Fatine BRAHIM

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Bonjour Fatine, pouvez vous vous présenter ?

– Si on parlait du Rallye, j’ai comme l’impression de passer un entretien d’embauche là (sourire).
Bon, ok, je suis mariée, une petite puce de 7ans, Yasmine. Je suis autodidacte (pas d’étude universitaire) et j’ai travaillé très jeune après le bac en commençant dans le domaine commerciale chez 2M en 90. En une année, je suis passée au poste de responsable d’Agence 2M à Oujda (ma ville d’origine). Ensuite, j’ai occupé divers poste à Casa au siège de 2M toujours, en tant que responsable de cellules « rétention/développement » pour enfin atterrir un jour dans le domaine du net en 97. L’internet était encore à ses balbutiements au Maroc, et très vite, j’ai contracté le virus. On m’a alors donnée la responsabilité de m’occuper du contenu et de la mise à jour du site actuel de 2M. Ca peut paraître routinier pour certains, mais c’est fou ce qu’on peut apprendre et faire en parallèle, dans le domaine de la créativité et du web design.

Vous vous occupez actuellement du site web de la deuxième chaîne 2m, comment ça se passe ?

– Ca se passe très bien ! Quand le net fait partie de votre travail, vous n’avez pas le temps de vous ennuyer, les journées ne se ressemblent pas, ni la nature des tâches d’ailleurs. Vous en savez quelque chose !:o)
De plus l’Internet est un outil qui vous permet de faire le tour du monde et voir se qui se passe à l’autre bout de la planète, et ceci tout en restant confortablement assis derrière votre écran. Et quand je bloque par exemple sur un logiciel, je peux facilement me faire aider par quelqu’un qui se trouve à Jakarta ou à Milwaukee, bien avant qu’un collègue vienne à la rescousse. Je trouve ça génial !
On peut parler du Rallye maintenant ? :o)

Vous avez aussi lancé 4 sites personnels, pouvez vous nous les présenter ?

– C’est vrai qu’on ne fini jamais d’apprendre ! La vérité ? J’ai pianoté des jours et des mois durant sur mon clavier, sans aucune formation. Je me suis rendue compte tout de suite que tout ce que pouvait m’apporter l’Internet me passionnait ! C’est génial, nous avons tout à porté de main, il suffit juste de savoir où cliquer ! Ceci m’a poussé à tester encore une fois mes capacités de bricoleuse et à créer de toutes pièces et toute seule quatre sites. Le 1er est consacré à l’astronomie (pour amateurs) et pose des questions d’ordre métaphysique et spirituel sur la création et l’éventuel existence d’autres mondes parallèles au notre. Ce site a aussi décroché le 1er prix du meilleur site perso des Id-Net d’Or en janvier 2000.
Le 2ème site, je l’ai crée suite à ma 1ère participation au « Trophée aicha des Gazelles » en 2000.
Idem pour le 3ème, que j’ai conçu après avoir participé au « 24h de Karting de Marrakech » et enfin le 4ème site parle d’une légende du cinéma, James Dean, qui en plus d’avoir été un acteur hors du commun, était aussi un mordu de moto et de vitesse.
Le prochain site sera consacré au « Rallye des Gazelles 2001 », je ne vous dis pas quel plaisir c’est, que de travailler sur un outil passionnant, en l’occurence l’internet, et sur quelque chose qui me passionne déjà, les rallyes raid. Ca me permet de revivre mon expérience mais virtuellement cette fois-ci !
www.open.net.ma/multimedium/fatine
www.open.net.ma/multimedium/gazelles
www.open.net.ma/multuimedium/kart
www.open.net.ma/multimedium/dean
www.open.net.ma/multimedium/rallye

Vous avez également participé au « Trophée Aicha des Gazelles », comment vous est venu cette idée ?

– (Sourire)….L’idée ne m’est pas venu, c’est moi qui suis allée vers elle ! En fait, cela faisait longtemps que je savais que ce Rallye féminin existait, je n y ai pas participé au début parce que certainement je pensais que c’était un truc inaccessible à n’importe qui (c’est faux d’ailleurs), tout juste bon pour des petites bourgeoises avides de sensations fortes(complètement faux aussi) ou une petite balades entre femmes (tout sauf une balade)!
Donc cette compétition ne m’intéressait pas au début car j’aime les défis en solitaire. Mais…. mais, un jour justement, j’ai voulu voir ça de plus près. J’ai du passer un entretien et j’ai été sélectionnée parmi 16 postulantes à 2M. Le sponsor et partenaire en poche (2M), je n’avais qu’un cap à prendre : le désert marocain :o). Et c’est justement là que je me suis rendu compte de mon erreur : C’est bel et bien un Rallye Raid, dur, très dur, où des femmes sont livrées à elles mêmes et au désert, avec pour seuls outils, leur courage, leur patience, leur persévérance et leur passion. Rien avoir avec le Dakar, où les concurrents s’orientent avec le GPS, et sont entourés de moyens techniques et humains incroyables pour un meilleur confort.

Nous c’était réveil à 4h du matin, petit déjeuner et breafing à 5h et départ à 6h. Le but, c’est de trouver des balises plantées un peu partout, et ça peut aller sur une distance de 180km, vous imaginez un peu la chose ? Vous n’avez pour vous orienter que des cartes, une boussole, des coordonnées et des caps à calculer…..!
Vous ne savez jamais qu’elle sera l’heure de votre retour au bivouac, ca peut être 18h ou 4h du matin le lendemain ! Il faut vous contenter de 4 à 5 heures de sommeil par nuit et dans tout ça, il faut savoir gérer, votre parcours sur des reliefs très exigeants, vos émotions et celles de votre coéquipière, sans oublier qu’il faut faire vite (avant que les balises ne ferment) et le moins de kilomètres possible. Il faut aussi savoir changer un pneu de 4×4 en moins de 15mn à mon avis et avoir un minimum de courage,d’énergie et de forces dans les bras pour pelleter dans les dunes ou escalader des montagnes truffées de pierres tranchantes. D’autres part, vous mangez rarement à plus de 40°, et vous buvez de l’eau chaude à longueur de journée…..! Dite, moi, quel est l’homme ici bas qui irait s’aventurer dans un décor pareil ? :o)
Mais si vous voulez être en harmonie avec la nature et vous découvrir vous même, vous ne serez pas déçu. Jamais je n’oublierai la splendeur de ces paysages variés à l’infini. Des merveilles qui nous rappellent oh, combien nous somme si petits et futiles des fois. Là bas, vous ne pouvez pas ne pas croire en un Créateur Suprême, même quand vous êtes athée !

Vous en êtes a votre deuxième participation, racontez nous un peu comment ça s’est passé cette année ?

– Très bonne question ! Tout le monde est d’accords là dessus, cette année, ça a été le meilleur rallye au point de vu niveau des concurrentes, compétition, organisation, ambiance au bivouac et sur le terrain aussi…. Quoi que le parcours était très dur durant cette 11èm édition. Il est monté d’un cran, mais Annick (ma coéquipière)et moi avons doré, puisque ça nous a permis d’aller au delà de ce que nous espérions et surtout de ménager avec soin notre Suzuki Vitara en fonction des obstacles et galères de la journée. Nous sommes fières d y êtres parvenues, car notre souci premier était de finir la course et de surtout pas casser le véhicule qui n’était pas vraiment préparé pour ce genre de compétition. Sans compter les innombrables crevaisons dues à des pneus qui n’avaient du « tous terrains » que le nom. D’ailleurs j’en profite pour déconseiller les « Pirelli scorpion » aux amateurs de 4×4. Ca a été un cauchemar pour nous….durant 10 jours :o( ! A cause de ça, nous avons dû sauter 4 balises, grâce auxquelles nous aurions pût êtres 4èmes au classement général. Mais le classement n’a finalement pas d’importance, puisque, pour moi, toutes les femmes ont gagné ce trophée. Elles ont toutes vécu les pires moments de leur vie dans le désert, elles ont toutes trouvé les moyens et les astuces pour s’en sortir. Certaines ont pleuré, d’autres étaient là pour les soutenir. La plupart restaient ensablées, mais y en avait toujours d’autres qui s’arrêtaient pour les dépanner. C’est tout un état d’esprit qui se développe quand on est gazelle.

Vous avez été classées 2ème équipage marocain et 13ème parmi 48, quel effet ca vous fait ?

– (sourire), Aucun effet au niveau classement…..puisque qu’il n y a rien en jeu, ni 4×4, ni millions de dirhams à gagner….Par contre, l’effet dure toujours après le rallye mais à un niveau beaucoup plus morale et spirituel. On plane dans des déserts magnifiques une fois retournée chez nous. On se sent renaître, on est plus forte, on devient moins matérialistes. Tous les problèmes de la vie quotidiennes deviennent sans signification quand on a rencontré et côtoyé des gens qui vivent au fin fond du Maroc sans eau, sans électricité et qui eux ne se sont jamais plains à nous. On a aussi une tendre pensée pour tous ces enfants rencontrées sur des pistes caillouteuses, pieds nus, avec leur cartable sur le dos(mais pas tous malheureusement), pour qui un cahier ou un stylo était bien plus précieux qu’un jouet ou de l’argent. Je crois que c’est ça le plus marquant, car on se dit qu’on a plus de chance. Qu’ils n’ont pas demandé à naître là ou ils sont dans de telles conditions et que si on peut faire quelque chose, n’hésitons pas. Nous avons essayé d y contribuer Annick et moi en donnant des sacs de layettes, de vêtements, de jouets de cahiers et de bonbons à des gens qui ne nous demandaient rien justement, mais qui étaient toujours là pour nous renseigner, nous offrir un thé ou pousser avec nous la voiture ensablée. Ces gens là sont d’une incroyable amabilité. On arrivait presque à sentir la chaleur de leur cœur à travers la profondeur de leur regard. C’est surtout ça qui restera à jamais gravé dans nos mémoires. C’est plus une leçon de la vie en fait…..le plaisir du volant et du sport vient bien après, ceci en ce qui me concerne en tout cas !
Parallèlement, j’ai eu la chance de faire équipe avec une femme adorable, Annick Denoncin, une mordue du désert et du Maroc en général. Avec elle, ça été un régale parce qu’en plus du plaisir de la course, elle me faisait un vrai reportage commenté en directe. Elle sait tout sur le Maroc, son histoire, ses cultures, ses tribus, son archéologie….Grâces à elle, j’ai eu l’occasion de découvrir le Maroc que je ne connaissais pas et je peux vous dire qu’on vit dans un pays magnifique. Merci Annick ;o)

Que pensez vous de la situation de la femme marocaine, et que proposeriez vous pour que ca s’améliore ?

– Toujours la même question depuis la nuit des temps :o). La femme a subi et subit encore des injustices dans divers domaines malheureusement. Je suis consciente de la situation de la femme marocaine, on fait beaucoup de tapage, mais rien ne vient. Je me rends compte que même quand on lui dicte ses droits, il faut qu’elle se batte encore plus pour les avoir réellement. C’est d’une absurdité incroyable. Comment peut-on faire évoluer les choses dans notre pays si les hommes s’obstinent à rester sur leur position et sur des lois inventés par eux même et qui n’ont jamais existé, même pas dans le Coran ! Comment voulez vous qu’une femme s’épanouisse et contribue au développement de son pays quand dans son propre propre foyer, elle subit les pires horreurs? Fini les dictons de nos grands mères : la femme ne doit plus supporter et gober tout et n’importe quoi sous prétexte que c’est la seule façon de garder son mari, ses enfants ou la sécurité d’un foyer. C’est du réchauffé ! Donnez les mêmes chances aux marocaines, et vous verrez que la situation va basculer très vite dans l’autre sens. Vous verrez aussi de quoi elles sont capables. Je note au passage que l’Islam est une religion destinée à évoluer, une religion amie de la science, une religion qui déffend l’égalité des races et des sexes, alors arrêtons un peu de nous en éloigner. De nous en servir comme un bouclier, ceci dans le seul intérêt des hommes bien évidement.

Des sites web, « Le trophée aicha des gazelles », le karting ….. on peut dire que Fatine est une femme très active ?

– Vous savez, il y a des femmes bien plus actives que moi (au sens propre du terme) au Maroc, des femmes qui mènent un combat permanent pour arriver à ce qu’elle estiment un minimum de justice dans la société et les tribunaux surtout.

Je suis plus une passionnée qui aime les défis quels qu’ils soient. J’ai eu la chance d’avoir un père aussi passionné qui m’a inculqué très petite l’amour de la nature, du sport, des voitures de course et de la moto…..! Et quand j’ai eu un grave accident de moto en 83, il n’était pas question pour lui que je laisse tomber ma bécane, il a exigé que je remonte dessus juste après ma sortie de clinique alors que je boitais encore. Vous savez maintenant pourquoi rien ne me fait plus peur et pourquoi je fonce tête baissée chaque fois que l’envie m’en prend :o) ! On n’a rien sans rien et le risque ne me fait pas peur. Ce qui me fait peur, c’est de regretter par la suite de n’avoir rien risqué justement.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

– Ahh….nous y voilà (rire)! Je vais vous dire, et vous allez peut-être me prendre pour une givrée (comme dit ma mère)! Mon unique projet pour l’instant c’est de faire le tour du Maroc en moto avec ma fille de 7ans derrière moi. Je souhaiterai le faire pour une cause humanitaire. Avis au sponsors ! :o)

 

Entretien réalisé par Aziz HARCHA
Mai 2001

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