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Sexualité : quand les adolescents transgressent les interdits

Sexualité : quand les adolescents transgressent les interdits

La sexualité se réveille à l’adolescence ; aussitôt les expériences commencent au grand dam du conservatisme de la société. Beaucoup de garçons franchissent le pas avec des travailleuses du sexe. Peu ou pas du tout informés sur la sexualité par l’école et le milieu familial.

La sexualité n’a pas d’âge, disent les psychanalystes, les pulsions sexuelles infantiles commencent très tôt, avec la succion du nourrisson. Que dire une fois que le corps commence à se développer et s’épanouir ? Quand l’adolescente remarque avec fierté ses seins pousser et vit ses premières règles ; quand l’adolescent vit ses premières éjaculations nocturnes ? Le corps s’impose à l’adolescence par l’épanouissement des parties génitales, le besoin sexuel se réveille et devient de plus en plus impérieux. En fait, explique Dr Jalil Bennani, psychiatre et psychanalyste, dans son dernier livre intitulé « Un psy dans la cité », les pulsions sexuelles ne viennent pas avec l’adolescence, mais la caractéristique de cette dernière est qu’elle «s’accompagne de la découverte de la sexualité génitale. Tout le corps était jusque-là érotisé. Mais lors de l’adolescence, il y a un primat de la zone génitale».

Les adolescents, filles et garçons, sont fiers de cette métamorphose biologique, certains en sont angoissés, mais tous découvrent soudainement une attirance vers l’autre sexe. Le problème est comment passer à l’acte dans une société qui met des barrières psychologiques, sociales et religieuses entre les deux sexes ? A quel âge vivent-ils leur première expérience sexuelle, s’il leur arrive d’en vivre ? Comment dépensent-ils cette énergie du sexe en l’absence d’une relation sexuelle «normale» ? A vrai dire, ces questions ne concernent pas que les ados, mais tout Marocain au-delà de l’âge, dans une société où parler du sexe est tabou, où les relations sexuelles en dehors du mariage sont interdites.

La première expérience sexuelle ne passe pas sans angoisse

Khalid, 30 ans, marié, deux enfants, ne se rappelle pas avoir touché une fille avant son mariage à 25 ans. «Mes parents étaient très conservateurs. Certes, des filles étaient avec moi au collège et au lycée, mais il y avait comme une barrière qui empêchait toute relation ou tentative de rapprochement. Des cousines de mon âge (14, 15 et 16 ans) venaient de temps en temps à la maison, mais il était inconcevable que je les touche. Rien que d’y penser m’effrayait». Peur de décevoir ses parents et être la risée de la famille ? Avait-il essayé avec des prostituées ? «Peur surtout de vivre cette expérience dont j’ignorais tout. Je n’ai jamais fréquenté une prostituée, mais j’avoue que je fantasmais et me masturbais assez souvent».

Ce cas n’est pas rare. Mais d’autres adolescents n’attendent pas jusqu’au mariage, beaucoup sont allés «assouvir» cette envie sexuelle dans les bras d’une fille de joie, d’autres, plus téméraires, ont pu tisser une relation amoureuse et découvrir les sensations sexuels. Non sans angoisse et sentiment de culpabilité le plus souvent. Rajae, 35 ans, encore célibataire, a vécu son grand amour à 15 ans. Son amant, âgé de cinq ans de plus qu’elle, était déjà à la fac de médecine ; elle, encore au collège. «J’étais follement amoureuse de lui, je lui aurais donné ce qu’il voulait. Ma première expérience sexuelle remonte à cet âge, avec lui, dans la voiture de son père. Mon souvenir de cette première fois ? Plutôt désagréable. Je l’aimais, mais j’avais peur de perdre ma virginité, c’est lui qui en avait profité». Cet amour n’a pas duré longtemps. Tandis que le garçon multipliait ses conquêtes, la fille n’arrêtait pas de se poser des questions, découvrant la culpabilisation et la méfiance envers les hommes. Elle n’en est sortie que 15 ans plus tard, quand elle rencontra son second amour, avec une riche expérience sexuelle à son actif.

Adil, 16 ans, lycéen, dit avoir vécu quelques «expériences» avec les filles de son âge, mais sans jamais aller jusqu’à l’acte sexuel proprement dit. «Des baisers, des attouchements, oui, ça m’arrive de temps en temps, mais aller plus loin, jamais ; j’ai essayé, mais elles ne veulent pas», avoue le jeune garçon. Il reconnaît sans complexe que les films pornos des chaînes satellitaires «sont une vraie école. J’en ai appris pas mal sur le sexe». Sauf que cette échappatoire est loin d’être «une bonne école pour les jeunes de son âge, car ça risque de les pervertir», préviennent les sexologues.
Il n’y a presque pas d’enquêtes nationales pour savoir à quel âge les ados vivent leur première expérience en la matière. Ou très rarement, comme celle qui a été effectuée ces dernières années auprès de 728 femmes âgées de 20 ans et plus dans la wilaya du Grand Casablanca. Elle a révélé que l’âge moyen du premier rapport sexuel se situe à 18 ans, avec des variantes allant de 8 à 39 ans. Cette «première fois en sexualité» est capitale, c’est elle qui détermine plus ou moins l’avenir sexuel de l’individu. «Elle peut soit instaurer une vision et perception positives et agréables, ou au contraire provoquer chez la personne peur, souffrance et culpabilité à vie», analyse Dr Amal Chabach dans son livre Le couple arabe au XXIe siècle (Imprimerie Decolor 2010). Tout dépend, en fait, de la personnalité de l’adolescent, nuance Dr Jalil Bennani, une «personnalité équilibrée vivra une sexualité épanouie, alors qu’une personnalité inhibée ne peut dépasser ses complexes par la simple relation sexuelle».

Une chose est sûre pour le psychanalyste, c’est que la découverte de la sexualité, à cause notamment des interdits familiaux, sociaux et religieux qui la frappent, «s’accompagne nécessairement de frustrations. Selon la personnalité des jeunes, certains sont à l’aise dans leur corps, d’autres sont timides. Les frustrations sont vécues différemment selon les deux cas, elles sont inévitables».
Vécue avec frustration ou pas, la pratique sexuelle chez les adolescents, en dépit de tous les interdits, est un secret de Polichinelle. De nos jours, explique Dr Chabach, la majorité des jeunes, filles et garçons, «ont des contacts sexuels, et surtout à un âge de plus en plus précoce». Si pour certains, on ne va pas jusqu’à avoir une vraie relation sexuelle, à cause de ces interdits, et, surtout, à cause du souci de la fille de vouloir conserver sa virginité jusqu’au mariage, les jeunes recourent à d’autres pratiques comme la masturbation, la fellation, des rapports sexuels sans pénétration. Et, souvent, filles et garçons affrontent leur première expérience sans y être préparés, avec toutes les conséquences sur la santé et l’équilibre psychique que cela engendre. Ce n’est pas un hasard s’il y a de plus en plus de jeunes entre 17 et 18 ans qui consultent les sexologues. Et les garçons le font plus que les filles : «Des problèmes d’érection, d’éjaculation précoce, d’infection, ou d’ordre psychologique. Nombre de difficultés sexuelles sont consécutives aux premiers actes d’amour», confirme Abderrazak Moussaïd, sexologue et président de l’Association marocaine de sexologie.

D’autant plus que souvent les jeunes hommes, expliquent Dr Nadia Kadiri et Dr Soumia Berrada, toutes deux professeurs de psychiatrie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca et auteures du Manuel d’éducation sexuelle (Ed. le Fennec, 2009) «ont leurs premières relations sexuelles avec des travailleuses du sexe, alors que la première relation doit être vécue dans le romantisme et l’amour». Des relations sans l’usage de préservatifs assez souvent, c’est dire que tous les ingrédients sont là pour attraper des infections sexuellement transmissibles (IST). Les jeunes filles, elles, méconnaissant tout de leur anatomie physique, et ignorant les risques qu’elles encourent en cédant à des actes sans protection, tombent enceintes. Ce n’est pas de leur faute, car comment ces adolescents pourraient-ils se prémunir contre ces risques quand on sait que l’éducation sexuelle est le parent pauvre de l’enseignement et de l’éducation dans les familles ? Les parents marocains, dans leur grande majorité, estime Selma Belghiti, psychologue clinicienne, «ont beaucoup de mal à parler des questions liées au corps et à la sexualité de leurs enfants.

Ce sont des sujets culturellement considérés comme ‘‘honteux’’ et ils ne peuvent donc pas être abordés». Plus que cela, «les parents un peu plus ouverts ont également du mal à parler de ces questions et considèrent que les enfants doivent chercher les informations dont ils ont besoin à l’extérieur de la sphère familiale», ajoute-t-elle. Résultat : peu ou pas du tout informés sur la sexualité par l’école et le milieu familial, les adolescents acquièrent leur culture sexuelle via la pornographie, à travers les chaînes TV numériques et les sites internet. Il vaut mieux, par conséquent, prévenir que guérir. Selma Belghiti donne un conseil aux parents : «Ne jamais éluder les questions que pose l’enfant sur la sexualité, car il ira, de toutes les façons, chercher lui-même des informations n’importe où et risque d’être très mal informé». Si les parents ne font pas ce travail d’explication, d’autres le feront à leur place.

Enquête : l’âge moyen du premier rapport sexuel se situe à 18 ans, avec des variantes allant de 8 à 39 ans

Dans une enquête menée auprès de 728 femmes âgées de 20 ans et plus, un échantillon représentatif de la population féminine de la wilaya du Grand Casablanca, 90% considèrent que la masturbation est interdite par la religion. Pour 83%, elle est pratiquée mais avec un sentiment de culpabilité et de honte, et seulement 15% considèrent qu’elle est permise comme un moyen d’apaisement face à l’abstinence. C’est dire que les préjugés qui entourent cette pratique sont tenaces, or, si la masturbation est une pratique saine, c’est ce sentiment de honte et de culpabilité qui l’accompagne qui est néfaste. Cette enquête révèle aussi d’autres résultats : 82,8% des femmes désapprouvent les relations sexuelles préconjugales, 15,9% parmi elles n’ont jamais eu de rapports sexuels. Quant à l’âge moyen du premier rapport sexuel, il se situe à 18 ans, avec des variantes allant de 8 à 39 ans. La virginité reste une valeur sacrée : 98,8% la considèrent ainsi, alors que 82,8% ont insisté sur l’obligation d’avoir un hymen intact jusqu’au mariage.

 

Source: La Vie éco

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