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Femmes Inspirantes 05 nov. 2026 12 min de lecture

Farida Bourquia : pionnière du cinéma marocain, de La braise à Zaynab

De Moscou aux studios d'Aïn Chok, le parcours d'une pionnière qui a mis les femmes marocaines au centre de son cinéma, du documentaire au long-métrage.

LR

La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Farida Bourquia : pionnière du cinéma marocain, de La braise à Zaynab
📅 Dernière mise à jour : 5 novembre 2026

Farida Bourquia est une réalisatrice marocaine née le 23 janvier 1948 à Casablanca, l'une des premières femmes du Royaume à avoir fait carrière de cinéaste, aussi bien pour la télévision que pour le grand écran. Formée à Moscou entre 1968 et 1973, elle enseigne l'art dramatique au Conservatoire de Casablanca avant d'entrer à la Radiodiffusion-Télévision marocaine, où elle devient, selon le journal Framework, « en 1976, la première femme recrutée comme réalisatrice à la télévision marocaine ». En 1975, pour l'Année internationale de la femme, elle signe plusieurs documentaires sur la femme marocaine, considérés comme les premiers documentaires du pays entièrement produits et réalisés par une femme.

Au cinéma, son nom reste attaché à trois longs-métrages : La braise (1982), Deux femmes sur la route (2007) et Zaynab, la rose d'Aghmat (2014). Le premier est reconnu comme l'un des tout premiers longs-métrages marocains réalisés par une femme ; le second, scénarisé par Youssef Fadel, est souvent présenté comme la version marocaine du road movie féminin à la Thelma et Louise ; le troisième a ouvert, en septembre 2013, la septième édition du Festival international du film de femmes de Salé, qui lui a rendu hommage la même semaine. Une carrière de plus de quatre décennies, entièrement consacrée à raconter le Maroc, et souvent les femmes marocaines.

Origines et formation

Farida Bourquia naît à Casablanca en 1948 — le 23 janvier selon Wikipédia — et y fait ses études secondaires dans sa ville natale. Après le baccalauréat, elle quitte le Royaume : elle part en 1967 pour l'Union soviétique, où elle suit les cours de l'institut Lounatcharsky, l'Institut d'État d'art théâtral de Moscou, de 1968 à 1973, selon sa fiche publiée par Africiné, la base de données du cinéma africain. Elle y obtient en 1973 le titre de magistère en arts et mise en scène de théâtre. Wikipédia résume la période en une phrase : « Après des études d'art dramatique à Moscou de 1968 à 1973, Farida Bourquia enseigne l'art dramatique au Conservatoire de Casablanca. »

Ce séjour soviétique n'est pas un épisode anecdotique : il en fait, selon Framework, « la première femme à avoir quitté le royaume pour poursuivre ses études d'art dramatique ». De retour au Maroc, elle enseigne au Conservatoire de Casablanca dès 1974, puis passe son service civil à la Radiodiffusion-Télévision marocaine, d'abord à Rabat, puis aux studios d'Aïn Chok à Casablanca, en qualité de réalisatrice, précise Africiné. La formation théâtrale, la transmission pédagogique et la commande publique forment donc les trois piliers de son apprentissage, avant le cinéma.

Le dictionnaire des créatrices confirme ce double profil de pédagogue et de créatrice : « Diplômée de l'Institut d'État d'art dramatique de Moscou en 1973, Farida Bourquia, revenue au Maroc, enseigne l'art dramatique et travaille pour » la télévision nationale, avant que l'entrée ne soit payante. Une vie d'enseignante et de réalisatrice qui ne se sépare pas : pendant toute sa carrière, elle fera cohabiter le Conservatoire, les studios et les tournages.

Parcours professionnel

Les années 1970 et 1980 sont celles de la télévision. À la RTM, puis à la Société nationale marocaine de radiodiffusion et de télévision, Farida Bourquia réalise des documentaires et des émissions pour enfants, rappelle Wikipédia. Africiné précise l'ampleur du travail : « Dans les années 80 et 90, elle réalise plusieurs émissions pour enfants, des films documentaires à caractères socioculturels, des téléfilms et des feuilletons télévisés. » Framework ajoute une date clé : en 1976, elle devient la première femme recrutée comme réalisatrice sur la télévision marocaine. Sa filmographie télévisée compte notamment Le dernier aveu, La bague, Je ne reviendrai pas, Le visage et le miroir, La boite magique et La maison demandée, selon la liste de Wikipédia.

L'Année internationale de la femme, en 1975, marque un tournant : Bourquia y réalise plusieurs documentaires sur la femme marocaine, que Wikipédia qualifie de « premiers documentaires marocains entièrement produits et réalisés par une femme ». Le thème qui lui est cher — la condition et la figure des femmes marocaines — devient alors la ligne de conducteur d'une œuvre entière, du documentaire à la fiction.

Au cinéma, le premier long-métrage arrive en 1982 : al-Jamra / La braise, écrit par Mahmoud Migri et produit par Farida Bourquia et Mohammed Ismaïl, avec Hamid Zoughi, Rachida Machnouaa et Mostapha Zaari, dans une réalisation de 104 minutes, selon la fiche de l'œuvre. L'histoire : dans un village de montagne, un père est accusé à tort d'avoir violé et tué une jeune femme, il est lynché par les villageois et sa femme meurt ; trois enfants, Ali, Maryem et Brahim, restent sur la piste du véritable coupable. Wikipédia résume le même drame : « trois enfants orphelins d'un village, issus d'une famille qui s'est désintégrée lorsque le père a été accusé, à tort, de viol. »

Vingt-cinq ans séparent La braise de son second long-métrage. Deux femmes sur la route, sorti en 2007, est scénarisé par Youssef Fadel et porte le titre arabe Tariq al Alyat. Le synopsis, documenté par Wikipédia, croise deux destins : Amina essaie de rejoindre Tétouan où son mari a été arrêté pour trafic de drogue ; sa voiture tombe en panne et elle rencontre Lalla Rahma, qui cherche elle aussi à savoir ce qu'il est advenu de son fils, parti clandestinement en bateau vers l'Europe. Unies par leur détresse, les deux femmes prennent le bus ensemble. La distribution réunit Mouna Fettou, Mohamed Bastaoui et Aïcha Mahmah.

Le film ressort en salles en mars 2007, avec une projection spéciale annoncée pour le 8 mars, journée internationale de la femme, comme le rapporte la critique d'Africiné « Corps social, corps intime » : « Une femme figure parmi les auteurs des films actuellement à l'affiche. Pour elle également c'est un retour au cinéma. » Le même texte la qualifie de « pionnière marocaine en téléfilms » et souligne que Deux femmes sur la route est son deuxième long-métrage après La Braise en 1982. La critique analyse aussi le parti pris d'Africiné : « Farida Bourquia met sur la route deux femmes au statut social différencié mais subissant le même regard, la même idéologie, le même destin. »

Le troisième long-métrage, Zaynab, la rose d'Aghmat — aussi référencé Zineb, la rose d'Aghma — figure en 2014 au catalogue de Wikipédia. Sa genèse est racontée par Framework à l'occasion du Festival international du film de femmes de Salé : le film, qui se situe au XIIe siècle, raconte l'histoire de Zineb Ennafzaouia, l'une des femmes les plus puissantes de l'histoire marocaine, épouse du sultan almoravide Youssef Ibn Tachfine qui régnait sur Marrakech. Le rôle-titre est tenu par Fatym Layachi, dont le portrait publié par Le Monde Féminin confirme : « 2012 : Zineb, la fleur d'Aghmat, long-métrage de Farida Bourquia, rôle de Zineb. » Mohamed Majd y apparaît, selon Framework, dans l'un de ses derniers rôles.

Réalisations et impact

L'impact de Farida Bourquia se mesure d'abord à sa place de pionnière. L'article Wikipédia la présente comme « l'une des premières femmes marocaines à faire carrière comme réalisatrice, pour le cinéma et la télévision » ; le film La braise figure, selon sa fiche anglaise, parmi les seuls deux longs-métrages marocains réalisés par des femmes dans les années 1980 et « est considéré comme l'un des premiers longs-métrages marocains dirigés par une femme ». En 1975, ses documentaires sur la femme marocaine portent la même qualification : les premiers produits et réalisés par une femme au Maroc. Trois premières, documentaire, télévision, long-métrage, qui construisent une figure de précurseuse.

La reconnaissance institutionnelle vient avec les festivals. La septième édition du Festival international du film de femmes de Salé, qui s'est tenue du 23 au 28 septembre 2013, lui a rendu hommage, selon Wikipédia. Morocco World News rend compte de la cérémonie d'ouverture : « La cérémonie d'ouverture du festival a été marquée par la projection du film marocain Zainab, La Rose d'Aghmat, de Farida Bourquia. » Framework, qui couvre la même édition, la décrit comme « la doyenne de ces réalisatrices » et rappelle sa place singulière dans un festival consacré au cinéma féminin au Maroc.

Le palmarès de l'œuvre va au-delà de Salé : Deux femmes sur la route a été présenté au festival national du film et lors du spécial Maroc 2007 du Festival international du film de Marrakech, d'après Africiné, et sa fiche cinematographique est référencée par le Centre du cinéma marocain. La braise, elle, a fait l'objet d'une notice dans le Dictionnaire des cinéastes africains de Jean-François Brière et dans l'Encyclopédie du cinéma nord-africain d'Oliver Leaman, comme l'attestent les références de Wikipédia — deux ouvrages de référence qui installent le film dans l'histoire du continent.

Il y a ensuite l'effet de filiation. Africiné le documente : Ahmed Boulane, réalisateur des Anges de Satan, « a également participé au premier film de Bourquia en tant qu'assistant ». La critique du même site, publiée en 2007, aligne les noms d'une génération : Farida Bourquia, Latif Lahlou, Hassan Benjelloun, qui signe alors son huitième long-métrage. Autrement dit, le premier film de Bourquia a servi d'école à d'autres cinéastes marocains. Une transmission qui se lit aussi dans ses séries : Yabiladi rapporte que « la réalisatrice marocaine Farida Bourquia s'est inspirée de la vie de Kharboucha pour réaliser sa série Jnane El Karma », autrement dit son travail télévisuel a réintégré au récit national la mémoire d'une chanteuse d'aita du XIXe siècle.

Enfin, l'impact se mesure au fait simple que son nom reste la référence quand il s'agit d'écrire l'histoire des femmes derrière la caméra au Maroc. Le Dictionnaire universel des créatrices, le dictionnaire des cinéastes africains, Africiné, Framework ou encore Wikipédia lui consacrent chacun une entrée : une carrière documentée, archivée, citée, qui a ouvert la voie à celles qui viendront après.

Ce qu'on retient

Premier trait : une formation hors du commun pour une Marocaine de 1948. Partir en 1967 à Moscou, y passer cinq ans à l'institut Lounatcharsky, en revenir diplômée en 1973 : peu de femmes marocaines de sa génération ont fait ce voyage. Farida Bourquia en a tiré un métier, la mise en scène, et une habitude, celle de travailler avec les textes.

Deuxième trait : la fidélité à la commande publique et à l'éducation. Conservatoire de Casablanca, RTM, émissions pour enfants, documentaires socioculturels : pendant des décennies, elle a montré des histoires adaptées à un large public marocain, tout en gardant le cinéma comme horizon. Ce compromis entre mission de service public et création personnelle est la signature de sa génération.

Troisième trait : le temps long. Vingt-cinq ans entre La braise et Deux femmes sur la route, sept autres années jusqu'à Zaynab, la rose d'Aghmat. Des intervalles qui s'expliquent par la rareté des financements, mais aussi par une méthode : elle écrit, produit et réalise, enchaînant les formats sans jamais quitter le métier. Le cinéma marocain des femmes s'est construit à ce rythme-là.

Quatrième trait : le choix du sujet. Des documentaires sur la femme marocaine en 1975, un road movie de deux femmes en 2007, une reine du XIIe siècle en 2013 : son œuvre regarde les femmes, de la contemporaine à la légende, en passant par l'orpheline et la mère qui cherche son fils. C'est cette constance qui fait d'elle, encore aujourd'hui, une référence pour le cinéma marocain.

Questions fréquentes

Quelle formation a suivie Farida Bourquia ?

Après ses études secondaires à Casablanca, elle part en 1967 en Union soviétique et étudie à l'institut Lounatcharsky de Moscou de 1968 à 1973, où elle obtient un magistère en arts et mise en scène. De retour au Maroc, elle enseigne l'art dramatique au Conservatoire de Casablanca à partir de 1974 avant d'entrer à la RTM comme réalisatrice.

Quels sont ses longs-métrages ?

Trois : La braise (1982), drame villageois écrit par Mahmoud Migri ; Deux femmes sur la route (2007), scénario de Youssef Fadel, avec Mouna Fettou et Aïcha Mahmah ; et Zaynab, la rose d'Aghmat (2014), présenté en ouverture du Festival international du film de femmes de Salé en septembre 2013.

Pourquoi parle-t-on de pionnière ?

Parce qu'elle cumule plusieurs premières : elle est, selon Framework, la première femme recrutée comme réalisatrice à la télévision marocaine en 1976 ; ses documentaires sur la femme marocaine, réalisés pour l'Année internationale de la femme en 1975, sont les premiers produits et réalisés par une femme au Maroc ; et La braise compte parmi les premiers longs-métrages marocains signés par une femme.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Asmae El Moudir et Asma Lamrabet.

Sources : Wikipédia — Farida Bourquia · Wikipedia — La braise (film) · Wikipedia — Deux femmes sur la route · Africiné — Farida Bourquia · Africiné — Corps social, corps intime · Framework — Why are there so few great women filmmakers? · Morocco World News — 7th edition of the Women's Film Festival of Salé · Yabiladi — Kharboucha, the tragic death of an Aita diva · Dictionnaire des créatrices — Farida Bourquia · Le Monde Féminin — Fatym Layachi · aucune photo libre trouvée (Wikimedia Commons et Openverse sans résultat pertinent)

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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

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