Sanaa BENCHEKROUN

Directeur du Capital Humain Région France - Afrique de l’ouest – Pays-Bas

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Bonjour, Pouvez-vous vous présenter SVP

Mme Sanaa BENCHEKROUN, Directeur du Capital Humain Région France – Afrique de l’ouest – Pays-Bas

 

Quels étaient les grands moments de votre vie et qui ont fait de vous la femme que vous êtes aujourd’hui ?

 

Si je devais reprendre les éléments-clés de mon parcours, je dirai que ma formation a joué un grand rôle dans ma vie professionnelle. J’ai suivi mon cursus supérieur à l’Institut Supérieur de Commerce et d’Administration des Entreprises (ISCAE). Un parcours durant lequel j’ai acquis les outils nécessaires pour faire face aux défis du monde professionnel.

J’ai choisi par la suite de faire une carrière dans le conseil en RH, ce qui m’a permis d’acquérir des bases tres solides dans mon métier et qui continuent de m’être d’une grande utilité jusqu’à présent.  Durant mes 7 années passées dans le conseil dans un cabinet reconnu au Maroc, j’ai eu l’opportunité et l’honneur de côtoyer des grands noms de ce métier aussi bien nationaux qu’internationaux. C’est grâce à ces mentors que j’ai pu acquérir une méthodologie et une approche structurées qui me d’avoir une expertise reconnue aujourd’hui.

 

S’ensuivra une deuxième phase de parcours qui s’est révélée très importante. C’est quand j’ai rejoint le monde de l’entreprise. Cela m’a permis de découvrir de près un autre aspect de la vie RH, de pouvoir aller jusqu’au bout des projets que j’implémente et de les voir prendre vie. Dans cette expérience je passe du rôle d’un conseiller à celui d’un véritable acteur. Ce switch n’a fait que renforcer davantage la passion que je pouvais avoir pour les Ressources Humaines parce que je me sens utile et je vois concrètement l’impact positif que je peux avoir sur  la vie des personnes, dans leur épanouissement, dans leur développement, dans leur carrière, etc.

 

Et c’est tres précieux pour moi.

 

Votre passion pour les RH vous a-t-elle toujours accompagnée ? Était-ce votre premier choix de carrière ?

 

Ma passion pour les RH a démarré pendant mes études à l’ISCAE, durant les cours de sociologies où nous avions à l’époque abordé toute l’histoire des relations humaines. C’est là que j’ai eu un véritable coup de foudre pour le capital humain. J’ai saisi la première opportunité de rejoindre ce domaine et ma passion pour le métier ne s’est jamais éteinte depuis.

 

Alors on dit RH ou capital humain ?

 

J’occupe aujourd’hui le poste de Directrice du Capital Humain. Cette notion se veut différente pour souligner le caractère stratégique de la fonction et se différencier de l’approche traditionnelle des RH qui est prédominée par des tâches d’administration, de recrutement, etc.

La fonction RH a beaucoup évolué, nous sommes passé d’une simple fonction support à une position véritable de business-partner, voire même en tant qu’un des moteurs essentiels de changement au sein de l’entreprise. Il faut savoir qu’une grande majorité d’entreprises doivent leur succès à la qualité des hommes et des femmes qui la composent.  Aujourd’hui plus que jamais auparavant, les entreprises sont appelées à se distinguer sur le marché, à la fois par leur capacité à attirer, développer et fidéliser les talents dont ils ont besoin.

Cela s’accompagne nécessairement par un environnement de travail épanouissant.

Les RH sont aujourd’hui un facteur de compétitivité, d’innovation et d’excellence. Ici intervient une notion très importante, à savoir celle de la symétrie des attentions. Autrement dit, si vous voulez être innovant, si vous voulez être orienté client, et si vous voulez un service de qualité irréprochable, vous devez adopter la même approche vis-à-vis des personnes qui travaillent pour vous.

J’ai la chance de pouvoir le vivre pleinement au sein de Majorel : au niveau RH nous pouvons mesurer, voire quantifier directement la valeur ajoutée de la RH sur le business. Nous sommes de véritables partenaires pour les équipes commerciales et surtout pour les opérations. Nous pouvons aussi être amenés régulièrement à présenter nos politiques Rh à nos clients qui sont très regardants sur cet aspect.

C’est donc très gratifiant pour nous.

 

La fonction de RH ou de Directeur de Capital Humain est-elle monopolisée par les femmes ?

Il n’y a pas si longtemps que ça, l’essentiel des DRH de la place étaient des hommes. Il y a eu un tournant, je ne saurai vous dire quand exactement, où les femmes ont commencé à largement se diriger vers cette fonction.

Je pense que ça reste une fonction qui plait aux femmes parce qu’elle fait appel a des qualités qu’on trouve souvent chez elles naturellement : sensibilité, empathie et bienveillance qui leur permettent de rendre le milieu de l’entreprise beaucoup plus convivial et humain. Elles vont par exemple favoriser davantage la créativité et l’inclusion. Ce qui n’est pas sans se ressentir sur les performances et le climat de travail de l’entreprise.

 

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent suivre votre parcours ?  

 

Travailler dans les RH, c’est être le garant de l’équité en interne et du respect des valeurs, de la loi, des process etc. Un RH a donc un devoir de réserve et un devoir de neutralité et d’objectivité à toute épreuve, pour créer un lien de confiance avec toutes nos parties prenantes (comité de direction, managers, etc.).

Ensuite, Un bon RH doit être créatif, curieux, et toujours orienté solutions parce que nous sommes en perpétuels exercices d’innovation et de maintien d’équilibre parce qu’on en perpétuel recherche d’un équilibre, parfois très difficile entre différentes parties prenantes, différents systèmes de contraintes, ou encore des attentes et des besoins différents.

Je pense également qu’à l’heure actuelle, il est difficile de se faire place dans le métier si l’on n’est pas passionné par l’humain et si on n’a pas un vrai sens de service. C’est un métier qui demande beaucoup d’engagement, de stabilité émotionnelle et de résilience, parce que nos clients internes sont exigeant et les RH ne sont pas une science exacte et que l’humain est très complexe : parfois, il faut tester plusieurs choses différentes avant que ça marche, il faut faire face aux crises incontournables et garder son sang froid,  gérer l’insatisfaction des parties prenantes, etc.

Enfin, il faut savoir jongler sur l’incertitude qui caractérise notre époque (Ce qui était valable aujourd’hui ne l’est plus demain et les stratégies valables il y a un an sont remises en question très rapidement) et la nécessité de développer une vision sur le long terme.  Autrement dit, nous sommes un véritable agent du changement, nous devons développer des stratégies de long termes mais rester tactique et agile et se remettre en question quand il le faut.

On est sur un rythme accéléré qu’il faut savoir suivre. Selon mon expérience, rester connecter, à jour et au courant des dernières pratiques du domaine (innovations digitales par ex) est primordial afin d’être en phase avec les besoins des collaborateurs et du marché de l’emploi.

 

Vous avez parlé de long terme, mais à votre niveau personnel est ce que vous avez des projets à venir à concrétiser ?

 

J’envisage justement de continuer à me former. Ça serait totalement utopique de penser qu’un diplôme en poche, adossé à 2 ou trois formations de base font la différence aujourd’hui. A Majorel, nous sommes leader dans le domaine de la Relation Client. Nous nous devons de rester en phase avec les dernières innovations qui touchent à notre domaine, et de continuer sur notre lancée de digitalisation.  Nous lançons également d’énormes projets liés à la RSE, à la diversité, à l’inclusion, et à la gestion des talents également.  Dans une entreprise comme Majorel, la formation est un levier majeur de croissance qui prend de plus en plus de place dans nos décisions.

 

Vous avez parlé de l’inclusion et de la diversité quel est le quota des femmes dans votre entreprise  ?


Au total, nous sommes un peu plus de 50% de femmes chez Majorel Afrique et 50% de femmes manager.

 

Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?

C’est une situation qui s’améliore. Les femmes sont de plus en plus conscientes de leurs droits et sont plus ambitieuses. Cela dit, nous avançons toujours à deux vitesses. Loin de tout jugement de valeur, on retrouve d’un côté des femmes courageuses, ambitieuses, qui savent parfaitement jongler entre leur carrières et vie privée, qui s’affirment, qui s’imposent, et qui assument leurs choix de vie. D’un autre côté, de nombreuses femmes subissent la pression de leur entourage, et doivent mettre fin à leur ambition professionnelle. Cela les amène à devenir dépendantes de leur entourage.

Il y a aussi le dispositif légal qui reste encore discriminant malgré quelques progrès. et même quand la loi évolue, les mentalités encore ont du mal à évoluer. Ce qui fait qu’aujourd’hui encore, malheureusement, la femme reste sous-tutelle

Pour résumer, ce que je pourrais dire c’est qu’on n’est pas encore dans une situation normalisée. Le chemin est encore long et à ce stade on n’a pas encore réellement de fierté à avoir sur la situation de la femme au Maroc. Nous avons d’énormes défis à relever :  que ce soit en termes d’alphabétisation, d’éducation, du regard porté sur la femme, de la place qui lui est accordée dans le monde de l’entreprise et autres sphères décisionnelles.

 

Quels sont les moments ou événements qui ont changé votre vie ?

 

Sur le volet personnel, le moment ayant complètement changé ma vie est sans conteste, le jour où je suis devenue maman mais aussi le jour où j’ai subi un drame personnel avec la perte d’un être très cher et très proche. Ces deux moments, ont été, bien que de natures différentes, une occasion de croissance pour moi. Dans les 2 cas, j’ai dû me remettre en question, travailler sur moi, faire face à mes peurs, les dompter et recréer un nouveau moi, meilleur.

Sur le volet professionnel, la rencontre avec Majorel a été une étape particulière dans ma vie.  J’ai débarqué avec mes préjugés sur le monde de la Relation Client en me disant que c’est un centre d’appel avec tout ce que comporte cette expression comme stéréotypes. A ma grande surprise, et joie, j’ai découvert une entreprise formidable où chacun à la chance de pouvoir exprimer son talent de façon autonome, tout en ayant les moyens de travailler dans la bienveillance et dans une ambiance générale qui est juste fabuleuse.

Aujourd’hui au sein de Majorel, on peut fièrement dire qu’on est une grande famille. Et ce n’est pas qu’un concept marketing. Majorel est une entreprise où bienveillance est le maitre-mot.

Grâce à Majorel, je suis tombée amoureuse des jeunes de ce pays. Il faut savoir que la moyenne d’âge de notre capital humain se situe autour de 23 ans.

Cette jeunesse est brillante, résiliente, courageuse, ambitieuse, joyeuse, créative, et pleine de talents et de ressources. Elle fait preuve d’une sagesse étonnante. Elle s’adapte et elle se bat au quotidien pour atteindre ses ambitions.

J’ai beaucoup appris de cette jeunesse qui m’a donné des ailes et a donné un sens encore plus fort à mon métier de directrice du capital humain.

Une grande partie de ma mission consiste en l’accompagnement de ces jeunes dans leur carrière et dans leur développement.  C’est un honneur pour moi aujourd’hui de les servir en mettant en place à la fois les conditions de travail, les conditions d’évolution, et la formation qu’il faut pour qu’ils s’épanouissent au maximum et le plus possible.

 

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Juillet 2021

 

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