qu'une figure apparue avec un scrutin.
Deuxième point : une entrée par la liste nationale des femmes. Sur les six sièges réservés aux femmes obtenus par l'USFP en 2016, elle occupe l'un des quatre noms de la liste officielle. La mécanique des 60 sièges féminins de la circonscription nationale est la même pour elle que pour toutes les députées marocaines de cette génération : c'est la voie par laquelle le Parlement s'est féminisé, et elle en est un témoignage daté.
Troisième point : la polyvalence des fronts. Une même députée interpelle le ministre de la Santé sur les répartitions de personnels, préside un groupe d'amitié avec la Norvège, visite les consulats des provinces sahariennes, commente le Code de la famille et se fait élire au conseil d'un réseau mondial de partis. Ni spécialiste monocorde, ni figure de vitrine : un mandat tenu depuis plusieurs bancs à la fois.
Quatrième point : l'ancrage dans la cause des femmes comme fil rouge, pas comme étiquette. Quota, Code de la famille, mariage des mineures, représentation parlementaire, égalité des genres à Santiago — les dossiers changent de registre, du juridique au chiffré, mais le sujet reste le même depuis les luttes de la fin des années 1970 qu'elle raconte elle-même. C'est cette cohérence de quarante ans qui justifie sa place dans la rubrique Femmes inspirantes de La Marocaine.
Questions fréquentes
Quel est le parcours politique de Fatiha Saddas ?
Née en 1959, elle est ittihadie depuis l'âge de douze ans et mène ses premières campagnes électorales à partir de 1976. Elle est l'ancienne vice-secrétaire de l'organisation féminine de l'USFP de 1992 à 2002, membre du conseil national puis du bureau politique. Élue députée sur la liste nationale des femmes le 7 octobre 2016, elle siège à la Commission du contrôle des finances publiques et préside le groupe d'amitié Maroc-Norvège.
Que dit-elle sur la cause des femmes au Maroc ?
Dans un entretien publié en août 2024, elle présente le transfert de la réforme du Code de la famille du Conseil des oulémas au vote au Parlement comme « une révolution douce », après les luttes du mouvement féminin menées depuis la fin des années 1970. Sur le mariage des mineures, elle affirme que la place d'une mineure est à l'école et que l'État doit sensibiliser, notamment en milieu rural. Wikipédia présente le quota des femmes aux élections comme l'un des fruits de son combat en faveur de l'égalité.
Quelles responsabilités internationales détient-elle ?
Elle préside le groupe d'amitié Maroc-Norvège à la Chambre des représentants, fonction attestée depuis 2018 et utilisée publiquement lors du sit-in de solidarité de Rabat consacré aux victimes d'Imlil en décembre 2018. En octobre 2024, elle est élue au Conseil de l'Alliance progressiste lors de la Convention mondiale de ce réseau social-démocrate, tenue à Santiago du Chili, où elle représentait l'USFP.
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Sources : Wikipédia — Fatiha Saddas · Wikipédia — Élections législatives marocaines de 2016 · Médias24 — La liste officielle des 395 députés élus le 7 octobre 2016 · Chambre des représentants — Liste officielle des élus de 2016 · Libération — Fatiha Saddas, une militante en candidate passionnée · Libération — Fatiha Saddas : « C'est nous qui lui demandons de continuer » · TelQuel — Fatiha Saddas : « Les gens ne prennent pas encore la mesure des réalisations que Youssoufi a accomplies » · Libération — Fatiha Saddas élue à la plus haute instance de l'Alliance progressiste · Libération / AllAfrica — Fatiha Saddas : « La réforme du Code de la famille [...] constitue une révolution douce » · USFP — Fatiha Saddas, la présence de consulats généraux dans nos provinces sahariennes · Yabiladi — À Rabat, plusieurs sit-in de solidarité avec les familles des deux victimes scandinaves · The Arab Weekly — Marriage of female minors in Morocco triggers pushback · Libération — Le Groupe socialiste au nom de la Chambre des représentants
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