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Femmes Inspirantes 04 nov. 2026 12 min de lecture

Bahaâ Ronda : la voix marocaine qui fait vivre le gharnati

Interprète marocaine de musique arabo-andalouse formée chez Ahmed Piro, elle évolue au sein de l'orchestre Chabab al-Andalouss et se produit du Festival de Fès au festival Andaloussiyat de Paris.

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La Rédaction

Rédaction La Marocaine

Bahaâ Ronda : la voix marocaine qui fait vivre le gharnati
📅 Dernière mise à jour : 4 novembre 2026

Bahaâ Ronda est une interprète marocaine de musique arabo-andalouse, née à Rabat en 1974, dont la carrière est indissociable du genre gharnati. Spécialiste de ce répertoire hérité de l'Andalousie, elle a étudié chez le maître Ahmed Piro, fait partie de l'orchestre rbati Chabab al-Andalouss et gagné sa renommée en participant aux plus grandes manifestations artistiques marocaines et internationales, du Festival des musiques sacrées du monde de Fès au Festival de Oujda de la musique gharnati. Wikipédia retient également qu'elle a plusieurs fois accompagné la chanteuse séfarade Françoise Atlan.

Le gharnati n'est pas un folklore de carte postale : c'est un art savant, héritier des splendeurs de la culture arabo-andalouse de Grenade avant 1492, qui s'inscrit dans une tradition musicale remontant au XVe siècle. Introduit au Maroc depuis l'École de Tlemcen, il s'y développe à partir de la fin du XIXe siècle, d'abord à Oujda puis à Rabat, où il trouve aujourd'hui un ancrage majeur, explique l'Institut du monde arabe. C'est dans cette filière rabatie que Bahaâ Ronda s'est formée, et c'est cette filière qu'elle continue d'incarner.

Deux rendez-vous de l'année 2026 donnent la mesure de cette position. Le 15 mai, elle est annoncée à la quatrième édition du Festival marocain de la musique andalouse, aux côtés de l'Orchestre Andalou de Rabat dirigé par le maître Mohamed Amine Debbi. Le 2 juin, elle chante à l'Institut du monde arabe à Paris, dans le cadre de la deuxième édition du festival Andaloussiyat, où le Maroc est invité d'honneur. Une artiste née en 1974 reste ainsi, en 2026, l'une des voix de référence de son répertoire.

Origines et formation

Bahaâ Ronda naît à Rabat en 1974. Wikipédia la décrit comme issue d'une grande et ancienne famille rbatie d'origine morisque, très attachée à ses traditions arabo-andalouses. L'Institut du monde arabe, de son côté, précise qu'elle naît « dans une famille mélomane et adepte de la musique traditionnelle marocaine » et qu'elle est amatrice des suites vocales et instrumentales — les noubas — ainsi que des grands poèmes de la musique gharnati. Deux descriptions, une même donnée : la musique n'entre pas dans sa vie par hasard, elle y est déjà.

Suivant cette pente familiale, elle étudie le gharnati chez le pionnier Ahmed Piro. L'Institut du monde arabe la présente comme « une de ses disciples les plus renommées », née en 1974 à Rabat, « bercée par la musique gharnatie », avant de faire très vite son entrée dans la musique arabo-andalouse. Le maître lui-même, né à Rabat en 1932, a tenu à perpétuer l'école du chant gharnati de Rabat, multipliant les concerts, les répétitions et, de manière informelle, des cours au profit des jeunes musiciens. Il a enregistré plus de cent heures de gharnati à la radio-télévision marocaine. Sa disparition en 2024 referme une boucle que Bahaâ Ronda aidera à rouvrir.

Ce parcours d'élève se prolonge dans un collectif : l'orchestre Chabab al-Andalouss, « la jeunesse andalouse ». Selon les sources consacrées à la formation, cet ensemble est né le 23 mars 1987 à Rabat, à l'initiative de jeunes mélomanes issus d'horizons différents mais réunis par une même passion pour le patrimoine artistique andalou et le souci de le préserver. En octobre 1993, l'orchestre crée une association culturelle et artistique du même nom, puis ouvre en mars 1998 un bureau de représentation à Paris. L'Institut du monde arabe confirme le lien : Bahaa Ronda et d'autres membres de l'orchestre sont « des élèves du maître Piro et d'anciens membres de l'association Chabab Al Andalous fondée en 1987 sur l'initiative de jeunes amateurs de musique d'horizons différents ».

Il manque, dans les sources consultées, le nom du conservatoire ou de la structure de formation initiale qui l'a accueillie : ni son article de Wikipédia, ni les pages de l'Institut du monde arabe ne le précisent. Il serait inventé de lui en attribuer un. Ce que documentent les sources, c'est la géographie du gharnati à Rabat : une école transmise en orchestre, de maître à élève, dans une ville où le répertoire s'est implanté à partir de la fin du XIXe siècle.

Parcours professionnel

La carrière de Bahaâ Ronda se construit d'abord en orchestre. Elle fait partie de l'orchestre rbati Chabab al-Andalouss et gagne sa renommée en participant aux plus grandes manifestations artistiques marocaines et internationales, parmi lesquelles le Festival des musiques sacrées du monde de Fès et le Festival de Oujda de la musique gharnati, selon Wikipédia. L'Institut du monde arabe reprend le même trait en 2026 : « Formée par Ahmed Piro et révélée au sein de l'orchestre Chabab al-Andalous, elle s'est produite dans de nombreux festivals de renom, au Maroc et à l'étranger, contribuant activement au rayonnement de ce répertoire. »

Son nom figure aussi au programme d'un autre concert de l'Institut du monde arabe, « Musique judéo-marocaine : Gharnati de Rabat », qui réunit Haj Ahmed Piro, Bahaa Ronda et Michel Abitan pour une soirée consacrée au gharnati, « dernier-né des arts andalous ». La page indique qu'« avec l'orchestre Chabab Al-Andalous, Bahaa a pris part à de nombreuses manifestations artistiques nationales et internationales ». Le rapprochement avec la chanteuse Françoise Atlan, cité par Wikipédia, est confirmé d'après l'autre côté : l'article anglais consacré à la chanteuse indique qu'elle a collaboré, entre autres artistes, avec Bahaâ Ronda dans des concerts mettant en lumière les interactions médiévales entre cultures en Méditerranée.

Le 14 et le 15 mai 2010, l'Institut du monde arabe consacre une soirée d'hommage à Ahmed Piro, « grand maître de la musique andalouse de Rabat », en présence de ses élèves, dont Bahaa Ronda, et d'anciens membres de l'ensemble Chabab Al Andalous, alors dirigé pour l'occasion par Mohamed Amine Debbi. Dix-six ans plus tard, la même maison la reprogramme, preuve d'une relation artistique suivie avec l'institution.

La scène marocaine la réclame également. Le Matin annonce, le 29 avril 2026, la quatrième édition du Festival marocain de la musique andalouse, organisée sous l'égide du ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication autour du thème « La culture, levier de développement et de rayonnement durable ». Le 15 mai, le public a rendez-vous avec l'Orchestre Andalou de Rabat dirigé par le maître Mohamed Amine Debbi, la légende artistique Haj Mohamed Bajeddoub, « la virtuose chanteuse Bahaa Ronda », l'Orchestre Andalou de Tétouan sous la direction de Fahd Benkirane, le ténor Hakim de España et le chanteur Bilal El Houaj.

La dimension internationale est au programme de la même année. Le Maroc est l'invité d'honneur de la deuxième édition du festival Andaloussiyat, organisé par l'Institut du monde arabe à Paris du 29 mai au 3 juin 2026, en partenariat avec l'Association des amateurs de musique andalouse du Maroc. La liste des concerts associe Mohamed Amine Debbi et Bahaa Ronda. Yabiladi précise que l'Orchestre de Rabat, conduit par Mohamed Amine Debbi, se produit avec Bahaa Ronda le 2 juin, tandis que la page de l'Institut fixe le rendez-vous à 19 heures pour une soirée dédiée au gharnati « incarnant la transmission et le renouveau de ce répertoire ».

Une discographie vient compléter cette activité de scène. La plateforme Deezer lui consacre deux albums de tarab gharnati paraissant en 2020, Had lwahch alia et Mountakhabat mn nawbat lmawal, dont les titres sont crédités Ahmed Piro et Bahaa Ronda. Le répertoire y est étiqueté « tarab gharnati » par la plateforme, et chaque titre porte la double signature Ahmed Piro et Bahaa Ronda.

Réalisations et impact

La première portée du parcours de Bahaâ Ronda est une affaire de succession. « À la suite de la disparition en 2024 du grand maître Ahmed Piro, cette tradition est portée par une nouvelle génération d'interprètes, au premier rang desquels Mohamed Amine Debbi et Bahaa Ronda », écrit l'Institut du monde arabe. La formule n'est pas une formule de politesse : elle identifie nommément deux interprètes, sur une page de programme, comme détenteurs d'un répertoire précis — les onze noubates et les rythmes du Tarab Al-Ala pour Debbi, la voix soliste du gharnati pour Ronda.

Deuxième portée : la reconnaissance par les bases de l'histoire musicale. L'article anglais de Wikipédia consacré à la musique gharnati la figure dans la liste des « Famous performers » du Maroc, aux côtés d'Ahmed Piro, d'Amina Alaoui et de Bouchnak Benyounes dit Afendi. Une carrière marocaine contemporaine se trouve ainsi classée aux côtés de figures historiques et actuelles de la musique arabo-andalouse.

Troisième portée : le rayonnement à l'international par le collectif. L'orchestre Chabab Al Andalous revendique une participation à des festivals internationaux et à des événements culturels à travers quatre continents depuis 1992 — Europe, Amérique, Asie, Afrique et pays arabes. La carrière de Bahaâ Ronda s'inscrit dans cette trajectoire d'ensemble bien plus que dans une logique de solo, et c'est précisément ce qui rend sa voix durable : elle est un maillon d'une chaîne de transmission.

Quatrième portée : la place tenue dans la saison culturelle marocaine de 2026. Le festival Andaloussiyat, à Paris, s'accompagne d'ateliers de pratique du chant et des rythmes andalous et d'une conférence consacrée à l'« Anthologie de la musique arabo-andalouse marocaine — Al-Âla », œuvre réalisée entre 2021 et 2023 qui rassemble des dizaines d'heures d'enregistrements et plus de 6 000 pages de partitions. Le Centre euro-méditerranéen de coopération (CCME) rappelle que l'événement s'inscrit dans la Saison culturelle marocaine en France. Le gharnati y est traité comme un patrimoine documenté, pas comme un souvenir ; Bahaâ Ronda y participe en artiste vivante.

Enfin, le calendrier marocain témoigne d'une demande constante : un festival national de la musique andalouse en mai 2026, un festival international à Paris la semaine suivante, une maison de la musique arabe qui la reprogramme seize ans après l'hommage à son maître. Ce sont des faits de programmation, vérifiables page par page, qui disent mieux qu'un adjectif la place occupée.

Ce qu'on retient

Premier enseignement : la transmission se fait en orchestre. Bahaâ Ronda apprend le gharnati chez Ahmed Piro, évolue au sein de Chabab al-Andalouss, puis monte sur les scènes internationales avec d'autres musiciens formés dans la même école. Aucun répertoire de cette ampleur ne se transmet seul ; il se transmet par des répétitions, des tournées et des compagnons de jeu.

Deuxième leçon : la fidélité à un genre est une carrière. Là où beaucoup de voix cherchent la rupture, elle porte une seule famille de noubas et de poèmes, à Rabat, Oujda, Fès et Paris. Cette constance est ce qui lui vaut d'être citée, en 2026, comme l'une des héritières nommées du maître disparu.

Troisième leçon : le patrimoine se joue en présent. Entre le Festival marocain de la musique andalouse du 15 mai 2026 et le festival parisien du 2 juin 2026, la même voix relie une scène nationale et une scène européenne. Le gharnati n'est défendu ni par des textes ni par des vitrines, mais par des dates de concert remplies.

Quatrième leçon : une artiste peut être un pont. Entre l'école de Rabat, l'héritage séfarade croisé avec Françoise Atlan, les publics du Maroc et ceux de l'étranger, la carrière de Bahaâ Ronda documente une circulation continue. C'est peut-être là son apport le moins spectaculaire et le plus solide : faire tenir ensemble, sans démonstration, une tradition et son présent.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la musique gharnati ?

C'est un style héritier de la culture arabo-andalouse de Grenade avant 1492, s'inscrivant dans une tradition remontant au XVe siècle. Introduit au Maroc depuis l'École de Tlemcen, il se développe à partir de la fin du XIXe siècle, d'abord à Oujda puis à Rabat, ville d'ancrage majeur aujourd'hui, selon l'Institut du monde arabe. Bahaâ Ronda y est d'ailleurs citée parmi les interprètes marocains de ce répertoire.

Qui était Ahmed Piro, son maître ?

Ahmed Piro est un maître du chant gharnati de Rabat, né dans cette ville en 1932, qui a enregistré plus de cent heures de gharnati à la radio-télévision marocaine et multiplié concerts, répétitions et cours informels pour les jeunes musiciens. L'Institut du monde arabe lui a consacré une soirée d'hommage les 14 et 15 mai 2010, en présence de ses élèves dont Bahaa Ronda. Il est décédé en 2024.

Où Bahaâ Ronda s'est-elle produite récemment ?

En 2026, elle est annoncée le 15 mai à la quatrième édition du Festival marocain de la musique andalouse, avec l'Orchestre Andalou de Rabat dirigé par Mohamed Amine Debbi, puis le 2 juin à l'Institut du monde arabe à Paris, dans le cadre du festival Andaloussiyat où le Maroc est invité d'honneur. Le Matin et l'Institut du monde arabe publient chacun la programmation correspondante.

Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Ahlam Lemseffer et Btissam Goumara.

Sources : Wikipédia — Bahaâ Ronda · Wikipedia — Gharnati music · Wikipedia — Françoise Atlan · Institut du monde arabe — Concert de l'Orchestre de Rabat avec Bahaa Ronda · Institut du monde arabe — Musique judéo-marocaine : Gharnati de Rabat · Institut du monde arabe — Hommage à Ahmed Piro · Acteur Fête — Orchestre Chabab Al Andalous de Rabat · Le Matin — Quatrième édition du Festival marocain de la musique andalouse · CCME — L'Institut du Monde Arabe célèbre la musique andalouse marocaine · Yabiladi — Morocco shines at Paris Andaloussiyat festival · Deezer — Bahaa Ronda

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