Badia Elfilali : deux mandats, de la liste nationale à Oujda
Élue en 2016 sur la liste nationale puis en 2021 à Oujda-Angad, la députée du PAM incarne la trajectoire rare des femmes élues en circonscription locale. Voici son parcours parlementaire.
La Rédaction
Rédaction La Marocaine
📑 Sommaire
Badia Elfilali (en arabe : بديعة الفيلالي) est une femme politique marocaine du Parti authenticité et modernité, plus connu sous le sigle PAM. Députée à la Chambre des représentants sans interruption depuis le scrutin du 7 octobre 2016, elle a d'abord siégé au titre de la liste nationale, puis a été élue en 2021 dans la circonscription d'Oujda-Angad, dans l'Oriental. Deux mandats, deux modes de scrutin, une même couleur politique : voici le parcours d'une parlementaire qui relève du profil encore trop rare des femmes élues en dehors des listes régionales réservées.
Le portrait de Badia Elfilali est d'abord celui d'une information parlementaire publique et vérifiable. La fiche officielle de la Chambre des représentants pour la législature 2016-2021 la donne comme membre du groupe parlementaire de l'authenticité et de la modernité, élue pour la partie de la liste nationale réservée aux femmes, et membre de la Commission des secteurs sociaux. Sa fiche de la législature 2021-2026 la donne, elle, pour la circonscription de Oujda-Angad, au sein de la commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des Marocains résidant à l'étranger. Deux commissions très différentes : la trajectoire commence dans le social et se prolonge dans les affaires extérieures.
Ce parcours s'inscrit aussi dans un contexte national précis. Lors des élections du 8 septembre 2021, les femmes n'obtiennent que 96 des 395 sièges de la Chambre, soit 24,3 % de l'assemblée, et seulement six d'entre elles sont élues dans des circonscriptions locales ordinaires, le reste passant par les listes régionales. Badia Elfilali fait partie de ce petit groupe restreint. Elle y figure d'ailleurs aux côtés de trois autres femmes du PAM, le parti arrivé deuxième du scrutin national derrière le Rassemblement national des indépendants.
Origines et formation
Contrairement aux biographies souvent nourries que l'on trouve sur les personnalités médiatiques, celle de Badia Elfilali reste, dans l'état actuel des sources publiques, volontairement sobre. Son article de Wikipédia est une ébauche consacrée à une femme politique marocaine : il ne donne ni date de naissance, ni lieu de naissance, ni parcours universitaire. Aucune des sources consultées — Wikipédia, fiche officielle de la Chambre des représentants, articles de presse — ne documente sa formation ou sa vie avant l'entrée au Parlement. Il serait donc inventé de lui attribuer une ville d'origine, un diplôme ou une profession antérieure à son mandat.
Ce que les bases de données structurées affirment, en revanche, est précis. L'élément Wikidata qui lui est consacré la décrit comme une personnalité politique de nationalité marocaine, de sexe féminin, dont la langue maternelle est le berbère et qui parle également l'arabe. Le même élément date son siège à la Chambre des représentants du 14 octobre 2016 et lui attribue le parti du PAM. Ces données confirment l'ancrage marocain et la réalité du mandat sans pour autant éclairer une jeunesse ou une formation que personne n'a encore documentées.
Sur le plan du nom, Wikipédia la classe dans la palette des femmes politiques marocaines, aux côtés de figures du PAM comme Fatima Ezzahra Mansouri, Ghita Mezzour ou Zohour El Wahabi. C'est par ce biais partisan et parlementaire qu'elle devient publique : rien, dans les sources, ne signale une carrière antérieure au service public, au secteur associatif ou au monde des affaires. Le portrait doit donc s'appuyer sur ce qui est écrit noir sur blanc : deux mandats de députée, deux commissions, une série de questions écrites et orales adressées au gouvernement.
Parcours professionnel
Tout commence le 7 octobre 2016, date du scrutin législatif. Badia Elfilali est élue sur la liste nationale du Parti authenticité et modernité. La liste officielle des 395 députés est rendue publique par la Chambre des représentants dix jours plus tard, le 17 octobre 2016, et Médias24 la diffuse le jour même. Le média y dresse notamment la liste des femmes élues, soit les 60 sièges réservés aux femmes sur la liste nationale : parmi elles, sous l'étiquette PAM, figure « Badia Filali », aux côtés de Zakia Lamrini, Fatima Saadi, Fatima Toussi, Aicha Ait Haddou, Malika Khalil et les autres élues du parti. La variante orthographique « Filali » utilisée par le média renvoie à la même personne que « Elfilali » portée par le site de la Chambre.
La fiche officielle de la législature 2016-2021 précise les contours de ce premier mandat. Badia Elfilali y est présentée sous sa forme arabe, بديعة الفيلالي, comme députée du PAM, membre du groupe parlementaire du parti, élue pour la circonscription nationale, dans la partie réservée aux femmes, pour la durée de la législature 2016-2021. Ses missions parlementaires la placent à la Commission des secteurs sociaux. C'est dans ce cadre qu'elle dépose une série de questions parlementaires dont la liste constitue, à elle seule, une carte de ses priorités : la dégradation de la situation économique et sociale des zones frontalières de la région Orientale en décembre 2017, les retards considérables des rendez-vous à l'hôpital universitaire d'Oujda en août 2018, la situation de la femme dans le travail et l'emploi dans les zones frontalières en mai 2019, la validité du certificat de baccalauréat en juillet 2019, puis l'exclusion de la ville d'Asilah des projets universitaires et centres de formation programmés pour l'exercice budgétaire 2022, question posée en novembre 2021.
Le parti pour lequel elle siège mérite également d'être replacé. Le PAM est une formation marocaine créée le 7 août 2008 par Fouad Ali El Himma, par la fusion de cinq organisations politiques. Lors des élections de 2016, il obtient 1 216 552 voix et 102 sièges sur 395, arrive deuxième derrière le PJD et choisit de siéger dans l'opposition. C'est dans cette opposition que Badia Elfilali exerce son premier mandat. Lors du scrutin suivant, le 8 septembre 2021, le PAM réunit 1 400 122 voix sur les listes locales et 87 sièges au total : deuxième force de la Chambre, il entre pour la première fois au gouvernement, dans la coalition formée par Aziz Akhannouch avec le RNI et l'Istiqlal.
C'est aussi à cette occasion que Badia Elfilali change de circonscription. Après cinq ans passés au titre de la liste nationale, elle se présente dans la circonscription d'Oujda-Angad, dans l'Oriental, où le PAM recueille 21 979 voix, soit 35,91 % des suffrages exprimés, devant le Rassemblement national des indépendants avec 19 678 voix et 32,15 %. Le parti arrive largement en tête dans la circonscription. Les résultats provisoires, annoncés dès le 8 septembre 2021, font d'elle la nouvelle députée, en remplacement de Belkassem Mir, qui occupait le siège du PAM à la législature précédente. La circonscription compte 246 604 inscripts et seulement 61 207 suffrages exprimés, soit une abstention de 75,18 %.
Pour la législature 2021-2026, la fiche officielle de la Chambre des représentants confirme sa réélection à Oujda-Angad et la place au sein de la commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des Marocains résidant à l'étranger. La fiche de la Chambre la répertorie également, dans la législature en cours, parmi les députés du PAM pour la circonscription d'Oujda-Angad, aux côtés de Mohammed Houar pour le RNI, d'Omar Anane pour l'USFP et d'Omar Hejira pour l'Istiqlal.
Réalisations et impact
La première réalisation tient dans la continuité. Deux mandats consécutifs, de 2016 à aujourd'hui, sans interruption : une régularité que peu de députées marocaines atteignent, dans un pays où les alternances partisanes et les listes remaniées mettent fin à beaucoup de carrières parlementaires. La singularité de Badia Elfilali est de l'avoir obtenue dans deux arènes différentes : d'abord la liste nationale, ensuite une circonscription territoriale disputée, où le PAM devance de près de quatre points le deuxième parti.
La deuxième réalisation est qualitative : elle est de celles qui ont fait des femmes du scrutin de 2021 une exception. Le bilan publié par Yabiladi après la publication de la liste officielle des députés est sans appel : 96 femmes sur 395 sièges, soit 24,3 % de la Chambre, et seulement six élues dans des circonscriptions locales, hors des 90 sièges réservés par les listes régionales. Le PAM arrive en tête de ce palmarès féminin avec quatre élues : Badiaa Filali pour Oujda-Angad, Khadija Hajoubi pour Fès-Nord, Fatima Zahra Mansouri et Fatima Zahra Bentaleb pour Médina-Sidi Youssef Ben Ali à Marrakech. Le même bilan rappelle que ces 96 femmes succèdent à 81 députées en 2016 et 67 en 2011 : la progression existe, mais la conquête des circonscriptions ordinaires reste l'exception.
La troisième réalisation est le contenu de son travail parlementaire. Les questions déposées pendant le premier mandat dessinent une députée ancrée dans les préoccupations sociales et territoriales de l'Oriental : l'hôpital universitaire d'Oujda et ses retards, les zones frontalières et leur déclin économique, l'emploi local, la situation des femmes dans le travail. Le dépôt de ces questions oblige à mobiliser des ministères, à documenter des situations, à tenir un calendrier : c'est la face peu spectaculaire, mais décisive, du mandat. Le changement de commission à la législature suivante — des affaires sociales vers les affaires étrangères et la défense — élargit ensuite ce champ d'action à des dossiers nationaux et internationaux.
Enfin, sa présence dans l'hémicycle s'inscrit dans une dynamique plus large. Les femmes ne sont entrées au Parlement marocain qu'à partir de la législature 1993-1997, où elles étaient deux ; elles sont 96 dans la législature 2021-2026. Chaque siège conquis en circonscription locale, comme celui d'Oujda-Angad, compte double dans cette histoire : il signifie qu'une candidate a été choisie sur son nom plutôt que sur une place réservée par la loi.
Ce qu'on retient
Premier enseignement : la liste nationale et la circonscription locale ne jouent pas dans la même ligue. En 2016, Badia Elfilali est élue dans la partie de la liste nationale réservée aux femmes, mécanisme qui garantit un certain nombre de sièges mais ne dit rien du rapport de force local. En 2021, la loi électorale change : les listes régionales remplacent la circonscription nationale, et les femmes qui veulent un siège territorial doivent le disputer. Sa victoire à Oujda-Angad avec 35,91 % des voix est la démonstration qu'un tel transfert est possible.
Deuxième enseignement : un mandat se juge à ses questions. Les cinq questions recensées par la Chambre entre 2017 et 2021 touchent à l'hôpital universitaire, aux zones frontalières, à l'emploi, à la situation des femmes et à l'enseignement supérieur. Elles forment une cohérence sociale que confirme son appartenance à la Commission des secteurs sociaux. Rien de spectaculaire, mais c'est exactement ce pour quoi une députée est élue.
Troisième enseignement : le parti est une donnée du parcours. Le PAM, créé en 2008, est passé de 47 sièges en 2011 à 102 en 2016 puis 87 en 2021, passant de l'opposition au gouvernement. Badia Elfilali a siégé dans chacune de ces configurations : opposition entre 2016 et 2021, majorité ensuite. Une députée qui aura donc vu les deux côtés de l'hémicycle au sein d'une même formation.
Enfin, l'écart entre ses deux commissions dit quelque chose du parlementarisme marocain : la capacité pour une élue de changer de terrain, du social aux affaires étrangères, au fil des majorités et des organes de la Chambre. Pour une femme dont la biographie reste largement documentée à partir de son activité parlementaire seule, c'est cette activité-là qui constitue l'essentiel de la trace publique — et elle est consultable, ligne à ligne, sur le site officiel de la Chambre des représentants.
Questions fréquentes
De quel parti est Badia Elfilali et quelle circonscription représente-t-elle ?
Elle est députée du Parti authenticité et modernité (PAM). Élue en 2016 sur la liste nationale, dans la partie réservée aux femmes, elle siège depuis le scrutin du 8 septembre 2021 pour la circonscription d'Oujda-Angad, dans la région de l'Oriental, en remplacement de Belkassem Mir.
Dans quelles commissions a-t-elle siégé ?
Selon ses fiches officielles à la Chambre des représentants, elle a été membre de la Commission des secteurs sociaux au cours de la législature 2016-2021, puis de la commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des Marocains résidant à l'étranger au cours de la législature 2021-2026.
Quels ont été les résultats du PAM à Oujda-Angad en 2021 ?
Le PAM a recueilli 21 979 voix, soit 35,91 % des suffrages exprimés dans la circonscription, devant le Rassemblement national des indépendants (19 678 voix, 32,15 %) et le Parti de l'Istiqlal (5 050 voix). Sur les 246 604 inscrits, 61 207 ont voté, ce qui représente 75,18 % d'abstention.
Pour aller plus loin, retrouvez d'autres portraits de femmes inspirantes sur La Marocaine, notamment Hasna Benhassi et Aawatif Hayar.
Sources : Wikipédia — Badia Elfilali · Wikipédia — Circonscription d'Oujda-Angad · Wikipédia — Élections législatives marocaines de 2021 · Wikipédia — Parti authenticité et modernité · Wikipedia — List of members of the House of Representatives of Morocco, 2021-2026 · Wikidata — Badia Elfilali · Chambre des représentants — Fiche parlementaire 2016-2021 · Chambre des représentants — Fiche parlementaire 2021-2026 · Médias24 — La liste officielle des 395 députés élus le 7 octobre 2016 · Le Collimateur — Badia Elfilali, candidate à Oujda-Angad, offre un siège au PAM · Yabiladi — Législatives Maroc : seulement 2 % de sièges remportés par des femmes · TelQuel — Soixantenaire du Parlement : les deux premières femmes députées au Maroc
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