Home / Grossesse / Sécurité d’emploi des antidépresseurs pendant la grossesse, toujours la même question

Sécurité d’emploi des antidépresseurs pendant la grossesse, toujours la même question

Selon l’éditorialiste de The American Journal of Psychiatry, une question « toujours sans réponse » demeure : celle de savoir si la prescription d’un traitement antidépresseur à une femme enceinte déprimée représente, pour son enfant, « une chose meilleure ou pire que l’absence de médicament. »

Plusieurs mises en garde ont été publiées, dans divers pays (par exemple celle du Black Dog Institute d’Australie[1]), pour alerter sur « les risques d’utilisation éventuels » des antidépresseurs pendant la grossesse. Toutefois, il n’existe à ce jour « aucune étude prouvant que l’utilisation d’antidépresseurs durant la grossesse augmente le risque de malformation majeure ou d’anomalie génétique » déjà observé dans la population générale, et affectant « 2 % à 3 % des naissances. » La seule exception à ce constat (plutôt rassurant) concerne les travaux « suggérant une association » entre la prescription de paroxétine en début de grossesse, et un « risque accru » d’anomalies cardiovasculaires (atrium septum defects[2] : communication inter-auriculaire, ou malformation congénitale apparentée).

Globalement, les méta-analyses sur le sujet se révèlent assez « optimistes », malgré la (mauvaise) réputation des médicaments en général et des psychotropes en particulier, chez la femme enceinte.
L’auteur évoque ainsi une « large revue systématique » entreprise par son équipe : s’intéressant notamment à l’âge gestationnel, au poids de naissance et au score d’APGAR chez des enfants exposés in utero à des antidépresseurs, il observe certes des « associations statistiquement significatives » pour ces trois paramètres, mais « aux effets de faible intensité » (effects small in magnitude). En l’occurrence, l’âge gestationnel est raccourci en moyenne de « 3 jours environ », le poids de naissance est « réduit de 75 grammes », et les scores d’APGAR à 1 et 5 minutes sont diminués de « moins d’un demi-point. »
Ayant examiné l’incidence de l’exposition in utero aux antidépresseurs sur les étapes jalonnant le développement de l’enfant, en évaluant à la fois le comportement et le niveau cognitif à l’âge préscolaire et à plus long terme, d’autres études semblent également rassurantes, dans la mesure où elles n’ont suggéré « aucun impact significatif. »
Par contre, il existe de « nombreuses preuves » imputant aux troubles éprouvés par la femme enceinte (« anxiété, dépression, stress, surtout en début de grossesse ») des « effets néfastes sur la maturation fœtale, sur la performance cognitive pendant la petite enfance, sur l’apprentissage et la mémoire chez les enfants âgés de 6 à 8 ans. » Mais malgré cette « perspective encourageante », l’auteur recommande aux médecins de « garder à l’esprit » une règle d’or : ne prescrire que si l’indication est parfaitement justifiée ; non seulement, le diagnostic de dépression doit être certain, mais il faut s’assurer du « degré de détresse de la patiente » et dans quelle mesure un médicament pourrait alléger le « fardeau de sa maladie » (burden of illness). Il faudrait toujours « avoir une discussion franche » avec l’intéressée (et si possible aussi « avec son compagnon ») sur « les avantages et les inconvénients » escomptés d’un traitement antidépresseur pendant la grossesse, et obtenir systématiquement son (leur) consentement après avoir délivré des informations « basées sur les données disponibles les plus récentes. »   
[1] http://www.blackdoginstitute.org.au/docs/Safetyofantidepressantsinpregnancyandbreastfeeding.pdf
[2] http://en.wikipedia.org/wiki/Atrial_septal_defect
Dr Alain Cohen
Meir Steiner: Prenatal exposure to antidepressants: how safe are they? Am J. Psychiatry, 2012; 169: 1130–1132.

Source: jim.fr

About Rédaction

Check Also

La séxualité des femmes enceintes

Il y en a des choses qui changent dans la vie d’une femme enceinte et …