Femme et sport de haut niveau au Maroc

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La participation des femmes marocaines aux compétitions internationales demeure encore faible malgré la promotion des institutions nationales à la pratique sportive. Des facteurs socioculturels interviennent et l’obligent à mettre fin à sa carrière.

Le mariage reste l’un des facteurs qui conduit la femme marocaine à mettre fin à son parcours afin de répondre à la fois aux exigences du milieu social et culturel dont elle fait partie. Ce n’est pas seulement le mariage qui a autant d’effet sur la pratique sportive de haut niveau, mais aussi la maternité.

La femme sportive reporte souvent ses projets sociaux et si elle décide de fonder une famille au cours de sa carrière, elle doit gérer des périodes sensibles dans sa trajectoire telles que : la grossesse, l’accouchement, et l’allaitement. Un changement corporel devient inévitable nécessitant en effet un arrêt de pratique (année sabbatique). Ces séquences de vie sociale peuvent causer un arrêt définitif d’une carrière sportive de haut niveau si la femme ne jouit pas d’un soutien social important de son entourage. Car, le retour à la compétitivité nécessite à chaque fois une remise à niveau de la préparation physique pour poursuivre la réalisation des performances.

En revanche, la société marocaine attribue à la femme plus d’importance à son travail au sein du foyer s’occupant de l’éducation des enfants et la bienveillance au sein de la famille. De ce fait, le rôle de la femme est souvent restreint au travail du foyer ; s’occuper des enfants, être responsable de la gestion quotidienne interne de son ménage.

Cette représentation sociale forme un obstacle face à la pratique sportive féminine en dehors du foyer dans un espace sportif mixte dotant de ses propres normes. L’extrait d’entretien avec Nezha ancienne sportive de haut niveau, montre l’effet du milieu socioculturel sur le degré d’engagement et de participation des femmes dans le champ sportif marocain. « (…) Au début, ma famille a refusé que je m’investisse uniquement dans la carrière sportive, mon père était tout à fait contre. Mais je n’ai jamais renoncé !

A l’aide de ma mère j’ai pu convaincre mon père pour me laisser m’entrainer et exceller dans le sport. Malheureusement il n’a pas vécu avec moi les moments de mes victoires sur la scène sportive internationale, il est décédé bien avant…». Il est observé que la pratique sportive de la fille est influencée par la position que prend la mère au sein du foyer.

La maman parvient à persuader le père pour laisser sa fille s’entrainer, elle joue le rôle d’intermédiaire pour que le père autorise à sa fille de fréquenter l’espace sportif. Autrement dit, la maman contribue implicitement au maintien d’une carrière sportive féminine.

En effet, les sportives marocaines interviewées soulignent l’apport important de leurs mères (femme au foyer) dans la réalisation des exploits sportifs. Elles déclarent le soutien physique et moral des mères à travers les services offerts quotidiennement, s’agissant des repas équilibrés, des tenues d’entrainement lavées, cet appui est plus fréquent au début de la carrière sportive.

Aujourd’hui, les mères citadines accompagnent de plus en plus leurs enfants notamment la fille, et les encouragent à surmonter les difficultés liées à la préparation aux compétitions et aux entrainements intenses. En fait, la première participation féminine à des compétitions sportives internationales n’a commencé que vers les années 1980, la championne olympique Nawal El Moutawakel était un modèle qui a créé une dynamique et un changement dans la culture sportive marocaine réservée jusqu’alors aux hommes.

Par ailleurs, selon le niveau d’instruction et la situation professionnelle des parents, la promotion à la pratique sportive change en fonction de l’âge et du sexe des enfants.

Par exemple, les garçons sont plus autorisés que les filles à exercer une activité physique. Les pères encouragent les garçons plus que les filles à pratiquer du sport. En conséquence, les représentations sociales de certains parents envers les activités sportives n’encouragent pas les enfants et surtout les jeunes filles à s’entrainer quotidiennement.

Le fait de consacrer plus de temps aux entrainements, les déplacements réguliers aux espaces de compétitions, sont tolérés beaucoup plus pour les garçons que pour les filles. Pour ces parents, faire une carrière sportive est relatif à la pratique masculine, parce que la pratique sportive de haut niveau peut empêcher notamment les garçons à sombrer dans le chômage (Zerzouri, 2012).

De même, lorsque le taux d’analphabétisme est plus élevé notamment en milieu rural, on considère la pratique sportive comme une perte de temps. Il s’ajoute à cela le manque d’installations sportives proches des lieux d’habitation, le manque de moyens de transport,…etc.

Tous ces facteurs n’incitent pas à la promotion de la pratique sportive de haut niveau chez la fille marocaine. Certaines athlètes mariées arrivent finalement à s’adapter à leur retraite lorsque le conjoint est aussi un sportif de haut niveau.

L’échange et le partage des expériences entre couple construit un support social pour faire face aux changements de carrières et des imprévus liées aux bifurcations dans la trajectoire d’une femme sportive de haut niveau.

 

Par : Dr. Nabil TAKHALOUICHT,
Professeur de sociologie,
IRFC-Rabat

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