Khadija MARJANE TADLAOUI

Khadija marjane tadlaoui
Khadija marjane tadlaoui

– Bonjour, avant tout, pouvez-vous vous présenter SVP ?
Khadija MARJANE TADLAOUI, née à Casablanca le 16 mai 1978.


– Racontez nous un peu votre parcours et votre vie professionnelle.
Mon parcours professionnel n’est pas des plus classique.

Après un bac STT, un diplôme d’Analyste Programmeur et un diplôme de Management & Communication; j’ai commencé mon parcours professionnel en tant que brand manager dans une société Importatrice et Distributrice de produits cosmétiques de luxe. En parallèle, j’ai été cofondatrice et rédactrice d’un magazine « Beauté Marocaine » dans la même société que j’ai quitté 2 ans plus tard pour travailler dans le domaine de la musique en tant que chef de produit.

Pause obligée du fait de ma grossesse. Aujourd’hui encore, les femmes enceintes dans le milieu du travail sont malheureusement considérées comme des boulets, donc j’ai été vite remerciée. Cela m’a permis de profiter pleinement de cette période exceptionnelle.

Une fois remise sur pieds, je me suis tournée vers l’associatif. Depuis 2 ans, je dirige une Fondation, « La Fondation Marocaine de l’Etudiant » qui m’a apportée beaucoup en valeurs humaines, et surtout m’a ouvert les yeux sur le potentiel des jeunes issus des milieux défavorisés qui, malgré leur pauvreté, se battent pour avoir leur place dans cette société.

– Parlez nous un peu de la Fondation Marocaine de l’Etudiant
La Fondation Marocaine de l’Étudiant est née le 10 novembre 2001 à Casablanca. L’action de notre fondation consiste à permettre aux jeunes bacheliers issus des orphelinats de tout le Royaume de :

• accéder à une formation supérieure par l’octroi de bourses sous forme de places pédagogiques dans des écoles supérieures ou professionnelles privées.
• contribuer au bon déroulement de leur scolarité, en finançant une dotation mensuelle leur permettant de s’assumer (hébergement, nourriture, transport, soins, habillement).
• parrainer chaque étudiant par un cadre dirigeant et/ou chef d’entreprise pour un suivi moral et psychologique et un accompagnement pour l’entrée dans la vie
professionnelle.

Et afin de leur donner la possibilité de mener à bien leur cursus scolaire, la FME
s’applique à réunir toutes les conditions optimales au bon déroulement des études de ses boursiers, en termes de :

• mise à niveau linguistique, Fournitures scolaires
• équipement informatique
• accès à Internet
• formation professionnelle
• outils de recherche de stages et d’emploi…


– Quels sont vos projets d’avenir ?
Chaque année des jeunes réussissent leur bac avec des moyennes excellentes mais se retrouvent à la rue, car à 18 ans ils sont obligés de quitter les orphelinats pour laisser place à d’autres plus jeunes. Et cela est inadmissible car une fois leur bac en poche que peuvent ils faire dans cette société sans un toit et un minimum de formation ?
Pour l’instant mon seul souhait est de faire évoluer la fondation afin de prendre en charge le maximum de bacheliers méritant issus des orphelinats. Le drame est qu’il y en a beaucoup plus chaque année. Que deviennent-ils malgré leur envie de réussir ? Des jeunes en marge de la société, car sans un toit, sans formation et sans un sou.

– Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir ?
Ne pas se laisser marcher sur les pieds, se défendre et faire leur place dans une société encore machiste. Apprendre à la génération future que rien n’est acquis, qu’il faut se battre et surtout apprendre à nos enfants l’équité et l’égalité.

Nous, marocaines, répétons exactement les mêmes erreurs que nos aïeules, les garçons sont protégés de tout alors que les filles subissent. Et cela dans tous les domaines, le ménage, la cuisine, les études, etc. Arrêtons ! Nous, les femmes travaillons plus et cela que ce soit à la maison ou au travail ! Et il n’y a pas de raison, l’égalité, c’est aussi un homme qui aide à la maison, à l’éducation des enfants, etc. L’égalité doit se faire des 2 côtés, sinon cela ne sert pas à grand-chose, car c’est jolie de dire on veut l’égalité et on se retrouve « les femmes » à travailler encore plus car il faut assumer le travail extérieur et intérieur. Cela vous arrange bien messieurs !
Alors messieurs, nous vous invitons à être nos égaux aussi, mettez vous au travail à la maison !
Nous ne sommes pas faites pour attendre l’heureux élu qui va prendre la relève de nos parents. Nous valons beaucoup mieux que cela.

– Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc ?
Avec la nouvelle moudawana, il est vrai que nous avons fait un grand pas en avant, mais comme vous pouvez le lire au-dessus, il reste encore des choses à mettre en place. Cela prendra du temps certes, mais il faut pour cela éduquer nos enfants afin qu’ils ne répètent pas les mêmes erreurs.
Il est vrai qu’aujourd’hui les femmes occupent des postes importants au sein du gouvernement, cela aurait été inimaginable il y a quelques temps. Mais les salaires et les opportunités d’évolution de carrière ne suivent pas. Il reste encore des discriminations dans le cadre du travail.

– Votre avis sur lemondefeminin.com ?
Très belle initiative. Je vous remercie au nom de toutes les femmes marocaines et souhaite longue vie à lemondefeminin.com.

– Dernier mot
Nous pouvons, et surtout devons, évoluer dans une société en plein essor sans pour autant perdre notre identité et nos valeurs.

 
Par : Aziz HARCHA