Zineb Naciri Bennani

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Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter SVP ?

Je suis Zineb Naciri Bennani, née au Maroc en 1984, avocate et médiatrice, mais également maman comblée et amie fidèle, toujours à l’écoute des gens que j’aime.

 

Racontez-nous un peu votre parcours

J’ai prêté serment en 2011 en France, au Barreau de Paris et au Maroc en 2009 au niveau du Barreau de Casablanca, le tout après avoir fait une première expérience en cabinet d’avocat. Je n’ai pas passé les examens du Barreau dès la fin de mes études, préférant connaître le milieu judiciaire, le travail en cabinet d’avocat avant de me jeter à l’eau.

L’avantage est que je n’ai pas intégré la profession avec l’idée de défendre la veuve et l’orphelin puisque je connaissais les réalités du terrain et que mon penchant allait vers le droit des affaires et le monde de l’entreprenariat. Néanmoins j’ai pris la décision de consacrer une partie des ressources de mon cabinet au pro bono, ce que je fais actuellement. J’ai créé mon cabinet en 2016 dans le cadre duquel j’exerce selon ce que me dictent mes convictions.

Au fil du temps, je ressentais une frustration par rapport au « jeu » judiciaire. Les justiciables qui s’opposent dans un conflit ne sont pas forcément de mauvaise foi, les procédures sont longues, coûteuses, et entraînent des conséquences irréversibles ce qui me laissait sur ma faim. Je me suis alors orientée vers les modes amiables et je suis devenue médiatrice, comme je pratique également le droit collaboratif, une méthode venue des Etats-Unis qui n’est pas encore à ce jour pratiquée au Maroc.

Il y a différentes matières d’approcher le droit. Pour ma part, mon choix est celui d’une approche humaniste.

 

Comment est née cette passion pour le droit ?

Je suis née et j’ai grandi au Maroc. Il est vrai que j’ai un amour infini pour mon pays mais la mendicité, le travail domestique, les droits de la femme sont entre autres, des sujets qui m’ont préoccupée depuis mon enfance. S’il y a un moyen de résoudre ces problèmes, ou d’y contribuer grandement, c’est par le droit.

 

Et le choix de vivre en France ?

Qu’on le veuille ou non nous sommes très proches de la France et de la culture française. Aller en France était une belle aventure. J’avais 17 ans et les études en France m’ont permis de me connaître et connaître mes limites mais également mon potentiel.

 

Quels sont vos projets à venir ?

Développer la médiation est l’un de mes objectifs. Je n’ai jamais connu autant de satisfaction dans des dossiers que lorsque j’ai pu les résoudre à l’amiable. J’ai également beaucoup de projets en tête que ce soit au niveau personnel ou au niveau professionnel, on verra ce que la vie nous réserve.

 

Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?

La notion de réussite est personnelle à chaque personne. Pour cela, il faut écouter son cœur et réponde à ses besoins propres en la matière.

Lorsque j’ai obtenu le CAPA au Maroc, un confrère membre du conseil de l’ordre à l’époque, avec toute la bienveillance du monde, me demande comment je comptais m’en sortir, dans une profession aussi prenante alors que j’avais des projets personnels. Devenue maman, ses paroles ont pris tout leur sens, mais j’ai également découvert l’autre volet qui est toute la force et la détermination que la vie personnelle peut apporter à notre vie professionnelle.

Donc mon principal conseil est de créer un équilibre entre notre travail, nos responsabilités, notre vie personnelle et nos passions. Une femme a tellement de ressources et de force qu’elle peut déplacer des montagnes et beaucoup de mes consœurs marocaines et de femmes en général sont là pour me le rappeler tous les jours. Il faut croire en soi et poursuivre ses rêves avec détermination sans chercher à répondre à un modèle imposé par la société.

Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?

La femme marocaine est un exemple de force et de persévérance. Je considère que sa situation est à améliorer. La représentativité d’abord, puisque les femmes sont sous représentées dans les postes à responsabilités, y compris dans ma profession où j’attends toujours avec impatience de voir une femme accéder aux fonctions de bâtonnier. L’écart de salaire est également un grand souci. A poste égal il doit y avoir un salaire égal.

Ensuite, au niveau de sa vie personnelle, la femme subit beaucoup d’injustices. De par ma profession, j’ai vécu avec des justiciables des situations auxquelles il convient de mettre fin : la tutelle légale qui est réservée au père en priorité, des violences qui ne sont pas prises à leur juste mesure et ne connaissent pas de réponse adéquate, une procédure de regain du domicile conjugal qui oblige la femme à y retourner malgré elle, la perte de la garde de l’enfant par la mère en cas de divorce et remariage, et la liste est longue. Il est temps que les choses changent. Nous devons également éduquer nos enfants au respect mutuel, à l’amour et à l’empathie pour que les générations futures évoluent dans un meilleur environnement.

 

Votre avis sur le site ?

Je veux vous dire merci. Je ne suis pas dans une distinction femme-homme et je considère que nous formons un tout qui nécessite une cohabitation en harmonie et des projets comme celui-ci permettront d’y contribuer.

 

Dernier mot ?

A toutes les femmes qui nous lisent, je dis bravo, croyez en vous, continuez à briller et aimez-vous.

 

 

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Mars 2021

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