Assia El Ouadie

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Assia El Ouadie, née en 1949 à Safi, était la fille de feu Mohamed el-Ouadie el-Assafi, l’un de ces résistant qui ont permis au Maroc de recouvrer son indépendance, puis d’animer une lutte pour l’avènement d’un état de droit dans un pays ou les droits de la personne devait devenir règle et loi.

Sa mère, feue Touria Sekkat ne sera pas en reste. Militante des droits de la personne et en particulier des droits de la femme et de son émancipation, s’est passionnée, sa vie durant pour l’éducation, au profit notamment des jeunes déshérités, d’où le fait qu’aujourd’hui, un grand nombre d’écoles et d’institutions culturelles et caritatives, partout à travers le Maroc, portent son nom.

Ses frères et sœurs, dont Salah (membre de l’Instance équité et réconciliation), Jamal (qui a été chef du bureau de représentation de la Banque Populaire à Montréal dans les années 2000) et Asmae (avocate au barreau de Casablanca), ont également souvent payé de leur personne leur militantisme au service des droits de la personne.

Assia a su être à la hauteur de cette lignée. Titulaire d’une licence en droit de l’Université de Casablanca(1970), elle intègre la magistrature au parquet du tribunal de première instance de Casablanca. Après un stage à l’École nationale de la magistrature à Paris, elle réintègre la magistrature, puis passe à l’Administration pénitentiaire où elle est en charge de la rééducation et de la réinsertion des jeunes délinquants. La magistrate laisse souvent la place alors à la militante sociale comme membre de l’Organisation Marocaine des droits de l’Homme. Elle cumule ainsi les fonctions de cadre de la justice et de militante sociale; elle sera bientôt ainsi membre (puis secrétaire générale) de l’Observatoire marocain des prisons qui se fixe pour objectif d ‘améliorer les conditions carcérales au pays. Elle contribue puissamment à la fondation l’Association des Amis des centres de réforme (centre de rétention des mineurs délinquants). Elle s’engage dans les rangs du Centre d’écoute et d’orientation pour les femmes battues et devient ensuite membre de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.

Femme de l’ombre, Avec beaucoup de sagesse et autant de générosité, mais dans la plus grande discrétion; car elle n’aimait rien moins que les feux de la rampe et les lumières de l’avant scène; elle a réussi à changer bien des choses et nombre de destins. Bien des jeunes délinquants, ceux-là même qui l’avaient surnommées «Mama Assia», lui doivent d’être sortis de la marge et de mener aujourd’hui une vie digne. Beaucoup d’autres encore tireront bénéfice de son action.

Longtemps après sa disparition, à 63 ans, son travail fera effet. Et longtemps encore, des gens pourront dire : «C’est grâce à Mama Assia».

Mama Assia est décédée le 2 novembre 2012. Comme elle a vécu, sans faire de bruit. Pourtant, sa vie et son parcours, entièrement dédiés à ceux qui souffrent ou sont dans le besoin, sont et resteront une source d’inspiration pour quiconque est un tant soit peu sensible au droit et à la justice, à l’équité et à l’égalité des personnes humaines.

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