Bassima Hakkaoui : de la psychologie sociale à la loi à son nom
Députée du PJD depuis 2002 et ministre de la Famille, de la Solidarité, de l'Égalité et du Développement social de 2012 à 2019, elle a porté la loi marocaine sur les violences faites aux femmes, restée dans la presse internationale sous son nom.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Bassima Hakkaoui est une femme politique marocaine née le 5 octobre 1960 à Casablanca. Psychologue sociale de formation, elle est députée du Parti de la justice et du développement (PJD) depuis le 27 septembre 2002 et elle a exercé, du 3 janvier 2012 au 9 octobre 2019, la fonction de ministre de la Famille, de la Solidarité, de l'Égalité et du Développement social dans les gouvernements Benkirane I et II puis El Othmani I. C'est aujourd'hui encore le nom le plus haut placé au sommaire des réformes marocaines sur les violences faites aux femmes : le texte adopté en 2018 est couramment appelé la loi Hakkaoui.
Sa trajectoire tient en une dizaine d'années d'ascension parlementaire et sept ans et neuf mois de ministère, le tout au sein d'un parti qui a remporté les législatives du 25 novembre 2011 avec 107 sièges. Elle a été, pendant toute cette période, l'une des rares femmes à porter un ministère de premier plan dans l'exécutif marocain, et la première ministre voilée du Royaume selon plusieurs analyses contemporaines. Portrait d'un parcours qui mêle expertise académique, appareil partisan et chantier législatif.
Origines et formation
Bassima Hakkaoui naît le 5 octobre 1960 à Casablanca, selon sa notice biographique sur Wikipédia, qui lui donne la nationalité marocaine et indique le Parti de la justice et du développement comme formation politique. Rien dans les sources consultées ne précise davantage son enfance, sa famille ou son quartier d'origine : il serait donc inventé d'en dire plus. Ce que les documents établissent avec certitude commence avec ses études.
Elle est titulaire d'un diplôme d'études supérieures spécialisées de psychologie sociale obtenu en 1996, après un diplôme d'études approfondies dans la même spécialité en 1990. La psychologie sociale, discipline qui étudie comment les situations sociales façonnent les comportements individuels, reste sa formation de référence tout au long de sa carrière publique. Elle a travaillé au centre de formation des enseignants de Casablanca, un poste qui la place, avant toute ambition électorale, du côté de la transmission et de la formation professionnelle.
Cette double culture, académique puis syndicale et partisane, se retrouve dans ses engagements militants. Bassima Hakkaoui est présidente de l'organisation des femmes de la Justice et du développement, elle est membre du Mouvement unicité et réforme (MUR), la matrice spirituelle du PJD, et elle siège au secrétariat général du parti. Ce sont trois positions cumulées qui expliquent comment une cadre de la psychologie sociale est devenue, en quelques années, une interlocutrice incontournable de l'appareil d'État.
La note de bas de page de Wikipédia rappelle par ailleurs que l'islam sunnite figure comme religion dans sa notice. Ce détail biographique a moins d'importance que l'ancrage qu'il révèle : le MUR, mouvement de réforme spirituel, fournit au PJD une partie de son encadrement, et Bassima Hakkaoui en est une figure féminine assumée, sans qu'aucune source consultée ne date précisément son adhésion.
Parcours professionnel
Le premier mandat est celui d'une élue de la liste nationale. Bassima Hakkaoui est élue députée le 27 septembre 2002 sur la liste réservée aux femmes, dispositif introduit par la réforme électorale de 2002 pour corriger la sous-représentation des femmes à la Chambre des représentants. Elle est réélue le 7 septembre 2007, le 25 novembre 2011 et le 7 octobre 2016, ce qui lui donne quatre mandats consécutifs correspondant aux législatures VII, VIII, IX et X.
À la Chambre, elle ne se contente pas d'un siège. Elle préside la commission des secteurs sociaux de 2006 à 2009, puis elle est membre du bureau de la première chambre entre 2009 et 2010. Elle siège également à la commission parlementaire mixte Maroc-Union européenne, instance de dialogue entre les deux assemblées. Cette combinaison de commissions sociales et de dossier européen dessine déjà le profil de la ministre à venir.
À l'intérieur du PJD, elle occupe le secrétariat général du parti et la présidence de son organisation des femmes, tandis qu'elle appartient au MUR. Le 25 novembre 2011, le PJD remporte les législatives avec 27,08 % des suffrages et 107 sièges, soit 61 de plus qu'auparavant. Le gouvernement Benkirane I qui en résulte compte trente membres et une seule femme : Bassima Hakkaoui.
Le 3 janvier 2012, le roi Mohammed VI la nomme ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, un poste qu'elle occupe sous deux chefs du gouvernement successifs, Abdel-Ilah Benkirane puis Saâdeddine El Othmani, et qui sera ensuite désigné dans la presse comme ministère de la Famille, de la Solidarité, de l'Égalité et du Développement social. Elle succède à Nouzha Skalli et elle reste au poste sept ans et neuf mois, du 3 janvier 2012 au 9 octobre 2019.
Réalisations et impact
Premier bilan à retenir : la représentation. Dans une interview accordée le 29 février 2012 à Qantara.de, traduite par DW, Bassima Hakkaoui décrit elle-même la situation de la seule femme d'un gouvernement : elle explique que son intégration peut s'analyser comme le résultat des négociations et de la pression temporelle de la dernière ronde, et elle affirme que, dans les partis, « les femmes sont simplement perçues comme des intruses ». Elle y défend aussi l'idée qu'une profession particulière ne devrait pas décider de l'attribution d'un portefeuille, en rappelant que cette condition n'est appliquée qu'aux femmes.
Deuxième bilan : une communication sous tension. Le 12 juillet 2012, Morocco World News rend compte de son passage à l'émission « Bila Hodod », sur Al Jazeera. Elle y reconnaît que sa relation avec la presse s'est tendue depuis sa nomination, affirme être citée hors contexte, et explique l'attention dont elle fait l'objet par le fait d'être la première ministre voilée, la seule femme du gouvernement, membre du PJD et titulaire d'un ministère qui touche directement les Marocains. Elle y évoque aussi l'augmentation du nombre d'enfants sans-abri, qui représenteraient 38 % de la population sans domicile selon ses dires.
Troisième bilan, et le plus durable : la loi sur les violences faites aux femmes. Approuvée par le parlement le 14 février 2018, elle entre en vigueur en septembre 2018. Elle est connue localement sous le nom de « loi Hakkaoui » parce que la ministre en a porté le texte, comme l'écrit la BBC, qui précise qu'il a été rédigé cinq ans plus tôt. Le texte interdit le mariage forcé, définit le harcèlement sexuel, y compris les actes, propos ou signaux de nature sexuelle proférés en personne, en ligne ou par téléphone, et alourdit les peines applicables à certaines violences. Al Jazeera indique que les contrevenants encourent de un mois à cinq ans de prison et des amendes comprises entre 200 et 1 000 dollars.
La loi est aussi contestée. Human Rights Watch lui reproche de ne pas criminaliser explicitement le viol conjugal, de ne pas définir précisément la violence domestique et de ne pas prévoir de financement des réformes ; la BBC souligne qu'elle impose aux victimes de déposer une plainte pénale pour obtenir protection. Samira Raiss, l'une des principales militantes marocaines pour ce texte, estime que « nous ne nous arrêterons pas là » et manque d'outils pour l'appliquer, tandis que Bouthaina Karouri, membre du comité parlementaire qui a rédigé la loi, rappelle qu'« aucune loi n'est parfaite ». Une enquête gouvernementale citée par la BBC conclut que 63 % des femmes de 18 à 65 ans ont été victimes de violences.
Quatrième bilan : la gestion sociale sous le feu de l'actualité. En janvier 2018, après une rencontre de la fondation Fqih Titouani à Salé, plusieurs médias rapportent que la ministre aurait affirmé qu'un Marocain gagnant 20 dirhams par jour n'est pas pauvre. H24info publie un démenti le 29 janvier 2018 : deux personnes présentes, le politologue Omar Cherkaoui et le journaliste Rachid Belghiti, affirment qu'elle n'a fait que rapporter les chiffres du Haut-commissariat au plan, qui retient 20 dirhams par jour comme seuil de pauvreté, sans commentaire personnel. L'épisode montre la difficulté d'exercer un ministère social dans une arène médiatique immédiate.
Cinquième bilan : la sortie du gouvernement. Lors du remaniement du gouvernement El Othmani annoncé en octobre 2019, Bassima Hakkaoui cède son fauteuil à Jamila El Moussali, une autre membre du PJD, qui dirige désormais un ministère renommé ministère de la Solidarité, du développement social, de l'égalité et de la famille. Le Matin et Le360 consacrent alors plusieurs articles à cette passation, qui met fin à sept ans et neuf mois de présence ininterrompue.
Au-delà du portefeuille, son mandat s'inscrit dans une séquence politique ouverte par la Constitution de 2011, que l'interview de 2012 résume en rappelant que le texte consacre le principe d'égalité entre hommes et femmes comme objectif à atteindre. Wikipédia rappelle par ailleurs qu'elle est membre de la commission parlementaire mixte Maroc-Union européenne et que ses réélections de 2007, 2011 et 2016 s'inscrivent dans les législatures VII à X.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : une carrière partisane peut compléter une formation académique sans la remplacer. Psychologue sociale de métier, formée en 1990 puis en 1996, Bassima Hakkaoui a d'abord travaillé à la formation des enseignants avant d'occuper les postes de direction du PJD. L'expertise du comportement social n'a jamais été abandonnée, elle a été mise au service d'un appareil politique.
Deuxième enseignement : la durée compte autant que le titre. Sept ans et neuf mois au même ministère, du 3 janvier 2012 au 9 octobre 2019, c'est une séance ministérielle suffisamment longue pour porter un texte complexe. Cette stabilité est précisément ce qui a permis de faire avancer une loi sur les violences faites aux femmes, dont la BBC rappelle qu'elle a été rédigée cinq ans avant son entrée en vigueur.
Troisième enseignement : une réforme porte un nom quand un nom porte une réforme. La loi est devenue « loi Hakkaoui » dans la presse internationale, à Al Jazeera comme à la BBC. Ce baptême médiatique n'efface pas les critiques des associations, mais il inscrit une femme marocaine au sommaire d'un débat législatif souvent dominé par des hommes.
Quatrième enseignement : la sortie peut être aussi lisible que l'entrée. Le remaniement d'octobre 2019 lui substitue une autre femme du même parti, ce qui fait du passage de relais un fait politique à part entière, documenté par Le360 et Le Matin. Le ministère change d'intitulé en même temps que de titulaire, et la mention de l'égalité entre dans son nom.
Questions fréquentes
Quel poste Bassima Hakkaoui a-t-elle occupé ?
Elle a été ministre de la Famille, de la Solidarité, de l'Égalité et du Développement social du 3 janvier 2012 au 9 octobre 2019, sous le roi Mohammed VI et les chefs du gouvernement Abdel-Ilah Benkirane puis Saâdeddine El Othmani. Auparavant, elle était députée du PJD depuis le 27 septembre 2002, élue sur la liste nationale réservée aux femmes et réélue en 2007, 2011 et 2016.
Pourquoi une loi porte-t-elle son nom ?
Parce qu'elle en a porté le texte pendant son mandat. Surnommée « loi Hakkaoui » par la presse, elle est approuvée par le parlement le 14 février 2018 et entre en vigueur en septembre 2018 : elle interdit le mariage forcé, définit le harcèlement sexuel et alourdit les peines pour certaines violences, avec des sanctions d'un mois à cinq ans de prison et des amendes de 200 à 1 000 dollars selon Al Jazeera. La BBC souligne qu'elle reste contestée pour son exigence de plainte pénale préalable.
Quelle est sa formation d'origine ?
Bassima Hakkaoui est psychologue sociale : elle détient un diplôme d'études approfondies dans cette spécialité en 1990 et un diplôme d'études supérieures spécialisées en 1996. Elle a travaillé au centre de formation des enseignants de Casablanca avant ses responsabilités politiques, et elle est née le 5 octobre 1960 à Casablanca.
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Sources : Wikipédia — Bassima Hakkaoui · Wikipedia — Bassima Hakkaoui (anglais) · Wikipédia — Gouvernement Benkirane I · DW / Qantara.de — Interview de Bassima Hakkaoui · Morocco World News — Bassima Hakkaoui sur Al Jazeera · openDemocracy — L'avenir du mouvement féministe marocain · Al Jazeera — Le Maroc criminalise les violences faites aux femmes · BBC — Morocco bans forced marriage and sexual violence · H24info — Désintox sur les propos attribués à la ministre · Le360 — La remplaçante de Bassima Hakkaoui · Le Matin — Six nouveaux ministres prennent leurs fonctions · Photo : Foreign and Commonwealth Office, Wikimedia Commons, licence OGL v1.0, File:Bassima Hakkaoui (cropped).jpg
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