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Selma BENNIS

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Selma Bennis

Pouvez-vous vous présenter

Selma Bennis, 34 ans, citoyenne du Monde, j’ai grandi en Arabie Saoudite, fait mes études en France et je vis actuellement à Casablanca au Maroc depuis 8 ans. Je me suis forgée une identité bien à moi, j’ai mélangé et fusionné ma culture de naissance avec mes cultures d’adoption pour créer la mienne : celle qui s’adapte à toutes.
Je suis passionnée entrepreneuriat et d’innovation.
J’aime le sport, voyager, l’échange, la découverte de nouveaux endroits et de nouvelles cultures. Je suis mariée et maman de deux enfants.

Raconter votre parcours :

Mon parcours a commencé à Djeddah en Arabie Saoudite, où j’ai grandi. Mes parents, traducteur (père) et professeur de philosophie (mère) ont fait le choix de s’installer et de fonder leur famille là-bas. J’étais une fille d’expatriés, je ne fréquentais que des étrangers et j’étudiais à la mission française. Ma vie en Arabie Saoudite ne ressemblait en rien à celle des enfants d’expatriés du reste du monde.
Depuis toute petite j’ai été en observation continue. J’ai appris à faire l’équilibriste entre le monde extérieur où vivait les locaux et celui où je vivais : une « gated community » qui enfermait les expatriés dans des villes qui ressemblaient à des banlieues pavillonnaires américaines.
Quand pour le reste du monde, « sortir » signifiait liberté, pour moi, « ne pas sortir » de ces « campound » signifiait liberté. J’ai alors vite compris qu’à défaut de connaître cette vraie Liberté, je devais tirer profit de cette expérience et me focaliser sur la découverte, l’enrichissement culturel et l’ouverture à l’autre pour ouvrir mon esprit.
Le plus dur cependant a été de confronter le monde extérieur, et de comprendre que la place de la femme, ma place en l’occurrence, était bafouée. Politique de séparation de sexe, police islamique, femmes sous tutelle masculine, femmes interdites de conduite, désert culturel : cinémas et musées interdits etc… difficile également de voir la frustration de ma propre mère de ne jamais pouvoir exercer son métier et prétendre à un poste qui soit à la hauteur de ses compétences.
J’ai très vite compris que les questions de liberté et du statut de la femme étaient pour moi de grandes notions existentielles qui allaient conditionner ma vie et me pousser à toujours être à la recherche de liberté et d’indépendance…
Puis retour au Maroc pour les années du lycée et après l’obtention de mon bac au Lycée Lyautey de Casablanca, je me suis envolée à Paris à mes 17 ans pour poursuivre mes études. Ce fut les plus belles années de ma vie, 9 années où j’ai côtoyé la liberté et la culture, j’ai obtenu mon diplôme à Dauphine en Finance, rencontré mon mari et démarré ma carriére

 

Votre carrière professionnelle et votre vie professionnelle

Ma carrière a commencé dans un cabinet de conseil en Finance à Paris. J’y ai travaillé pendant 3 années et sillonné toute la France pour pouvoir conseiller des fonds d’investissement dans l’acquisition ou la cession de sociétés.
Puis je suis rentrée au Maroc pour des raisons familiales et j’ai intégré une compagnie d’assurance marocaine. J’ai participé pendant près d’un an à son introduction en bourse et intégré par la suite la société de placement de ses actifs financiers en tant que responsable de la recherche et de ses investissements non côtés.
Au bout de 4 ans, j’ai intégré la fondation d’un grand corporate Marocain qui, à l’époque, était en train de monter un programme dédié à entrepreneuriat. L’objectif étant de créer de l’emploi dans tout le Maroc en renforçant l’écosystème entrepreneurial Marocain. Depuis ce jour, ma vie et ma carrière ont trouvé le sens qui leur manquait, avoir un impact ne serait-ce que minimum sur ma communauté.
Puis de fil en aiguille j’ai développé une expertise en développement d’écosystème, en responsabilité sociétale et en entreprenariat. Etant en charge de nouer des partenariats, j’ai pu depuis 4 ans, monter plusieurs projets dont le but était de sensibiliser les jeunes à l’entreprenariat et de les accompagner par la suite dans leur projet entrepreneurial. J’ai également pu coacher bénévolement beaucoup de jeunes startups à monter et développer leur business et connecter nombres d’entre elles avec des investisseurs ou des corporates.
Beaucoup de ces jeunes sont issus de régions du Maroc quelques fois reculées. Beaucoup sont des femmes, analphabètes, ce qui rend le challenge d’autant plus important. Mon travail est aujourd’hui pour moi une leçon d’humilité, de give-back et de reconnaissance envers la vie pour la chance qu’elle m’a donnée.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Je dirai plus des challenges. Celles de devoir m’adapter à la réalité Marocaine ; dans la rue, en entreprise, dans mes relations sociales. J’ai fini par comprendre que l’effort d’adaptation et le changement devait venir de moi plutôt que d’attendre qu’il vienne des autres.

 

Quels sont vos projets à venir

Continuer à aider des entrepreneurs, continuer à avoir de l’impact et pourquoi pas un jour le devenir moi-même.

Quel est votre conseil pour les femmes qui veulent réussir

Pour moi le plus important ce n’est pas forcément la réussite car c’est une notion relative, mais c’est plutôt le fait de trouver une paix intérieure, d’être heureuse et libre. Et pour pouvoir y arriver, c’est une affaire d’introspection et non pas Evènements extérieurs. Le meilleur moyen c’est de faire le point sur soi et d’apprendre à s’écouter. Savoir écouter ses besoins, ses envies, et tâcher d’y répondre au mieux et puis enfin s’exprimer. Exprimer ses émotions, parler, communiquer car difficile de trouver le bonheur sans partager nos joies, nos peines et nos souffrances !

Que pensez-vous de la situation de la femme au Maroc

Bien qu’il y’ait eu des progrès, d’importantes inégalités persistent. Et puis, toutes les femmes ne vivent pas la même réalité au Maroc. Selon qu’elle soit citadine et donc qu’elle ait pu acquérir une toute petite part d’autonomie ou issue du milieu rurale, recluse dans son village vivant encore sous les jougs de son père, mari ou frère (ceci peut être aussi le cas pour la citadine…), toutes vivent des inégalités différentes selon leur environnement. S’ajoute à ceci les taux flagrants d’analphabétisme parmi les femmes, qui sont largement supérieurs à ceux des hommes. Ainsi que la non accessibilité aux simples services vitaux, comme la santé, ou l’éducation…
Selon moi tant qu’on ne change pas les mentalités et tant qu’on ne rend pas accessible l’éducation à toutes, les inégalités persisteront.

Votre avis sur lamarocaine.com

Je remercie ce site car il donne la possibilité à la femme Marocaine de s’exprimer.

 

Dernier mot

Avoir grandi un peu partout me donne finalement un sentiment de liberté. Je suis reconnaissante pour les expériences que j’ai vécues et je suis fière, surtout, de tous les accomplissements que j’ai réalisés. Parmi eux la rencontre avec l’homme de ma vie et les deux adorables enfants qu’on a eu ensemble.

 

Interview réalisé par Aziz HARCHA

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