Manar Belfqih

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Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter SVP ?

Manar Belfqih, 26 ans, consultante en intelligence économique et titulaire d’une expertise en stratégie et intelligence économique à l’École de Guerre Économique de Paris.

 

Racontez-nous un peu votre parcours

Suite à l’obtention d’un baccalauréat en économie et gestion, j’ai effectué trois années à l’École Nationale de Commerce et de Gestion de Kenitra. J’ai poursuivi mes études en France avec une licence en économétrie, suivie d’un master en management et marketing international.

Ma passion pour les enjeux géopolitiques et stratégique m’a amenée à me spécialiser dans l’intelligence économique domaine dans lequel j’ai obtenu un MBA et une expertise.

Parallèlement à mon parcours académique, j’ai suivi des formations, notamment en cybersécurité et en journalisme.

 

Comment est née cette passion pour l’intelligence économique ?

Cette passion réside dans ce qui fait intrinsèquement l’intelligence économique. Cette discipline consiste en la recherche, l’organisation et l’exploitation de l’information stratégique. Il est impératif, pour ce faire, de développer des capacités de contextualisation en s’acculturant à des sujets complexes tels que la géopolitique et de la géostratégie.

Durant mon master, j’ai développé un attrait particulier pour la dimension internationale des sujets. J’ai ainsi vu émerger en moi une passion pour la compréhension de la scène mondiale et des éventuelles répercussions sur les marchés et les sociétés.

L’intelligence économique se présentait dès lors à moi comme le secteur me permettant de faire appliquer mes compétences en gestion et en économie dans des domaines à intérêt stratégique. D’autant plus que l’IE, par sa transversalité, permet d’agir sur divers domaines stratégiques par le croisement des enjeux économiques, sociétaux et politiques. Ceci fait du métier un levier d’opérationnalisation des politiques publiques, déterminant au développement socioéconomique que nous souhaitons pour notre Maroc.

Nous avons, en tant que nation, des richesses humaines et naturelles inestimables, un potentiel considérable que nous nous devons de valoriser. C’est dans ce sens que s’est inscrit mon choix pour l’intelligence économique, mon retour au Maroc, pour mettre, humblement mes compétences au service de ce développement tant souhaité par les forces vives de la nation.

 

Quels sont les moments ou événements qui ont changé votre vie

Plus jeune, j’ai pu observer les conséquences des disparités sociales et de la précarité dans la ville de Kenitra. La mendicité infantile, était en 2012 un phénomène galopant dans la ville, et le contraste, entre le développement fulgurant qu’a connu le Maroc, et Kenitra, sur la période 2000-2010 d’un côté, et la persistance de la détresse sociale de franges importantes de la population était saisissant.

C’est à ce moment que j’ai pris conscience de l’importance de la redistribution, de la justice sociale et du développement humain pour concrétiser un développement effectif.

La croissance n’était plus à mon sens une fin en soi, si celle-ci ne permettait pas d’effacer les inégalités au sein de la population. C’est ainsi qu’est née ma vocation pour les questions stratégiques, et ma volonté de développer des compétences qui pourraient servir les objectifs de développement et de gouvernance de mon pays.

 

Quels sont vos projets à venir ?

Je prépare actuellement un sujet de thèse doctorale portant réflexion sur les modes de gouvernance permettant le renforcement de la résilience en situation de crises humanitaire inspirés des récentes interventions du Maroc à l’International.

 

Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?

Dans la société paritaire à laquelle nous souhaitons parvenir, la Femme et l’Homme doivent être sur un pied d’égalité en ce qui concerne les facteurs clés de réussite professionnelle. L’intégrité, la passion, la rigueur, la curiosité et l’abnégation sont, selon moi, les facteurs qui permettent d’atteindre les objectifs que l’on se fixe dans la vie. Néanmoins, et puisque nous sommes encore loin de l’idéal paritaire que l’on souhaite, je m’applique comme consigne en tant que femme marocaine de rester professionnelle en toute circonstance et définir une ligne claire entre la vie personnelle et la vie professionnelle.

Ne jamais laisser l’une empiéter sur l’autre et leur accorder l’espace nécessaire à leur accomplissement. Et, pour finir, ne jamais perdre de vu ce qui est essentiel et ne jamais renoncer sans se battre.

 

Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?

Je constate avec beaucoup d’émotion les avancées réalisées par la cause des femmes au Maroc au cours des 20 dernières années. Que cela soit au niveau constitutionnel, politique, social ou sociétal, la législation marocaine est parvenue à fournir la base d’une émancipation de la femme marocaine.

Aujourd’hui, il s’agit d’opérationnaliser les objectifs de cette législation, le temps législatif étant particulièrement long sur certains dossiers.

Les prochaines élections seront l’occasion pour les femmes d’occuper davantage l’espace politique et des formations politiques féminines ont permis de mettre sur la table l’idée du tiers des sièges occupés par des femmes.

Arriver à cet objectif serait une avancée majeure puisqu’en étant davantage associée à l’action législative, la femme pourra défendre ses droits de l’intérieur et faire avancer les sujets déterminants pour sa cause. Aucune avancée socioéconomique notable ne pourra être parachevée sans la femme qui représente la moitié de la population nationale.

La réussite professionnelle de la femme est également un point de satisfaction lorsqu’on voit la situation du Maroc avec des femmes telles que Mme Bensaleh-Chaqroun passée à la tête de la CGEM, Mme Karkri Belkziz présidente de l’APEBI ou encore Mme Zineb El Adaoui récemment nommée à la tête de la cour des comptes. Mais nous ne devons néanmoins pas oublier le référentiel culturel du Maroc qui fait que la femme a également un rôle prépondérant à jouer au sein de la famille et qu’on doit dans ce sens lui donner les moyens de concilier entre sa réussite professionnelle, personnelle et familiale.

Votre avis sur le site ?

Je tiens à vous féliciter pour cette initiative qui met en exergue l’importance du rôle de la femme dans la société marocaine. Il est vital que nous apprenions à nous connaitre les unes les autres, à partager nos idées et à nous inspirer.

 

Dernier mot ?

Nous devons œuvrer à réduire les fractures dans nos sociétés. Comme dit plus haut les femmes représentent la moitié de la société. Leur émancipation est un catalyseur de développement. C’est ensemble que nous réussirons.

 

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Mai 2021

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