Chloé Bousfiha : de Rodez au Caire, trois médailles à l'épée
Escrimeuse marocaine née en 2002, elle a décroché trois médailles continentales à l'épée en deux étés, dont le bronze individuel au Caire en 2023. Tireuse de gauche, elle s'impose comme l'une des épéistes marocaines les plus régulières.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Chloé Bousfiha est une escrimeuse marocaine née le 19 février 2002, spécialiste de l'épée et tireuse de gauche. Deux étés lui ont suffi pour signer un palmarès continental qui compte déjà trois médailles : l'argent par équipes aux Championnats d'Afrique de Casablanca en 2022, puis, un an plus tard au Caire, le bronze à l'épée individuelle et un nouvel argent par équipes. Trois médailles, deux éditions, et une athlète de vingt-et-un ans quand elle monte pour la deuxième fois consécutive sur un podium africain sous les couleurs du Maroc.
Derrière cette ligne de palmarès compacte se lit une trajectoire moins linéaire : des débuts dans le sud de la France, des circuits nationaux français disputés saison après saison, un transfert au club de l'Escrime Rodez Aveyron, et l'engagement d'une athlète qui a fait entendre une parole rare dans son sport. Entre les lignes, l'histoire d'une génération d'épéistes marocaines qui transforme les championnats d'Afrique en terrain d'apprentissage.
Origines et formation
Chloé Bousfiha naît le 19 février 2002. Wikipédia la présente comme une escrimeuse marocaine, avec pour arme de prédilection l'épée et pour particularité technique de tirer avec la main gauche ; son club est l'Escrime Rodez Aveyron. Originaire de Montpellier selon La Dépêche, elle a grandi et découvert l'escrime dans le Languedoc avant de rejoindre les clubs de la région toulousaine : c'est là que la presse régionale la décrit, à quatorze ans, comme une jeune épéiste du club de Ramonville-Saint-Agne, suffisamment précoce pour être surclassée des minimes chez les cadettes et affronter des adversaires quatre ans plus âgées.
La saison précédente, elle termine cinquième du classement national et obtient une finale internationale en Pologne, où elle est huitième et première Française sur 162 participantes. C'est aussi à cette époque que l'Amicale des Anciens Escrimeurs Internationaux Français lui remet, lors des finales du Tournoi Raoul Cléry, une bourse de 700 euros destinée aux espoirs de l'escrime française, remise par l'ancien international Jean-Philippe Parade sous le regard de son maître d'armes Jean-Michel Nouailles. La même période, elle suit un BTS commerce à Rodez en parallèle de sa carrière sportive.
Deux formations se croisent donc dans ce parcours : une école française de détection et de circuits d'entraînement, et une identité sportive marocaine qui la conduira à représenter le Royaume sur le continent africain. Chloé Bousfiha n'est pas la seule à incarner ce croisement : l'équipe marocaine féminine d'épée s'est construite, au cours des années 2010 et 2020, autour d'un noyau qui revient d'une sélection à l'autre, de Saadia Bastos à Camélia El Kord en passant par Bouchra Mabrouki. Le club de l'Escrime Rodez Aveyron, où elle est licenciée, est lui-même l'un des plus productifs du pays : lors des championnats continentaux de juin 2023, six médailles sont revenues à ses épéistes.
Parcours professionnel
Les saisons 2019 et 2020 constituent le tremplin. En mars 2019, sur le dernier des trois circuits nationaux élite moins de 17 ans qualificatifs pour les championnats de France, disputés à Aix-en-Provence après Paris et Rodez, elle sort dans les phases finales, élimine trois adversaires puis s'incline en quart de finale 10/15 et termine cinquième, la même place qu'au circuit de Rodez : une régularité que sa presse locale qualifie de « beau potentiel de médailles ». En novembre 2019, elle remporte le tournoi régional organisé par le Montpellier UC en finale contre Laure Grégoire, douzième une semaine plus tôt du circuit national élite moins de 20 ans à Toulouse. En février 2020, sur le circuit national référence seniors de Montélimar, elle termine son premier tour de poules sans aucune défaite, élimine Héloïse Bargeot 15/9 puis l'internationale Lydiane Hersant 15/14 avant de céder en quart de finale 10/15 face à l'expérimentée Pascale Ergand. La même saison, elle est sélectionnée pour la manche française de coupe du monde moins de 20 ans à Dijon.
L'été 2022 change d'échelle. Les vingtièmes Championnats d'Afrique d'escrime se tiennent du 15 au 20 juin 2022 à Casablanca, la ville qui accueillait pour la cinquième fois la compétition, avec 233 compétiteurs inscrits sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI. À l'épée féminine individuelle, disputée le 17 juin avec 24 épéistes, Chloé Bousfiha passe le premier tour tableau en battant l'Égyptienne Mennalla Hany 15-9, puis s'incline en quart de finale 10-15 face à la future finaliste Shirwit Gaber : elle achève la compétition classée sixième de l'épreuve.
Trois jours plus tard, elle décroche la médaille d'argent par équipes. L'équipe marocaine — Saadia Bastos, Myriam Bouayadi, Chloé Bousfiha et Camélia El Kord selon le tableau des médaillés — bat le Sénégal 45-41 en demi-finale puis s'incline en finale face à l'Égypte 30-45. L'édition casablancaise avait également vu Youssra Zakarani monter sur la deuxième marche du podium au fleuret individuel.
L'été 2023 confirme. Les vingt-et-unièmes Championnats d'Afrique se tiennent du 19 au 23 juin 2023 au Caire. Le mardi 20 juin, Chloé Bousfiha s'incline en demi-finale de l'épée individuelle pour une seule touche, 15-14, face à l'Algérienne Inès El Batoul Taleb, et obtient la médaille de bronze, l'or revenant à l'Allemande Alexandra Ndolo et l'argent à Taleb. Trois jours plus tard, elle repart une nouvelle fois avec l'argent par équipes, aux côtés de Saadia Bastos, Camélia El Kord et Sarah Tahra Ellis, battues par l'Égypte. En deux étés, la progression individuelle est nette : sixième en 2022, troisième en 2023.
Réalisations et impact
Trois médailles aux championnats d'Afrique en deux participations : c'est le capital dont dispose aujourd'hui Chloé Bousfiha, et il la situe parmi les épéistes marocaines les plus régulières de sa génération. La médaille individuelle du Caire revêt une valeur particulière : elle est conquise dans une épreuve dominée depuis des années par l'Égypte, qui a remporté 21 des 42 médailles délivrées à Casablanca en 2022, et dans une discipline où chaque touche fait la différence — la défaite en demi-finale s'est jouée à 15-14.
Son impact se mesure aussi dans la continuité de l'équipe marocaine. La composition des sélections évolue d'une année à l'autre, mais les repères restent : Saadia Bastos, titulaire dans les deux compositions, Camélia El Kord, elle aussi médaillée d'argent par équipes en 2022 puis en 2023, Sarah Tahra Ellis ou Myriam Bouayadi. Chloé Bousfiha a été, avec Camélia El Kord, l'une des deux seules épéistes à figurer dans les deux compositions, en 2022 et en 2023. Ce noyau a transformé l'épée féminine marocaine en une équipe régulièrement présente sur le podium continental, à Casablanca en 2022 comme au Caire en 2023.
Il y a ensuite une autre dimension, plus personnelle, qui a fait d'elle une figure du débat sur les violences sexuelles dans le sport. En juin 2018, elle dépose plainte contre un ancien maître d'armes. Après enquête, l'affaire est jugée le 2 décembre 2021 devant le tribunal correctionnel de Toulouse, qui condamne l'entraîneur à 18 mois d'emprisonnement dont 9 assortis du sursis probatoire, condamnation reprise en 2025 par 20 Minutes sous la forme de « 18 mois de prison, dont 9 fermes ». En décembre 2021, La Dépêche rapporte qu'elle a « mis fin à une descente aux enfers » et « brisé la loi du silence » ; en mai 2025, 20 Minutes revient sur le long combat des victimes de violences sexuelles à la fédération française d'escrime et cite son cas, en soulignant les mesures de protection tardives accordées par la fédération. Son témoignage, relayé nationalement, s'inscrit dans la vague de prises de parole qui a touché le sport français et international à partir de 2020.
Reste l'objectif sportif : la presse le rapportait dès 2021, elle rêve d'atteindre un jour la qualification pour les Jeux olympiques. Deux éditions africaines plus tard, la trajectoire qu'elle a tracée — des circuits régionaux du Languedoc aux podiums continentaux, sous les couleurs du Maroc — reste l'un des parcours les plus lisibles de l'escrime féminine marocaine contemporaine.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : la régularité vaut autant que l'éclat. Des placements réguliers en circuit national, une victoire en tournoi régional, puis un sixième et un troisième rang continental : la progression de Chloé Bousfiha se lit dans des résultats répétés, pas dans un coup d'éclat isolé. Les carrières d'épéistes se construisent par accumulation de tableaux finaux, et son parcours en est l'illustration.
Deuxième leçon : le club fait le lien. Licenciée à l'Escrime Rodez Aveyron, elle tire dans un club qui a ramené six médailles continentales de la même saison 2023, aux côtés d'athlètes vénézuéliens et français. Un club de haut niveau est une école de compétition : on y croise des partenaires d'entraînement plus forts, on y dispute des sélections, on y apprend à tenir un tableau à quatre assauts en deux jours.
Troisième leçon : la médaille par équipes est une école de sélection. L'argent de Casablanca 2022 et celui du Caire 2023 sont passés par des demi-finales serrées — 45-41 face au Sénégal — où la solidité de l'ensemble compte autant que le talent individuel. Dans cette équipe, deux noms reviennent d'une année à l'autre : Bastos et El Kord, épéistes confirmées encadrant une sélection rajeunie.
Enfin, l'histoire de Chloé Bousfiha rappelle qu'un parcours international peut se construire hors des filières attendues : des circuits français disputés avec assiduité, une plainte portée devant la justice, un témoignage publié, puis des médailles. Le sport marocain compte de ces trajectoires faites de ténacité et de patience, où la performance se construit aussi hors de la salle d'armes.
Questions fréquentes
Quel est le palmarès africain de Chloé Bousfiha ?
Elle est médaillée d'argent en épée par équipes aux Championnats d'Afrique 2022 à Casablanca, puis médaillée de bronze à l'épée individuelle et d'argent par équipes aux Championnats d'Afrique 2023 au Caire, où elle s'est inclinée en demi-finale 15-14 face à l'Algérienne Inès El Batoul Taleb.
Quel club et quelle arme pratique-t-elle ?
Elle est licenciée à l'Escrime Rodez Aveyron et tire à l'épée, avec pour particularité de n'être pas droitière : Wikipédia indique qu'elle pratique en main gauche. Dans cette arme, toute la surface du corps est une cible valide et la touche se fait à la pointe.
Avec qui a-t-elle remporté ses médailles par équipes ?
En 2022, l'équipe marocaine était composée de Saadia Bastos, Myriam Bouayadi, Chloé Bousfiha et Camélia El Kord ; en 2023, de Saadia Bastos, Chloé Bousfiha, Camélia El Kord et Sarah Tahra Ellis. Dans les deux cas, le Maroc a perdu la finale face à l'Égypte.
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Sources : Wikipédia — Chloé Bousfiha · Wikipédia — Championnats d'Afrique d'escrime 2022 · Wikipédia — Championnats d'Afrique d'escrime 2023 · Yabiladi — Médaille d'argent pour l'équipe marocaine féminine · Centre Presse Aveyron — Limardo, Bousfiha… plusieurs Ruthénois médaillés · FIE / fency.events — Senior Women's Épée, Casablanca 2022 · Le Petit Journal — Circuit national élite M17 : Chloé Bousfiha frise le podium · Le Petit Journal — Les news de l'ERA · La Dépêche — Quand les Anciens encouragent les Espoirs · La Dépêche — Un entraîneur d'escrime condamné pour agression sexuelle · Midi Libre — Le témoignage de Chloé, championne d'escrime · 20 Minutes — Le long combat des victimes de violences sexuelles à la fédé d'escrime
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