Myriam ZGUENDI

Myriam Zguendi
Myriam Zguendi

– Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ?
Je m’appelle Myriam, j’ai 28 ans et je vis au Maroc depuis trois ans, d’abord à Essaouira puis à Rabat. Je suis née à Casablanca, d’un père marocain et d’une mère française. Mais nous sommes ensuite partis en France où j’ai grandi et fait mes études. Je suis revenue m’installer au Maroc peu après ma sortie de l’université. Je suis traductrice anglais-français. J’exerce cette activité en libéral depuis 2007.


– Racontez-nous un peu votre parcours et votre vie professionnelle.
J’ai fait cinq ans d’études de langues, littérature et civilisations anglophones et un Master en traduction spécialisée dans des universités parisiennes. À la fin de mes études en 2005 et après quelques expériences professionnelles de courte durée, je me suis vite aperçue que le marché de l’emploi en France dans mon domaine, la traduction, était saturé. Au Maroc, il m’a été très facile de m’installer à mon compte, les formalités étant relativement simples et rapides. J’ai eu la chance de trouver des clients qui m’ont fait confiance très rapidement. Je réalise des traductions essentiellement pour la presse, ce qui est très enrichissant puisque cela permet de traiter différents sujets et d’être toujours au fait de l’actualité. Mais je fais aussi des traductions de nature plus technique pour des bureaux d’études par exemple. Ma clientèle est basée au Maroc, comme à l’étranger.


– Pourquoi ce choix du domaine de la traduction ?
Par goût pour l’anglais, la culture anglo-saxonne, mais aussi et surtout pour le français, ma langue maternelle, la linguistique et la rédaction en général. La traduction n’est pas qu’une affaire de langue étrangère. Elle implique différentes compétences, comme celle de maîtriser le sujet que l’on traite. Si l’on traduit un contrat, on doit avoir des connaissances en droit, et ce, dans les deux cultures concernées. Ce métier est passionnant et à multiples facettes. Il n’y a jamais de routine dans la traduction, car les textes sont toujours différents. Par ailleurs, il me semble que cette profession a encore de beaux jours devant elle. Le monde se globalise, les entreprises s’internationalisent. Toutes les sociétés de n’importe quel secteur peuvent avoir un jour ou l’autre recours aux services d’un traducteur dans ses échanges et sa communication avec l’étranger.

– Quels sont vos projets d’avenir ?
Je souhaite développer mon activité en m’associant avec d’autres traducteurs afin de pouvoir gérer une charge de travail supérieure et plus diversifiée, en créant un réseau de traducteurs, spécialisés dans d’autres domaines que les miens, dans d’autres langues et résidant dans différents pays. Grâce à Internet, ce type de travail en réseau est possible : il n’y a plus de barrières, plus de frontières.


– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?
Mon expérience est trop jeune pour prétendre pouvoir donner des conseils aux femmes pour leur carrière. Mais je leur dirais d’oser, d’avoir confiance en elles et en leurs compétences. Il faut aussi que la Marocaine se « déculpabilise » de ne pas se consacrer à temps complet aux tâches ménagères et à son foyer. Le travail est un pas vers l’autonomie et l’épanouissement personnel.


– Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?
Des progrès sont observés dans certains domaines, en particulier d’un point de vue juridique grâce au nouveau Code de la famille, mais on assiste aussi en parallèle à une régression dangereuse de la condition féminine, parfois infligée par les femmes elles-mêmes. Il ne faut pas oublier que les droits qui sont les nôtres aujourd’hui et les avancées qui ont été faites, nous les devons à des femmes et des hommes qui se sont battus pour les obtenir et que rien n’est acquis. Par ailleurs, l’égalité des sexes est loin d’être appliquée au Maroc, que ce soit dans la sphère professionnelle ou dans le domaine du privé. La femme marocaine est enfermée dans une image que la société marocaine machiste et conservatrice lui renvoie, un moule universel dans lequel elle doit et, bien souvent, accepte sans sourciller de rentrer. Beaucoup de travail reste à accomplir pour faire bouger les choses, faire évoluer les mentalités, éradiquer les mauvaises habitudes et les préjugés moraux. Cela requiert beaucoup de temps, mais aussi de bonne volonté, des hommes comme des femmes.


– Votre avis sur lemondefeminin.com ?
Votre portail est une excellente initiative. Les rubriques sont nombreuses, diverses et touchent à tous les aspects de la vie de la femme ; les sujets sont traités en profondeur et sans tabous. Bonne chance à la marocaine.com et merci !


– Dernier mot
Que les femmes marocaines éduquent leurs enfants dans le respect de l’être humain et des différences, qu’elles leur apprennent à s’ouvrir aux autres et à les accepter tels qu’ils sont, pour un Maroc ouvert, tolérant et moderne.

Par : Aziz HARCHA