Le Henné dans la tradition

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Le Henné dans la tradition

Le henné, support de la tradition à travers de la modernité, a un double langage, celui de la séduction et celui de la magie à travers les rituels. Sa pratique fascine et enchante notre société, c’est un des piliers nécessaire dans la vie traditionnelle. Il rassure et protège.

Du henné – médicament au henné – sortilège, en passant par l’atout séduction, la petite plante odoriférante s’est révélée être un pilier des cultures juives et musulmanes du Maroc. Il n’y a pas de cérémonies, de fêtes religieuses ou païennes sans henné. Vif, séché ou broyé, il est utilisé dans chaque manifestation.

Au Maroc, des femmes appelées hennayates ou nekkachates ont su transformer ces feuilles vertes en poudre et après en pâte fine pour illustrer de très jolis arabesques somptueusement tatouées sur les mains et les pieds des femmes. La pureté des graphisme et des superbes motifs géométriques, habilement sculptés à même la peau, est chargé d’une signification séculaire.

Jadis, tout symbole, dessin ou signe avait un sens précis et très significatif. De nos jours, ces conceptions ont malheureusement perdu leur sens et les hennayates cherchent à satisfaire leur clientèle jeune et exigeante qui ne veut plus se contenter du bélier et l’oiseau mais qui veut des signes beaucoup plus compliqués, plus fins et plus raffinés. Certes, les idéogrammes traditionnels ont perdu leur signification, mais les rites et les coutumes entourant le henné sont toujours aussi vivace et le henné restera toujours l’élément présent dans toutes les cérémonies et fêtes religieuses au Maroc. Les hennayats pratiquent traditionnellement les rites, bien que le sens des symboles demeure parfois obscur.

RITES ET COUTUMES

Le henné de la mariée

La mariée est coiffée le jour du mariage par une femme heureuse, n’ayant pas de rivale. Après avoir reçu une application de henné, les cheveux sont tressés, enserrés dans un anneau d’argent, symbole de la pureté. La hennayat casse un œuf sur sa tête, symbole de la fécondité, en nouant les cheveux, elle y introduit deux dattes enduites de miel, symbole du bonheur.

Les plateaux garnis, où trônait la plante de henné en maîtresse inconditionnelle, étaient apportés, avec d’autres cadeaux, à la famille de la mariée.

Le rituel du henné du mariage a un but plus profond outre que le but esthétique. L’application du henné sur les mains et les pieds de la mariée est un événement auquel une journée entière est consacrée. La nuit avant les nuptiales, les femmes se réunissent ensemble et, pendant les heures où elles doivent consacrer à faire appliquer le henné, les hennayates essayent de faire de façon à ce que les mains et les pieds de la mariée soient les mieux décorés car c’est elle la dame de la soirée.
La cérémonie traditionnelle commence par saupoudrer les feuilles sèches de henné, et tamiser la poudre pour retirer quelques substances étrangères et aussi pour l’obtention d’une pâte lisse. On dit aussi qu’il faut tamiser le henné réservé à la marié pour retirer tout ce qui peut la menacer. Puis l’essence d’eucalyptus, l’huile d’olive et le jus de citron sont mélangés au henné pour former une pâte lisse.

Cela fait quelques années, les hennayates ou les nekkachates appliquaient le henné avec un cône de papier (sorte de douille comme celle utilisé par un décorateur de gâteau), ou un bâton d’ivoire ou de bois de santal ; Aujourd’hui, elles utilisent une seringue pour avoir des traits et dessins plus fins et plus jolis. Une fois que le henné commence à sécher, il est à plusieurs reprises ré-humidifié avec un mélange appelé sakkoua : sucre, jus de citron, poudre de clous de girofle et une gousse d’ail écrasée. Après cinq heures, le henné est retiré avec l’huile d’olive et il est conseillé de ne pas toucher l’eau et le savon pendant les 24 heures qui viennent pour que la couleur se développe mieux et qu’elle continue à obscurcir.

Rituel pour les jeunes filles à marier

Les jeunes filles qui ne se marient pas, suite au mauvais sort qu’on leur a jeté, se rendent au sanctuaire de Sidi Messaoud, à Marrakech. Après la toilette d’usage dans le sanctuaire, elles peignent leurs cheveux, teignent leurs mains, leurs pieds au henné. C’est au moment où le muezzin appelle à la prière, qu’elles se mettent toutes nues dans la koubba du saint et s’inondent d’eau du puits sacré. En quittant le lieu, elles laissent dans le sanctuaire, leur offrande, leur peigne et tout le mal dont elles étaient imprégnées.

La circoncision

La cérémonie du henné se perpétue dans la coutume de la circoncision. La mère du petit circoncis tresse ses cheveux enduits de henné et les attache avec un bracelet et une loubana, contre le mauvais œil.
Elle sera protégée en recevant une pièce en argent et une bourse de harmel.

La naissance et au baptême

A la naissance, on dépose sur le cordon lié, un baume composé de farine et de henné afin qu’il soit riche et bon. Après l’avoir purifié on le roule dans la poudre de henné. Le jour de la pose du henné est sacré, c’est une bénédiction divine, il prélude au rite de la circoncision.
les femmes perpétuent un rituel magique qui protégera la mère et l’enfant. Les ingrédients utilisés pour ce rituel sont les poudres composées de henné et de harmel qui accompagnent l’enfant jusqu’au quarantième jour.

Il semble, qu’actuellement, cette cérémonie revêt moins d’importance dans les jeunes générations ; cependant les coutumes se perpétuent selon un syncrétisme à d’autres traditions exogènes. Désormais, l’utilisation du henné demeure pour l’embellissement nuptial, pour le baptême et pour la circoncision.

Le deuil

Le henné n’est pas appliqué pendant la durée du deuil. Au septième ou au quarantième jour, le henné mis en pâte, circule dans l’assemblée, afin que l’on puisse le toucher, signe de l’autorisation à l’utiliser à nouveau.

Un autre interdit est imposé pendant la période de ramadan, car c’est le moment où l’être humain se purifie et renonce à tout apport étranger à son corps. En compensation, pendant le mois qui précède le ramadan, l’apport du henné est souhaitable, il est accompagné d’un véritable banquet sacrificiel, pour éloigner toute influence négative pour le jeûne à venir.

Apports du henné

Le savoir-faire des hennayates modernes s’est adapté à la demande des jeunes générations ; elles présentent un catalogue de photographies, où chaque femme peut choisir le graphisme qu’elle désire et qui lui convient aussi selon la nature de travail qu’elle exerce.

De ce fait, le henné en perdant en partie son symbolisme, devient une mosaïque graphique qui ne délivre pas le message authentique d’amour et de tendresse d’antan.

Rôle économique : petits métiers

Les hennayates s’organisent en corporations avec les négafates , ainsi furent créés les petits métiers à but lucratif.
Les vendeuses, brunies par le soleil, sont toujours cantonnées à côté d’une kissariat . La kissariat comporte des herboristeries où se vendent les plantes bénéfiques, les potions magiques, les épices, les amulettes divinatoires etc.
Tout est là, pour que le respect des rites, des offrandes et des sacrifices soit observé.

Ces petits métiers sont exercés dans les marchés, les kermesses, les foires et dans les marabouts. Le henné est présenté sous toutes les formes d’usage : en feuilles séchées, pilées, ajoutées à d’autres aromates. Il faut donc acheté le henné selon l’utilisation qu’on veut en faire : pour les cheveux, pour la peau (bronzage ou dans le hammam), ou pour appliquer sur les mains, les pieds ou d’autres parties du corps sous forme de Nakkch ou tatouage.

Simultanément et d’une façon générale, d’autres produits naturels sont proposés aux clientes, telles les écorces de noyer, pour avoir de belles dents, le khôl cette poudre noire extraite de la pierre d’antimoine pour avoir de jolis yeux et surtout des yeux très sains et luisants.

Rôle religieux : Les confréries

Les Gnaouas et les Darquawas utilisent le henné abondamment pour se teindre la barbe. Les Aissaouas célèbrent la nuit du henné le premier jeudi du mois, jour correspondant à la naissance du prophète. Ces confréries animant plusieurs pèlerinages, produisent un spectacle de transes, en rappel des rituels ancestraux.

Les Chorfas sont les descendants des saints et les gardiens des lieux. Ils dispensent des soins dans un espace sacré, ils ont la responsabilité de prodiguer la protection divine à toutes les personnes qui viennent chercher le remède chez eux. Ils sont craints car ils possèdent des pouvoirs et des dons surnaturels, ils détiennent les clés et sont propriétaires du lieu saint.

Les Chérifates sont spécialisés dans l’art de soigner et d’apporter une solution aux problèmes féminins, tant au point de vue du corps que de l’esprit. Avec le support du henné, comme amulette, ils apportent la protection aux consultantes.

Rôle symbolique

Le henné est utilisé dans les différents rites qui régissent les traditions. Les hennayats qui fréquentent généralement les koubba , proposent une cérémonie de pose du henné pour accomplir le pèlerinage dans cet espace sacré qu’est la koubba. Dans ce cas, le henné est un lien spirituel, dans l’acte de foi. Lorsque ces visiteuses fréquentent ces lieux sacrés, elles sont pour la plupart désespérées et viennent chercher un réconfort, pensant que le marabout leur apportera un soutien moral.

Les Femmes, principales utilisatrices du henné se nourrissent de croyances populaires, elles y puisent la force et le courage d’affronter les vicissitudes du foyer conjugal. Le henné est un lien magique qui les protège, les aide et leur apporte le rêve.

Lorsque les hennayats procèdent à la pose du henné, décorent les mains et les pieds, ce sont des moments de joie intense ; le Saint patron des lieux pourra en être touché jusqu’à exhausser leurs profondes inspirations.

Ces croyances perdurent jusqu’à nos jours ; elles vivent par l’intermédiaire des femmes qui ont toujours les mêmes souhaits, les mêmes craintes.

Différents témoignages prouvent que quelques hommes viennent trouver refuge dans cet espace sacré. Blessés, meurtris, ils trouvent réconfort auprès du marabout.

C’est dans ce seul espace sacré, que les hommes et les femmes peuvent cohabiter, sans qu’il y ait le tabou de l’interdit. A la koubba, ils oublient leur différence et ils pensent seulement à soigner leur âme.

Le henné, signe de foi

Les femmes en particulier, ont différentes raisons de se protéger contre le mauvais œil, la vengeance etc. Pour cela, elles font des offrandes de protection. Elles déposent une assiette contenant le harmel , le henné, l’alun et le sel auprès du bon génie secourable.

Pour se protéger des mauvaises influences de la foule Nass el kanoun, les femmes jettent du harmel au devant de leurs pas et par dessus leurs épaules en prononçant ces mots : bismi Allah, au nom de Dieu, ainsi le mauvais sort est conjuré.

Offrande contre le mauvais œil. Le rituel consiste à retirer le henné appliqué sur la tête, et à le modeler en sept petites boules qui sont jetées dans le caniveau, en disant : une tâche de henné dans le creux de la main droite est particulièrement efficace contre le mauvais œil.

Le henné est un élément utilisé avant toute cérémonie pratiquée dans les confréries religieuses. Il perpétue un rituel magique durant lequel, on invoque Dieu. Les offrandes composées d’éléments naturels sont jetées par terre (encens, lavande, coriandre etc.).

Dans le hammam

Une autre utilisation de henné au Maroc a lieu dans le hammam (maisons publiques de bain) où les femmes mettent le henné mélangé avec la poudre de la lavande pour avoir une peau plus douce et plus propre.

Ainsi, au Maroc, aucune cérémonie n’a lieu sans utiliser le henné. En fait, Le body art faisant fureur en occident, dès la fin des années 60 est pratiqué au Maroc, depuis des siècles, grâce au henné.

Le kanoun : un brasero.
La koubba : un sanctuaire.
Le harmel : une graine noire séchée, utilisée contre le mauvais œil.
La loubana : sorte de perle orange pour éloigner le mauvais œil
La Kissariat : équivalent d’un centre commercial ou l’on trouve toute sorte de commerce.
Aissaoua, Derkaoua et Gnaoua : groupes de danse ou de chants traditionnels qui caractérisent quelques régions du Maroc
La negafat : la femme qui s’occupe de l’habillage de la mariée. On plus de ses costumes à elle, la negafat ramène d’autres costumes et d’autres bijoux et les loue à la mariée car cette dernière ne veut pas trop investir dans des costumes qu’elle portera seulement le jour du mariage.
La hennayat ou la nekkachat : des femmes spécialisées dans la pose du henné pendant les cérémonies. Elles maîtrisent les signes et les symboles.

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