Salima Raoui

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Bonjour Mlle Salima Raoui, avant tout, pouvez-vous vous présenter

Alors c’est plutôt difficile de rester objective et se présenter clairement et brièvement. Tout d’abord, je suis artiste peintre et décoratrice Marocaine vivant aux USA depuis une quinzaine d’années mais ayant retournée au Maroc à 2 reprises pour une période de 2/3 ans à chaque tentatives de retour. Ensuite sur le plan personnel, je suis célibataire mais j’ai élevé mon demi frère ici aux USA depuis qu’il avais 3 ans, aujourd’hui il en 19.

Vous vivez maintenant plus de 15 ans aux USA, pourquoi ce choix de vivre là-bas

Le choix c’est fait très naturellement, en rentrant de Bruxelles où j’avais étudié, l’accueil au sein de la société professionnelle Casablancaise n’a pas répondu à mes attentes , mais je dois aussi avouer que le besoin de continuer à me former professionnellement ainsi qu’une reconnaissance à l’extérieur m’ont motivée à aller ailleurs . Ainsi qu’une tendance à rechercher les challenges et l’inspiration au loin…Le plus drôle c’est qu’en vivant ici je me rapproche de plus en plus de ma culture et mes traditions beaucoup plus que si je vivais au Maroc. De l’extérieur l’on arrive à percevoir ce qui nous est donné et à l’apprécier surtout dans les arts traditionnels et la richesse culturelle.

Racontez nous votre parcours professionnel

A 23 ans, New York c’est imposé comme centre international et melting pot où tous les mouvements de design et artistiques coexistent et reçoivent un accueil enthousiaste. Alors c’est ainsi que je me retrouve New Yorkaise d’adoption. Le reste c’est un peu par nostalgie du pays que je me suis spécialisée dans la déco Marocaine et ma peinture est trés influencée par les couleurs et textures du Maroc.

Artiste, peintre, décoratrice… vous touchez à tout

C’est là l’avantage de vivre dans la société Américaine où les carrières se multiplient et se complètent sans pour autant ôter de la réputation professionnelle , bien au contraire. Une de mes formules préférées en anglais : » A designer is a designer is a designer… » Lorsque l’on a la chance d’ouvrir et d’exprimer sa créativité alors il n’y a pas de limites dans le mode d’expression. Au Maroc où l’on naît dans l’art, entouré de design même dans les détails du quotidien, l’art de la table, la cuisine, le vêtement, les meubles, les ornements humains et matériels… Il n’y a pas de limites dans le mode d’expression.

Comment définissez-vous vos créations

Lorsque j’ai été interviewée pour un article sur les motifs du Maroc par Sotheby’s Domain magazine, j’ai définis mes créations (peinture et déco) étant une adaptation du Maroc sur le terrain Américain. Je crée des espaces où couleur et chaleur viennent réchauffer l’intérieur parfois un peu trop sobre et épuré inspiré des tendances Zen d’il y a quelques années. De plus le Maroc et L’Inde sont très fortement dans les tendances mode vêtements et décoration, alors inutile d’ajouter que je n’ai plus de difficultés à convaincre mes clients. Ils ont déjà un « œil éduqué »

Parlez nous de vos inspirations

Mon inspiration se puise dans mon enfance où mon imagination fut très stimulée par les contes berbères que ma grand mère nous racontait. Ainsi que dans l’architecture et le vêtement traditionnel des villages de montagne au Maroc. Je suis très sensible au textures primitives d’origine africaines et berbères dans les textiles, poteries et objets et accessoires que j’inclus dans mes projets. Sans oublier les atmosphères de harem représentées dans la peinture orientaliste de qui je dois le nom de ma companie, Harem Design. Mais je dois ajouter que mon père et ma famille reste la source constante de mon inspiration et dont le support moral et l’amour inconditionnel m’ont portée et aidée à continuer loin d’eux mais avec eux. Une note importante, sans une démarche spirituelle je ne pense pas avoir pu trouver la force de quitter avec autant de confiance mon monde affectif et familiale et survivre et réussir à l’étranger dans la sérénité.

Qu’est ce qui a fait le succès de Salima Raoui

Une énorme passion pour mon pays et mes racines qui m’ont donnés la force de m’imposer seule à l’étranger où il faut d’abord faire ses preuves et convaincre avec le temps. Surtout une grande foi en mes capacités , une ténacité et un peu d’obstination à forcer les portes fermées et à imposer une vision différente. Il ne faut pas avoir peur d’être unique en son genre, les mouvements ne peuvent pas naître d’une uniformité, dans l’art c’est vital de trouver son style et de l’exprimer même si il y a peu d’encouragements au départ. You have to believe in yourself for others to believe in you.

Vos projets pour l’avenir

Beaucoup… difficile de se limiter quand on est artiste. Des expositions à New York et au Maroc cet hiver/printemps 2001, peut-être une ligne de linge de maison et de meubles plus tard. Et plus…

Envisagez vous le retour au Pays

Pas pour le moment en tout cas, en projet plus lointain il y a en moi un très fort désir de créer un centre de résidence pour artistes du monde entier en projet et une forme de Zaouia où centre d’accueil pour femmes et enfants en transition avec des ateliers de créativités animés par les artistes en résidence. Cela pourrait devenir un bel échange d’énergies! Et bien sûr l’espace serait probablement un ryad au Maroc. Peut-être prendre ma retraite au Maroc, mais encore qui peut vraiment prévoir le futur, il ne nous appartient pas, on peut tout simplement projeter nos désirs et espérer qu’ils soient en harmonie avec notre destin.

Vu des USA, comment voyez vous la situation de la femme Marocaine

J’ai énormément de plaisir à voir que les chose commencent à être différentes pour les femmes, j’en suis heureuse pour mes petites sœurs beaucoup plus jeunes que moi qui pourront s’exprimer et s’épanouir sans avoir à quitter leur pays pour cela. Je suis très fière d’être une femme Marocaine, notre héritage social, culturel, historique et artistique est tellement vaste qu’il nous suffit juste d’assimiler le tout pour en faire des choses extraordinaires. Tout le potentiel est là. Il y a de plus en plus de femmes entrepreneurs , de femmes révolutionnaires, le Maroc évolue grâce à l’évolution de la femme. Elle fait partie intégrante de la procédure de « modernisation » tout étant le garde farouche des traditions et du patrimoine culturel!

Que pensez vous du site « LA MAROCAINE »

Milles bravos pour une initiative tant attendue. Lorsque je l’ai découvert je me suis empressée d’y répondre avec tout l’enthousiasme que cela a déclenché en moi. Je suis fière de le faire passer à mon entourage francophone.. à quand la version anglaise? Les américains ont besoin de corriger les idées préconçues qu’ils ont des femmes du Moyen Orient, faute de représentation médiatique. Le plus difficile est de leur expliquer que je ne suis pas modernisée par les USA mais que je l’étais déjà avant d’arriver ici.

Votre dernier mot

J’espère entendre et lire plus de témoignages d’autres femmes Marocaines à l’étranger. Merci de nous donner la possibilité de nous exprimer, je pense que nous sommes plus d’une à souhaiter partager nos expériences ici et ailleurs et peut-être un jour pouvoir devenir source d’inspiration pour les générations à venir.

 

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Décembre 2000

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