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Femmes Inspirantes 05 nov. 2026 12 min de lecture

Doha Moustaquim : de Derb Sultan à la direction de Bye Bye la France

Fille d'un père sourd et muet, Doha Moustaquim est passée des vidéos d'une minute sur Instagram à la réalisation de Bye Bye la France.

LR

La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Doha Moustaquim : de Derb Sultan à la direction de Bye Bye la France
📅 Dernière mise à jour : 5 novembre 2026

Doha Moustaquim est une réalisatrice et scénariste marocaine née le 23 janvier 1999 à Casablanca, dans le quartier populaire de Derb Sultan. À vingt et un ans à peine, elle signe son premier long métrage, la comédie Bye Bye la France, tourné en 2020 et sorti en 2021, qui sera projeté en compétition officielle au Festival national du film de Tanger. Originaire d'une famille amazighe où son père était sourd et muet, elle a d'abord cherché des mots ailleurs — la musique, l'écriture, les vidéos d'une minute sur Instagram — avant de trouver dans la réalisation l'outil qui lui permettait, selon ses propres termes, de s'exprimer « de manière aussi authentique ».

Sa trajectoire raconte un cas de figure devenu rare dans le cinéma marocain : une cinéaste qui n'a pas fait d'école de cinéma, qui vient d'un quartier de Casablanca plutôt que des circuits familiaux du secteur, et qui est passée en quelques années des podcasts YouTube à la direction d'un long métrage, puis à l'enseignement des métiers de l'image auprès de la génération suivante.

De ses origines à ses prises de position, en passant par la fiche technique de son film et les ateliers qu'elle anime aujourd'hui, voici le portrait d'une réalisatrice marocaine qui travaille le réel avec l'obstination de ceux qui ont dû d'abord apprendre à se faire entendre.

Origines et formation

Doha Moustaquim naît le 23 janvier 1999 à Casablanca, selon sa fiche Wikipédia, qui précise aussi son quartier d'origine : Derb Sultan. Son pseudonyme est Doha Mous. Wikipédia indique qu'elle est d'origine amazighe et qu'elle grandit à Derb Sultan, un quartier de Casablanca ; Wikidata, sa notice structurée, ajoute qu'elle est citoyenne marocaine, que sa langue maternelle est l'amazigh, et qu'elle parle aussi l'arabe.

L'entretien qu'elle accorde à Hespress en janvier 2021 donne le détail qui explique le reste : elle a grandi avec un père sourd et muet et une mère amazighe qui ne parlaient que moyennement la darija. Résultat, elle a éprouvé dès le plus jeune âge des difficultés à utiliser les mots pour s'exprimer. « J'ai essayé la musique et l'écriture quand j'étais jeune », raconte-t-elle : deux tentatives qui n'ont pas suffi. C'est en enchaînant les nuits sur YouTube, en écoutant des podcasts et en regardant la télévision qu'elle découvre l'art de la réalisation de films, et comprend que c'est « l'instrument parfait » pour donner corps à ce qu'elle pense.

La phrase qu'elle retient de cette révélation est celle-ci : « Je me suis attachée si vite à la réalisation de films parce que j'ai réalisé que c'était l'outil qui me permettait le mieux de m'exprimer de manière aussi authentique. » Le cinéma commence alors comme un passe-temps, un espace où elle pouvait transmettre ses sentiments et enfin se dire. Elle se met à tourner des vidéos d'une minute sur Instagram, y mettant « une grande partie d'elle-même », parfois pour la seule satisfaction de se garder une vidéo. « Faire cela m'a fait réaliser que c'est ce que je veux faire pour le reste de ma vie », dit-elle : la décision est prise de changer de major pour poursuivre le cinéma comme métier.

Côté formation scolaire, Wikipédia précise qu'après son diplôme d'études secondaires, elle étudie l'anglais pendant plus de trois ans dans la ville de Ouarzazate — la capitale du cinéma marocain — avant de travailler dans des longs métrages et de devenir réalisatrice commerciale. Le parcours est donc tout à fait atypique : pas d'école de réalisation, mais une immersion directe sur les tournages, et une langue étrangère apprise comme un passeport vers les plateaux.

Soutien familial et premier réseau : Doha Moustaquim insiste, chez Hespress, sur le rôle de ses parents, « une source constante d'encouragement » qui l'ont poussée à être la meilleure version d'elle-même et ont cru en son talent au point de la laisser partir dans une autre ville pour poursuivre son rêve. « Mes parents sont la raison pour laquelle je n'ai jamais arrêté et ne le ferai jamais », résume-t-elle.

Parcours professionnel

Le premier chapitre professionnel se joue sur les réseaux : des vidéos d'une minute sur Instagram, où elle met une part d'elle-même et apprend le langage de l'image. Puis viennent les podcasts YouTube et la télévision, que Wikipédia cite comme ses premiers pas avant le cinéma. Cette formation autodidacte, faite d'écrans plus que de salles de classe, débouche sur le travail en production : elle réalise des films publicitaires et devient réalisatrice commerciale, un métier où l'on dirige, on cadre, on rassure un client et une équipe.

En 2020, elle tourne son premier long métrage : la comédie Bye Bye la France. La fiche du Festival national du film en donne le carnet de bord complet : production Nour Film Studios, de Nour Ayatollah et Taha Khaled ; scénario de Nour Ayatollah et Zouhair Bissar ; image de Gregory Turbellier ; son de Youssef Ajakan ; musique de Noquest, AEO Beat et Ali Melouk ; montage d'Ayoub Jaddad. La distribution réunit Sanaa Mezguy, Nasser Akabab, Fatima Zahra Hrach, Tarik Bakhari, Rafik Boubker, Mohamed Bichara, Chafik Bissbiss, Nabil Atif, Abdellatif Chagra, Sabah Benseddik, Said Mniouli et Wilfried Renaud Grenier. Le film dure 109 minutes selon Wikipédia, 110 selon la fiche du distributeur, et sort en 2021.

Le synopsis tient en peu de mots : Moulay Mahdi, un jeune homme riche et narcissique de trente ans, est un immigrant arrogant qui déteste les pauvres ; il se retrouve dans la rue du jour au lendemain, sans argent ni identité, et tente de comprendre ce qui lui est arrivé au milieu de situations controversées et comiques qui débouchent sur une révélation choquante. L'histoire permet à la réalisatrice d'inscrire le Maroc dans le film : « Nous nous sommes assurés d'inclure Marrakech dans l'histoire car sa chaleur du jour reflétait le doux traitement que Marrakech offrait à ses visiteurs pendant la journée, et comment sa nuit reflétait la dure vie de ses sans-abri », explique-t-elle à Hespress.

La carrière se construit ensuite en parallèle sur trois terrains. Le premier est le court métrage : Bghit menek choufa (Merendina) en 2021, puis Silent Screams en 2022, selon sa filmographie. Le second est la publicité : en septembre 2021, elle co-réalise avec Anass Elgad la campagne « ANA HOUA ANA / I AM WHO I AM » produite par Atypic8 pour Brand Builder Morocco et Pepsi Black Morocco, une campagne qui prenait le contre-pied de la « honte » sociale et célébrait la singularité de la génération Z marocaine. Le troisième est l'enseignement : en janvier 2024, l'Union européenne au Maroc la choisit comme intervenante des ateliers des Semaines du film européen, 30e édition, qui se tiennent du 14 février au 1er mars dans quatre villes — Casablanca, Marrakech, Tanger et Rabat. Elle y anime un atelier d'initiation aux métiers du cinéma, de 11 h 30 à 13 h, aux côtés du chef opérateur Hamza Atifi, de l'actrice Fatima Ezzahra El Jaouhari et du visual artist Anass Dou.

Elle s'exprime aussi sur les conditions du métier. À Hespress comme à Morocco World News, elle décrit un domaine dominé par les hommes, où les réalisatrices doivent travailler dix fois plus « pour lutter contre le sexisme et le patriarcat, tout en se révélant capables de diriger plusieurs personnes sur le plateau » : « J'ai eu du mal à faire en sorte que les gens me fassent davantage confiance pour mon sexe que pour mon potentiel. » Arrivée sans relations préalables dans une industrie où, dit-elle, « tout dépend de votre carnet d'adresses », elle a compté sur le soutien de ses parents et sur le réseau bâti au fil des tournages.

Réalisations et impact

Le fait majeur du palmarès reste Bye Bye la France. En septembre 2022, le film est projeté dans la compétition officielle de la 22e édition du Festival national du film de Tanger. Interrogée par Le360, la réalisatrice dit sa fierté de l'interaction avec le public et des moments émotionnels créés par le film ; l'acteur Tarik Boukhari, de son côté, se dit honoré d'avoir partagé l'affiche avec Rafik Boubker. Le film avait déjà fait l'objet d'une couverture nationale au moment de sa sortie : Morocco World News, en janvier 2021, la présente comme « l'une des plus jeunes réalisatrices professionnelles du Maroc », et le Festival national du film lui consacre sa propre fiche.

Le second champ d'impact est la transmission. En 2024, les Semaines du film européen au Maroc — événement organisé depuis 1991 par l'Union européenne au Maroc, avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, le Centre cinématographique marocain, la Fondation Hiba et l'École supérieure des arts visuels de Marrakech, et qui attire près de 12 000 spectateurs par an — confient à Doha Moustaquim un des quatre ateliers de découverte des métiers du cinéma destinés aux jeunes, dans les quatre villes du royaume. Passer de la réalisatrice d'un premier long métrage à la professionnelle à qui l'on confie la formation d'une promotion d'amateurs est un basculement : elle n'est plus seulement un cas à suivre, elle devient un modèle à transmettre.

Le troisième champ est l'image du Maroc à l'écran. Doha Moustaquim a grandi parmi des catégories marocaines diverses et en tire un parti assumé : « chacun a une histoire et des luttes uniques », dit-elle, ce qui l'a poussée à montrer davantage de perspectives de la vraie vie marocaine dans son travail. Elle considère que la culture marocaine est une grande source d'inspiration qui devrait être davantage mise en valeur dans les œuvres cinématographiques. C'est cette ligne qui traverse la présence de Marrakech dans Bye Bye la France comme la campagne Pepsi de 2021, tournée autour de l'identité.

Enfin, il y a l'impact générationnel. En mars 2026, elle annonce sur son compte Instagram l'animation d'un atelier professionnel dans le cadre de la 8e édition d'ASFF, un festival de cinéma étudiant à Casablanca : une séance consacrée à la transition entre la réalisation étudiante et la sortie d'un long métrage en salle, présentée comme la rencontre avec « la voix la plus audacieuse de la jeunesse marocaine dans l'industrie ». Le parcours qu'elle y raconte est exactement celui décrit plus haut : des vidéos d'une minute sur Instagram jusqu'à un long métrage en salles, en passant par la télévision, la publicité et le clip.

Ce qu'on retient

Premier enseignement du parcours de Doha Moustaquim : le manque de mots peut devenir un atout. Fille d'un père sourd et muet et d'une mère amazighe qui parlait peu la darija, elle a cherché longtemps un moyen de s'exprimer avant de le trouver derrière une caméra. La difficulté initiale a produit une exigence de sincérité qui se lit dans ses prises de parole autant que dans ses films.

Deuxième leçon : il n'y a pas qu'une seule porte d'entrée au cinéma marocain. Ni école de cinéma, ni famille du secteur : des vidéos d'une minute, des podcasts, la télévision, le métier de réalisatrice commerciale à Ouarzazate, puis un long métrage. Le parcours montre que l'apprentissage par le plateau, s'il ne remplace pas une formation, produit des professionnels immédiatement opérationnels.

Troisième leçon : le premier film doit être un pari assumé. Bye Bye la France est une comédie populaire, produite par Nour Film Studio, écrite avec Nour Ayatollah et Zouhair Bissar, et portée par une distribution nombreuse. Elle a choisi un film de genre, tourné vers le grand public marocain, plutôt qu'un premier film d'auteur destiné aux seuls festivals — et c'est ce pari qui lui a ouvert la compétition officielle de Tanger.

Enfin, sa carrière rappelle que la place des femmes dans l'industrie se gagne argument par argument. Doha Moustaquim dit les choses sans détour : dans un domaine dominé par les hommes, les réalisatrices doivent prouver deux fois, et le réseau se construit tôt. Elle a répondu à cela par le travail, par l'enseignement, et par une œuvre qui met le Maroc tel qu'elle le connaît à l'écran — y compris Marrakech, ses journées chaudes et ses nuits pour ceux qui n'ont pas où dormir.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Bye Bye la France, le film de Doha Moustaquim ?

Bye Bye la France est un long métrage marocain réalisé par Doha Moustaquim, sorti en 2021. Production Nour Film Studios (Nour Ayatollah, Taha Khaled), scénario de Nour Ayatollah et Zouhair Bissar, 109 minutes. Il raconte l'histoire de Moulay Mahdi, un immigrant riche et arrogant qui se retrouve du jour au lendemain dans la rue, sans argent ni identité.

D'où vient Doha Moustaquim ?

Elle est née le 23 janvier 1999 à Casablanca et a grandi à Derb Sultan. D'origine amazighe, elle est issue d'une famille où son père était sourd et muet et sa mère parlait peu la darija — un contexte qui, raconte-t-elle, a longtemps compliqué son usage des mots avant qu'elle ne trouve dans la réalisation son mode d'expression.

Où Bye Bye la France a-t-il été projeté ?

Le film a été projeté en compétition officielle de la 22e édition du Festival national du film de Tanger, en septembre 2022, selon Le360. La fiche du Festival national du film en ligne en documente la technique et la distribution, et le film est distribué par FPP Films Distribution.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Asmae El Moudir et Amal Ayouch.

Sources : Wikipédia — Doha Moustaquim · Wikipédia — Bye Bye la France · Wikidata — Doha Moustaquim · Hespress — Doha Moustaquim, jeune cinéaste marocaine en plein essor · Morocco World News — Doha Moustaquim, a Young Moroccan Filmmaker on the Rise · Le360 — « Bye bye la France » cartonne au Festival national du film de Tanger · Festival national du film — Bye Bye la France · EEAS / Union européenne au Maroc — 30e Semaines du film européen · Ads of the World — Pepsi, « ANA HOUA ANA » · FPP Films Distribution — Bye Bye La France · Instagram — @dohamous, atelier ASFF 8 · Photo : HellmuSa Eddine, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

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La rédaction de La Marocaine explore mode, beauté, art de vivre et portraits de femmes inspirantes au Maroc et ailleurs.

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